[Actualité] - [Annonces] - [Archives]
La Une du n°628
La Une du n° 628
RETRO-SPORTS :: N°628 du 28 octobre au 03 novembre 2009

KIENTEGA P Gérard , dit KPG, artiste conteur, médaillé d’argent aux 6es jeux de la Francophonie.
« La reconnaissance des autorités du pays est une chose qui stimule...»

Dans le milieu du conte au Burkina, son talent est unique. Il vient de le confirmer aux derniers jeux de la Francophonie, qui se sont tenus à Beyrouth au Liban. Il a arraché de haute lutte, la médaille d’argent. Honorant son pays ; il s’est ouvert un chemin vers le succès international. La preuve, à peine est-il rentré au bercail avec sa moisson, qu’il est sollicité au grand festival interculturels de conte de Québec au Canada. Pendant plus de trois mois, le jeune prodige burkinabè va monnayer ses talents en occident. Juste avant son départ, il est venu nous parler de la « bataille » qu’il a livrée à Beyrouth pour défendre les couleurs du pays. Il nous a parlé aussi de ses projets. Lisons plutôt !

Tu as participé avec brio aux sixième jeux de la Francophonie, peux-tu nous rappeler comment cela s’est passé quand on sait que certains membres de la délégation, burkinabè ont eu des difficultés pour participer aux jeux ?
K.P.G :
Il faut dire d’abord que pour participer aux jeux de la francophonie, il y a eu une présélection qui a été organisée par le ministère de la Culture entre décembre et janvier. Dans cette présélection, dont la compétition a eu lieu à Ouaga, un jury international a officié cette compétition et trois conteurs ont été retenus. J’ai eu la chance de faire partie de ces trois. Après cette première présélection, nous avons subi les 2 et 3 mars 2009, une autre sélection, cette fois-ci à Paris en France. A la suite de la sélection, j’ai été retenu pour participer aux jeux à Beyrouth. A Beyrouth, nous étions 16 conteurs de plus d’une dizaine de pays à atteindre les demies finales. Cinq conteurs ont été retenus pour la finale et c’est au cours de cette finale que j’ai remporté la deuxième place synonyme de la médaille d’argent.

Concrètement comment ça s’est passé à Beyrouth?
K.P.G :
Je vais vous avoué que ça n’a pas été du tout facile dans le pays du cèdre. Il y a eu une succession d’évènements qui ne présageaient, en aucun cas, pour moi un tel succès. J’ai enterré mon père dans la matinée avant de prendre l’avion pour Beyrouth et le même jour j’ai joué pour me qualifier, ça n’a pas été du tout facile pour moi. Mais grâce aux mânes des ancêtres comme on dit, et à l’esprit de mon père qui m’a soutenu, en ce jour du 28 septembre, j’ai pu ramener quelque chose au pays.

C’est quel conte qui t’a valu la médaille d’argent ?
K.P.G :
Quand j’ai été présélectionné, j’avais préparé deux contes pour aller à Beyrouth, car aux jeux ce n’est pas une question de répertoire, mais beaucoup plus la qualité du conte, l’originalité du conte et du texte, la manière de dire le conte, la manière de conquérir l’auditoire, etc. qui comptent. Du coup la disparition de mon père à chamboulé tout ce que j’avais préparé et j’ai décidé de raconter la dernière histoire qu’il m’a racontée avant sa mort. C’est l’histoire de la forge. Une histoire qui raconte les vertus de la patience, du courage, etc. qu’il y a autour de la forge, parce que nous sommes d’abord des forgerons de Saaba Arbolé dans la province du Passoré. J’ai donc décidé de raconter cette histoire à Beyrouth. C’est ainsi qu’une fois sur scène, j’ai demandé une minute de silence en mémoire de mon père avant de conter l’histoire.

De quoi parle exactement l’histoire de la forge ?
K.P.G :
L’histoire parle de mon village Saaba de Arbolé. Quand mon père m’a raconté l’histoire du village, j’ai retravaillé l’histoire de manière artistique, pour que ça soit compréhensible à tous. J’ai essayé de rendre l’histoire universelle. L’histoire parle de la faculté du fer d’aider l’homme à cultiver sa vie. Elle parle du pouvoir du forgeron à limiter les capacités de blesser du fer, le pouvoir du forgeron à assouplir la puissance du fer, par la force du vent et du feu. Il faut dire aussi que l’histoire parle des étapes de la vie de l’homme qui vont de l’enfance à l’âge adulte. En résumé, l’histoire nous parle de l’initiation dans un village où un vieil homme va guider les enfants à acquérir force, courage, habileté, humilité et patience pour devenir demain des hommes.

Depuis que tu es rentré as-tu pu rencontrer les premiers responsables de la culture pour leur présenter ta médaille ?
K.P.G :
Ah oui ! Déjà quand je suis arrivé, la chose qui m’a marqué, c’est l’accueil de mes contemporains. Il y a un proverbe que nous conteurs du Burkina aimons dire : «Il n’est pas bon d’aimer parler de soit, mais si tu n’as personne pour parler de toi, il faut le faire sinon tu vas mourir inconnu.» J’ai vu la portée de ce proverbe-là à mon arrivée, il n’y avait que les conteurs qui étaient à l’aéroport (rires). C’est là qu’un des conteurs a lancé, «KPG, c’est maintenant que tu comprendras tous le sens du proverbe… parce que si nous on ne le fait pas, on sait que personne ne va le faire pour nous». On a fait la fête à l’aéroport. L’association à l’école des ancêtres qui est l’association des conteurs du Burkina et dont je suis le secrétaire général, m’on fait une grande surprise à travers cet accueil. Le lendemain, je suis allé me recueillir sur la tombe de mon père où j’ai déposé la gerbe de fleur qu’on ma donnée sur le podium à Beyrouth. Ce même jour je suis allé au ministère et j’ai été reçu par la directrice générale des arts qui m’a fait savoir que le ministre est très content du travail qui a été fait à Beyrouth et qu’il souhaitait me recevoir. Franchement, je ne pensais pas que ça allait être dans l’immédiat. Elle m’a conduit au cabinet, et malgré son calendrier très chargé, le ministre m’a reçu. J’ai été marqué par ce geste du ministre Fillipe SAVADOGO. Il m’a promis qu’il va organiser une cérémonie spéciale pour célébrer la médaille dès mon retour de la tournée du Canada. La reconnaissance des autorités du pays est une chose qui stimule et je travaille au sein de l’association «A l’école des ancêtres» pour qu’aux prochains jeux, celui qui va représenter le Burkina ramène non pas l’argent, mais l’or.

Qu’est-ce que cette médaille te donne en tant que conteur ?
K.P.G
: C’est une lourde et grande responsabilité que cette médaille me donne. Je n’ai plus droit à l’erreur, parce que tous ce que je ferais maintenant, je dois me surpasser pour ne pas déshonorer cette médaille. Je suis content aussi parce que cette médaille va me forcer et me stimuler à mieux faire, à chercher à aller encore plus de l’avant.

Après Beyrouth, quels sont tes projets?
K.P.G :
Après Beyrouth, je vais ce soir même (NDLR le mardi 13 octobre 2009) au Canada, pour une tournée au festival interculturels du conte du Québec. Du Canada je continue en France pour le festival du conte de Créteil. Je reste en France pour travailler avec un groupe qui s’appelle YAPA jazz, où on a fait le mixage entre la musique, notamment le jazz et le conte. Je dois également donner des ateliers d’écriture et d’oralité africaine sur le conte dans la grande prison de Frêne toujours en France. Je me marie le 19 décembre en France avant de revenir au pays vers le 6 janvier 2010.

Que peux-tu dire de particulier à ceux qui, à partir de ton travail, veulent s’engager dans le conte?
K.P.G:
Pour ceux qui veulent s’engager dans le conte, je leur dirai de se préparer au travail. De ne pas avoir peur du travail, car c’est un domaine dans lequel la remise en cause est quasi permanente. Je l’ai compris à Beyrouth. Dans une compétition comme celle des jeux de la francophonie, le niveau est très élevé. C’est pourquoi, je dis qu’il faut travailler. J’ai eu la chance de travailler avec des virtuoses comme Emile ABOSSOLONBO un grand comédien camerounais qui vie en France et qui m’a beaucoup formé, je tiens à le remercier. Par la suite, il m’a confié à un conteur qui s’appelle Modibo auprès de qui j’ai aussi beaucoup appris. Et je crois qu’il faut beaucoup travailler. C’est pourquoi d’ailleurs je voudrais profiter de vos colonnes pour proposer aux autorités en chargent de la Culture, de mettre en place, un comité de suivi pour les 7èmes jeux à venir. Il faut que ceux qui vont participer aient à leurs côtés des professionnels qui vont les suivre. C’est très important. Si les artistes sont laissés à eux-mêmes c’est n’est pas évident. Quand on va dans une compétition, ce n’est pas pour soi-même, mais c’est pour le pays. C’est pourquoi, je pense que les autorités doivent tout faire pour que ses représentants soient bien encadrés, bien entourés. J’ai été agréablement surpris quand la député Gisèle GUIGMA, accompagnée du S.G de la Commission nationale de la francophonie sont venus dans les coulisses pour m’encourager. Je vous assure que quand j’ai reçu ces encouragements, j’ai senti vibrer en moi quelque chose d’inexplicable. Je me suis dis au fond de moi, qu’il fallait que je gagne quelque chose pour le pays. Et puis vous assurer que ce sont des choses qui manquent aux artistes que nous sommes. Quand je suis monté sur scène pour la première fois à Beyrouth, je n’ai pas eu cet encouragement et je puis vous dire que dans la salle il n’y avait que Salia SANOU et Seydou BORO de la compagnie Salia nï Seydou qui ont vu mon nom sur la liste et qui se sont arrêtés pour suivre. C’est eux qui sont venus me féliciter après ma prestation. Je pense qu’il serait bien que prochainement on organise toute la délégation burkinabè afin qu’elle soit présente aux différentes prestations des Burkinabè dans toutes les disciplines. Quand on dit conte, même les sportifs doivent venir le soutenir, l’encourager et vis-versa.o

Frédéric ILBOUDO

A

A

.

.o

Frédéric ILBOUDO

Musique

 

 

 

 

Haut

INFOS FLASH
LES MEDIAS DU FASO
LES DOSSIERS
index.gif
 
ZEDCOM © 2008 Tous droits réservé