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la une du n°623
La Une du n° 623

Retro-Rétro – Gouvernance: N°623 du 23 au 29 septembre 2009

Sinistrés du 1er septembre
Des enfants inquiets sur leur avenir

Regroupés essentiellement dans les écoles, les sinistrés du 1er septembre n’ont évidemment pas tout ce qu’il leur faut pour bien vivre. Au-delà des besoins alimentaires moyennement assurés, il y a des sites où des sinistrés vivent dans une certaine promiscuité posant ainsi des problèmes d’hygiène si ce ne sont des enfants tenaillés par l’oisiveté. Et des associations n’ont pas manqué d’initier des séances de sensibilisation sur l’hygiène et des activités récréatives pour les enfants dont certains sont préoccupés tout de même par leur scolarisation..

Un petit tour sur deux des 288 sites d’accueil des sinistrés le vendredi 18 septembre dernier nous a permis de voir l’ambiance qui y règne. Les conditions de vie surtout. Le premier site visité est celui de l’école Kouritenga au secteur n°17 de Ouagadougou qui abrite 600 âmes dont près de la moitié sont des enfants de 5 à 16 ans. Au départ ce site accueillait 1734 personnes. Quatre salles de classe servent de dortoirs. Trois sont occupées par les femmes et les enfants. Les hommes occupant une salle. Ils quittent le site très tôt le matin pour aller vaquer à leurs occupations quotidiennes et ne reviennent que le soir. Les femmes se sont organisées pour faire la cuisine à tour de rôle. Elles ont fait savoir qu’elles reçoivent 10 000FCFA par jour pour la popote sans avoir à payer l’huile. Mais elles se cotisent 100FCFA pour acheter du bois. Selon certains témoignages, côté nourriture, les trois repas par jour sont garantis et chacun mange à sa faim.
Sur ce site il n’y a pas d’électricité. On aurait donné quatre lampes-tempête par salles mais pas assez de pétrole pour les tenir allumées toutes les nuits pour celles qui ne sont pas encore défectueuses. A cela il faut ajouter l’absence de moustiquaires qui exposent surtout les enfants au paludisme. Côté hygiène, l’UNICEF vient de dresser des box de toilettes et le CREPA des latrines ECOSAN. C’est l’ONEA qui assure la fourniture en eau potable. Ce qui permet de réduire de façon considérable les risques de maladie.
Toutefois, les occupants du site n’ont pas suffisamment intégré dans leurs gestes les bonnes pratiques hygiéniques. Sur place, on s’est émerveillé de trouver de jeunes volontaires qui font des séances de sensibilisation à l’endroit des adultes et des activités récréatives pour les enfants. Bénéficiant du soutien financier de l’UNICEF, dans la journée ils réunissent les enfants pour danser, chanter et faire des sketchs. Et le soir, ils organisent des causeries-débats thématiques avec les femmes autour de l’hygiène, le choléra, le paludisme, le civisme, l’entraide, etc. Il faut dire que cela est une initiative de ROJALNU-OMD, un réseau qui regroupe une dizaine d’associations assurant ce type d’animations sur une trentaine de sites. Ce sont les animateurs de l’association Trait d’union qui s’occupent du site de l’école de Kouritenga. Certaines femmes n’ont pas manqué de témoigner de l’interactivité de ces séances de sensibilisation et surtout de l’importance des activités récréatives pour les tout-petits. En plus de bien distraire les enfants, ces activités permettent à leurs mères de s’occuper autrement. Pour autant, Gérard OUEDRAOGO, un enfant de 7 ans, n’est pas au comble de sa joie. Dans cet univers où les enfants se partagent les petits souvenirs, le petit Gérard alors apprenti mécanicien au théâtre populaire avant le sinistre, a dû piquer le virus de l’école. Le frottement avec les autres enfants y est peut-être pour quelque chose. Maintenant, il exprime le besoin d’aller à l’école alors que nous sommes à la veille de la rentrée scolaire et les écoles ont déjà fini de recruter les nouveaux élèves. Son cas est loin d’être isolé parmi les enfants vivant sur les sites d’accueil. Il ressort cependant que le ministère de l’Education de base ne s’attelle pour le moment que sur le sort des enfants déjà à l’école.

Un repas par jour sur le site de Tampouy
Autre site autre réalité. Si à Kouritenga, les sinistrés disent manger à leur faim, ce qui est loin d’être le cas pour le site de l’école CFCPK annexe de Tampouy qui accueille actuellement 256 personnes dont 132 enfants. Ce site n’a de commun avec celui du secteur n°17 que les animations de sensibilisation et récréatives assurées cette fois par l’association Echanges nord-sud égalité hommes/femmes (ENSEHF) toujours sous l’égide du ROJALNU-OMD et avec le soutien financier de l’UNICEF. Là-bas, les salles sont électrifiées et les sinistrés dorment au moins sous moustiquaires. Mais le véritable problème, c’est l’alimentation. A notre passage, le début après midi du vendredi 18 septembre, rien ne bouillait sur le feu. Autrement dit, il n’y avait pas de cuisine. Les enfants qui s’égayaient avec les animateurs n’auraient même pas eu de goûter depuis leur réveil. Selon certains sinistrés, depuis quelques jours le stock de vivres est épuisé et les membres du comité d’arrondissement de crise leur auraient signifié qu’il n’y a plus de moyen de transport pour les approvisionner. Cependant, ces responsables chargés dudit site tout en s’inscrivant en faux ont fait savoir que le PAM avait décidé de s’occuper de celui-ci pendant deux semaines en les approvisionnant en couscous, en haricot et en huile. C’est ce qu’une source au PAM a confirmé tout en déplorant plusieurs tentatives de subtilisation de ses vivres par des sinistrés. En réalité, sur ce site il y aurait des sinistrés très influents qui entretiendraient le désordre et autorisent la cuisine selon leurs humeurs. Ce qui fait qu’il y a des jours où il n’y a pas de cuisine et les premières victimes de cette situation malheureuse sont les enfants. Alors pourquoi ne pas distribuer les vivres par foyer afin d’éviter que les uns soient soumis aux humeurs des autres qui décident de quand faire la cuisine ?o

Drissa TRAORE

Des zones interdites de construction par un décret

du conseil des ministres du 19/09/09

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I. Délibérations
I.1. Au titre du premier ministère

Le conseil a examiné et adopté trois (03) décrets
Le premier décret porte réglementation des bandes de servitudes des canaux primaires d’évacuation des eaux pluviales, des zones inondables inconstructibles et des zones submersibles dans la ville de Ouagadougou.
Le présent décret délimite une bande de servitude de cent (100) mètres de part et d’autre des limites de tout canal primaire d’évacuation des eaux pluviales aménagé.
Aucune construction à usage d’habitation ou à usage autre que d’habitation ne peut y être réalisée le long de tout canal aménagé pour l’évacuation des eaux pluviales.
Il définit des zones inondables inconstructibles et les zones submersibles ; sur toute l’étendue de ces zones ci-dessus définies, aucune construction n’est autorisée.
L’adoption du présent décret consécutif aux inondations du 1er septembre 2009 tout en répondant aux mesures d’urgence prises en vue de mieux protéger les personnes et les biens, participe à la mise en œuvre de la politique d’aménagement urbain. Le deuxième décret est relatif à la mise en place d’un dispositif de gestion des secours d’urgence suite aux inondations.
Le présent décret répond aux instructions du Président du Faso pour une plus grande participation de la société civile et des autres acteurs à la gestion des secours d’urgence. Ainsi, le dispositif comprend :
- le conseil d’orientation des secours d’urgence qui adopte les programmes d’intervention, l’affectation des budgets et statue sur toutes les initiatives relatives à la gestion de la crise;
- le conseil de gestion des secours d’urgence qui joue le rôle de conseil d’administration, supervise la mise en œuvre sur le terrain des programmes d’intervention ;
- l’unité de gestion qui est chargé de la collecte et de la centralisation des fonds ;
- et les unités opérationnelles qui sont chargées d’établir les projets de budget et leurs plans d’exécution.
- Le troisième décret est relatif à la nomination des membres du conseil de gestion des secours d’urgence.
- Au terme de ce décret, les personnes ci-après sont nommées membres dudit conseil :
Au titre du Gouvernement
- monsieur Jean Baptiste OUEDRAOGO, conseiller technique du ministre délégué chargé du Budget ;
- monsieur Raphaël ZONGNABA, directeur régional de l’Action et de la solidarité nationale du Centre ;
- Colonel Lazare YAGO, directeur de la Prévention des études et de l’administration.

Au titre de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina
- monsieur Gaspard OUEDRAOGO, vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso.
Au titre des Collectivités territoriales
- monsieur Hubert W. ZONGO, conseiller régional du Centre, Association des régions du Burkina (ARBF) ;
- monsieur Marc ZOUNGRANA, maire de la commune de Dapelogo, Association des municipalités du Burkina (AMBF).
Au titre des Communautés coutumières et religieuses
- Pasteur Etienne BAZIE, Fédération des églises et missions évangéliques (FEME) ;
- Monsieur Souleymane COMPAORE, Communauté musulmane,
- Monsieur Edmond Magloire TASSIMBEDO, Kamsaonga Naaba, autorités coutumières.
Au titre de la Société civile
- Pasteur Moïse NAPON ;
- Monsieur Mahamadou TOUNKARA, Plan Burkina.

Au titre des Partenaires techniques et financiers
- madame Ruby Sandhu Rojon, PNUD.

Au titre des Représentants des bénéficiaires
- madame Félicité SOMDA
- monsieur Jean Louis BAMOGHO.

Inondations du 1er septembre

Mogtédo aussi…

Le mercredi 16 septembre, le Comité Départemental de Secours d'Urgence (CODESUR) de Mogtédo a procédé à la distribution de vivres et de matériels aux sinistrés de la commune.
Le maire Joseph GUIGMA remettant du matériel et des vivres à un sinistréComposés de 90 nattes, 90 couvertures, 25 seaux, 7 cartons de savons et deux tonnes de maïs, ces vivres et matériels ont été distribués à une trentaine de familles qui sont dans une situation très critique.
En effet, ces familles qui comptent en tout plus 246 personnes ont tout perdu: maison et biens et se sont réfugiés dans des écoles ou chez des voisins. Le nombre total de familles touchées se chiffre à plus de 250 et les pertes matériels sont incalculables : greniers, animaux, volailles ont été emportés et plus de 500 hectares de cultures ont été inondées.
Monsieur le maire a saisi l'occasion pour traduire au nom du Conseil municipal toute la profonde gratitude de la population de sa commune au gouvernorat du Plateau central qui a offert ces dons. Mais a-t-il déclaré : «ces dons si précieux qui viennent à point nommé sont largement en deçà des besoins». C'est pourquoi il interpelle le gouvernement et toutes les personnes de bonne volonté à venir en aide à sa population en détresse. Il a enfin invité la population non sinistrée à faire preuve de plus de solidarité et d'entraide afin d'atténuer les conséquences négatives de cette catastrophe sur leurs frères.o


LAVOISIER

Croix-Rouge burkinabè
73 millions pour les sinistrés

"Prévenir et apaiser toutes les souffrances humaines en toute impartialité sans discrimination notamment de nationalité, de race, de sexe, de classe, de religion ou d'opinion politique", tel est l'un des principes du mouvement international de la Croix-Rouge. Pour traduire ce principe sacré du mouvement en acte, la Croix-Rouge avec le soutien de ses partenaires que sont le Comité international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (CICR), la Fédération internationale de la Croix-Rouge et la Croix-Rouge Espagnole, a procédé, le 17 septembre dernier au lancement d'une opération de remise de vivres et de non-vivres aux sinistrés de la ville de Ouagadougou. Ceux de Nioko II ont reçu leurs dotations ce jour.

Des sisitrés recevant du matérielEn matière d'organisation et d'actions sur le terrain en direction des sinistrés, le mouvement international de la Croix-Rouge est, sans conteste, le plus aguerri. C'est ainsi que, dès le 1er septembre dernier jour des inondations à Ouagadougou, elle a dépêché des équipes sur le terrain pour d'abord secourir des sinistrés et ensuite identifier des sites et leurs besoins immédiats. C'est ainsi que les 93 sites des premiers jours du sinistre ont été visités par le réseau des volontaires de la Croix-Rouge.
Mais au regard de la multitude des organisations qui interviennent sur le terrain, la Croix-Rouge a décidé de "concentrer" ses actions dans 3 arrondissements de la capitale pour plus d'efficacité. Ces arrondissements sont Baskuy, Bogodogo et Nongr'Massom. C'est ainsi que 48 sites ont été ciblés dans ces arrondissements est cela pour des appuis concrets afin de soulager la souffrance des sinistrés. Le 17 septembre donc, une équipe de la Croix-Rouge conduite par le 3e vice-président, Jean-Pierre BAYALA était à Nioko II pour la remise de matériels aux sinistrés. L'équipe de la Croix-Rouge était assistée des délégués du CICR et de la fédération.
C'est ainsi que des nattes, des moustiquaires, des pagnes, du savon, des seaux et du sel de cuisine ont été distribués aux sinistrés pour parer au plus pressé comme l'a dit, M. BAYALA.
Pour le Directeur national de la Croix-Rouge burkinabè, M. Wéléti MAIGA, la synergie d'action entre les volontaires et la direction nationale permet à la Croix-Rouge d'agir efficacement sur le terrain des interventions. Il a, à la suite du 3e vice-président, Jean-Pierre BAYALA, salué la contribution des partenaires de la Croix-Rouge.
Contribution répartie comme suit : CICR (41 millions), Fédération internationale (24 millions) et la Croix-Rouge espagnole (7 millions). Pour ces partenaires présents à la cérémonie, d'autres appuis techniques et financiers viendront. C'est ainsi qu'on apprendra que quelque chose sera fait pour la reconstruction.
L'Opération concernera au total 48 sites des 3 arrondissements retenus. Le site de Nioko II qui a abrité le lancement de l'opération compte au total 414 sinistrés.o

Ben Alex Béogo

Aides aux sinistrés du 1er septembre 2009
Quand des journalistes font parler leur cœur

Les membres du Réseau d’information, de communication pour l’hygiène, l’eau potable et l’assainissement (RICHE) ne sont pas restés en marge de l’appel à la solidarité nationale et internationale en faveur des sinistrés du 1er septembre. Ils ont manifesté leur compassion et leur solidarité à travers un don de vêtements et d’argent, le vendredi 18 septembre dernier à l’ex-palais de Koulouba.

La délégation du RICHE conduite par son président, Cyr P. OUEDRAOGO (2è à partir de la droite) se dirigeant dans la salle d’accueil pour la remise du don.«Nous sommes des citoyens avant d’être journalistes. Donc nous ne pouvons qu’être émus par ce qui est arrivé à certains de nos compatriotes qui ont tout perdu avec les inondations.» C’est en ces termes que Cyr Payim OUEDRAOGO, président du RICHE a exprimé le sens de l’aide que ses confrères ont tenu à apporter aux sinistrés du 1er septembre dernier. Surtout pour les membres d’un réseau qui œuvre pour l’accès des ménages pauvres à l’eau potable et à l’assainissement, cette catastrophe ne saurait les laisser indifférents. En effet, si les conséquences de la pluie diluvienne laissent un message : l’action, le bureau exécutif du RICHE, bien conscient que toute contribution est nécessaire, a lancé une opération de collecte de biens au profit de nos frères et sœurs en situation difficile. C’est ainsi que les membres ont pu contribuer avec une somme de plus de 80 000 FCFA et des vêtements.
Le coordonnateur de GTF/RICHE Dieudonné SOUBEIGA a remis la contribution du réseau.Pour Dieudonné SOUBEIGA, coordonnateur de GTF/RICHE, qui était chargé de la remise de dons : «Cette contribution peut paraître comme une goutte d’eau dans la recherche des solutions aux problèmes des victimes. Mais, nous sommes persuadés qu’une conjugaison des gouttes d’effort pourrait créer une mare d’efforts de solidarité en direction des victimes.» Au-delà du montant donné, M. SOUBEIGA relève que c’est dans un élan de dons désintéressés qu’on aura réellement participé à la compassion et à la souffrance des victimes qui ont tout perdu, le 1er septembre. Et comme il fallait s’y attendre, à chaque fois que l’occasion est donnée aux journalistes de s’exprimer, ils ne manquent pas de ‘’suggestions’’. Ainsi, le coordonnateur de GTF/RICHE n’a pas manqué de formuler le vœu d’une bonne gestion des aides aux sinistrés tout en invitant toutes les bonnes volontés à faire leur cette méditation biblique : « J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger. J’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire. J’étais étranger, et vous m’avez donné un toit. »
Le bureau exécutif du RICHE, tout compte fait, encourage les Burkinabè et les amis du Burkina à ne pas arrêter l’élan de solidarité nationale aux sinistrés. Aussi, invite-t-il les sinistrés à se mettre debout pour un sursaut national dans l’effort de reconstruction. Car, «A cœur vaillant, rien d’impossible».o

TD

Burkina Faso-Côte-d'Ivoire
Les sillons d'une nouvelle dynamique économique Ouest africaine

On peut bien affirmer que dorénavant, rien, plus rien ne sera plus comme avant dans les relations entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso. Son Excellence le président du Faso, Blaise COMPAORE en décidant de se rendre en Côte d'Ivoire pour sceller, à jamais, ce qu'on pourrait appeler "L'union" entre les deux pays afin qu'ils soient la locomotive de la sous-région, a fini par convaincre, même les plus sceptiques, que la valeur des grands hommes d'Etat se mesure par leurs capacités à transcender leurs conditions pour ne voir que l'intérêt de leur peuple. Assurément, avec cette visite historique du président du Faso, nul doute que tout est bien parti pour que le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire soient des références en matière de développement économique. Ils en ont les moyens, tous les moyens.

Locomotive économiquement parlant, de l'espace UEMOA, la Côte d'Ivoire a une superficie de 322 462 km2 avec une population estimée à près de 15 millions d'habitants, soit 2 millions de plus que son voisin du Nord, le Burkina. Près de 45% (44,6%) des Ivoiriens vivent en milieu urbain. Pays aux potentialités économiques certaines, la Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao, a su se bâtir une économie forte basée sur la promotion des secteurs de l'agriculture, la sylviculture, l'industrie-agroalimentaire, l'extra pétrolière, les mines, le transport maritime, etc.
Malgré la crise, la Côte d'Ivoire maintient sa position de leader sous-régional faisant mentir tous ceux qui doutaient de sa capacité à surmonter les obstacles. La Côte d'Ivoire, au-delà de certaines considérations souvent farfelues, est un pays qui compte. Avec la forte présence de la communauté burkinabè dans ce pays, le Burkina a tout à gagner en faisant de ce pays "un partenaire et un allié irremplaçable". C'est ce qu'a compris le président du Faso en décidant de booster les relations historiques jamais démenties. "La Côte d'Ivoire et le Burkina doivent servir de locomotive au processus d'intégration dans la sous-région. La dynamique nouvelle imprimée à leurs relations doit faciliter la réalisation de notre ambition commune pour un développement durable et intégré", foi du président du Faso. L'objectif, selon le président du Faso, est que l'accord serve de tremplin pour hisser la Côte d'Ivoire et le Burkina aux rangs de pays émergents. Pour y parvenir, les pistes, selon Blaise COMPAORE sont :
- redonner au corridor Abidjan-Ouagadougou, la plénitude de son efficacité économique ;
- réhabiliter et moderniser le réseau de fer pour le rendre plus opérationnel ;
- associer le Burkina Faso à la gestion des activités du port d'Abidjan ;
- faciliter le transit routier entre les deux Etats ;
- améliorer l'interconnexion des réseaux électriques par une augmentation des niveaux de fourniture d'énergie.
Dans cette dynamique, le Conseil des ministres conjoint des gouvernements burkinabè et ivoirien a déjà jeté les bases. C'est ainsi que, par exemple, convaincus que tous ces projets ne peuvent réussir que dans un environnement de paix et de sécurité, les deux gouvernements, ont convenu d'œuvrer au renforcement de la coopération policière et l'organisation d'opérations conjointes de lutte contre le grand banditisme et la criminalité transfrontalière.
Des actions porteuses d'espoirs seront, en outre, menées dans les domaines de la fluidité du trafic entre les deux pays, des infrastructures routières et ferroviaires, l'agriculture, les mines et l'énergie… Par exemple, au niveau de la fluidité du trafic entre les deux pays, la Côte d'Ivoire s'est engagée, grâce à la volonté du président GBAGBO, à prendre des dispositions pour la participation du Burkina au Conseil d'Administration du PAA (Port autonome d'Abidjan). Au niveau des infrastructures routières, les deux chefs d'Etat se sont engagés à tout mettre en œuvre pour la réussite du projet autoroutier Yamoussoukro-Ouagadougou par la recherche des financements nécessaires.
Comme on peut le constater, des pistes ont été dégagées, des bases ont été posées, il reste l'action sur le terrain. Et nul doute, au regard des différents engagements, que l'objectif de faire des deux pays la locomotive économique sous régionale, sera atteint.
Ensemble donc pour cet objectif.o

Ben Alex Béogo

Comme la langue et les dents

Les relations ivoiro-burkinabè viennent de prendre un tournant historique avec la signature du Traité d'amitié entre les deux pays en juillet 2008. Cet événement singulier scelle une relation historique qu'entretiennent ces pays depuis la colonisation comme toute situation d’union pour le meilleur et pour le pire. Cette fois-ci pourrait être pour de bon. Et l'histoire s'en rappelle.

Comme imageait quelqu'un, le Burkina Faso est l'arrière-pays de la Côte d'Ivoire du fait des relations historiques qui lient les deux pays tant par la géographie que par l'histoire. Cette histoire comme un couple lié par l'amour a connu des moments de bonheur comme des différends sans en souhaiter le divorce. Et comme par effet de providence ce sont les moments d'incompréhension qui ont toujours fini par convaincre les deux peuples qu'ils sont condamnés à vivre ensemble cette union sacrée réelle depuis des lustres et rien ne pourra les séparer. Malgré les différentes turbulences qu'ils ont pu traverser durant les fiançailles de la colonisation, aux noces de l'indépendance jusqu'au mariage par la signature de Traité d'amitié et de composition entre le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire en juillet 2008 lors de la visite d'Etat du président ivoirien, Laurent GBAGBO en terre burkinabè et celle de Blaise COMPAORE en Eburnie dans la 2e quinzaine du mois de septembre 2009 dans le pays d'Houphouët-BOIGNY avec à la clé le premier conseil des ministres conjoint co-précisé par les 2 chefs d'Etat.

D'où viennent ces deux pays ?
Le décret du 18 août 1890, créait la colonie du Soudan français où fut intégré le territoire de l'actuel Burkina Faso (Haute-Volta) après la conquête de 1896. Ainsi, le 16 juin 1895, l'ensemble fut érigé en fédération de l'Afrique occidentale française (AOF) regroupant le Sénégal, le Soudan français, actuel Mali, la Guinée française et la Côte d'Ivoire. Les choses ont vite évolué du fait de la participation remarquable des Voltaïques à la campagne de la 1ère Guerre Mondiale, (1914-1948) aux côtés des Français. Ce qui a valu la création de la colonie de Haute-Volta, le 1er mars 1919. Cette colonie créée pour ces hommes est démantelée le 5 septembre 1932 au profit direct des planteurs de la Côte d'Ivoire. Cette dernière héritait en effet des cercles de Ouagadougou, Koudougou, Tenkodogo, Kaya, Gaoua, Batié, Bobo-Dioulasso et d'une large partie du cercle de Dédougou, soit un total de 150 000 km2 et de 2,4 millions d'habitants.
C'est là tout l'intérêt et le début de l'utilisation de la main d'œuvre du Nord pour l'exploitation des terres fertiles du Sud (Côte d'Ivoire). Mais ce transfert sera vite combattu par des dirigeants avec pour tête de proue le Mogho Naaba Kom II qui revendique le rétablissement de la colonie de la Haute-Volta. Il va obtenir presque satisfaction en janvier 1938 à la veille de la Deuxième Guerre Mondiale, avec la création de la Haute Côte-d'Ivoire dont l'administration supérieure résidait à Ouagadougou avec pour l'essentiel du pouvoir à Abidjan. C'est dire que durant cette période les territoires voltaïques avaient pour capitale Abidjan. Ces liens vont évoluer et surtout être plus remarquables avec des leaders politiques tels Félix Houphouët-BOIGNY, Filippe Zinda KABORE, Bougouraoua OUEDRAOGO, Ouezzin Daniel COULIBALY, Nazi BONI, Maurice YAMEOGO, etc. Ainsi, lors des élections législatives pour l'Assemblée territoriale, le candidat de la Haute-Côte d'Ivoire qui était Bougouraoua OUEDRAOGO a donné de véritables soucis à Félix Houphouët-BOIGNY qui a dû recourir au Mogho Naaba Saaga aux fins que ce dernier fasse le retrait de sa candidature faisant de Houphouët et de Ouézzin COULIBALY candidats du territoire et députés représentant la Basse et la Haute-Côte D'Ivoire à l'Assemblée territoriale. Un autre fait remarquable c'est la création du Conseil de l'Entente au Bénin qui n'aurait pas eu lieu si le président YAMEOGO n'avait pas désisté de la fédération du Mali conduite par Modibo KEITA.
Ainsi malgré cette bonne entente, les relations ont pu être aussi affaiblies en 1964 quand le président Maurice YAMEOGO signait une alliance douanière avec le Ghana. Ce traité mit Houphouët en colère qui usa de stratégie doublée de versement de fortes sommes d'argent pour obtenir du président de la Haute-Volta, le rétablissement des barrières douanières avec le voisin ghanéen au nom de ces liens historiques. Avec le renversement du régime de Maurice, son successeur Sangoulé LAMIZANA lui prôna pour une politique de bonne entente avec la Côte d'Ivoire. C'est le Conseil National de la Révolution (CNR) avec son leader le capitaine Thomas SANKARA qui a refroidi les relations entre les deux pays. Les leaders de la Révolution burkinabè entraînèrent une quasi-haine contre le président Houphouët. Toutes ces situations ont été réglées avec la venue du Front populaire et l'avènement de la démocratie ou aux élections présidentielles dans les années 1990 les Burkinabè résidant en Côte d'Ivoire ont eu droit de vote. Depuis lors, les relations furent réchauffées Yamoussokro et Ouagadougou parlaient le même langage. La crise la plus profonde est celle du 19 septembre 2002 ; la rébellion éclate en Côte d'Ivoire pays dirigé par le président Laurent GBAGBO et le Burkina Faso fut indexé comme base arrière de l'insurrection ivoirienne et traité de tous les noms d'oiseaux. Cette crise qui a éprouvé les deux pays et la sous-région a fini par asseoir son processus de sortie de crise chez le frère ennemi d'hier avec la signature de l'Accord politique de Ouagadougou, le 4 mars 2007 entre les protagonistes. Blaise COMPAORE et Laurent Koudou GBAGBO décidèrent au nom de l'histoire et des générations futures de concrétiser cette relation particulière qui existe entre les deux pays par la signature du traité de l'amitié et de la coopération évoquée plus haut. Convaincu de l’importance de la nécessité de l’Union Ouest-africaine qui ne peut que passer par l'axe Yamoussoukro-Ouagadougou pour se réaliser, et rappelant que les deux pays viennent de loin, le président ivoirien lâcha ceci : "Je pense que la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso doivent avoir une union qui soit la base même de l'Union Ouest-africaine. Dans l'histoire de l'Afrique de l'Ouest, il n'y a pas deux pays qui ont été aussi intimement liés que la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso.
Ils ont été liés au point de former un seul pays. Ouagadougou était la deuxième ville de la Côte d'Ivoire, Bouaké la troisième et Abidjan la première. Ouezzin COULIBALY était député de la Côte d'Ivoire et Houphouët faisait campagne à Ouagadougou chez le Mogho Naaba pour être député".
Ainsi, le retour à la raison tout comme l'histoire entre les deux se sont rappelés au bon souvenir. Comme quoi la langue et les dents sont condamnées à cohabiter par la nature. Et rien ne nous dit que la question de la double nationalité qui prenait un début de concrétisation sous la première République avec la création du Conseil de l'entente ne reviendra pas sur la table. Au souhait, d'ailleurs, et l'histoire saura reconnaître les siens !o

Issoufou MAIGA

L’histoire a fait son œuvre

Depuis le 15 septembre 2009, les relations entre le Burkina et la Côte d’Ivoire sont entrées dans une nouvelle dynamique. La visite d’Etat du président COMPAORE à son homologue GBAGBO marque, de façon résolue, un retour à la normale. L’histoire a donc fait son œuvre. Aujourd’hui, l’heure est à la coopération renforcée et non à la suspicion.

Blaise COMPAORE, la deuxième personnalité dans l’histoire après Thabo MBEKI à intervenir à l’Assemblée nationale ivoirienne,  a posé avec les députésL’histoire a donné raison au président du Faso. Cette histoire, c’est celle qui s’est écrite un certain 19 septembre 2002 en Côte d’Ivoire. Une histoire qui raconte que les enfants d’un même pays se sont divisés. Que cette division était si profonde qu’ils en sont arrivés à prendre les armes. Que les fils du Nord ivoirien se sont rebellés contre ceux du Sud. Que les fils du Nord ont pris les armes contre l’Etat central surtout. Qu’en son temps, au lieu de travailler à trouver une solution apaisée entre fils et filles du même pays, l’Etat central a trouvé son bouc émissaire : son voisin du Nord notamment, le Burkina Faso. L’histoire raconte que le président du Faso a été présenté comme le pyromane de service à la solde des rebelles du Nord, les Forces Nouvelles. L’histoire raconte aussi que les ressortissants burkinabè ont souffert le martyre dans ce pays. Que des biens de ces Burkinabè ont été pillés, saccagés. Que les relations entre les deux Etats, au sommet comme à la base, étaient devenues exécrables. Les historiens les plus avertis se demandaient comment deux pays voisins qui ont pratiquement tout en commun (l’histoire, la géographie,..) pouvaient en arriver là. Comment entre les deux présidents COMPAORE et GBAGBO, deux frères qui ont à un moment ou à un autre partagé des confidences, ont pu se bouder de la sorte ? L’histoire retient du reste que malgré cette distance prise par son frère GBAGBO, malgré les exactions, les injures, les accusations sans fondements, les menaces, le président COMPAORE a su garder son calme, sa patience. Que ce calme et cette patience lui ont donné raison puisque, le 24 janvier 2007 à Bobo-Dioulasso, le président GBAGBO disait ceci : « je suis venu demander à mon homologue d’être le facilitateur dans le dialogue direct inter-ivoirien, que j’ai initié… » Le supposé pyromane d’hier, était devenu du jour au lendemain, le bon Samaritain. L’histoire dit que sous l’égide du président COMPAORE, les frères ennemis de la Côte d’Ivoire se sont assis sur la même table à Ouagadougou pour fumer le calumet de la paix. C’est ainsi que le 4 mars, les accords politiques de Ouagadougou seront scellés. Blaise COMPAORE réussissait là où, de Linas-Marcoussis, à Accra I, II, en passant par Pretoria I, II, III, nombre de diplomates et de chefs d’Etat s’étaient fourvoyés. L’histoire dit que depuis le 24 janvier 2007, Blaise COMPAORE n’a ménagé aucun effort pour aider les Ivoiriens à trouver le chemin de la paix. Sur les bases de l’accord politique de Ouagadougou, une date a été fixée. La date du 29 Novembre, si elle est maintenue et réalisée, devrait sortir la Côte d’Ivoire de façon définitive du spectre de la crise. Une nouvelle page de l’histoire entre les deux pays s’est encore écrite, lors de la visite d’Etat du président COMPAORE en Eburnie.o

Frédéric ILBOUDO

Pr Albert OUEDRAOGO, président du TOCSIN
“Les Burkinabè de la diaspora doivent devenir des enjeux politiques à l’instar des Burkinabè de l’intérieur”

le Pr Albert OUEDRAOGO, président du TOCSIN, une association militant pour la cause des Burkinabè de l’extérieur donne à travers cette interview, sa lecture de la visite d’Etat du président du Faso en Côte d’Ivoire et parle également de la situation de la diaspora burkinabè.

Pr Albert OUEDRAOGOQue pensez-vous de la récente visite d’Etat du président du Faso en Côte d’Ivoire ?
Pr Albert OUEDRAOGO (A.O) :
Il s’agit pour moi d’un voyage qui est plein d’enseignements. Nous tenons dans un premier temps à saluer ce voyage qui s’inscrit dans la réciprocité du voyage du président GBAGBO en 2008 au Burkina. En tant que première visite d’Etat du président du Faso en Côte d’Ivoire, il faut avouer que c’est quelque chose de tout à fait important dans les relations entre les deux pays. En principe, on n’aurait pas dû attendre autant de temps pour effectuer ce type de voyage ( n’eût été cette guerre et toutes les violences intervenues) qui rentre dans l’ordre normal des relations entre deux pays voisins liés par la géographie et par l’histoire. S’agissant du voyage lui-même, il faut nécessairement le situer dans le contexte des relations ivoiro-burkinabè qui ont été mises à mal avec la crise du 19 septembre 2002 dans laquelle le Burkina Faso a payé le prix le plus fort. Je dirais donc que ce n’est pas un voyage innocent. Ce n’est pas n’importe quel voyage. C’est un voyage après-crise. De ce point de vue, il doit traduire une sortie de crise aussi bien pour les populations ivoiriennes que pour les populations sinistrées rapatriées du Burkina. C’est là justement où se trouve un peu mon regret. Parce que j’ai vu tout ce qui est déployé pour permettre que les choses se normalisent en Côte d’Ivoire, que l’on puisse retrouver les relations harmonisées, les ententes cordiales d’hier. C’est louable et appréciable mais j’attends encore de voir ce que l’on doit à nos compatriotes parce que les grands absents de ces grandes messes sont les rapatriés. J’avoue sincèrement que cela me fruste, en tant que président de TOCSIN, de voir que tout semble montrer que les rapatriés, les morts et disparus sont passés dans la trappe de l’histoire. C’est difficilement compréhensible !
Je dois avouer que lorsque le président du Faso se rendait à Kleber, il y a eu un pacte qui a été signé entre lui et le peuple burkinabè qui est sorti massivement l’accompagner au nom de la solidarité avec nos compatriotes en détresse. J’aimerais savoir aujourd’hui où en sommes-nous avec ce pacte ! Qu’est-ce que le Président du Faso a à dire aux rapatriés qui attendent encore justice et/ou réparation ? Je ne dis cela uniquement au Président du Faso, je le dis aussi au Président Laurent GBAGBO parce que j’estime que lors de son passage au Burkina. Celui-ci a manqué l’occasion de présenter ses sincères condoléances au peuple burkinabè et aux victimes des violences en politique en Côte d’Ivoire lors des évènements. Et je me suis personnellement ému de l’attitude de notre Assemblée nationale lorsqu’elle n’a pas manifestement traduit une telle attente. Les parents des morts burkinabè, les rapatriés qui sont encore là et qui vivent dans la misère, dans l’isolement dont, certains ont été même victimes des inondations attentent toujours un geste qui puisse encore leur donner des raisons de vivre. Il y en a qui sont morts et d’autres qui continuent de mourir. C’est dire qu’autant je salue cette visite d’Etat de même que la mobilisation des autorités ivoiriennes, je me réjouis de la transformation des acteurs ivoiriens qui ont un langage que j’attendais d’eux depuis longtemps. Mêmes ceux-là qui avaient le discours des plus haineux se sont aujourd’hui ramollis et reconvertis à la paix. Je prie simplement le ciel que ça ne soit pas des discours de façade. Je prie simplement le ciel que ceux qui parlent aujourd’hui se soient réellement transformés et qu’il ne s’agit pas seulement pour eux de chercher à s’inscrire dans le « politiquement correct ». C’est cela seulement ma seule réserve sinon cette visite d’Etat a été un succès. Maintenant au-delà du succès politique, aussi bien de la part de GBAGBO que du Président Blaise COMPAORE, qu’est-ce que les peuples des deux pays, et singulièrement les rapatriés et les victimes, devraient pouvoir attendre ? Je crois que c’est une question qui reste en travers de notre relation et que cela ne peut pas se résoudre ni par l’oubli ni par une sorte d’amnésie. Il faut avoir le courage de regarder cette réalité et de lui trouver une solution tout à fait humaine. Et cela ne peut pas se faire en se disant que ce qui s’est passé rentre dans l’ordre de pertes et profits. Nous ne sommes pas dans un marchandage de café-cacao ou de cola en ce sens que ce sont des humains et tout ce qui constitue des blessures humaines doivent être réglées de façon humaine pour que justement demain on ne puisse pas se retrouver encore dans le même bégaiement.

Peut-on dire que cette visite va faire renaître l’espoir d’une coexistence pacifique entre Burkinabè et Ivoiriens comme au temps du président Félix Houphouët-BOIGNY ?
Pr A.O :
Les peuples ivoiriens et burkinabè ont toujours vécu dans une solidarité et dans un climat d’entente cordiale. Ces deux peuples se connaissent depuis le temps de la colonisation, voire avant. Ce qui est arrivé, c’est simplement les conséquences d’insuffisances de nos hommes politiques ; je dirais que c’est le fait de l’instrumentalisation des populations par la classe politique. Ce n’est pas quelque chose qu’il faut inscrire dans la culture de ces peuples. C’est plutôt le résultat d’une instrumentalisation en vue de pouvoir asseoir des ambitions politiques des dirigeants. De ce point de vue, si les dirigeants reviennent aujourd’hui à des meilleures postures, il est évident que les peuples vont repartir là où on les avait trouvés. Ainsi, l’avenir peut se construire sous une nouvelle ère, mais à condition qu’on se donne les moyens de réparer le tort qui a été fait parce que cela reste une tache indélébile dans nos mémoires. Comme le dirait cet écrivain algérien, désormais nous avons une mémoire tatouée. Rien ne peut se faire aujourd’hui en pensant que, dans les relations entre le Burkina et la Côte d’Ivoire, il n’y a pas eu les violences de 1999 ou celles consécutives au 19 septembre 2002. On ne peut jamais nous faire penser que cela n’a jamais existé. De ce point de vue, nous devons désormais vivre avec de telles blessures. Nous avons la possibilité de le vivre positivement ou négativement avec ce passé. Cela appartient maintenant aux hommes d’Etat de nos pays de nous aider à corriger le passé à travers des mots de repentance sincères et de gestes de réparation. J’aurais personnellement apprécié, lors du passage du président GBABGO à l’hémicycle, qu’il y ait une petite minute de pensée pieuse à l’endroit de nos disparus.

Vous auriez dû faire la suggestion.
Pr A.O :
Lorsque vous m’avez contacté pour parler de cette visite du président du Faso en Côte d’Ivoire, sous forme de boutade je vous ai demandé pourquoi vous n’êtes pas venu me voir avant le voyage du Président en Côte d’Ivoire. Nous nous ne faisons pas partie des secrets des dieux : le chien aboie la caravane passe. Nous n’avons que nos états d’âme à faire valoir. Si l’on demande notre avis on le donne, au cas contraire si l’occasion ne nous est donnée, on se tait ou on reste dans notre petit coin. Il faut qu’on pense que le propos a une certaine signification ou une certaine pertinence. En la matière, je n’invente rien, ce n’est pas la seule fois où des chefs d’Etat ont éprouvé le besoin de demander pardon. Ce n’est donc pas nouveau et je dirais que nul n’est suffisamment grand pour ne pas demander pardon. C’est simplement une question de respect de l’autre, de dignité personnelle et d’égard vis-à-vis d’autrui. Et il n’est jamais tard pour le faire.

Mais Professeur si tant est que ces deux peuples se connaissent très bien, comme vous l’avez dit tantôt, pourquoi ne pas envisager une double nationalité entre eux ?
Pr A.O :
A mon sens, pour l’instant c’est prématuré ou bien un peu trop tard à savoir qu’aujourd’hui on devrait pouvoir aller au-delà des citoyennetés nationales. Nous l’avons dit à plusieurs reprises, les pays de l’espace de l’UEMOA et de la CEDEAO devraient travailler à dépasser les citoyennetés nationales pour aller vers les citoyennetés régionales parce que la véritable citoyenneté qui doit compter aujourd’hui c’est le fait d’appartenir à l’Afrique de l’Ouest et de pouvoir exhiber son passeport CEDEAO. C’est ça le plus important. Mais quant aux démarches pour y parvenir, il y en a qui préconisent les petits pas d’autres les grands sauts.
Le Pr Albert OUEDRAOGO (D) a conduit une délégation du TOCSIN le vendredi 18 septembre qui est allée donner sa contribution à l’ex-palais de Koulouba pour les sinistrés Mais s’agissant de la question de cette double nationalité entre les deux pays, il ne faut pas oublier que c’est quelque chose qui a été proposé du temps de Maurice YAMEOGO et de Félix Houphouët-Boigny. En son temps, la proposition a été rejetée aussi bien par le Parlement ivoirien que par le Parlement voltaïque. Les raisons d’un tel rejet tenaient à des considérations subjectives. On ne peut pas construire du solide sur des bases inégalitaires. Je peux vous citer le cas récent du projet de la Sénégambie qui a volé en éclats. Il y a donc un certain nombre de préalables à régler pour qu’on puisse converger vers ce type d’osmose. Tout commence au niveau des mentalités. Que chacun n’ait pas à cultiver des complexes de quelque nature que ce soit. C’est simplement à l’aune de ces réalités-là qu’on pourrait envisager cette question identitaire. Il y a beaucoup d’Ivoiriens qui ne souhaiteraient peut-être pas qu’on puisse penser qu’ils sont Burkinabè, tout comme il y a beaucoup de Burkinabè qui ne souhaiteraient pas être Ivoiriens. Dans ce cas de figure, quel type de nationalité pourrait-on donner ? Je pense qu’un jour ou l’autre il faudrait qu’on arrive à ces citoyennetés régionales.

Comment avez-vous accueilli en son temps la nouvelle de la suppression de la carte de séjour en Côte d’Ivoire ?
Pr A.O :
Personnellement, je ne me suis pas inscrit dans l’euphorie de certaines personnes qui, lorsqu’elles ont entendu que la carte de séjour était supprimée ont considéré que c’était la fin des fins. Je dis qu’il faut savoir raison garder parce que j’aurais applaudi des deux mains cette posture du président Laurent GBAGBO s’il l’avait fait dès son arrivée au pouvoir. Or, il se trouve que tous les hommes politiques de la Côte d’Ivoire ont fait de la carte de séjour un fonds de commerce politique. Tous sans exception (de Allassane Dramane OUATTARA sous le régime d’Houphouët BOIGNY jusqu’à Laurent GBAGBO), il n’y a pas un seul qui n’ait fait de la carte de séjour un fonds de commerce politique. Et chacun, en parvenant au pouvoir, a durci les conditions de délivrance de la carte de séjour et les coûts y afférant. De ce point de vue, je ne peux pas penser que l’attitude du président GBAGBO soit dépourvue d’arrière pensée politique.
Mais il faut quand même saluer son courage parce que savoir qu’on s’est trompé grandit véritablement un Homme. Si le président Laurent GBAGBO a estimé, à un moment donné que cette carte de séjour était inique (surtout pour des pays de l’espace de l’UEMOA et de la CEDEAO), je ne peux que saluer sa lucidité et sa clairvoyance puisque cette carte de séjour a créé les conditions de la stigmatisation des étrangers. Toute chose qui a conduit aux évènements du 19 septembre 2002 et aux violences inouïes qui en ont suivi. Autant alors repartir à la source et essayer de tarir cet élément stigmatisant qui faisait qu’être un étranger en Côte d’Ivoire est criminel. Si donc la suppression de la carte de séjour peut conduire à la fin de ces violences (parce que ce n’est pas encore le cas), c’est tant mieux. Certes, les choses sont redevenues à un niveau acceptable mais, les violences sur les routes et le non-respect des droits de l’étranger restent encore un combat à poursuivre. Ce n’est pas parce qu’on a levé cette disposition qu’on peut penser aujourd’hui que la question du droit du migrant est autant entré dans les mœurs. C’est d’ailleurs valable dans tous les pays africains où il faut se battre pour la question du droit du migrant qui est un nouveau droit. Le TOCSIN s’est déjà engagé dans le combat. Tout un chacun doit se mettre à l’esprit qu’il est toujours l’étranger de l’autre. En tant qu’humain, on est toujours l’étranger de l’autre. S’il vous arrive à considérer l’autre comme étranger, demain il vous suffit de traverser la frontière et vous êtes aussi un étranger. Ce qui demeure c’est que nous sommes tous des humains et à ce titre-là, nous devrions travailler à ce qu’on ne criminalise pas la migration. Autant qu’on veuille que l’étranger respecte les lois, les us et coutumes de son pays d’accueil autant les pays doivent respecter les règles qu’ils se sont établies. Je pense que c’est dans ce sens qu’on devrait pouvoir vivre en harmonie et en symbiose dans un espace intégré.

Dans le même ordre d’idées, vous, en tant que président du TOCSIN, est-ce que vous avez le sentiment que le Burkinabè de l’extérieur est suffisamment en sécurité ?
Pr A.O :
Certainement non ! Le Burkinabè de l’extérieur n’est pas suffisamment en sécurité d’autant que depuis ces dix dernières années on n’arrête pas d’expulser les Burkinabè d’un certain nombre de pays. Pour n’en citer que quelques-uns, si on passe sous silence ce qui vient de se passer en Côte d’Ivoire, les Burkinabè sont chassés de la Libye, du Soudan, de la Guinée Equatoriale, de l’Europe et j’en passe. C’est donc pour dire que quelque part nos compatriotes à l’extérieur, vu leur importance, mériteraient d’avoir une plus grande considération politique.

Ne pensez-vous pas qu’il est temps de créer un ministère en charge des Burkinabè de l’extérieur ?
Pr A.O :
A mon avis, Il faudrait créer un tel ministère, comme c’est le cas au Mali. De ce côté aussi, nous n’inventons rien. Accorder une importance à notre diaspora ce serait réussir à aller au-delà d’un secrétariat permanent que l’on a depuis plus d’une dizaine d’années à un ministère plein s’occupant des Burkinabè de la diaspora et je pense que personne n’aurait à redire. En noyant tout le temps une telle question dans le ministère des Affaires étrangères, nous pensons que l’on complique les choses parce que la diaspora constitue en elle-même une somme d’intérêts transversaux : questions économiques, culturelles, agricoles, bref il y a tous les volets de nature à intéresser les différents ministères. Je pense que l’on gagnerait à mettre en œuvre ce ministère et je crois que nos autorités seraient bien inspirées de pouvoir y songer.

Que pouvez-vous dire du droit de vote de nos compatriotes de l’extérieur qui vient d’être entériné par la représentation nationale ? Un sujet dont vous aviez fait votre cheval de bataille à un moment donné ?
Pr A.O :
Je salue à sa juste valeur le fait que le Burkina ait voté ce droit désormais de nos compatriotes de l’extérieur de participer à l’élection présidentielle. Je pense que c’est un combat qui méritait d’être mené. Comme vous le savez, la victoire a toujours plusieurs pères ; aujourd’hui, tout le monde se réclame de ce combat, nous n’en sommes qu’heureux. Mais en son temps, il faut avouer que beaucoup de gens étaient sceptiques. Certains se demandaient même si ce type de combat méritait d’être mené. Nous saluons le fait que notre parole ait été entendue. C’est cela aussi le rôle d’une société civile. Il s’agit d’alerter, sonner le tocsin pour les causes les plus justes et faire en sorte que ceux dont les voix ne peuvent pas être portées plus loin soient relayées parce que c’est une question de justice et de droits humains.
Je pense qu’il faut faire en sorte que chaque Burkinabè de l’extérieur se sente investi d’une mission d’ambassadeur du Burkina. Il faut à tout moment tenir compte d’eux dans les grands projets de développement de la nation. A un moment donné, au temps fort de certains évènements, j’avais fait savoir que le Burkina Faso avait mal à sa diaspora. Tout se passait comme si la diaspora burkinabè constituait une sorte d’écume dont on peut se débarrasser pour pouvoir s’occuper de la boisson et du breuvage lui-même. Cela me désolait parce que mon sentiment était que la détresse des Burkinabè de l’extérieur ne semblait pas avoir des échos. Certes, comparaison n’est pas raison mais je prends le cas récent des inondations, je n’ai pas vu la même promptitude salutaire avec laquelle nos autorités ont réagi au temps fort de la crise ivoirienne vis-à-vis de nos compatriotes. Parce que le Burkina n’a pas perdu autant de personnes que lors des inondations ? Certainement non ! Cette inondation du 1er septembre est catastrophique, mais, elle n’est rien comparativement à ce qui est arrivé à nos compatriotes de la Côte d’Ivoire en 2001/2003. Les Burkinabè de la diaspora doivent devenir des enjeux politiques à l’instar des Burkinabè de l’intérieur. C’est ça qui nous a amené à nous engager sur le terrain du lobbying citoyen. Tant que les hommes politiques ne doivent pas leurs mandats à l’engagement citoyen des compatriotes de la diaspora, ils ne seront pas enclins à se préoccuper de leurs sorts. En démocratie un tel contrat se construit à l’aune du droit de vote. Voilà pourquoi, nous nous sommes investis dans ce combat en nous disant que les hommes politiques iront, en temps voulu, à la pêche des voix de l’électorat de la diaspora et seront obligés de prendre en charge les préoccupations de ceux-ci. Dieu merci, c’est aujourd’hui un combat en passe d’être gagné ! Il faut maintenant travailler à ce que cela se traduise sur le terrain. Ceci explique pourquoi le TOCSIN s’est au Ghana du 14 au 25 août dernier pour inviter nos compatriotes à s’investir dans leur droit de vote et à ne pas faire la fine bouche. Car nous avons pris des risques et des coups pour y parvenir. Et en mooré il est dit que « lorsqu’on on vous lave le dos, il faut savoir vous laver le visage !».o

Drissa TRAORE

Fête de Ramadan
La pensée de la communauté Hamadiyya envers les sinistrés

Le dimanche 20 septembre 2009 sur toute l'étendue du territoire burkinabè, les fidèles musulmans ont sacrifié à la prière de l'Aïd el Fîtr consacrant la fin du jeûne. Sur tous les sites de prière, les pensées se sont tournées vers les sinistrés du 1er septembre 2009 à l'exemple de la commémoration chez la communauté Hamadiyya.

Les fidèles musulmans à l’épreuve de l’invocation d’AllahDepuis le 20 août 2009, la communauté musulmane s'est soumise à l'observance du jeûne consacrant le 4e pilier de la religion musulmane. Un mois d'efforts physiques fait de privations et de dévotion pour le plaisir d'Allah (Dieu) en vue d'avoir sa bénédiction, le Salut. Ce mois plus que tout autre attend des fidèles musulmans des gestes de solidarité pour venir en aide à leurs prochains surtout ceux les plus nécessiteux. C'est tout le sens que porte le Ramadan.

 

A la fin de la prière l’Amir KHALID SAHID a eu une pensée pieuse à l’endroit des sinistrés.Après 30 jours de don de soi (le vrai jihad) c'est avec l'annonce de la communauté musulmane du Burkina Faso faisant état de la vue du croissant lunaire consacrant la fin du jeûne, que les adeptes de la religion du prophète Mohamed (Paix et salut sur lui !) ont consacré la prière de l'Aïd el Fitr, le dimanche 20 septembre 2009. De la place de la Nation en passant par la mosquée des sunnites dans la zone ZACA (zone d'aménagements commercial et administratif) et chez les communautés Hamadiyya dans l'arrondissement de Nongr-Massom, hommes, femmes, adultes, jeunes et enfants de toutes catégories sociales, tous étaient au rendez-vous en cette fin de jeûne faite de prières et de fête. En effet, la mobilisation particulière et l'ambiance de ce jour sont l'expression pour le musulman du devoir accompli, selon l'Amir, chef missionnaire, Khalid Mahmood SHAHID, de la Jama'at islamique Ahmadiyya du Burkina Faso après avoir guidé la prière. Dans son prêche, il a rappelé à tous de faire de la solidarité leur vécu quotidien car tous autant que nous sommes, nous nous devons assistances mutuelles. C'est ainsi que par le biais de la Zakat el fitr, faite de la contribution des membres de la communauté Hamadiyya du Burkina, ils ont pu mobiliser entre 15 et 10 millions et les redistribuer, dans près de 400 villages surtout ceux les plus reculés, au profit des plus nécessiteux. En plus de la Zakat el Fitr, une quête est initiée pendant la grande prière qu'ils appellent Aïd tound où le soir de la fête, elle est redistribuée aux populations dans le besoin.
Cette année, la communauté n'a pas été insensible aux victimes de l'inondation du 1er septembre. C'est ainsi qu'elle a fait don de 10 tonnes de vivres (maïs et riz) d'une valeur de 1 600 000F CFA au travers de la section humanitaire de la communauté dénommée Humanity first qui intervient partout dans le monde. Mais cela n'a pas été la seule action selon son responsable, Abdoul Rachid TRAORE, puisqu'ils sont intervenus directement auprès des sinistrés.
Après la prière, l'heure était à la fête dans tous les foyers musulmans du Burkina avec, il faut le noter, moins d'effervescence mais, dans la juste proportion. Vie chère, prise de conscience, manque d'argent ? Tout peut l'expliquer. Néanmoins, la fête s'est faite dans la quiétude et la paix d'Allah, foi de l'Amir KHALID.o

Issoufou MAIGA

 

 

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