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La Une du n°629
La Une du n° 629
Lettre de l'Editeur : N°629 du 04 au 10 novembre 2009

Côte d’Ivoire : L’ONU met les pieds dans le plat

En effet, on pourrait ergoter sur tout ce qu’on voudrait sauf de soutenir que tout va pour le mieux et qu’il ne s’agira que d’organiser l’élection présidentielle pour qu’un soleil nouveau se lève sur la Côte d’Ivoire. Si tel était le cas, ce serait si facile qu’on devrait s’inquiéter de n’y être pas parvenu jusqu’à présent. Les réticences manifestes des uns et des autres à aller à cette élection en se fondant sur des prétextes plus ou moins objectifs sont des signes qui ne trompent pas. A vrai dire, le rapport du Groupe d’experts de l’ONU est un non-événement qui n’aurait eu aucun intérêt réel n’eût été le fait qu’il tombe au plus mauvais moment.

Selon un rapport de l’ONU rendu public mardi dernier, les deux principaux protagonistes de la crise ivoirienne (les Forces Nouvelles et le Parti au pouvoir et ses alliés) seraient en train de se réarmer. Ainsi donc le climat de paix et le processus électoral en cours qui devraient déboucher sur l’élection présidentielle jusque-là prévue pour le 29 novembre ne seraient que leurre. Pour une douche froide, c’en est vraiment une, d’autant plus que ledit rapport cultive un flou artistique sur les faits avérés ou supposés et s’autorise des analyses fort contestables.
Pour les experts de l’ONU, « l’économie du Nord du pays ressemble davantage à un système mis sur pied par des seigneurs de la guerre » et qui serait aux mains des « commandants de zones » des Forces Nouvelles qui « exploitent les ressources naturelles, ce qui leur fournit à la fois un motif et les moyens» de ne pas souhaiter la fin de la crise. Pour le Sud, nos experts ont aussi une explication, le gouvernement se préparerait à réprimer « des manifestations d’opposition violentes, ce qui l’a incité à commencer à rééquiper certaines forces de sécurité… ». C’est dire que pour ces experts, la paix n’a jamais été au centre des préoccupations des belligérants et que la crise leur est plutôt favorable de sorte que chacun d’eux œuvrerait à la pérenniser. S’il est évident qu’ils sont loin d’être des enfants de chœur et qu’on ne peut pas leur donner le Bon Dieu sans confession, il nous paraît un peu trop exagéré d’en faire de vulgaires bandits qui n’auraient aucun sens du bien commun, de la nation et du patriotisme. La situation est beaucoup moins simple, force est de reconnaître. On peut même dire qu’elle est des plus complexes pour la bonne raison que la confiance est la chose la moins bien partagée entre les belligérants. Cela, on ne le sait que trop bien ; et depuis un bout de temps tout de même.
Dans un tel contexte, chaque mot et chaque acte sont diversement analysés et peuvent avoir des répercussions insoupçonnables. De quoi donner une importance toute particulière à la sortie du Conseil de sécurité de l’ONU, qui, à notre sens, aura des conséquences fâcheuses sur une situation déjà très volatile.
En effet, on pourrait ergoter sur tout ce qu’on voudrait sauf de soutenir que tout va pour le mieux et qu’il ne s’agira que d’organiser l’élection présidentielle pour qu’un soleil nouveau se lève sur la Côte d’Ivoire. Si tel était le cas, ce serait si facile qu’on devrait s’inquiéter de n’y être pas parvenu jusqu’à présent. Les réticences manifestes des uns et des autres à aller à cette élection en se fondant sur des prétextes plus ou moins objectifs sont des signes qui ne trompent pas. A vrai dire, le rapport du Groupe d’experts de l’ONU est un non-événement qui n’aurait eu aucun intérêt réel n’eût été le fait qu’il tombe au plus mauvais moment. En effet, la situation déjà tendue n’avait pas besoin de ce pavé qui a le don de donner du grain à moudre à tous ceux pour lesquels la sortie de crise n’est pas pour demain et dans le même temps coupe les ailes à ceux qui, tout au contraire, y croient dur comme fer et oeuvrent dans ce sens. Voilà pourquoi on est en droit de s’interroger sur les raisons profondes de la diffusion de ce rapport qui pose plus de problèmes qu’il n’apporte de solutions. Un rapport qui prête à caution avec ses sous-entendus malsains et sans fondements matériels et qui semble, à tout le moins, partial et partiel puisqu’il ne va pas jusqu’au bout de sa logique.
En effet, si l’ONU, elle-même, en est à constater son impuissance et son incapacité à faire respecter ses décisions, c’est tout dire. N’est-ce pas là, la preuve irréfutable que la solution à la crise ne peut venir que des Ivoiriens et des Ivoiriens d’abord ? Un constat qui n’est pas propre qu’à la Côte d’Ivoire puisqu’il est aussi observable dans d’autres zones chaudes où l’ONU joue les gros bras. Ce ne sont pas les protagonistes du chaudron de la région RDC-Rwanda-Burundi qui diront le contraire, ou ceux du Soudan, ou encore de Birmanie. On en est même à suspecter l’ONU et ses fonctionnaires d’alimenter à leur manière les crises pour justifier leur présence. Sans aller jusqu’à une telle accusation, il faut reconnaître que dans de nombreuses situations, on peut s’interroger sur l’efficacité de son action et la pertinence de ses choix stratégiques.
Au moment où s’ouvrent les négociations interguinéennes dans notre pays, il n’est pas inutile d’oser ces critiques qui, si elles mettent à mal le politiquement correct, ne traduisent pas moins les réalités. Les sanctions onusiennes ne doivent pas être une fin en soi ou se présenter comme des solutions, ce qui n’est pas leur vocation. Pour la simple raison qu’elles ne peuvent pas être des solutions et que leur efficacité est discutable surtout face à l’épreuve du temps. Les solutions, les seules viables et pérennes sont celles qui engagent les différents protagonistes eux-mêmes. Les Ivoiriens sont à ce stade et rien ne pourrait justifier un échec. Voilà pourquoi on devrait s’investir à les appuyer dans les solutions qu’ils tentent de mettre en œuvre plutôt qu’à leur mettre des bâtons dans les roues.o

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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