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La Une du n°624
La Une du n° 604
:N°624 du 30/09 au 06/10 2009

CDP : Zéro sur treize !

La semaine dernière, le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) a rendu publique la liste de ses 13 Commissaires politiques régionaux et leurs adjoints. La presse nationale en a fait ses choux gras en essayant de décoder le jeu d’équilibre sur lequel elle repose pour lire l’avenir des uns et des autres, si ce n’est celui du jeu politique dans son ensemble. En tous les cas, personne ne s’y est trompé, la décision n°2009/007/CDP/CN/BPN/BEN signée de Roch Marc Christian KABORE, président du méga-parti, marquera le paysage politique avec une redistribution des cartes par la confirmation de dinosaures parmi les dinosaures, la naissance de certains, la résurrection d’autres, tandis qu’il y en a qui sont passés à la trappe sans autre forme de procès. Les dés sont donc jetés et il semble que depuis lors, ça fourmille en aval dans tous les sens avec des conciliabules de positionnement et de repositionnement, certes loin des projecteurs mais qui n’auront pas moins un impact sur l’avenir.
On le sait, tout choix est arbitraire avec ses partisans et adversaires même s’il est consensuel ou fait d’autorité. Pour ma part, cette liste me laisse sur ma soif et me laisse pantois devant le silence assourdissant des analystes et observateurs sur sa faiblesse criarde : le peu de place qui y est faite pour le genre. Tenez, on y compte 13 hommes sur les 13 commissaires et il n’y a que 4 femmes sur les 13 commissaires adjoints. Un fait qui crève les yeux et qui prend du relief quand on pense qu’il n’y a que juste quelques mois, la classe politique nationale prenait l’engagement par la loi d’accorder de l’intérêt à l’approche genre, afin que le jeu politique ressemble quelque peu à la configuration sociale et sociologique du pays. Une forme de justice à rendre à la gente féminine doublement brimée par la nature et l’homme et que la nation toute entière a applaudie des deux mains. C’est vrai qu’on a pris la précaution de préciser qu’il ne s’agit que des postes électifs mais si la volonté est réellement de réparer une injustice celle-ci ne devrait-elle pas se faire sentir sur tous les terrains, particulièrement sur celui des désignations à des responsabilités politiques ?
A mon humble avis, avant de bien positionner les femmes sur les listes électorales pour les faire élire, il faut d’abord commencer par le faire sur les listes de nomination, puisque celles-ci s’imposent d’office à tous avec la caution morale et la responsabilité de l’autorité qui en décide. N’est-il pas en effet plus facile de nommer que de faire élire, surtout dans un contexte de pesanteurs sociales rétrogrades ?
Au vu de la liste des commissaires politiques du CDP, force est de dire qu’on ne partage pas cet avis à moins qu’on ne veuille prendre le contre-pied du président Roch Marc Christian KABORE qui assurait il n’y a pas encore longtemps que «… personne n’est indispensable, nous sommes tous utiles ». Mais comme c’est lui-même qui a signé cette décision et qu’il est difficile de croire qu’elle lui a été imposée, on peut se poser des questions sur l’avenir de l’approche genre dans le méga-parti et par conséquent et de fait au « Pays des hommes intègres ». On est bien en droit de se poser des questions car pour avoir réussi la prouesse de nommer 13 hauts responsables sans s’inquiéter qu’il n’y ait même pas une seule femme, le CDP donne sans conteste un très mauvais signal tant en interne que vers les autres acteurs de la scène sociopolitique.
Le fait est d’autant plus préoccupant qu’il est évident qu’on aurait eu, si on le voulait, l’embarras du choix tant ce parti compte des femmes qui auraient pu jouer le rôle avec toute l’efficacité requise et que le contexte politique y est favorable avec la vérité assénée par le président Roch à savoir que « … personne n’est indispensable, nous sommes tous utiles». Alors où se trouve l’os ? Mauvais casting ou expression d’une volonté politique ? Bien malin qui pourrait répondre à ces interrogations qui expriment tout l’embarras qu’on ressent, d’autant qu’on risque de ne pas y avoir des réponses motivées. Surtout qu’en face, personne ne peut et n’ose porter la contradiction, de peur de se voir prié de balayer devant sa propre porte. C’est dire qu’on a du souci à se faire et qu’il faudra attendre les prochaines élections législatives pour mesurer le degré d’engagement réel des uns et des autres dans la promotion de l’approche genre. N’est-ce pas en politique qu’on affirme que les promesses n’engagent que ceux qui y croient ?
En attendant, avec zéro sur treize le CDP n’en mène pas large et devrait revoir sa copie s’il ne veut pas être recalé..o.o.

Par Faèz

 

 

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