[Actualité] - [Annonces] - [Archives]
La Une du n°626
La Une du n° 626
Lettre de l'Editeur : N°626 du 14 au 20 Octobre 2009

Etre ferme mais lucide

Comparaison n’est certes pas raison mais à bien d’égards, certains actes de la junte guinéenne nous donnent comme un sentiment de déjà vu. On se surprend à se dire qu’on aurait pu aussi évoluer vers un tel désastre.
Voilà qui donne plus de relief à la désignation de Blaise COMPAORE comme facilitateur. En effet, ne dit-on pas qu’on n’apprend pas à un vieux singe à faire la grimace ? Dadis et ses camarades ne pourront donc pas jouer aux révolutionnaires et aux preux défenseurs du peuple exploité. Dans cette occurrence ils auraient quelqu’un qui pourrait leur tenir un discours illustré et les ramener sans trop de casse sur terre.

«…Nous ne devons pas aujourd’hui tolérer en Guinée, qu’il y ait encore des suspicions sur des personnes arrêtées, des corps disparus, des blessés qui ne sont pas soignés, etc. Cela fait partie des recommandations que j’ai déjà faites au gouvernement et au CNDD… Sur le plan de la sécurité, j’ai indiqué aussi des mesures urgentes à prendre… ».
Ainsi s’exprimait le président Blaise COMPAORE le 5 octobre dernier à Conakry, à la suite de sa toute première visite en tant que médiateur de la CEDEAO dans la crise sociopolitique que vit le pays. Un ton pour le moins ferme qui indiquait clairement à la junte au pouvoir qu’elle devait regarder au-delà de ses petits calculs internes pour comprendre qu’elle était dans « un pétrin qui ne pétrie plus » comme le dirait l’humoriste français. C’est bien le moins que l’on puisse dire au regard du concert unanime de condamnations qui se fait contre la répression barbare qu’elle a abattue sur l’opposition le 28 septembre et qui s’est soldée par 157 morts, des dizaines de femmes violées et des centaines de blessés. Il semble malheureusement que Dadis et ses petits copains n’ont pas encore tout à fait pris toute la mesure de la situation, eux qui, tout en reconnaissant la délicatesse de leur position, ne prennent pas toutes les décisions qu’elle commande et que les populations guinéennes et la communauté internationale attendent.
C’est vrai que l’opposition et une partie de cette communauté donnent l’impression de vouloir en finir avec elle ici et maintenant en lui demandant de se faire hara-kiri, mais peut-elle raisonnablement en attendre moins après son carnage du 28 septembre ?
Honnêtement non même si dans le même temps on peut avoir la lucidité de comprendre que si les choses pouvaient aller aussi vite cela ce serait su depuis longtemps et on n’en serait pas à pleurer sur les corps des dizaines de morts et les traumatismes de ces femmes violées dont le seul crime en ce 28 septembre aura été d’avoir voulu porter l’espoir d’un certain 28 septembre 1958. C’est dire que dans un sens comme dans l’autre, il y a comme loin de la coupe aux lèvres et qu’il n’y a pas d’autre issue que de se retrouver autour de la table pour inventer des solutions qui permettront de redonner un sens à l’espoir.
On peut le dire, pour une fois l’Afrique semble avoir compris qu’à force de jongler avec ses propres principes, on finit par tant se compromettre qu’on en perd son âme. En effet, pour presque tout le monde, l’Union Africaine, comme toutes les organisations sous-régionales ne seraient que des syndicats des chefs d’Etat dont la mission serait uniquement de défendre ceux-ci. L’essentiel serait donc d’arriver au pouvoir quelle que soit la manière. L’U.A et autres feront le reste. Telle est l’idée qu’on a fini par se faire à tort ou à raison de l’Afrique et ses multiples organisations.
L’horreur de ce qui se passe en Guinée lui donne suffisamment de prétextes et même plus qu’il n’en faut pour se ressaisir et se remettre sur la bonne voie d’autant que personne ne pourrait comprendre qu’elle se contente de ses habituelles demi-solutions qui ont le don de ne rien résoudre et bien pire de servir d’alibi à d’autres aventuriers. N’est-ce pas ce passé qui pousse les putschistes guinéens à estimer qu’ils subissent un acharnement illégitime. En réalité le cas guinéen défit l’entendement.
C’est à croire que le peuple guinéen est fait pour se sacrifier pour le continent, lui qui, en 1958 déjà, lui indiquait la voie de la dignité en préférant avec un « Non » cinglant au colonisateur « vivre dans la pauvreté libre plutôt que riche dans l’esclavage ». Mais il faut dire aussi qu’à l’époque, personne ne l’avait suivi et les maîtres d’hier en avaient profité pour lui en faire baver. Ils avaient si bien réussi dans leur œuvre de destruction et de désarticulation du pays que toutes les bonnes intentions avaient très vite fondu au contact des réalités laissant émerger une dictature sanguinaire et une mal-gouvernance qui réduiront à néant tous les espoirs du peuple.
Dans un tel contexte, on comprend fort aisément qu’une seule hirondelle fasse penser au printemps et que la junte ait été accueillie comme un don de Dieu, un avènement rédempteur qui devait réconcilier le peuple et ses dirigeants. Une sorte de revanche sur le passé comme pour dire que tout arrive à point pour qui sait attendre. Mal lui en a pris car il n’aura fallu à la fièvre et l’ivresse du pouvoir que quelques petits mois pour enfermer les preux chevaliers dans les pièges sans fin de la violence d’abord du verbe avec la rhétorique révolutionnaire, puis des armes avec tous les malheurs qui vont avec.
En cette veille de 15 octobre, comment en Burkinabè ne pas penser à notre propre histoire ? Comment ne pas se remémorer la Révolution d’août, tous ses espoirs mais aussi toutes les violences qu’elle a enfantées ? Comparaison n’est certes pas raison mais à bien d’égards, certains actes de la junte guinéenne nous donnent comme un sentiment de déjà vu. On se surprend à se dire qu’on aurait pu aussi évoluer vers un tel désastre.
Voilà qui donne plus de relief à la désignation de Blaise COMPAORE comme facilitateur. En effet, ne dit-on pas qu’on n’apprend pas à un vieux singe à faire la grimace ? Dadis et ses camarades ne pourront donc pas jouer aux révolutionnaires et aux preux défenseurs du peuple exploité. Dans cette occurrence ils auraient quelqu’un qui pourrait leur tenir un discours illustré et les ramener sans trop de casse sur terre. Blaise COMPAORE est donc doublement en terrain connu ; celui de la médiation dont il est coutumier maintenant, mais aussi celui spécifique de la révolution dont il a été acteur dans une autre vie. Une chance pour la Guinée sans aucun doute.o

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

INFOS FLASH
LES MEDIAS DU FASO
LES DOSSIERS
index.gif
 
ZEDCOM © 2008 Tous droits réservé