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La Une du n° 625
Lettre de l'Editeur :N°625 du 07 au 13 Octobre 2009

Elles s'annoncent dures

C’est dire si le facilitateur a du pain sur la planche surtout que sur le strict plan politique, la Guinée est une véritable bouteille d’encre avec une classe politique dont le dénominateur commun est assurément sa division qui a jusque-là fait la part belle à tous les pouvoirs qui s’y sont succédé. Les lignes de démarcation ne sont pas que politiques ou idéologiques ; elles sont aussi de toute évidence régionales voire même ethniques. Dans un tel contexte, parvenir à un consensus est une véritable prouesse et il est fort heureux de constater l’unanimité presque parfaite qui se dégage sur le nom du négociateur. Au moins sur ce point, on ne se tirera pas dessus, ce qui constitue déjà un motif de satisfaction et augure des résultats heureux..

«Départ du CNDD (1), installation d’un gouvernement civile pour conduire la transition, élections générales en janvier 2010 sans la candidature des membres du CNDD, … mais avant toute chose, restitution des corps des victimes des massacres du 28 septembre, libération de toutes les personnes arrêtées, davantage de sécurité pour les populations civiles, et pour certains : arrestations sans délai des responsables des répressions sanglantes du 28 septembre… » Tels sont les points focaux des revendications des « Forces vives » (partis d’opposition, syndicats, société civile). En face, on ne fait pas non plus dans la dentelle, en rejetant systématiquement la responsabilité des massacres sur l’opposition, en refusant toute mise à l’écart du CNDD et surtout l’engagement pour son chef à ne pas être candidat à la présidentielle…
Voilà les positions que le facilitateur désigné par le CEDEAO pour démêler la crise guinéenne, le président Blaise COMPAORE pour ne pas le nommer, a la lourde charge de rapprocher avec pour objectif de ramener la paix dans le pays de feu Sékou TOURE et d’y introduire enfin la démocratie après 50 ans de dictature et de mal gouvernance. C’est dire si la situation est des plus complexes et que Blaise COMPAORE aura besoin de tout son talent de négociateur voire de bien plus, car les intérêts en jeu sont énormes et insoupçonnés. En effet, on aurait tout faux de ne tenir compte que des paramètres politiques dans l’analyse de la situation guinéenne car autant ce pays est un véritable scandale géologique qui excite bien de convoitises avec les nombreuses richesses de son sous-sol, autant il est devenu au fil des années un point stratégique dans le jeu des intérêts divergents qui se croisent actuellement sur le continent, particulièrement dans la sous-région Ouest-africaine. De près ou de loin, il est associé à toutes les guerres et grandes crises que des pays de la sous-région ont connues (Libéria, Sierra Léone, Côte d’Ivoire), de même qu’il est réputé être une des pièces maîtresses du puzzle du trafic de drogue de l’Amérique Latine vers l’Europe en passant par l’Afrique. Des faits qui ne sont pas sans influencer la situation actuelle du pays et naturellement le processus de sortie de crise. Sur ce dernier point, quand on prend en compte les accointances avérées de l’ancien régime avec les narco-trafiquants, leurs pratiques et leurs capacités de nuisance, on mesure l’ampleur du drame guinéen et les propositions hors du commun que peuvent prendre les actes qui y sont commis. Quand au contexte de guerre permanente dans la sous-région on sait qu’il a pour conséquence une circulation incontrôlable d’armes de guerre de toutes natures, de mercenaires de tous poils avec tous les travers qui vont avec.
C’est dire si le facilitateur a du pain sur la planche surtout que sur le strict plan politique, la Guinée est une véritable bouteille d’encre avec une classe politique dont le dénominateur commun est assurément sa division qui a jusque-là fait la part belle à tous les pouvoirs qui s’y sont succédé. Les lignes de démarcation ne sont pas que politiques ou idéologiques ; elles sont aussi de toute évidence régionales voire même ethniques. Dans un tel contexte, parvenir à un consensus est une véritable prouesse et il est fort heureux de constater l’unanimité presque parfaite qui se dégage sur le nom du négociateur. Au moins sur ce point, on ne se tirera pas dessus, ce qui constitue déjà un motif de satisfaction et augure des résultats heureux.
On peut aussi observer que toutes tendances confondues, la classe politique est favorable aux négociations comme pour dire qu’elle est consciente qu’il n’y a pas d’autres issues, même si les positions des uns et des autres sont pratiquement inconciliables. Cette prédisposition d’esprit est aussi un élément positif puisqu’elle sous-entend que les différents acteurs sont prêts à faire d’éventuelles concessions pour parvenir à des solutions viables. Tout n’est donc pas aussi sombre que cela paraît, même si tout indique qu’il sera difficile de rapprocher les positions. Cela d’autant plus qu’il s’en trouvera pour se cramponner à leurs positions et à leurs certitudes dans un jeu politicien dont eux seuls connaissent les réels fondements. Dans ce rôle excelleront surtout les acteurs qui sont loin du terrain concret de la lutte et qui aiment à surfer sur les principes et la théorie.
A cet effet, il ne faudra pas s’attendre à des miracles de la part du facilitateur même si d’entrée, il montre une grande disponibilité et entend prendre le taureau par les cornes, sans faux-fuyants en mettant tous les protagonistes de la crise devant leurs propres responsabilités tout en leur indiquant qu’ils ne sont pas seuls maîtres du jeu. Ainsi a-t-il déjà fait à la junte des recommandations dont la pertinence montre l’étendue de son expérience et la dynamique qu’il entend donner à sa médiation.
Assurément un premier test qui va certainement faire fondre les suspuçions et rassurer ceux de l’opposition qui ont des clichés comme œillères et qui n’ont pas manqué de le suspecter d’avoir d’éventuels penchants pour la junte. Un test aussi pour celle-ci car la diligence avec laquelle elle résoudra les problèmes posés sera un indicateur du niveau de son engagement à assumer ses responsabilités dans la sortie de crise. De même l’opposition n’y coupe pas, qui devra, le moment venu, faire elle aussi la preuve de sa bonne foi et s’engager fermement vers des compromis qui permettront à la Guinée toute entière de sortir de cette crise par le haut. Blaise COMPAORE a donc déjà marqué des points. Les Guinéens avec lui...o

1 CNDD : Conseil National pour la Démocratie et le Développement au pouvoir en Guinée

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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