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La Une du n°624
La Une du n° 604
Lettre de l'Editeur :N°624 du 30/09 au 06/10 2009


Facturation des reportages: pis-aller pour une quadrature du cercle?

En attendant de trouver des solutions réalistes et satisfaisantes ne devrait-on pas prospecter dans le sens d’œuvrer à plus de transparence dans les procédures actuelles ?
C’est-à-dire à un égal accès des entreprises de presse aux sources de financements et à des facturations qui ne se fassent pas à la seule tête du client toutes choses qui ouvrent les portes à tous les abus ? A défaut de la gratuité on cultiverait alors l’équité et la transparence.

«La problématique de la facturation des reportages dans les médias publics et privés » ; le Conseil supérieur de la communication a-t-il été trop présomptieux de s’attaquer à cette question à l’occasion de son deuxième panel de réflexion de l’année, le vendredi 25 septembre dernier ? On aurait certainement été obligé d’acquiescer d’un « oui » tonitruant si son objectif était autre que la réflexion qu’il a voulue « en vue d’apporter des perspectives de solutions globales… » ou encore « des orientations et visions assez claires à même de contribuer à atténuer le poids de cette culture de la facturation des reportages… », comme l’a indiqué sa présidente dans son mot introductif du panel qu’elle a collé à l’exercice. C’est que, après des exposés denses et des interventions parfois vives, on en est arrivé à cette réponse interrogative : que faire ?
En revenant sur le sujet en plus du reportage non facturé, que nous faisons du panel (il semble que ce ne fut pas le cas pour tous les organes présents) ce n’est pas pour le refaire, encore moins le juger mais participer au débat avec l’espoir d’apporter une petite pierre à l’édifice qui est l’émergence d’une presse nationale en accord avec elle-même et solidement campée sur ses fondamentaux : professionnalisme, déontologie, liberté, etc. parce que décomplexée et assumant pleinement toutes ses responsabilités. D’abord vis-à-vis des principes universels de la profession dont elle se réclame. Ensuite de la société dont elle est censée être au service. Enfin, vis-à-vis de son avenir à un moment où partout sur la planète, ce métier s’interroge sur les profondes mutations auxquelles il est confronté bien souvent à son corps défendant.
Il faut avant tout autre propos reconnaître avec tous ceux qui se sont exprimés sur le sujet qu’il n’est pas seulement que complexe, il est aussi polémiste. Ainsi selon l’angle sous lequel on l’aborde : celui des patrons de presse, des journalistes, des acteurs politiques ou de la société civile, du citoyen lambda, du grand public, etc., on entendra des sons de cloches différents, voire diamétralement opposés. Cela est tout à fait normal, sauf à vouloir prétendre détenir tout seul la vérité à l’image de ces nouveaux censeurs de la démocratie qui se sont donnés pour mission de dire ce qui est bien pour nous et de distribuer les bons et les mauvais points en évitant soigneusement de nous dire pourquoi ils se donnent tant de mal pour une œuvre qu’ils disent bénévole.
A la vérité, le questionnement n’est pas nouveau même s’il apparaît de plus en plus qu’on a tendance à quelque peu forcer sur les traits dans le diagnostic. C’est qu’il peut servir de prétexte à certains pour cacher leurs propres insuffisances. Sinon que partout dans le monde, la production, la diffusion ou l’accès à l’information a un coût. Ce n’est donc pas une réalité propre aux pays sous-développés même s’il y prend plus de relief du fait de l’indigence ambiante comme l’a souligné le ministre, Joseph KAHOUN au cours du panel. Dans tous les cas, toujours est-il qu’il faut bien que quelqu’un paie dans ce monde où rien n’est gratuit.
Ce constat serait incomplet si on ne lui ajoute pas cette autre réalité que les entreprises de presse ne sont pas des œuvres caritatives même si elles ont de fait des missions de service public et qu’une entreprise de presse n’est pas comme n’importe quelle autre entreprise. En plus, dans un contexte où le terme bénévolat ne correspond plus à grand chose avec des acteurs de tous les horizons qui s’en mettent plein la poche en termes de perdiems et autres avantages liés à l’exercice « gratuit » de leurs responsabilités dans les organisations de la société civile il est plus qu’hypocrite de demander aux autres de jouer les bons Samaritains.
Par ailleurs, il serait peut-être intéressant de ne pas confondre droit et gratuité et affirmer hâtivement que le fait que l’accès aux médias soit coûtant entraîne de facto une restriction à l’égalité des droits d’accès des uns et des autres. En effet, en dehors de cette éventuelle limite, d’autres droits existent et sont monnayés comme ceux à l’éducation et bien d’autres sans être pour autant stigmatisés aussi violemment. De même on a tendance à confondre information et communication, alors que les deux notions recouvrent des réalités bien différentes. En effet, il n’est pas rare de voir des acteurs de la scène sociopolitique vouloir faire leur propre promotion à peu de frais, en prétendant produire de l’information alors qu’il n’en est rien. A ce petit jeu c’est la morale toute entière qui en prend un coup car il s’agit d’une véritable arnaque dans laquelle l’opinion publique tout comme la presse sont les dindons de la farce.
On ne peut pas non plus manquer de faire observer que certaines solutions telles que l’augmentation du montant de la subvention ou la création de fonds de compensation relèvent à la limite de l’anecdote et non de réelles alternatives tant il apparaît illusoire de supposer que le budget national puisse distraire suffisamment de ressources pour combler le manque à gagner si on décrétait la gratuité de l’accès aux médias publics comme privés. Ce ne serait même pas acceptable tant ce pays a bien d’autres priorités. Par ailleurs, en faisant de la subvention de l’Etat une part importante du budget des organes de presse, ne coure-t-on pas le risque de voir celui-ci chercher à en tirer des dividendes sous forme de retour d’investissements.
Dans un tel cas de figure, on ne ferait que transférer le problème puisqu’il se posera toujours la question de la liberté des organes et de la déontologie des journalistes qui pourraient se voir dicter leurs conduites par leurs patrons lesquels prendraient leurs ordres auprès de l’Etat. Les milieux qui se plaignent le plus actuellement seraient loin de gagner au change.
En vérité dans cette affaire, l’évidence qui s’impose est que quelque soit le bout par lequel on le prend, puisque les entreprises de presse n’ont pas de planches à billets ils sont tributaires de milieux financiers dont les natures sont différentes selon qu’on est dans les pays développés ou dans les pays pauvres. Doit-on pour autant les suspecter de connivences malsaines dans un cas et les absoudre dans l’autre ? Ce serait trop caricatural et injuste, voire irresponsable de céder à une telle facilité. Chaque réalité a ses contraintes de sorte qu’on ne devrait ni chercher à comparer ni à harmoniser systématiquement des attitudes et comportements.
Sans aucun doute, le système actuel est perfectible mais se serait faire un mauvais procès à la presse nationale que de prétendre que la facturation des reportages nuit gravement à son professionnalisme.
En attendant de trouver des solutions réalistes et satisfaisantes ne devrait-on pas prospecter dans le sens d’œuvrer à plus de transparence dans les procédures actuelles ?
C’est-à-dire à un égal accès des entreprises de presse aux sources de financements et à des facturations qui ne se fassent pas à la seule tête du client toutes choses qui ouvrent les portes à tous les abus ? A défaut de la gratuité on cultiverait alors l’équité et la transparence.o


Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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