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La Une du n°627
La Une du n° 604
Lettre de l'Editeur :N°627 du 21 au 27 octobre 2009

Les travaux d’hercule de Me SANKARA

Me SANKARA aura-t-il assez d’autorité pour vivre ses propres convictions politiques et convaincre le reste de la troupe pour s’autoriser les compromis indispensables à l’exercice républicain de ses nouvelles charges ? Rien n’est moins sûr et se sera à notre sens le challenge qu’il devra relever s’il veut donner à la fonction toute son importance. Car il serait trop facile de penser qu’être chef de file de l’opposition s’est se braquer contre le pouvoir pour un oui ou pour un non et être uniquement prompt à pousser des gueulantes à tout va. Il y a donc un travail d’éducation à faire et la nécessité d’asseoir une légitimité que la légalité n’octroie pas de fait.

A écouter certains analystes, l’opposition burkinabè aurait enfin le chef de file qu’il lui fallait. Ils sont en effet nombreux à applaudir des deux mains la résolution n°002-2009/AN/B/PRES du 23 septembre 2009 de l’Assemblée nationale désignant Me Bénéwendé Stanislas SANKARA, président de l’UNIR/PS, à cette fonction. Finies donc les supputations et autres dissertations sur le sujet, car, aussi curieux que cela puisse paraître, désigner qui était opposant et qui ne l’était pas dans ce pays, était loin d’être la chose la plus aisée tant la ligne de démarcation entre les deux camps était (et reste ?) ondoyante.
Après donc Me Hermann YAMEOGO du temps de sa splendeur à la tête de l’ADF/RDA et qui l’avait trouvée trop étroite, puis Me Gilbert OUEDRAOGO qui n’en a pas voulu parce qu’elle n’était pas à son goût, la veste de chef de file de l’opposition échoit donc à Me Bénéwendé S. SANKARA, qui, de toute évidence, attendait impatiemment la prise de la résolution la lui octroyant. On peut donc dire tant mieux et lui souhaiter bien du plaisir, même s’il semble évident que tout ou presque tout est à inventer pour cette fonction dont l’avenir dépendra en grande partie des performances de celui qui l’exercera réellement le premier.
C’est dire toute la responsabilité qui est la sienne et il est heureux de constater qu’il a le cœur à l’ouvrage puisqu’à peine nommé, il a convié toute l’opposition à une concertation et donne l’impression de ne pas vouloir se satisfaire et se contenter de ce qu’on lui donnera, mais qu’il ira prendre ce qu’il estimera de ses droits. Les intentions sont donc bonnes et tout républicain devrait s’en réjouir, puisqu’il ne s’agit ni plus ni moins que de l’application de la loi et de faire vivre dans toute sa plénitude une institution appelée de ses vœux par la classe politique dans sa grande majorité.
Peu importe en réalité qui occupe le fauteuil et surtout de l’aimer de le haïr cordialement ou même franchement même si pour une fois l’habit peut faire le moine. En tous les cas et, force est de reconnaître, Me SANKARA a la gueule de l’emploi et il sera difficile de trouver mieux dans le jeu politique actuel.
Des atouts, il en a certainement et le moindre n’est pas sa capacité supposée à ne pas céder du jour au lendemain à la tentation d’enjamber le Rubicon et de se retrouver à « faire ami-ami » avec le pouvoir. En effet, dans un contexte politique marqué par une faiblesse structurelle de l’opposition et une volatilité des opinions, il n’est pas de trop d’avoir au moins cette certitude qui tiendrait du miracle si on en croit certains.
A tort ou à raison on accuse sans discernement les opposants de trop fricoter avec le pouvoir avec lequel ils auraient presque tous des rapports officiels ou officieux controversés. Sankariste parmi les Sankaristes, on verrait très mal Me SANKARA se laisser aller à ce jeu. C’est dire que le fauteuil restera fermement arrimé à l’opposition. Et ce n’est pas rien quand on sait que le poste peut offrir des occasions de marchandages pouvant déboucher sur des intérêts particuliers alléchants.
C’est dire que la fonction lui va comme un gant avec néanmoins un risque majeur, celui de voir l’atout que constitue son intransigeance se transformer en boulet à ses pieds car la pratique politique a dans nombre de situations poussé les opposants dans une surenchère permanente pour faire la preuve de leur opposition. En effet, la confiance étant une des choses les moins bien partagées en politique il ne sera pas facile de faire autrement sans prêter le flanc.
Me SANKARA aura-t-il assez d’autorité pour vivre ses propres convictions politiques et convaincre le reste de la troupe pour s’autoriser les compromis indispensables à l’exercice républicain de ses nouvelles charges ? Rien n’est moins sûr et se sera à notre sens le challenge qu’il devra relever s’il veut donner à la fonction toute son importance. Car il serait trop facile de penser qu’être chef de file de l’opposition s’est se braquer contre le pouvoir pour un oui ou pour un non et être uniquement prompt à pousser des gueulantes à tout va. Il y a donc un travail d’éducation à faire et la nécessité d’asseoir une légitimité que la légalité n’octroie pas de fait.
En effet, si la loi le fait chef de file parce que « premier responsable du parti de l’opposition ayant le plus grand nombre d’élus à l’Assemblée nationale » (article 15 de la loi n°009-2009/AN portant statut de l’opposition politique) il lui reste à se faire accepter comme tel et être reconnu par cette opposition comme son « porte-parole attitré » (article 14). Ce ne sera pas la tâche la plus facile d’autant plus qu’il devra faire face à deux grandes constantes de la vie politique nationale.
La première, ce sont les difficultés quasi-insurmontables de l’opposition à s’unir autour d’un projet fédérateur et la seconde le fait qu’il n’y a pas plus grand adversaire pour un Sankariste qu’un autre Sankariste. Le second s’est très vite vérifié avec l’attaque au vitriol d’une partie des Sankaristes qui refusent de se reconnaître en lui. Sur le premier, le défi sera double car il s’agira non seulement de traduire les aspirations d’une constellation hétéroclite de partis et d’ambitions politiques, mais aussi de faire accepter le sankarisme comme une alternative éventuelle crédible, capable de s’ouvrir aux autres. Ce ne sera pas l’œuvre la plus aisée car l’opinion dominante vis-à-vis de ce courant politique c’est son sectarisme et son caractère à la limite ésotérique.
Me SANKARA a donc du boulot sur la planche. Apparemment il en est conscient. Mais a-t-il les moyens de sa politique ? Il semble en être convaincu. Nous ne demandons qu’à l’être avec lui. Pour la République ! o

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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