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La Une du n° 625

Retro-Rétro – Gouvernance: N°625 du 07 au 13 Octobre 2009

Crise en Guinée
Blaise COMPAORE à l’écoute des acteurs

Le président du Faso, Blaise COMPAORE, médiateur de la CEDEAO dans la crise guinéenne est arrivé hier 5 octobre à Conakry, capitale de la Guinée. Objectif : écouter les différents protagonistes afin de pouvoir entamer véritablement sa facilitation qui doit aboutir à une sortie de crise pour des élections libres et transparentes. Le président COMPAORE était accompagné des ministres Yéro BOLY de la Défense et Alain Bédouma YODA des Affaires étrangères et de la Coopération régionale..

Blaise COMPAORE a été accueilli à sa decente d’avion par le chef de la junte Dadis CAMARA.A peine est-il arrivé à Conakry, le président du Faso s’est rendu au CHU de Donka pour reconforter les blessés de la repression du 28 septembreCe 5 octobre, le président du Faso est arrivé à Conakry au moment où les différents protagonistes se vouent une « haine cordiale » ; s’ils ne se regardent pas en chiens de faïence. La raison est très simple : la situation s’est considérablement détériorée et le dialogue s’est radicalement rompu depuis le 28 septembre dernier, date à laquelle une manifestation de l’opposition contre la candidature du président Moussa Dadis CAMARA, a été réprimée par les militaires au pouvoir. Une répression qui a fait plus de 150 morts selon plusieurs sources. Ce bilan très lourd a engendré la détérioration de la situation et mis chaque acteur sur ses gardes. Les opposants ont radicalisé leurs positions et ne veulent plus entendre parler de Dadis CAMARA et de sa candidature. De son côté, le régime militaire rejette la responsabilité de tout ce qui est arrivé aux opposants.
C’est dans ce contexte de « ping-pong de rejet de responsabilité » que le médiateur de la CEDEAO, Blaise COMPAORE est arrivé à Conakry aux environs de 11h. Il a été accueilli par le président Moussa Dadis CAMARA et les membres de son gouvernement. Un premier entretien de quelques minutes a eu lieu entre les deux chefs d’Etat au Pavillon présidentiel de l’aéroport « Gbessia ». Et ensuite c’est le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Donka qui a accueilli les deux chefs d’Etat. Dans ce CHU, le président du Faso est allé réconforter les opposants blessés le 28 septembre suite à la manifestation contre une probable candidature du président Dadis CAMARA aux prochaines élections présidentielles.
Après ce réconfort moral et cette compassion présidentielle, Blaise COMPAORE et Dadis CAMARA se sont retrouvés à la «case belle vue», lieu des différentes rencontres avec les différents acteurs. Avant de les recevoir, le président du Faso s’est entretenu encore avec le président CAMARA.

Ecouter pour comprendre, comprendre pour agir
Une vue des membres de partis politiques regroupés au sein du Bloc patriotique guinéen, proche du président Dadis CAMARA.Le président du Faso en moins de 24 haures a eu trois entretiens avec le président du CNDDAprès ses différents entretiens avec le président Dadis CAMARA, le président du Faso a commencé ses audiences avec le groupe de contact local, composé, entre autres des ambassadeurs de la France, de l’Allemagne, de l’Union européenne, des USA. Cette rencontre avec les diplomates a duré plus d’une heure. A sa sortie d’audience, l’ambassadeur d’Allemagne, Karl FRANZ a laissé entendre que la rencontre était une prise de contact afin d’instaurer le dialogue. Propos soutenu par la représente de l’Union européenne à la rencontre.
A la suite du groupe de contact, le président du Faso a reçu « les Forces vives », comprenant les principaux partis de l’opposition, les syndicats et bien d’autres acteurs de la société civile. Pour des raisons de sécurité, certains opposants se sont faits représenter. Mais on pouvait reconnaître à cette rencontre avec le président du Faso, M. Sidia TOURE de l’Union des Forces Républicaines (UFR), M. Jean-Marie DORE de l’Union pour le Progrès de la Guinée (UPG), etc.
A l’issue de l’entretien, les représentants des Forces vives ont remis au président du Faso leur mémorandum qui prend en compte plusieurs préoccupations et propositions. Mais d’ores et déjà, on peut retenir que les Forces vives rejettent l’idée d’un gouvernement d’union nationale et restent sur leur position quant au rejet d’une candidature du président CAMARA. Pendant que le président du Faso écoutait les Forces vives, d’autres acteurs politiques se faisaient entendre hors de la salle sous prétexte qu’ils ont été exclus de la rencontre.
Après les représentants des Forces vives, les ambassadeurs de la CEDEAO ont été reçus à leur tour par le président du Faso.

Comme pour dire qu’il est venu écouter tout le monde, Blaise COMPAORE a finalement reçu les représentants du Bloc patriotique de Guinée qui se disaient exclus du processus. A l’issue de l’audience, ils se sont dit satisfaits d’avoir pu donner leurs positions au président Blaise COMPAORE. Certains leaders des Forces vives estiment que le Bloc patriotique de Guinée est inféodé au régime du président Dadis CAMARA, donc disqualifié pour parler au nom des partis politiques.
Bref, le médiateur de la CEDEAO a reçu tous les acteurs, même ceux qui n’étaient pas inscrits au programme. Preuve, si besoin en était, qu’il a fait le déplacement à Conakry pour écouter ceux qui ont quelque chose à dire. A l’issue de ces contacts, on peut dire que la médiation va maintenant commencer. On annonce très prochainement une rencontre à Ouagadougou avec tous les acteurs. Une information qui reste à confirmer.
Comme certains l’ont dit, la mission du président du Faso s’annonce difficile au regard de la complexité de la situation en Guinée. Une situation rendue encore plus complexe avec les tueries du 28 septembre, obligeant les opposants à poser des préalables comme les soins des blessés, la libération des opposants détenus… avant tout processus de dialogue avec le pouvoir du président Dadis CAMARA.
Le 5 octobre à Conakry, le président du Faso a pris la mesure de la situation et c’est certains que dans les jours à venir des actes concrets vont être posés. N’est-ce pas médiateur de la CEDEAO qui veut, mais qui peut.
La preuve, les recommandations du président du Faso au président Dadis si elles sont mises en œuvre permettront de rétablir la confiance pour le début d’un dialogue constructif. Un sursaut salvateur s’impose donc aux différents acteurs.o

Idrissa BIRBA
Ouaga - Conakry - Ouaga

Blaise COMAORE face à la presse
«Un facilitateur n’est pas un faiseur de miracles…»

A l’issue des entretiens qu’il a eus avec le président Moussa Dadis CAMARA et les autres acteurs de la crise, le président du Faso a animé une conférence de presse pour donner de plus amples informations sur sa médiation.

Blaise COMPAORE, Excellence M. le président, pensez-vous réussir cette médiation et quelle est votre capacité ?
Blaise COMPAORE (BC) :
Ma capacité à conduire cette médiation est difficile à apprécier tant qu’on n’attend pas les résultats finaux de nos contacts que nous avons entrepris. Mais comme je le dis souvent aux uns et aux autres, la facilitation ne peut réussir que si les acteurs marquent une volonté de sortir de la crise. Un facilitateur n’est pas un faiseur de miracles…… C’est quelqu’un qui accompagne des parties à aller vers la paix. Mais au préalable, il faut qu’on sente cette disponibilité de la part des parties prenantes. Et je dois vous dire déjà qu’en discutant avec le président Dadis, les forces politiques, les syndicats, la société civile, j’ai eu l’impression que les Guinéens sont engagés pour trouver une solution pacifique à cette crise. Bien sûr, je sais qu’actuellement, il y a un environnement délétère et c’est pourquoi, j’ai déjà fait quelques recommandations pour aider à l’amélioration de cet environnement pour des conditions de confiance et pour un dialogue véritable.
C’est essentiel d’indiquer, qu’en démocratie, il n’y a pas de solution sans débats politiques. Les questions politiques, de la démocratie, de l’Etat de droit trouvent leurs solutions dans le dialogue. Il faut aller à la table, poser le problème et en débattre. C’est ce que je suis venu proposer aux acteurs guinéens. Dans mes recommandations au gouvernement, j’ai fait remarquer que la démocratie se construit avec le temps. Nous devons être à l’école de la démocratie. Nous ne devons pas aujourd’hui tolérer en Guinée, qu’il y ait encore des suspicions sur des personnes arrêtées, des corps disparus, des blessés qui ne sont pas soignés, etc. Cela fait partie des recommandations que j’ai déjà faites au gouvernement et au CNDD afin d’établir la confiance entre les parties prenantes. Sur le plan de la sécurité, j’ai indiqué aussi des mesures urgentes à prendre. Nous avons parlé aussi des médias. Les médias doivent faire en sorte que leurs messages soient des messages qui réconcilient les Guinéens et non des messages qui divisent.
L’essentiel est de comprendre qu’il n’y a pas d’autres solutions que le dialogue politique.

Les élections pourront-elles avoir lieu à la date prévue, fin janvier 2010 ?
B.C :
Je pense que la démocratie est un tout. Ce n’est pas en se tirant dessus qu’on peut organiser des élections. Si nous voulons aller à des élections véritablement démocratiques, il faut d’abord créer les conditions de cette élection démocratique par la création d’un environnement politique et social propices. Parler du processus électoral suppose plusieurs questions. Et pour cela, il faut le dialogue, il faut en débattre.
En écoutant les uns et les autres, je pense que les évènements du 28 septembre 2009 sont venus avec d’autres problèmes à résoudre. Vous savez qu’après ces évènements, on n’a même pas encore rétabli le dialogue entre les forces politiques. Donc parler déjà de date, c’est aller vite en besogne, pas de certitude pour le moment. Mais je constate qu’il y a une volonté de sortir de cette situation d’Etat d’exception et d’aller vers l’Etat de droit. Et je pense que les uns et les autres sont disponibles pour qu’on puisse fixer une date réaliste. Mais en tout, il faut le dialogue. Je propose qu’on en discute. Et je pense que je recevrai tous les acteurs pour échanger et il y a des perspectives. Nous allons donner un contenu à tout cela que nous allons proposer aux parties prenantes pour le dialogue.o

Idrissa BIRBA
Ouaga - Conakry - Ouaga

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