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La Une n°621
La Une du n° 621
ACTUALITE: N°621 du 09 au 15 septembre 2009

Imam Ismaël TIENDREBEOGO, de l’Association des élèves et étudiants musulmans du Burkina (AEEMB
«…. Dieu maudit le spéculateur en ce mois béni du Ramadan»

En ce mois béni de Ramadan, les fidèles musulmans sont dans la pénitence, l’abstinence et la prière. C’est un mois également ou certains faits et gestes sont souvent mal compris ou mal interprétés aussi bien par certains fidèles que par les croyants d’autres confessions religieuses. Il en est ainsi, par exemple, des crachats, des musulmans qui ne tendent plus la main aux femmes, ou tout simplement des prix des premières nécessités qui flambent alors que la majorité des commerces est tenue par ces derniers. Autant de préoccupations que nous avons voulu éclaircir en rencontrant un responsable religieux. L’imam Ismaël TIENDREBEOGO de l’Association des élèves et étudiants musulmans du Burkina (AEEMB) a accepté nous éclairer.

Selon vous, est-il aujourd’hui facile ou difficile de faire le jeûne au regard de la vie moderne que nous menons ?
I.T :
Il faut dire qu’il y a trente ou quarante ans et voir plus, le jeûne musulman était plus difficile. Et pour cause, les hommes d’alors exerçaient des travaux beaucoup plus physiques, alors qu’aujourd’hui, nous faisons des travaux beaucoup plus intellectuels que physiques. Il y a quarante ans, la plupart gagnaient leur vie dans les travaux champêtres, c’était donc plus difficile qu’aujourd’hui. De nos jours, nous avons beaucoup plus de commodités comme les ventilateurs, les climatiseurs, qui adoucissent un peu le climat quand il fait chaud. On se rappelle que lorsque le mois de Ramadan tombe sur le mois d’avril, souvent certains sont obligés d’asperger d'eau sur des morceaux de tissus pour se rafraîchir afin de pouvoir supporter la chaleur. Ce sont, entre autres choses, qui montrent que c’était beaucoup plus difficile pour les musulmans d’avant de faire le jeûne que les musulmans d’aujourd’hui que nous sommes.

Y a-t-il des inconvénients que cette modernité entache sur la pratique de notre foi ?
I.T :
Il y a beaucoup plus d’inconvénients aujourd’hui de faire le jeûne car, comme vous le savez, le jeûne est d’abord spirituel, ce n’est pas seulement une abstinence physique, il y a aussi une éducation des sens. Il faut que les sens aussi jeûnent. Une éducation des sens dans la mesure où les yeux, les oreilles, la bouche doivent être éduqués à respecter la discipline que le croyant ou la croyante doit s’imposer pendant le mois de Ramadan. Il y a trente ou quarante ans, les filles ne s’habillaient pas d’une certaine façon qu’aujourd’hui ; et les jeunes n’étaient pas exposé aux relations sexuelles avant le mariage que maintenant et ça c’est peut-être une difficulté.

L’on constate en ce temps de jeûne que bon nombre de fidèles musulmans crachent beaucoup et ont recours au cure-dent. Est-il interdit d’avaler la salive quand on est en jeûne ?

Non, il n’est pas interdit d’avaler sa salive pendant le jeûne, pas la salive de quelqu’un d’autre. Je parle, par exemple, lors des embrassades ou des choses de ce genre qui ne sont pas interdits si la personne peut se contrôler et ne pas aller jusqu’à la relation sexuelle pendant le mois de Ramadan et avec son épouse ou son époux. Je précise bien. Il n’est pas interdit d’avaler sa salive, maintenant, certains ont du scrupule parce qu’ils se disent que c’est peut-être sale parce qu’ils n’ont pas mangé de journée, etc. En Islam, il y a une hygiène de la bouche qui doit être observée et le Prophète (SAW) a recommandé et conseillé à ce qu’on se cure les dents avant chaque prière. Si donc cette hygiène de la bouche est respectée, il n’y a aucune raison qu’on ait du gène à avaler sa salive parce qu’on va avaler une salive propre et c’est notre salive. Il y a aussi ceux qui ne savent pas que islamiquement celui qui jeûne, on ne lui interdit pas d’avaler sa salive parce que sa salive vient de lui-même.

Comment doit être le musulman en période de jeûne en terme d’hygiène et de propreté, notamment l’utilisation des parfums, des vêtements, etc. ?
I.T :
En matière d’hygiène, l’Islam est très clair. L’Islam dit que la propreté c’est la moitié de la foi. Donc, quand on est musulman, on doit être propre. Se parfumer c’est agréable pour le musulman homme parce qu’en l’Islam on dit que le prophète SAW aimait les parfums et il disait : «Ne refuser jamais les parfums parce que c’est un cadeau non encombrant qui dégage une bonne odeur». Dans un autre adis, il dit que : «Ce qui fait plaisir aux hommes, plait également aux anges et ce qui déplait aux hommes déplait aux anges». Il n’aimait pas particulièrement les mauvaises odeurs de la bouche ou des aisselles et ses compagnons le savaient. De ce point de vu, le musulman doit être propre physiquement ainsi que de ce qui est de ses vêtements. L’Islam n’encourage pas du tout la saleté, et un des adis le confirme en disant que : « La saleté vient du diable…». Même au niveau des ongles, on va demander au musulman de ne pas faire quarante jours sans se couper les ongles, et de faire en sorte que ses ongles soient constamment propres.

Que répondez-vous à ceux qui soutiennent que l’Africain doit être exempté de jeûne au regard de sa condition?
I.T
: Je crois que DIEU est au courant de nos conditions plus que les humains. Et si Dieu n’a pas fait d’exception pour recommander le jeûne afin de lui plaire, il n’y a pas un seul homme plus intelligent pour faire cette exception du jeûne au niveau des Africains. Et je crois que chaque civilisation a aussi des difficultés dans ses conditions de vie. Prenez l’Arabe, qui vit au désert, qui n’a pas d’arbre, qui n’a pas assez de pluie, et qui vit plus durement même que nous Africains. Mais Dieu a fait en sorte que les organismes s’adaptent et de toute façon, les prescriptions religieuses n’ont jamais eu pour but de tuer, ou rendre malade le croyant. Dès qu’il y a des difficultés et que les conditions sont telles qu’il faut que la personne s’abreuve, elle rompt son jeûne et elle s’abreuve. Si elle persiste, ce n’est pas un acte de foi. L’Islam ne nous prescrit pas de nous suicider à travers les actes cultuels qu’il propose. Et le coran dit : «Ne vous tuez pas vous-mêmes parce que Dieu est plein de miséricorde à votre égard».

Dans quelles conditions peut-on et doit-on, lever un jeûne ?
I.T :
D’abord, pour des raisons de santé, on peut lever son jeûne. Lorsqu’un musulman est en jeûne et que son état de santé exige qu’il prenne des médicaments pour ses soins, ou la prise de boisson pour se réhydrater, l’Islam ne voit aucun inconvénient à cela. Deuxièmement, lorsqu’un musulman est en voyage, et pendant son voyage, il se rend compte que les conditions du voyage sont telles que s'il ne rompt pas son jeûne il ne pourra pas supporter le voyage, et qu’il va avoir des problèmes de santé, il rompt son jeûne. Le Coran prescrit que le voyageur qui va au-delà de 81km environ, il est exempté de jeûne. S’il veut jeûner, c’est à son avantage, mais s’il ne jeûne pas, il n’a pas de péché pour n’avoir pas jeûné.

Mais y a-t-il des travaux ou des activités spécifiques pour lesquels l’islam recommande de lever le jeûne?
I.T :
Ça dépend. Certains savants disent que quand quelqu’un exerce un travail physique, très dur, tel que le travail de carrière et qu’il n’a pas autre chose à faire et que l’interruption ou le faiblissement de son activité pendant le mois de Ramadan peut-être préjudiciable à la recherche de sa subsistance, il peut lever son jeûne. Mais il faut vraiment que les conditions soient extrêmes, il faut soumettre ses conditions de travail à un savant musulman pour qu’il voit si cela nécessite une levée du jeûne. Car ne pas jeûner en Islam sans raison, c’est un péché très grave. Et quand quelqu’un rompt son jeûne sans raison, l’Islam nous dit qu’il doit observer deux mois de jeûne successivement sans interruption, plus le jour qu’il aura manqué. Si c’est deux jours, ça sera deux mois fois deux et si c’est trois jours ça sera deux mois fois trois ainsi de suite. Et s’il n’arrive pas à faire cela on lui demandera de libérer un esclave et s’il n’a pas d’esclave à libérer, on lui demandera de nourrir 60 pauvres.

L’on constate que pendant le mois de jeûne les musulmans ne lésinent pas sur les dépenses. Est-ce une prescription ?
I.T :
Il faut dire que dépenser pendant le mois de Ramadan dépend d’abord le la poche de tout un chacun. Parce que même si c’est une obligation religieuse l’Islam dit : «Que Dieu n’impose pas à une âme une charge au-dessus de ses moyens». Si Dieu vous dit de faire et si vous n’avez pas les moyens de le faire, la prescription est levée sur vous. Il n’y a pas une dépense que l’Islam impose à quelqu’un pendant le mois de Ramadan. C’est nous dans nos façons de vivre qui nous imposons ces dépenses. C’est nous dans nos conditions de vie qui achetons certaines choses, parce que islamiquement, pour la rupture du jeûne on n’a besoin que d’une datte, ou de trois dattes fraîches. Une datte ou trois dattes sèches suffisent simplement. Il en est de même qu'une gorgée d'eau.

Comment vous expliquez le déploiement de moyens et de nourritures pendant le jeûne ?
I.T
: Ce déploiement comme vous le dites n’est pas l’objectif de l’Islam. Il est dit dans le Coran : «Mangez et buvez et n’exagérez pas. Car Dieu n’aime pas ceux qui exagèrent.» C’est dire donc que les musulmans ne doivent pas exagérer dans la nourriture au moment du Ramadan. Et le prophète a dit dans un adis que : «Nous sommes un peuple qui ne mange que quand il a faim, et quand il mange, c’est sans excès». C’est dire qu’à la rupture, on n'a pas besoin de se goinfrer, on prend juste ce qu’il faut parce que quand on mange trop on ne peut même plus se tenir droit pour la prière. Il y a une parole prophétique qui dit que : « Le matin il faut manger comme un roi, à midi manger comme un prince, et le soir, manger comme un pauvre », pour dire que le soir on doit avoir un repas assez léger pour avoir un sommeil plus reposant.

Comment expliquez-vous le fait que pendant le mois de jeûne les prix des produits de premières nécessités flambent quand on sait que ce sont des musulmans qui sont les tenants des grands commerces ?
I.T :
La cupidité tout simplement. Et le prophète, SAW, a dit que Dieu maudit, soit le spéculateur. Quand on a un bien dont les autres ont besoin il ne faut pas créer artificiellement une pénurie pour pousser les gens à acheter cher. Il n’y a aucun bien dans cela. Et lorsque l’on vend un produit avec l’intention de faire des facilités à ceux qui observent une prescription religieuse, c’est une œuvre d’adoration. Un commerçant peut acheter du sucre à 500F le paquet et puis décider de vendre ça à 400F le paquet tout simplement pour plaire à Dieu. Il sera récompensé pour cela. Des attitudes comme ça, pour ceux qui sont en tout cas au premier niveau de la chaîne commerciale c’est la cupidité qui les guide. Maintenant pour ceux qui sont ou milieu ou à la fin de la chaîne et qui sont tenus de subir le diktat de modification des prix des grossistes ou des industriels, leur sort est moindre.

Est-il interdit de saluer les femmes pendant le mois de jeûne?
I.T :
Les musulmans saluent les femmes. Mais les musulmans ne donnent pas la main aux femmes, c’est autre chose. Les musulmans saluent les femmes parce que le prophète, SAW, a dit : «Quand on croise son frère en religion on lui dit "salamalekum, Dieu te prescrit dix bénédictions. Et si tu dis A salamalekum wa ramtoulaye …Dieu te prescrit vingt bénédictions et ainsi de suite». C’est dire donc que la salutation en l’Islam est un acte d’adoration, que ce soit du côté de l’homme ou de celui de la femme. Maintenant, l’autre aspect qui consiste à tendre sa main pour serrer celle de la femme, l’Islam le déconseille. L’Islam l’interdit même, surtout s’il y a un risque de séduction. Par exemple si je donne la main à une femme que je peux épouser, l’Islam me dit que c’est un acte interdit. Maintenant si c’est ma sœur, mon épouse, ma maman, des gens que je ne peux pas épouser comme ma tante, cela ne pose absolument aucun problème, en l’Islam. Ce n’est pas un problème lié à la femme, mais c’est un problème lié au type de relations que nous avons avec la femme à qui nous donnons la main.o

Interview réalisée par Frédéric ILBOUDO

 

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