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La Une du n°628
La Une du n° 628

Lettre de l'Editeur : N°628 du 28 octobre au 03 novembre 2009

CENI : Réponse du berger à la bergère !

Comment expliquer ces attaques sans nuance contre la CENI et ces allusions plus ou moins perfides à son sujet d’un certain nombre d’acteurs qui, curieusement et aussi anachronique que cela puisse paraître, devraient pourtant être ses défenseurs. C’est en effet à ne rien y comprendre quand le chef de file de l’opposition s’en prend à elle, alors que l’opposition, qu’il est censé représenter, en est partie prenante et joue un rôle actif dans tous ses démembrements.

Pour sa première sortie médiatique, il semble que la langue du chef de file de l’opposition a fourché, à moins que ce ne soit le premier couac d’un dur apprentissage qui nous en réserve bien d’autres, au regard du caractère trempé du personnage et de ses habitudes. La semaine dernière, dans ces mêmes colonnes, nous nous posions des questions sur sa capacité à se mouler dans la fonction et à lui donner tout le lustre qu’on attend au regard de sa propension à ruer dans les brancards, sans grands égards pour les conséquences de ses propos ou de ses attitudes.
En tout cas, la CENI n’a pas beaucoup apprécié, et alors pas du tout, les propos qu’il a tenus la concernant au cours de sa prise de contact avec l’ensemble de l’opposition, le jeudi 8 octobre, et ne s’est pas gênée pour le lui faire savoir. En effet, dans un article signé de son Directeur de la Communication, elle nous apprend que son président est allé rejoindre Me SANKARA dans son antre à l’Assemblée Nationale pour lui dire son fait et avoir des explications. Il faut avouer qu’il était allé un peu trop fort, en disant de la CENI qu’elle servait de «la merde» dans le processus électoral devant conduire à l’élection présidentielle prochaine. On apprend, dans le «compte rendu d’entretien», que le chef de file de l’opposition a tenté d’atténuer la portée de ses propos, sans pourtant aller jusqu’au bout de la logique en exprimant quelque regret, voire même en présentant des excuses. Tout naturellement, le président de la CENI en a tiré toutes les conséquences en concluant notamment à sa mauvaise foi et n’est pas lui aussi passé par quatre chemins pour lui dire des mots aigres-doux.
L’intérêt de cette passe d’armes, et elle en a, c’est qu’elle met en évidence l’ambivalence de nombre d’acteurs de la scène sociopolitique qui aiment à manier les contraires et à tirer la couverture à eux, comme si tout n’était que jeux d’ombres. Sinon, comment expliquer ces attaques sans nuance contre la CENI et ces allusions plus ou moins perfides à son sujet d’un certain nombre d’acteurs qui, curieusement et aussi anachronique que cela puisse paraître, devraient pourtant être ses défenseurs. C’est en effet à ne rien y comprendre quand le chef de file de l’opposition s’en prend à elle, alors que l’opposition, qu’il est censé représenter, en est partie prenante et joue un rôle actif dans tous ses démembrements. On est d’autant plus stupéfait que la critique porte sur l’organisation du vote des Burkinabè de l’étranger, une question dont l’opposition avait fait son cheval de bataille.
Au lieu de critiquer vertement, il nous semble que l’attitude la plus responsable pour l’opposition c’est de faire des suggestions pour améliorer le travail afin d’atteindre les objectifs fixés. Pas seulement parce qu’elle est elle aussi comptable de l’action de la CENI, mais aussi parce que celle-ci coûte trop cher au contribuable pour qu’on en fasse un simple objet de politique politicienne ou un gadget pour juste meubler le décor.
C’est le service minimum qu’on devrait attendre de l’opposition qui, par ailleurs, aime à se gargariser d’avoir arraché sa création de haute lutte. C’est à ne plus rien comprendre à moins de se convaincre qu’en politique la vérité du matin peut devenir le plus grand mensonge le soir et que tout n’y est qu’intérêt. Les faits obligent d’ailleurs à intégrer ces variables dans l’analyse car on a quelquefois l’impression d’un jeu de dupes où la critique est facile et de rigueur contre les autres et que celle-ci est la preuve de son indépendance. Bien maigre, il est vrai, mais comme nos acteurs politiques s’en contentent, on ne peut pas faire autrement que d’en tenir compte.
On ne peut pas non plus manquer d’observer que même au niveau de la société civile, on en trouve pour jouer au Judas vis-à-vis de la CENI. Si on ne critique pas son fonctionnement, on s’interroge sur sa crédibilité, avec l’air de vouloir dire que «c’est bon mais ce n’est pas arrivé». Comme si quelque part quelqu’un avait laissé entendre qu’on était dans le meilleur des mondes et qu’il n’y avait qu’à circuler. En vérité, ce type de remarques et d’allusions masquent de petits calculs qui ne disent pas leurs natures réelles et c’est bien dommage. Car, au-delà des individus, il s’agit de la République voire de la Nation tout entière. Quand on en arrive à jouer avec de telles valeurs, on peut difficilement se fixer des limites dans les spéculations et les compromissions. N’est-ce pas pour cela que certains acteurs de la société civile s’asseyent sans vergogne sur les principes élémentaires d’égalité des citoyens et d’universalité des valeurs de la démocratie pour distribuer ceux-ci à leurs convenances ? Des droits à géométrie variable qui transforment certains en sous-citoyens.
La réalité c’est que plus personne n’est dupe et par conséquent ne s’émeut de leurs prises de positions abracadabrantesques. C’est dire qu’en matière de crédibilité, ils sont loin de pouvoir donner des leçons et devraient commencer par balayer devant leurs portes. Cela peut amplement justifier des séminaires, ateliers et autres sondages. Et comme ils seront toujours juges et parties, on peut «hic et nunc» écrire les résultats auxquels ils parviendront infailliblement et que nous devrons gober. Mais puisque là n’est pas notre propos, on peut les laisser à leurs sports favoris, convaincus de les retrouver un jour ou l’autre et de pouvoir leur redire leur fait. Pour l’heure, il nous suffira de faire remarquer que membre ou non de la CENI, chaque organisation de la société civile devrait se sentir concernée par son devenir et s’investir pour améliorer ses résultats et son image.
C’est un challenge que partis politiques et société civile devraient s’attacher à relever afin de permettre à la CENI d’atteindre les idéaux d’équité et de transparence dont elle est porteuse et justifier les sacrifices de la nation pour elle. Tout le reste n’est que politicaillerie.o

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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