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La Une du n°619
La Une du n° 619
Lettre de l'Editeur : N°619 du 26 août au 1er septembre 2009

G14 : Reniement et aveu d’impuissance

A lire le G14, on a l’impression qu’il reproche au CDP de justement jouer ce rôle. En effet, il semble que ce parti ait entrepris de multiples actions de communication pour inciter les populations à bénéficier de la mesure. Peut-on raisonnablement lui en vouloir ? Certainement que «Non» et le G14, tout en reconnaissant de fait qu’il a été devancé sur le terrain, en appelle à la mobilisation des siens. S’il faut donc s’en prendre à des partis politiques dans cette affaire, c’est à ceux qui ne sensibilisent pas les populations afin de les inciter à prendre attache avec les services habilités pour se procurer leur acte d’Etat civil.

A l’occasion du 46e anniversaire du Parti Africain de l’Indépendance (PAI) dont une des tendances siège en son sein), le G14 est sorti de sa légendaire torpeur pour pondre une déclaration des plus curieuses et biscornues. C’est le cas de le dire car la concomitance des deux faits est si peu fortuite, rien dans le paysage politique ne justifie une telle sortie, qu’on ne peut pas ne pas les lier, d’autant plus que dans le fond, ladite déclaration sonne à la fois comme un aveu d’impuissance et un reniement. Que dit cette fameuse déclaration ?
Rien moins que le pouvoir serait en train de transformer les «opérations citoyennes de délivrance gratuite d’acte d’Etat civil» à la population, en une action politicienne « consistant à ne donner l’information qu’aux militants du parti au pouvoir (CDP) et des partis de la majorité présidentielle… ». C’est à tomber des nues, car non seulement au lancement de l’opération, le même G14 la traitait de tous les noms d’oiseaux, mais en plus il avait violemment refusé de s’y associer au prétexte fallacieux que les partis politiques n’avaient rien à y faire.
Quand on sait que cette opération a été décidée en conseil des ministres, que toute la presse nationale en a parlé, qu’elle est publiée au Journal officiel, que son lancement a été largement couvert par tous les médias d’information générale que compte ce pays, que tous les partis politiques étaient conviés à la cérémonie, que le G14 a bruyamment refusé d’y prendre part devant micros et cameras, se payant à l’occasion un coup de pub gratuit, il y a de quoi se demander où il va chercher cet argument d’information intimiste qui ne mettrait que les partisans du pouvoir dans la confidence. Quant à l’opération elle-même, comme le dit le G14 dans sa déclaration, elle est exécutée par les « communes rurales notamment, au niveau des provinces et des départements… » ce qui en dit long sur son caractère populaire ou en tout cas public. A moins de vouloir faire croire que l’opposition n’est présente dans aucune de ces communes rurales, ce qui serait assurément une grosse contrevérité, on ne peut pas admettre que celles-ci puissent procéder à l’opération à son insu. C’est dire que non seulement il n’y a pas eu de volonté d’ostracisme, mais que cela ne se pouvait pas, à moins de refuser délibérément de prendre en compte les sympathisants de l’opposition, ce qu’elle n’ose d’ailleurs pas prétendre.
Au moins, l’adresse du G14 nous l’aura montré sous un nouveau jour. En effet, c’est bien la première fois qu’il reconnaît la justesse d’une décision gouvernementale et accepte de la promouvoir. Même s’il utilise pour ce faire un langage sibyllin avec la rhétorique qui va avec. Le fait est à saluer, étant entendu que même la plus belle femme du monde ne peut pas donner plus que ce qu’elle n’a. Surtout que dans un premier temps, se conformant à ses réactions stéréotypées, il avait rué dans les brancards envoyant de manière particulièrement discourtoise le ministre de l’Administration territoriale voir ailleurs, alors que celui-ci voulait les associer pleinement à l’opération. Il y a donc comme un parfum de reniement qui ne dit pas son nom et ce n’est pas trop tôt même s’il est vrai qu’il vaut mieux tard que jamais. Mais il aurait parfaitement pu jouer la carte de la transparence, ce qui aurait donné plus de crédit à son appel à la mobilisation. Toute la classe politique n’y joue-t-elle  pas son avenir ?
Parce que cette opération est des plus importantes et déterminera l’issue des toutes prochaines élections, elle requiert l’attention de tous. Cela est connu de tous et chacun devrait en conséquence se mobiliser pour sa réussite. A notre sens, au vu des enjeux elle devrait susciter plus d’enthousiasme aussi bien au sein de la classe politique, que de la société civile surtout sa branche prompte aux critiques et curieusement absente lorsqu’il s’agit de mettre la main à la pâte pour aider concrètement notre processus démocratique à avancer. On aurait aimé voir un peu plus à l’œuvre toutes ces associations de « bénévoles » qui ne jurent que par la démocratie et qui aiment à pondre des analyses sur son état. Comme quoi la critique est facile, c’est l’action qui est difficile.  Ainsi chantait Black So Man.
Pour revenir au déroulement de l’opération en cours, même si on peut reprocher au gouvernement de n’avoir pas entrepris une campagne de communication spécifique sur la question, on peut difficilement lui reprocher une information partisane pour la simple et bonne raison qu’une telle entreprise est matériellement impossible compte tenu de la nature de l’opération. Dans tous les cas de figure, cela n’absout pas les partis politiques de jouer leur partition d’information, de formation et de sensibilisation des populations d’autant qu’il s’agit d’un sujet hautement politique et citoyen. Pour une fois que l’Etat offre tout, ils devraient s’engouffrer dans la brèche et amener leurs militants et sympathisants à en profiter.
A lire le G14, on a l’impression qu’il reproche au CDP de justement jouer ce rôle. En effet, il semble que ce parti ait entrepris de multiples actions de communication pour inciter les populations à bénéficier de la mesure. Peut-on raisonnablement lui en vouloir ? Certainement que « Non » et le G14, tout en reconnaissant de fait qu’il a été devancé sur le terrain, en appelle à la mobilisation des siens. S’il faut donc s’en prendre à des partis politiques dans cette affaire, c’est à ceux qui ne sensibilisent pas les populations afin de les inciter à prendre attache avec les services habilités pour se procurer leur acte d’Etat civil. Quant on sait que ces actes devraient servir à l’établissement de la Carte nationale d’identité numérisée appelée à être l’unique pièce d’identification des électeurs, les partis politiques devraient être plus présents, particulièrement ceux de l’opposition qui dénoncent depuis longtemps la multicité de ces documents d’identification comme une des principales sources des fraudes dont ils accusent régulièrement le parti au pouvoir. C’est dire s’ils sont interpellés !
Ils devraient donc arrêter de nous divertir et retrousser les manches, à moins qu’ils ne veuillent rester ce qu’ils  sont actuellement! Dans ce cas de figure, qu’ils cessent de nous bassiner les oreilles sur « l’alternance ». On comprend ainsi d’ailleurs pourquoi ils réclament que celle-ci soit au besoin au forceps même si pour cela la démocratie, celle qui magnifie le peuple à travers le suffrage universel, doit en prendre un coup.

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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