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La Une du n°617
La Une du n° 617
Lettre de l'Editeur :N°617 du 12 au 18 août 2009

Le 4 Août ce n’est pas seulement la RDP

En effet, qu’on le veuille ou non, plus que tous les autres évènements ou toutes les autres dates de l’histoire du pays auxquels on voudrait les assimiler, l’avènement de la Révolution et la date du 4-Août concernent toute la nation. A plus d’un point de vue ils sont sans communes mesures.
N’est-ce pas un 4-Août, notamment celui de l’année 1984 que le pays a changé de nom, devenant Burkina Faso ; qu’il a changé d’hymne national, devenu le « Ditaniyé » ou encore de drapeau ? Quelle autre date dans l’histoire regroupe autant de faits aussi importants et significatifs pour les citoyens de ce pays ? A bien d’égards notre 4-Août ressemble comme deux gouttes d’eau au 14 Juillet de la France..

Le Burkina Faso peut s’enorgueillir ; il a connu la révolution ! Il y a, en effet 26 ans de cela, un certain 4 août, un jeune capitaine de l’Armée Nationale, Blaise COMPAORE pour ne pas le nommer, et ses commandos investissaient Ouagadougou, libéraient leurs camarades incarcérés et avec eux proclamaient la révolution. Si de nombreux signes avant-coureurs annonçaient ce grand bouleversement dans le paysage sociopolitique, celui-ci a été toutefois largement au-dessus de l’imagination du commun des citoyens d’alors. Un jour nouveau se levait avec lequel le pays connaîtra des transformations de grandes ampleurs qui laisseront des traces indélébiles dans son histoire.
Comme toutes les révolutions du monde, pour ne pas dire tous les grands évènements sociopolitiques que vivent les nations, la «Révolution d’Août» n’a pas fait que des heureux, même s’il est admis que grâce à elle, rien ne pouvait plus être comme avant et que le pays compterait dorénavant dans le concert des nations ne serait-ce que par l’évocation du rêve ou plutôt des rêves qu’il a alimentés et alimente particulièrement au niveau du continent. C’est vrai que toutes les jeunesses, celles d’ici comme d’ailleurs rêvent de révolution, et que tous les peuples rêvent de justice, d’égalité… On n’a pas besoin d’un dessin pour comprendre toute la ferveur soulevée par la « Révolution d’Août ».
C’est donc bien peu dire ; d’autant que certains s’en feront les chantres avec l’avantage de la vivre par procuration et de ne pas ainsi supporter ses exigences. Car pour exigeante, la RDP l’a été tant avec ses animateurs qu’avec le peuple qu’il était censé libérer et dont une bonne partie n’en garde pas, et alors pas du tout, de bons souvenirs. Cela est tout à fait normal, même s’il apparaît qu’avec un peu de recul, certains jugements par trop sévères pourraient être nuancés, voire relativisés ne serait-ce qu’en accordant le bénéfice de la bonne foi aux acteurs de cette révolution. Toujours est-il que 26 années après, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. La révolution a vécu. Il semble que les ressentiments aussi car à bien d’égards, même si on ne lui fait pas de cadeaux il y a comme un besoin de tourner la page. C’est vrai qu’après les traumatismes vécus par certains, les réparations n’ont pas toujours été jusqu’au bout et qu’à défaut de continuer à demander des comptes, il y en ait qui souhaite tout gommer tout de cette révolution pour qu’elle n’eût jamais existé. Une attitude qui n’est certainement pas étrangère au spectacle lamentable et pathétique que nous imposent certains de ceux qui continuent à se réclamer de cette révolution, la regrettent et l’appellent de tous leurs vœux.
Les sankaristes, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, nous ont habitués à s’entredéchirer et à se flanquer des torgnoles au point de donner l’image d’être incapables de s’entendre sur les valeurs à défendre. Comme si la Révolution d’Août avait été une fiction ou avait été faite par d’autres.
Un tel contexte, il faut l’avouer, suscite peu la confiance ou l’adhésion et contribue sans aucun doute à ternir l’image de la révolution. Si à cela on ajoute leurs comportements quotidiens aux antipodes des valeurs qu’ils prétendent défendre, on comprend aisément le scepticisme et les réserves de certains et l’aversion prononcée d’autres. Mais comme le dit l’adage, il faut savoir raison garder et ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Il ne s’agit pas de faire, ou de refaire le procès de la révolution mais tout simplement d’éviter le ridicule, en refusant les évidences. L’autre dirait qu’il ne faut pas chercher à cacher le soleil avec son petit doigt. En effet, qu’on le veuille ou non, plus que tous les autres évènements ou toutes les autres dates de l’histoire du pays auxquels on voudrait les assimiler, l’avènement de la Révolution et la date du 4-Août concernent toute la nation. A plus d’un point de vue ils sont sans communes mesures.
N’est-ce pas un 4-Août, notamment celui de l’année 1984 que le pays a changé de nom, devenant Burkina Faso ; qu’il a changé d’hymne national, devenu le « Ditaniyé » ou encore de drapeau ? Quelle autre date dans l’histoire regroupe autant de faits aussi importants et significatifs pour les citoyens de ce pays ? A bien d’égards notre 4-Août ressemble comme deux gouttes d’eau au 14 Juillet de la France.
Le 14 Juillet marque l’avènement de la Révolution en France. C’était en 1789 avec la prise de La Bastille qui marquera la capitulation de la monarchie au profit de la Révolution. La prise de La Bastille est considérée comme le symbole de la Révolution française. Cette victoire du petit peuple de Paris contre la onarchie se fit au prix de dizaine de vies humaines et de centaines de blessés. Pour commémorer l’évènement, une année plus tard, c’est-à-dire en 1790 des manifestations et des cérémonies sont organisées dont la plus prestigieuse fut la « Fête de la Fédération » qui a lieu aux Champs de Mars à Paris. Au cours de cette fête le roi prêtera serment de fidélité à la Constitution. C’est en 1880 qu’une loi est prise instituant le 14 juillet Fête nationale de la France.
Ainsi de l’avènement de la Révolution avec toute la violence qui l’a marquée et le schisme de la société française, le 14 Juillet était devenu un symbole de l’union du peuple français autour de la Constitution et des valeurs républicaines. Finie donc la division monarchie contre république et vive la nation française !
N’est-ce pas la même métamorphose que le 4-Août 1983 a subie, en passant de l’avènement de la Révolution à la communion de toute la nation en 1984 à travers un nom qui traduit réellement son identité propre (Burkina Faso) et d’autres attributs qui expriment au mieux sa fierté et sa quête de bonheur par le travail (Ditaniyé et drapeau) ? Le 4-Août ne peut plus donc être limité à la seule Révolution Démocratique et Populaire ni être l’apanage de quelques individus qui le détournent pour des desseins politiciens. Il ne peut surtout pas être ignoré comme s’il n’avait pas été le témoin de faits déterminants pour ce pays. C’est cette réalité qu’il faut prendre en compte en arrêtant de se focaliser sur la Révolution et les révolutionnaires. Il est vraiment curieux qu’on puisse soutenir que le 4-Août ne concerne qu’une partie du peuple burkinabè alors qu’il est écrit partout, que c’est le 4-Août que ce pays a changé de nom. Veut-on soutenir que le nom d’un pays a peu d’importance ou que son hymne national ou son drapeau ne sont d’aucun intérêt ? Certainement que non ! Alors force est de reconnaître qu’il y a une forte odeur d’hypocrisie quelque part. A moins que ce ne soit la preuve d’une incapacité à s’élever au-dessus des considérations secondaires pour prendre en compte celles qui concernent toute la nation.
Il faut donc remettre au 4-Août toute sa valeur ; la vraie, la seule qui intéresse tous les Burkinabè, de tous les âges, de toutes les conditions, de tous les horizons… Rien que cela !o

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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