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La Une du n°630
La Une du n° 630

Retro-Rétro – Gouvernance : N°630 du 11 au 17 Novembre 2009

Jeunesse et contraception
S’informer pour mieux vivre

Les jeunes, aujourd’hui, sont de plus en plus et précocement sexuellement actifs. Si certains, pour mieux vivre leur sexualité, font recours à des méthodes contraceptives souvent sur conseils de spécialistes, ils sont nombreux à ignorer la question ou qui s’en détournent par pure inconscience au risque de compromettre leur santé. Certes, des structures étatiques, privées ou bénévoles existent un peu partout dans le pays, surtout dans les centres urbains, qui apportent conseils et soins aux jeunes, mais leur insuffisance et mauvaise fréquentation par ceux-ci demeurent le nœud gordien dans la résolution de la problématique de la santé sexuelle des jeunes..

Le CMA de Samandin a dû fermer sa clinique “sympa” pour faute de féquentationC’est vrai, quoique nos sociétés soient perméables aux idées progressistes, elles gardent souvent un esprit sclérosé sur certains sujets. Sont de ces sujets, la question de la sexualité. Toujours éludée notamment dans les échanges parentaux avec les enfants, la sexualité demeure cependant au centre de toutes les préoccupations de la famille, de la société. Les jeunes sont assurément le public cible, qui doit être éduqué à un changement de mentalités pour une vie sexuelle saine et responsable. En la matière, il faut reconnaître que beaucoup a été fait par les structures et associations oeuvrant dans le domaine de la santé de la reproduction pour intéresser les jeunes à la question de leur sexualité. Ainsi, de nos jours, nombre de jeunes sont sensibilisés sur la santé de la reproduction et n’hésitent pas à faire recours aux méthodes contraceptives, un comportement protecteur important pour eux. En effet, les contraceptifs permettent aux jeunes de se préserver des pandémies telles des maladies sexuellement transmissibles (MST) et le SIDA, ainsi que des grossesses précoces et non désirées. Il existe une gamme variée de méthodes contraceptives, dont la plupart est destinée aux filles. Pour chaque méthode, on recommande les conseils d’un agent de santé qui indique les avantages, l’efficacité, les effets secondaires et le mode d’administration. Les formations sanitaires sont recommandées aux jeunes pour y recueillir les informations utiles et bénéficier des consultations. Une orientation qui n’est pas toujours du goût des jeunes, qui ne sont pas à l’aise dans les dispensaires, maternités et autres postes de santé où ils seront contraints de se frotter aux personnes âgées ou de rencontrer des parents. Quand on sait que le sujet qui les y mène reste toujours dans l’ordre du tabou vis-à-vis de cette catégorie de personnes, il y a de quoi freiner leur ardeur. D’où la nécessité de l’existence de centres appropriés dans lesquels les jeunes sont plus en confiance.

L’ABBEF, une bouée de sauvetage
Pour Mlle Mariam BOLY, la SR n’est plus un sujet tabouLa faible fréquentation de ce centre construit par le ministère de la Santé à Ouidi serait dû à sa co-habitation avec le service de l’Action SocialeA Ouagadougou, il existe peu de centres d’information et de soins en matière de santé reproductive destinés aux jeunes. Obtenir des méthodes de contraception dans ce type de centre est perçu comme une nécessité dans le milieu jeune. En effet, de nombreux jeunes pensent que dans ces lieux les informations qui y seront échangées resteront confidentielles. D’où la création d’un centre d’écoute pour jeunes par l’ABBEF pour encourager les jeunes à s’intéresser aux méthodes contraceptives. Autres structures accompagnant les jeunes, nous citerons, le ministère de la Santé, qui a mis en place un centre de services et conseils pour jeunes dans le quartier Ouidi. Mais le plus en vue reste celui de l’ABBEF, centre bien connu et fréquenté par les scolaires et étudiants notamment. Leurs témoignages sont édifiants, Ainsi, Hamsétou, 19 ans et élève en classe de terminale dit que depuis qu’elle fréquente ledit centre, elle vit mieux son intimité avec son copain. «C’est une amie, qui m’a parlé de ce centre et elle m’a encouragée à y venir pour échanger avec la sage-femme autour de ma relation avec mon copain. Après l’entretien, la sage-femme aussi a souhaité que je vienne avec mon ami. J’ai pu le convaincre. Quand nous sommes venus ensemble, on lui a conseillé le port des préservatifs dont il ne voulait pas entendre parler. Maintenant, c’est l’amour parfait entre nous parce qu’il a bien assimilé les conseils de la sage-femme», nous a-t-elle confié.


Selon Suzanne KONFE, sage-femme au centre d’écoute pour jeunes de l’ABBEF, les jeunes s’intéressent d’avantage aux problèmes de la santé de la reproductionPour Suzanne KONFE, sage-femme au centre d’écoute pour jeunes de l’ABBEF, la création dudit centre permet aux jeunes de s’exprimer de manière libre et les agents peuvent parler librement avec eux. Nombre de jeunes étaient perturbés et ne savaient comment vivre au mieux leur sexualité. Avec leurs partenaires, les conseils reçus, ils décident généralement ensemble de la méthode contraceptive qui leur convient et la sérénité s’installe entre eux. «Ma fiancée, une étudiante, voulait placer un norplant, elle a voulu que je l’accompagne au centre d’écoute pour jeunes de l’ABBEF et la sage-femme a accepté que j’assiste à l’opération», nous témoigne Séverin, employé dans une institution de micro finance, qui se réjouit des conseils qu’ils ont reçus de la sage-femme pour surmonter leurs problèmes. Quant à Aziz, 21 ans, il souligne avoir opté pour le préservatif comme contraceptif, car il est facile à utiliser, selon lui, il n’éprouvait pas ainsi le besoin de se rendre dans un centre de santé. Mais il a fallu qu’il assiste à une séance de sensibilisation organisée par le Réseau africain des Jeunes contre le Sida du Burkina (RAJS/BF) pour se rendre compte qu’il ne maîtrisait pas parfaitement l’usage des condoms. «Il y a souvent un problème du bon usage des méthodes contraceptives, qui se pose au niveau des jeunes. Lors des séances de sensibilisation, nous les aidons à surmonter quelques petits problèmes tels que le port du préservatif», dit un adjoint social chargé du programme IEC dans une structure de sensibilisation.

La pilule et le condom masculin, contraceptifs les plus sollicités
Les spécialistes en santé de la reproduction recommandent toujours une consultation avant le choix de toute méthode contraceptiveLe centre d’écoute pour jeunes de l’ABBEF dispose d’une clinique où les frais de consultation s’élèvent à 500 FCFA. Il reçoit en moyenne une trentaine de jeunes par jour en majorité des jeunes filles. Les services les plus demandés sont les consultations gynécologiques, le planning familial et les renseignements divers sur la santé de la reproduction. Les méthodes contraceptives les plus sollicitées sont les condoms masculins, viennent ensuite les pilules, puis le norplant. La pilule est vendue à 100 FCFA la plaquette pour un mois. Contrairement à Hamsétou, qui exige de son copain le port de préservatif, Ruth, 23 ans, gérante d’une échoppe, a elle, comme préférence les pilules. Elle explique ce choix par l’accessibilité et le faible coût des pilules ; mais surtout, par le fait de la prudence car on n’est jamais trop prévoyant. Son partenaire, du reste, porte aussi le préservatif.

 

Un bon reflexeLes condoms masculins sont les contraceptifs les plus utilisés. Cependant tous les Cependant, certaines filles, comme Eugénie, 17 ans, couturière, trouvent l’utilisation de la pilule assez compliquée. «En plus du fait qu’il y a le risque de sauter une date et courir après un agent de santé, on exige de faire un examen gynécologique avant son utilisation», s’explique-t-elle. Effectivement, les spécialistes de la santé de la reproduction sont unanimes pour dire qu’on ne doit prendre les pilules qu’à la suite d’une prescription. «Les jeunes filles, qui fréquentent notre centre, sont suffisamment informées là-dessus. Ce n’est pas conseillé de prendre les pilules sans avoir au préalable approché un agent de santé. Avant de prendre la pilule, il faut que la fille soit dans un certain nombre de conditions ; il faut tenir compte de son cycle, s’assurer qu’elle n’est pas déjà en état de grossesse», indique Suzanne KONFE avant de relever que la pilule, en plus d’être un contraceptif, est un médicament qui peut corriger les règles douloureuses, irrégulières, très abondantes, les troubles de cycles tels que les saignements, diminue le risque de kystes ovariens et du sein, protège contre certains cancers chez la femme, soulage des douleurs pelviennes. Il arrive que des jeunes filles prennent la pilule au lendemain de leur rapport sexuel douteux sans observer un certain nombre de précautions. Ce qui signifie qu’elles ne fréquentent pas les services de la santé de la reproduction. C’est le cas de Ruffine, jeune fille de 20 ans, qui avoue qu’elle n’hésite pas à en prendre à chaque fois qu’elle est dans le doute. Une pratique que déconseillent les spécialistes, qui relèvent que la pilule du lendemain aurait des effets néfastes tels que la perturbation des règles ou le désordre hormonal.
On constate par ailleurs que l’insuffisance des centres d’informations et de soins pour jeunes explique, en partie, le mauvais usage de certains contraceptifs si ce n’est un problème d’accès que cela pose. Résidant à Samandin, secteur 17 de Ouagadougou, Ibrahima, 25 ans, soudeur, ne cache pas son déficit d’informations sur les méthodes contraceptives. Bien qu’il soit non loin du centre médical de Samandin, qui dispose d’un service de santé maternelle et infantile (SMI), s’occupant de la planification familiale, Ibrahima se refuse à y aller, car il trouve que c’est plutôt réservé aux femmes. Il ressort que les responsables dudit centre de santé étaient parvenus au constat que les jeunes effectivement se gênaient à s’y rendre pour des questions de la santé de la reproduction. Aux fins de pallier le problème, ils ont alors créé sur financement d’un projet un service dénommé «clinique sympa» pour répondre aux besoins spécifiques des jeunes en matière de la santé de la reproduction. Malheureusement, cette expérience n’a pas survécu au projet, faute d’une politique de pérennisation. C’est la même situation, qui prévaut au centre de conseils pour jeunes de Ouidi, qui, malgré ses prestations exclusivement réservées aux jeunes, n’est pas bien fréquenté. Un agent de santé qui y travaille fait savoir que le centre bénéficiait de l’appui d’un projet ce qui leur permettait de faire beaucoup de causeries-débats avec les jeunes. Les jeunes du quartier avaient même créé un comité de sensibilisation sur la santé de la reproduction dénommé «commissariat». Mais depuis la fin du projet en début de trimestre de cette année, le centre fonctionne au ralenti. Les jeux de société tels que les babys foot qui attiraient les jeunes sont en panne depuis des lustres. Et ce qui compliquerait davantage la fréquentation du centre de Ouidi c’est les frais de consultations qui s’élèvent à 150 FCFA et sa proximité avec le service de l’Action sociale. «Les jeunes du quartier, surtout les filles, même s’ils veulent des informations sur la santé de la reproduction, préfèrent aller ailleurs parce qu’ils pensent que quand on les voit franchir la porte, c’est pour aller au service de l’Action sociale pour exposer des problèmes de grossesse», souligne un des responsables du centre. Pour le moment, le personnel se contente de quelques sorties dans les établissements et les centres de formation pour faire de la sensibilisation.
Il s’avère donc que les structures spéciales pour jeunes constituent des cadres ouverts leur permettant de s’exprimer et d’échanger librement sur toutes les questions de la santé de la reproduction en plus du fait qu’ils y trouvent des moyens contraceptifs et des soins. Ce qui nécessite donc d’augmenter leur nombre dans une ville comme Ouagadougou.o

Par Drissa TRAORE

Les différentes méthodes contraceptives

Il existe une gamme variée de contraceptifs au Burkina. Selon les spécialistes, pour choisir le bon, il est recommandé de se rendre dans une formation sanitaire où on recevra des informations qui vont permettre d’utiliser le type, qui convient.

- Les pilules : c’est un contraceptif composé d’une ou deux hormones, qui se présentent sous forme de comprimés qu’on avale. La prise de la pilule commence entre le 1er et le 5e jour des règles. On prend un comprimé par jour jusqu’à finir la plaquette suivant le sens de la flèche. En cas d’oubli on se réfère à un agent de santé. La pilule empêche les spermatozoïdes de passer dans l’utérus.

- Le préservatif ou condom (masculin et féminin) : Pour les hommes, il se porte sur le pénis en érection et empêche les spermatozoïdes d’entrer dans le vagin de la femme évitant ainsi la grossesse. Il a aussi l’avantage d’empêcher la transmission des IST/Sida. Le préservatif féminin ou femidom empêche également les grossesses et la transmission du VIH/SIDA.

- Les Norplants : Ce sont des capsules en éventail qu’on insère dans le corps. Discret, pratique avec une durée de 5 ans, ils bloquent l’ovulation.

- Les spermicides : Ce sont des produits en mousse ou en gelée qu’on introduit dans le vagin avant les rapports sexuels pour éviter que les spermatozoïdes ne pénètrent vivant dans l’utérus. Dans cette gamme, on trouve les mousses Delfen et Emko ; les gelées Koromex et Ramesès ; les comprimés moussants tels que le Néo sampoon, le Conceptrol, le Pharmatex.

- Les injectables : Il existe deux types d’injectables : le Noristerat et le Dépo Provera. Ce sont des contraceptifs injectables en ampoules, dont les injections se font dans les 5 premiers jours des règles.

- Le stérilet ou DIU : Le stérilet, en plastique avec un cuivre ou sans cuivre, une fois placé dans le vagin accélère le transport de l’ovule dans les trompes de Fallope.

- La vasectomie : C’est la stérilisation masculine et elle consiste à la ligature ou la section des canaux déférents par intervention chirurgicale pour éviter le passage des spermatozoïdes. On le fait pour la vie, elle est irréversible.

- La ligature des trompes : C’est la stérilisation féminine. On ligature ou sectionne les trompes par intervention chirurgicale et ce qui empêche la rencontre de l’ovule et des spermatozoïdes. C’est également irréversible.
La liste n’est pas exhaustive, il existe bien d’autres méthodes telles que le collier, la méthode de l’allaitement maternel et de l’aménorrhée (MAMA), les méthodes naturelles ou d’abstinence périodique basées sur la connaissance du cycle de fécondité.
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