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La Une du n°619
La Une du n° 619

Retro-Rétro – Gouvernance: N°619 du 26 août au 1er septembre 2009

Administration électorale
La CENI et les astuces de la méthode Bridge

2010 sera une année électorale au Burkina Faso. La CENI a donc décidé de mettre ses membres à niveau. Objectif, former ses membres pour qu’ils puissent répondre aux attentes des populations quant à l’organisation du scrutin présidentiel. Pendant 10 jours (du 10 au 20 août 2009), Moussa Michel TAPSOBA a inscrit ses collaborateurs à l’école de la méthode bridge..

Moussa Michel TAPSOBACes dernières décennies, la plupart des Etats africains s’inscrivent dans des processus démocratiques. Conséquence, on assiste à une augmentation du nombre d’élections partout sur le continent. Malheureusement, les scrutins font généralement l’objet de contestation. Le passage des Etats totalitaires à des régimes démocratiques n'est pas chose aisée. La mise en place des organes chargés de conduire les élections est souvent remise en cause. Des administrateurs électoraux de compétence professionnelle sont dès lors indispensables afin d’organiser les élections. Sans les connaissances adéquates sur place c’est tout le processus électoral qui risque d’en être affecté. Notre pays n’échappe pas à ces contestations.
Afin de parvenir à mettre en place une Administration électorale effective et durable, le président de la CENI a jugé indispensable de porter une attention particulière au développement des compétences de son personnel. Avec l’appui de partenaires techniques et financiers, une série de formations visant aussi bien les membres de la CENI que d’autres acteurs intéressés par les processus électoraux est organisée à leur intention. Ainsi, du 10 au 20 août dernier, soit dix jours durant, un expert international, M Dieudonné TSHYOYO, a administré à 23 membres et personnels administratifs de la CENI, des cours sur comment bâtir des ressources en démocratie, sur la gouvernance des élections communément appelés Bridge.
Les membres de la CENI ont été attentifs durant les 10 jours de formationLa méthode représente un cours de développement professionnel le plus complet qui existe en administration électorale. Il a été conçu par les administrateurs électoraux eux-mêmes, personnes possédant une grande expérience dans le domaine des élections dans des pays et des contextes différents. Le projet accroît les compétences, les connaissances et la confiance en soi aussi bien chez les professionnels en matière électorale que les principales parties prenant part au processus électoral, tels que médias, partis politiques et observateurs électoraux.
La méthode bridge s’inspire de normes et de principes internationaux, d’un vaste recueil des meilleures pratiques produit par les experts de ACE, Electoral Knowledge Network, de publications émises par IDEA, IFES et PNUD, d’articles universitaires, de rapports d’élections, d’échantillons puisés dans la législation électorale, d’études de cas ainsi que d’activités développées par une gamme de praticiens provenant de régions diverses et possédant l’expérience nécessaire. Cette méthode a été conçue pour apporter aux nouveaux venus dans le domaine de l’administration électorale, un aperçu complet du travail électoral, offrir aux fonctionnaires expérimentés une nouvelle compréhension des principes qui sous-tendent leurs tâches et informer les profanes des principaux défis que suppose l’organisation d’élections.
Le président de la CENI remettant une attestation de participation Le projet vise à accélérer l’apprentissage et l’acquisition de compétences par les participants tout en leur inculquant le sens du professionnalisme et d’un comportement éthique. Les autres auditeurs potentiels sont : commissaires électoraux, personnel des structures en charge de l’organisation des élections, journalistes, partis politiques, hommes politiques, forces de sécurité, groupes de la société civile, étudiants, universitaires.
La méthode s’appuie fortement sur le projet ACE (Administration and Cost of Elections) et a été conçue pour répondre aux besoins d’organisations ayant adopté ou souhaitant adopter les principes de management moderne basés sur la diversité, l’équité, la sensibilité interculturelle, l’inclusion et un usage optimal des compétences de tout le personnel. Bridge est composé de deux versions dont la deuxième comporte 23 modules notamment deux modules de base qui constituent, en fait, une introduction des normes et des principes de fondements ainsi que les compétences requises pour une pratique efficace de la gestion électorale.o

Le BRIDGE, qu’est ce que c’est ?

La méthodologie BRIDGE :
• Elle n’est pas directive. Elle se veut un encouragement pour les participants à faire preuve d’inventivité et à affronter les divers défis avec les solutions adéquates.
• Elle est flexible. Le cours a été préparé en modules et peut être dispensé de façon soit à couvrir tous les aspects de l’administration électorale, soit en insistant sur tel ou tel aspect du processus électoral.
• Elle est adaptée aux différents contextes régionaux et culturels. Elle peut être modifiée afin de répondre aux besoins spécifiques des clients.
• Elle est participative. Le cours comporte peu d’exposés magistraux. Les participants sont invités à jouer un rôle actif, le but étant de mettre à profit leurs propres compétences et leurs expériences.
• Elle met l’accent sur la pratique. L’objectif est de développer des compétences dans des domaines importants pour le travail quotidien des administrateurs électoraux tout en mettant l’accent sur la compréhension des relations entre les tâches afin de leur permettre de tenir des délais très serrés avec efficacité.
• Elle favorise le travail de groupe et la formation de réseaux. Les participants apprennent à se connaître et ont la possibilité de créer des réseaux soit au sein de leur organisation, soit entre les différentes organisations, pays et cultures.
• Son champ d’application est universel, elle s’appuie sur des exemples comparatifs afin de présenter des options et des utilisations optimales.
• Elle se sert de contenus développés par des experts électoraux de par le monde.

Frédéric ILBOUDO
Source Doc CENI, Internet

Dieudonné TSHYOYO, administrateur des élections
“Bridge est une méthode qui bâtit les astuces en démocratie”

M. Dieudonné TSHYOYO, facilitateur de la formationA la clôture de la formation en Administration électorale, appelée Bridge, au profit des membres de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante), nous nous sommes entretenus avec le formateur, expert en Administration électorale (qui préfère la terminologie de facilitateur), M. Dieudonné TSHYOYO. Ce représentant-pays de l’Institut électoral d’Afrique Australe basée en Côte d’Ivoire, nous explique le bien-fondé de la méthode Bridge.

 

En quoi consiste cette formation ?
Dieudonné TSHYOYO (D.T) :
Cette formation a consisté à renforcer les capacités, les compétences des membres de la CENI (Commission Nationale Electorale Indépendante) et aussi du personnel administratif dans le domaine de l’Administration électorale en utilisant la méthode Bridge.

Qu’est-ce que c’est cette méthode Bridge ?
D.T :
Bridge est une méthode qui bâtit les astuces en démocratie, en gouvernance et élection. C’est une méthode qui est basée sur l’apprentissage pour les adultes. C’est l’ensemble des individus qui travaillent déjà dans le domaine des élections, qui ont une certaine qualification de par leur formation académique, mais aussi qui ont une expérience sur le terrain de par leur propre profession.
Nous avons pour rôle de mener ensemble des discussions sur les sujets qui sont universellement reconnus et des principes qui sont appliqués à travers le monde et qui ont prouvé leur efficacité dans le domaine des élections. Ainsi, nous arrivons à dégager les grands principes qui vont guider l’action des participants dans le futur.

Pourquoi ce choix ?
D.T :
Là où le Bridge a été organisé il a été prouvé que les membres de la commission électorale ou les organismes chargés de l’Administration des élections ont amélioré leur savoir-faire.
Le Burkina Faso a été le premier pays, en septembre 2004, à organiser un bridge francophone. Je crois que dans la vision de la CENI, c’est une préparation dans la perspective des échéances électorales prochaines.

Y a-t-il d’autres formes de méthodes électorales ?
D.T :
Il n’y a pas de méthodes électorales. Il y a plutôt des ressources électorales. Ce sont les méthodes d’apprentissages qui peuvent varier d’une institution à une autre. La matière électorale bien qu’elle demande une certaine expertise, elle n’est enseignée dans aucune université en vue d’une spécialisation en administration électorale. C’est comme ça que les ressources Bridge viennent en complément des formations reçues à l’université, que vous soyez juristes, politiques, informaticiens ou économistes, afin de les rendre accessibles à tous. Ce sont des ressources qui s’intéressent aux médias, aux organisations de la société civile et partis politiques.
Ici c’est pour faire accepter à toutes les parties prenantes quel qu’elles soient certains principes, concepts, terminologies qui sont utilisés en matière électorale.

Est-ce que l’application de cette méthode en Afrique peut aider à résoudre le problème de transparence ?
D.T :
Dans les pays qui ont compris le bien-fondé de la méthode Bridge, qui ont organisé une formation de façon régulière tels l’Afrique du Sud, le Ghana, la RD-Congo, le Burkina Faso, il y a une nette amélioration en matière de processus électoral. Il y a quelques années de cela, on ne tenait pas d’élection sur ce continent. Le pouvoir changeait de main comme on le voulait. Aujourd’hui, même ceux qui organisent mal les élections reconnaissent sa nécessité. Les élections sont donc devenues une réalité sur le continent. Reste à ce que les acteurs se forment, s’informent sur les bonnes pratiques en matière électorale et les appliquent. Cela va amener nos pays à un niveau supérieur de la démocratie.

Est-ce que le Bridge a des limites ?
D.T :
C’est une méthode qui est basée sur des ressources qui sont universellement acceptées et qui sont adaptables à tous les contextes. Il suffit de faire des bons états de lieu de façon que le programme, tel qu’il est dispensé, puisse répondre aux besoins réels qui sont exprimés sur le terrain.
Ce n’est pas la ressource elle-même, mais c’est l’effort que les organisateurs doivent faire de façon à évaluer leurs vrais besoins pour que la formation réponde de façon efficace aux attentes.

Est-ce que les participants, après 10 jours de formation, ont exprimé leur satisfaction?
D.T :
En tant que facilitateur, j’ai été très impressionné par la participation active de toutes les personnes qui ont été sélectionnées pour prendre part à cette formation. Les débats ont été vraiment animés sur des questions qui ont été déjà réglées au niveau du Burkina Faso que sur la plupart des questions qui restent en suspens. La formation a été une bonne occasion de revisiter tel ou tel aspect du problème et partager des expériences avec des Burkinabè qui ont pris part à des élections dans d’autres pays. Ces débats ont permis de dégager certaines options. Il est question maintenant de savoir comment les participants, qui sont tous membres de la CENI, vont capitaliser ces acquis et les introduire dans le système électoral pour l’améliorer. C’est dire qu’il n’y a pas de système qui soit parfait et il faut de façon régulière évaluer, consolider les acquis et corriger les déficits.o

Issoufou MAÏGA

Des participants apprécient

Abdoul Karim SANGO, membre de la CENI
Abdoul Karim SANGO, membre de la CENILe concept «bridge» dit : bâtir des ressources humaines pour la démocratie, la gouvernance et les élections.
Vous savez que la question des élections est complexe. Il suffit d’imaginer un peu les situations conflictuelles qui naissent à la suite d’élections souvent mal organisées ou des élections à travers lesquelles les acteurs ne se sont pas suffisamment bien compris. A priori, on a l’impression que les élections, tant qu’on les organise, ne posent pas de problème. On croit, en fait, que c’est une tâche très facile. C’est pour cela que la CENI, consciente des limites des forces de ses membres, en partenariat avec le programme des Nations unies pour le développement (PNUD), a établi un partenariat qui s’étale sur cinq (5) ans renouvelable chaque année. Un volet de ce partenariat est le renforcement des capacités des membres de la CENI et de son personnel administratif en matière électorale, l’objectif étant d’avoir finalement une CENI très professionnelle.
Vous savez que lorsqu’on arrive à la CENI, chacun vient d’horizon divers. Il y en a qui ont des profils de juriste, d’ingénieur, d’officier de l’armée, etc. A priori, la matière électorale n’est pas une matière que nous maîtrisons comme ça. Voilà un peu dans quel sens il faut comprendre l’organisation de ce séminaire qui a duré une dizaine de jours. Cette formation nous apporte un plus dans la mesure où elle nous permet, à partir de l’expérience du formateur, d’avoir connaissance des expériences vécues ailleurs. Aujourd’hui, on a de plus en plus une approche comparée dans la gestion des élections. Certains pays ont des expériences de la CENI où ça marche parfois mieux ou moins que chez nous. Cette formation nous permet à partir de ce regard croisé sur le fonctionnement des systèmes électoraux dans les différents pays de savoir quelles sont les véritables limites de notre système et de nous nourrir de l’expérience des autres pour voir comment apporter des réponses aux problèmes que nous avons dans notre système. Vous avez toujours des contestations, même dans les systèmes les plus sophistiqués et les plus performants d’Administration des élections. Mais comme la formation nous l’a appris, le conflit est inhérent à la vie des êtres humains et le conflit en matière électorale est une chose normale. Ce qui est anormal c’est de ne pas disposer de mécanismes performants pour gérer les conflits. A travers ce séminaire, nous avons eu des outils qui nous permettent, soit d’anticiper sur les conflits, soit de pouvoir les gérer de façon efficace.

Seydou OUEDRAOGO, membre de la CENI
Seydou OUEDRAOGO, membre de la CENICe séminaire est une formation complète sur la gestion du processus électoral depuis la conception des listes à la publication des résultats définitifs par les différents organes chargés de gestion des opérations électorales. C’est une formation qui s’est étalée sur 10 jours au cours de laquelle nous avons beaucoup appris. C’est une formation du donner et du recevoir parce que tous les participants étaient amenés à montrer leurs expériences en matière d’organisation des élections. Nous avons aussi appris tout ce qui se passait dans les différents pays qui nous entourent et au-delà même de l’Afrique. C’est un cours magistral que nous avons appris et nous sommes aujourd’hui aptes à organiser les élections au Burkina Faso et dans tous le pays où ils auront besoin de l’expertise burkinabè en la matière. La méthode «Bridge» est une méthode générale qui s’applique à toutes les différentes commissions de gestion des opérations électorales en Afrique et dans le monde. Une fois que vous apprenez ces choses-là, vous êtes aptes à contrôler les élections dans votre pays et au-delà parce que vous apprenez pratiquement tout ce qui se passe dans ces différents pays. C’est ça la particularité et je pense que c’est un avantage comparatif que nous avons par rapport à nos amis qui se trouvent dans d’autres commissions et qui n’ont pas appris cette méthode-là. Une fois que vous apprenez cette méthode, vous pouvez même relire le code électoral et trouver ses failles et faire des propositions au législateur pour améliorer le processus électoral au niveau du pays.

Agnès COMPAORE, membre de la CENI
Agnès COMPAORE, membre de la CENICette formation nous a été très utile parce qu’on ne connaissait pas l’Administration dans le processus électoral. Avec le projet bridge c’est la première fois que nous recevons une formation par rapport à ça. La formation était la bienvenue parce que nous sommes en train de nous préparer pour les élections de 2010. Ça nous fait vraiment un plus dans le travail qu’on faisait avant.
La méthode bridge retrace tout le processus électoral du cycle électoral jusqu’à la proclamation des résultats définitifs. Notre souhait était même qu’on étende cette formation à d’autres acteurs de l’organisation des élections, ce qui allait alléger le travail. Il y a des choses qu’on ignorait avant la formation.

Alima ZONGO, cadre d’appui à la CENI
Alima ZONGO, cadre d’appui à la CENIC’est pour renforcer nos capacités en matière électorale que nous avons pris part à ce séminaire de formation dit bridge. Nous avons appris les expériences des autres pays en matière électorale de même que comment parfaire les opérations électorales dans notre pays.
Je suis présentement apte à affronter de nouveaux défis. Il y a beaucoup plus de planification dans la méthode bridge. On a appris comment mieux planifier les opérations électorales et mieux résoudre le contentieux électoral.

 

 

Moahamet TALL, CENA (Commission Electorale Nationale), Sénégal
Moahamet TALL, CENA (Commission Electorale Nationale), SénégalJ’apprécie d’abord la CENI du Burkina Faso pour son esprit d’ouverture, son désir d’aller toujours vers les autres commissions électorales sœurs pour une meilleure compréhension, une meilleure intégration.
Cette formation nous a paru très pratique. Elle a abordé tous les aspects du processus électoral non pas seulement les aspects récurrents ; mais ceux aussi virtuels de la pratique électorale… Désormais, le commissariat électoral saura mieux appréhender les choses et faire face aux différents outils qui vont intervenir dans la gestion du processus électoral. C’est une arme qui permet la consolidation des acquis, des connaissances et faire découvrir aux administrateurs électoraux de nouvelles choses. Ce n’est pas seulement un cours sur un système électoral, mais des systèmes électoraux.o

 

Propos receullis par
Angelin DABIRE (Stagiaire)

 

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