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La N°622 du 16 au 22/09/09
La Une du n° 622
Lettre de l'Editeur :N°622 du 16 au 22 septembre 2009

L’épreuve dans l’épreuve

Tout le monde est interpellé sur la nécessité d’une gestion transparente, saine et propre des aides en faveur des sinistrés.
Aucun écart ne devrait être toléré d’autant qu’il est évident qu’il en est qui n’auront aucun scrupule à tremper la moustache.
En vérité, c’est à ce niveau qu’on attend le gouvernement. Car si on ne peut pas raisonnablement l’accuser dans la survenue du drame, la gestion des conséquences de celui-ci lui est imputable. Et pour le moment il est plus à féliciter qu’à blâmer. Il s’agit de continuer sur cette lancée et de rester vigilant.

C’est, dit-on, dans les grandes catastrophes qu’on reconnaît les grandes nations. Le Burkina Faso en fait la parfaite illustration depuis la pluie diluvienne du 1er septembre dernier sur Ouagadougou qui a fait 150 000 sinistrés, dont une dizaine de pertes de vies humaines et d’immenses destructions matériels dont on a peine à imaginer comment, on pourra en venir à bout.
Deux semaines après la survenue du drame, on peut mieux en mesurer l’ampleur et par conséquent mettre un volume à la somme de sacrifices et d’efforts qu’il faudra déployer pour réparer ce qui peut l’être, construire un présent acceptable à la place du chaos et du désarroi et entrevoir un avenir en remplacement des interrogations qui sont le lot quotidien des victimes, mais aussi de tous ceux qui se reconnaissent une parcelle de responsabilité dans tout ce qui peut arriver à cette nation.
Tout un programme, dirait l’autre, surtout au regard des exigences d’un contexte déjà difficile. C’est à croire que le ciel nous tombait pour de bon sur la tête.
Mais au vu de l’élan de solidarité et la mobilisation tous azimuts des acteurs socioéconomiques et de la classe politique toutes tendances confondues, on peut dire que la réaction et la réactivité des uns et des autres ont été à la hauteur des enjeux, même si on reste encore stupéfait devant l’étendue des dégâts. C’est du moins le sentiment général, comme si la situation obligeait à s’interdire toute polémique inutile à la recherche de boucs émissaires pour faire passer la pilule. En effet, de l’institutionnel au plus petit geste anonyme de soutien et de compassion, en passant par les organisations internationales, les réponses des Etats amis, des grandes entreprises nationales et multinationales, etc., il apparaît clairement que l’appel à la solidarité des autorités et les cris de détresse des sinistrés ont été entendus. Dans la présente situation de détresse extrême, cela a toute son importance, puisqu’en plus d’apporter des réponses aux urgences matérielles des victimes, cette célérité apporte un baume à leur cœur et minimise la dispersion des efforts en de veines conjectures. Assurément cela n’est pas de trop dans le contexte actuel où il faudrait bien peu de choses pour que la situation devienne totalement ingérable.
Ainsi, si on peut subodorer que la violence du sinistre a obligé les victimes à se concentrer sur l’essentiel, leur survie et sauver ce qui pouvait encore l’être, du côté des autres acteurs, on a pour l’essentiel fait chorus même si ici et là on en a entendu des vertes et des pas mûres. Mais pas du côté de l’opposition politique comme on l’imaginerait naturellement, même si certains derrière des allusions pour le moins perfides tentent de régler des comptes ou de tirer profit de la situation. Aussi anachronique que cela puisse paraître, ce sont plutôt des médias qui n’ont pas trouvé mieux que de faire dans des commentaires aux arguments tirés par les cheveux, pour incriminer le pouvoir non seulement dans la survenue de la catastrophe naturelle, mais l’accuser comme dans un procès en sorcellerie de délits présomptifs de mauvaise gestion des aides et d’exploitation politicienne du drame des populations. C’est vrai que, dans ce pays, on a une pratique plus que singulière du journalisme d’investigation, mais avouons que là c’est un peu trop fort d’accuser des gens de délits non encore constitués, de les juger et de les condamner. Mais en fait, ne sont-ils pas tout simplement dans leur rôle avec les exigences qui vont avec, notamment celle de boire le calice jusqu’à la lie dans des scènes burlesques. C’est à peine s’ils n’écrivent pas que le pouvoir a fomenté tout le drame pour en user à des fins politiciennes.
On l’aura compris, derrière toutes ces plumes s’agitent des opinions politiques incapables de s’assumer comme ces sankaristes qui «s’entreflinguent» entre ceux d’entre eux accusés de ne rien faire pour les sinistrés et les autres qui voudraient en profiter pour se remplir les poches à travers un appel à contribution en dehors des structures légales et transparentes décidées par l’Etat.
En effet, n’est-il pas curieux qu’un parti appelle ses militants à apporter leurs contributions à son siège. Quand on connaît les rapports ambigüs des sankaristes avec l’argent, on peut s’autoriser quelques réserves légitimes. Mais qu’à cela ne tienne.
Tout le monde est interpellé sur la nécessité d’une gestion transparente, saine et propre des aides en faveur des sinistrés.
Aucun écart ne devrait être toléré d’autant qu’il est évident qu’il en est qui n’auront aucun scrupule à tremper la moustache.
En vérité, c’est à ce niveau qu’on attend le gouvernement. Car si on ne peut pas raisonnablement l’accuser dans la survenue du drame, la gestion des conséquences de celui-ci lui est imputable. Et pour le moment il est plus à féliciter qu’à blâmer. Il s’agit de continuer sur cette lancée et de rester vigilant.
Il faut donc instaurer des sentinelles à tous les niveaux pour décourager les aventuriers et sévir dès les premiers signaux.

Ce serait une grave erreur que de se concentrer uniquement sur le niveau central. L’aide doit être suivie jusque dans la bouche du sinistré, dans sa couchette, etc. C’est le prix à payer pour ne pas avoir à s’étriper plus tard.o

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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