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La Une n°616
La Une du n° 616
Lettre de l'Editeur :N°616 du 05 au 11 août 2009

La Côte d’Ivoire sauvée par un sondage ?

Le FPI n’est plus le perdant d’office comme cela était le cas il y a encore quelques mois. Une perspective nouvelle qui devrait donner des arguments à ceux de ses militants qui veulent aller aux élections contre les faucons qui sont prêts à toutes les manœuvres pour repousser l’échéance. De quoi donner un double coup de pouce à l’Accord politique de Ouaga et de voir aboutir le processus de retour à la légalité constitutionnelle et à la paix dont il est porteur..

L’élection présidentielle ivoirienne aura-t-elle lieu ou n’aura-t-elle pas lieu le 29 novembre prochain telle que prévue ? Nul ne le sait pour ne pas dire que c’est la bouteille d’encre. En tout cas, à quelque 4 mois de l’échéance les spéculations vont bon train, tandis que montent les scepticismes et paradoxalement la fièvre électorale, chacun des principaux acteurs semblant conscient qu’un énième report pourrait avoir des conséquences sérieusement désastreuses. On avance donc sans trop y croire parce que convaincu que les autres protagonistes ne jouent pas franc jeu malgré les apparences. Dans une telle ambiance où la confiance est la chose la moins bien partagée, la forme prend le pas sur le fond, les faits et gestes étant épillés et disséqués pour détecter les pièges qu’ils cacheraient. C’est tout dire. Et pourtant, ils ne pourront pas y couper éternellement d’autant qu’il sera difficile de justifier un éventuel nouveau report.
C’est que la crise n’a que trop duré et on a peine à imaginer des scénarios autres que ceux actuellement en cours pour en sortir.
En tout cas, en dépit de tous les aléas observés on a le sentiment que les acteurs ont pleine conscience que le 29 novembre 2009, sauf cataclysme sera respectée. Et certains d’entre eux ont de sérieuses raisons d’accepter enfin de se soumettre aux verdicts des urnes, parce que, à tort ou à raison, ils ont la conviction que les rapports des forces entre les formations politiques ont changé et qu’ils avaient désormais la possibilité de prétendre à remporter le jackpot en fin de parcours.
La crise, on le sait si elle a éclaté en 1999, couvait depuis déjà des années et a connu une brusque accélération avec l’élection présidentielle calamiteuse qui a porté l’actuel président au pouvoir en 2000. Depuis lors, il semble que pour la majorité des Ivoiriens et la presque totalité des observateurs, légalité et légitimité ne rimaient plus. C’est en tout cas, l’opinion de la communauté internationale qui n’hésite pas souvent, sans prendre de gants, à accuser le camp présidentiel d’être le principal obstacle à la tenue de l’élection présidentielle qui devrait ouvrir la voie à un retour du pays à la paix. Il faut dire que les raisons ne manquent pas qui corroborent ce sentiment.
En effet, il n’avait que trop de choses à se reprocher et était mal en point dans l’opinion publique ce n’est pas une mince affaire dans un contexte national masqué par un manichéisme qui n’autorisait aucun compromis. Il avait logiquement tout à craindre d’une élection qu’il ne pouvait que perdre d’autant que le climat sociopolitique était fortement à la vindicte populaire et à la chasse aux sorcières. Depuis ces moments, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Les esprits se sont notablement apaisés même si des douleurs restent encore vives et attendent d’être apaisées. Le rapport des forces sur le plan politique a aussi incontestablement évolué.
C’est ce qui ressort d’ailleurs du sondage commandé par le pouvoir et réalisé par la TNS Sofres qui donne 43% d’intentions de vote au président GBAGBO, 29% à Henry Konan BEDIE et 28% à Allassane Dramane OUATTARA. Pour une surprise c’en est vraiment une, car pour un renversement de tendances on peut difficilement faire mieux. D’autant plus que le même sondage prévoit une victoire de GBAGBO au second tour dans tous les cas de figure.
On comprend aisément l’émoi de la classe politique devant ces chiffres qui font mentir toutes les projections et les analyses sur les forces en présence qui les accompagnaient. Comme cerise sur le gâteau, GBAGBO est gratifié de 61% d’opinion favorable alors que jusque-là on l’a plutôt présenté avec des accoutrements d’usurpateur et de mal aimé. Si la Sofres dit vrai c’es vraiment un chamboulement de toutes les idées reçues. C’est vrai que ce n’est qu’un sondage, qui plus est dans un pays où la pratique n’est pas tradition et que la composition de l’échantillon est critiquable (1000 personnes à Abidjan et 1000 autres dans 10 régions sur 18) même si la Sofres est prestigieuse, mais nul ne saurait contester le fait qu’il y a des signes qui indiquent que les lignes ont bougé au sein des populations sur les acteurs de la scène politique. Il n’est pas inutile de le noter, le contexte est particulier et met au-devant des préoccupations de ces populations des questions beaucoup plus existentielles que leurs aspirations à plus que de démocratie ou de justice. De même certains ressentiments ont subi l’épreuve du temps à telle enseigne que pour nombre d’électeurs il est bien mieux de saisir ce qui est que de « tenter le diable ». On ne peut pas non plus faire fi du constat de division de l’opposition, car si les houphouétistes réunis (BEDIE et OUATTARA) recueillent 57% des intentions de vote, séparément ils ouvrent un boulevard vers la présidence à GBAGBO. Ce qui est vrai ailleurs l’est aussi en Côte d’Ivoire ; lorsque l’opposition est divisée, elle fait la part belle au pouvoir en place.
Ce sondage nous apprend aussi que le FPI de Laurent Koudou GBAGBO améliore très sensiblement son image au sein des populations. Ce qui ne serait plus le cas d’un parti tel que le RDR d’Allassane Dramane OUATTARA (ADO).
A tout le moins, la crise qui devait emporter le FPI a fini par lui être plutôt très profitable. En effet, en se campant comme un parti opposé au dictat de la communauté internationale, particulièrement de la France ancienne puissance colonisatrice, contre le pays il aiguillonne le sentiment nationaliste de plus d’un surtout que dans le même temps il présente les autres, singulièrement ADO comme le serviteur de celles-ci. Dans un pays où la jeunesse est majoritaire et est confrontée à un chômage massif, c’est effectivement un thème porteur surtout que dans les tentatives de résolution de la crise les mis en cause n’ont pas toujours su jouer la bonne carte, donnant ainsi l’impression de vouloir imposer des solutions.
Toutefois il faudrait avoir à l’esprit qu’aucun sondage ne peut remplacer la vérité des urnes. Par ailleurs dans le contexte ivoirien, il y a plus d’une raison de prendre ces chiffres avec des pincettes. En effet non seulement l’échéance c’est dans 4 mois mais en plus, il est de notoriété publique que le FPI et Laurent GBAGBO sont en campagne électorale permanente. Si fait qu’ils ont une nette longueur d’avance sur leurs adversaires, lesquels rattraperont sans aucun doute une bonne partie de ce retard lorsqu’ils quitteront eux aussi leurs starting-blocks.
Il y a donc loin de la coupe aux lèvres même si ces résultats montrent au FPI que tout est possible. Il n’est plus le perdant d’office comme cela était le cas il y a encore quelques mois. Une perspective nouvelle qui devrait donner des arguments à ceux de ses militants qui veulent aller aux élections contre les faucons qui sont prêts à toutes les manœuvres pour repousser l’échéance. De quoi donner un double coup de pouce à l’Accord politique de Ouaga et de voir aboutir le processus de retour à la légalité constitutionnelle et à la paix dont il est porteur. D’abord en levant les appréhensions du pouvoir ivoirien accusé à tort ou à raison de freiner des quatre fers chaque fois que le processus arrive à une étape décisive importante. Dans le même sens, cela accroît ses responsabilités dans l’atteinte des objectifs puisqu’il aurait désormais toutes les raisons à pousser à la roue pour légitimer son pouvoir.
Ensuite en mettant du bémol dans les a-priori qui indexent le parti au pouvoir comme frein au processus de paix parce qu’il serait certain de perdre les élections. Au regard des résultats du sondage si le FPI ne peut pas jurer qu’il gagnera à coup sûr il est au moins certain qu’il part avec de réelles chances. Cela vaut son pesant d’or et le jeu en vaut la chandelle. Comme on aime à le dire il faut battre le fer pendant qu’il est chaud. Il n’est pas évident dans une perspective beaucoup plus lointaine qu’il soit davantage dans les bonnes grâces des électeurs.
On peut dire que l’horizon s’éclaircit pour la Côte d’Ivoire. Il faut profiter des vents favorables pour avancer hardiment.o

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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