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la une du n°623
La Une du n° 623
Lettre de l'Editeur :N°623 du 23 au 29 septembre 2009

Des déguerpissements à l’horizon

C’est dire qu’il faudra dépasser les calculs politiques et les intérêts individualistes pour œuvrer ensemble à réaliser ces décisions qui profitent à tous et dont tout porte à croire qu’on risque de ne pas tarder à mesurer la pertinence parce qu’il semble qu’avec le dérèglement climatique en cours les pluies exceptionnelles avec leurs cortèges d’inondations seront de plus en plus imprévisibles et fréquentes ici et ailleurs. C’est dire qu’il faudra agir avec une réelle célérité car nul ne peut dire avec certitude quand surviendra la prochaine ; où et dans quelles proportions ! Le simple principe de précaution exige donc de ne pas perdre trop de temps..

Ainsi donc, le gouvernement a décidé de ne pas attendre et de prendre à bras-le-corps toutes les implications des inondations du 1er septembre. Après avoir paré au plus urgent des urgences, le secours aux sinistrés, le voilà donc qui s’attaque aux racines du problème, ou du moins, celles sur lesquelles nous pouvons agir pour, à défaut de pouvoir prévenir d’éventuelles autres catastrophes, minimiser leurs effets. C’est ce qui ressort du compte-rendu du Conseil des ministres du 19 septembre dernier qui a pris d’importantes et courageuses décisions qui vont notablement marquer l’aménagement de nos cités urbaines, particulièrement la capitale Ouagadougou, concernée au premier chef.
Un décret pris par ce Conseil des ministres crée des bandes de servitude de cent (100) mètres de part et d’autre des limites de tout canal primaire d’évacuation des eaux pluviales aménagé ; interdit toute construction à usage d’habitation ou à usage autre que d’habitation dans ces bandes et définit des zones inondables inconstructibles et les zones submersibles dans lesquelles aucune construction ne sera autorisée. A tout le moins, la mesure est forte et sans aucun doute sa mise en œuvre se fera dans la douleur et des grincements de dents. On peut même convenir d’avance avec le Premier ministre qui ne se fait pas d’illusion sur le sujet qu’on «va se pourchasser à Ouaga ici» pour leur application tant il est évident que comme d’habitude, il s’en trouvera des citoyens pour refuser d’obtempérer sous des prétextes divers. S’il est vrai qu’il faudra privilégier le dialogue et les discussions en vue de définir et de mettre en œuvre des mesures d’accompagnement pour amoindrir les effets collatéraux négatifs de ces mesures il est primordial que tous les acteurs de la scène sociopolitique comprennent qu’elles sont inéluctables et qu’il y va de l’intérêt de toute la communauté. C’est dire qu’il faudra dépasser les calculs politiques et les intérêts individualistes pour œuvrer ensemble à réaliser ces décisions qui profitent à tous et dont tout porte à croire qu’on risque de ne pas tarder à mesurer la pertinence parce qu’il semble qu’avec le dérèglement climatique en cours les pluies exceptionnelles avec leurs cortèges d’inondations seront de plus en plus imprévisibles et fréquentes ici et ailleurs. C’est dire qu’il faudra agir avec une réelle célérité car nul ne peut dire avec certitude quand surviendra la prochaine ; où et dans quelles proportions ! Le simple principe de précaution exige donc de ne pas perdre trop de temps.
Personne ne dit que ce sera facile, mais personne ne doit aussi rêver qu’on peut faire autrement ; surtout qu’on peut ne rien faire et laisser les choses en l’état. Sans pouvoir pour le moment être précis, il est évident que de nombreuses familles sans le moyen seront touchées et devront être recasées loin de leurs sites actuels où elles devront refaire toute leur vie. Des opérateurs économiques de tous les calibres (grands ou petits) seront dans l’obligation de fermer boutiques dans des environnements où ils avaient leurs habitudes et sans nul doute des clientèles fidélisées ; des acteurs de la société civile (religieux, associations etc) seront obligés de changer de lieux et d’habitudes ce qui ne se fera pas sans inconvénient, etc. mais on n’a pas d’autres choix. La responsabilité de chacun est engagée et chaque acteur devra jouer sa partition avec à l’esprit qu’il s’agit d’une œuvre commune visant à éviter à la nation des épreuves autrement plus dramatiques.
Dans cette quête, il ne sera pas de trop de tirer leçon des expériences passées. Au nombre de celles-ci, il y a le déplacement des populations des ex-quartiers Tiedpalogo, Zangwéouintin, Peuloghuin, Koulouba pour la mise en œuvre de la ZACA. On se souvient que cela ne s’était pas fait sans grincements de dents malgré les conditions très avantageuses de dédommagement et de recasement. Quelques années après et à l’occasion du drame du 1er septembre, on mesure tout l’intérêt de cette opération qui a pour ainsi dire permis d’éviter des milliers et des milliers de victimes probables. Ce seul fait devrait stimuler toutes les ardeurs et motiver les populations qui seront concernées par la nécessité de quitter leurs lieux actuels à franchir le pas. C’est à la limite d’une véritable opération de survie qu’il s’agit.
Il s’agira aussi de faire en sorte que les sites libérés ne restent pas des ruines qui pourraient être sources d’autres problèmes : insécurité, insalubrité, etc. L’exemple de la ZACA est encore là et édifie sur les inconvénients d’une pareille situation. C’est dire si les futurs aménagements à mettre en place doivent prendre forme dans des délais raisonnables. Dans le même sens il faudra veiller à ne pas reproduire les mêmes erreurs qui ont favorisé les destructions du 1er septembre. Il s’agit notamment de ces habitats précaires et de ces aménagements sommaires qui ne prennent pas en compte l’équilibre de tout le système et sa capacité à faire face à des contraintes extrêmes. Même s’il est certain que la nature ne peut pas être totalement domptée, on peut au moins prévoir des moyens de réduire ses dégâts lorsqu’elle se met en colère. C’est à ce prix que les populations comprendront le sens de leurs sacrifices et adhéreront à d’éventuels autres programmes sans trop rechigner.o

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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