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La Une du n°630
La Une du n° 630
Lettre de l'Editeur : N°630 du 11 au 17 Novembre 2009

Dadis ou rien pour le CNDD

Les négociations s’annoncent en tout état de cause dures et demain n’est visiblement pas la veille d’un retour à la démocratie en Guinée si tant est-il que celle-ci ait jamais eu droit de cité dans ce pays à l’histoire tumultueuse. Néanmoins, l’espoir est permis, car, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les positions sont si diamétralement opposées qu’elles laissent beaucoup de place pour des compromis pour peu que les uns et les autres acceptent de regarder au-delà de leurs intérêts personnels. Il faudra certainement les y aider un peu. C’est à cela que s’emploiera la facilitation.

Mardi dernier, à l’image du « Forum des Forces vives » une semaine auparavant, la junte au pouvoir en Guinée, le CNDD et ses alliés, sont allés remettre au Médiateur désigné par la CEDEAO, leurs exigences et leurs propositions de sortie de crise, clôturant ainsi le 1er acte de la médiation conduite par le président burkinabè Blaise COMPAORE. On peut le dire, sans risque de se tromper, les choses sérieuses vont donc commencer et sans nul doute qu’on reverra incessamment et dans les mêmes unités de temps du côté du Palais de Kosyam tout ce beau monde qui avait pris soin de s’éviter.
En effet, on entend dire qu’après avoir déposé chacun leurs vérités, les différents protagonistes de la crise guinéenne seraient arrivés à l’évidence de la nécessité de s’asseoir ensemble autour de la même table sans aucun préalable pour confronter leurs opinions, convaincus qu’avec l’aide précieuse du facilitateur ils parviendront à des solutions viables pour leur pays. C’est tant mieux, même si entre les déclarations et les réalités, il y a tout naturellement du chemin d’autant que les exigences des uns et des autres sonnent comme des préalables sur lesquels aucune concession ne serait envisageable.
On a souvenance que les « Forces vives » avaient donné le ton de l’intransigeance, aidées en cela par la communauté internationale en commençant par la CEDEAO, pour qui le principe de base était le départ du CNDD du pouvoir, l’arrestation des auteurs des atrocités du 28 septembre, etc. On avait même entendu dire que les « Forces vives » ne s’assiéraient jamais à la même table que le CNDD, ce qui avait fait dire à certains, et à juste raison, qu’on confiait là une drôle de mission à Blaise COMPAORE, en tout cas une médiation d’un genre inédit dans laquelle on lui demandait de rapprocher des positions dont l’une était disqualifiée d’office. Les « Forces vives » étaient donc arrivées à Ouagadougou précédées d’une solide réputation de fermeté qui n’autoriserait aucune concession, ne laissant de fait au médiateur qu’une seule alternative, celle de convaincre Dadis et les siens de plier bagages aussi sec.
Assurément, les choses s’engageaient bien mal d’autant que certains semblaient prendre un malin plaisir à exhorter chacune des parties à s’arcbouter sur ses positions. En tout cas, nombre d’analystes ont fait dans la surenchère, emportés qu’ils étaient par le poids des évènements, au point d’exiger au facilitateur de porter des œillères et ainsi de prendre position. Cela aurait été sans aucun doute l’erreur fatale, car ce qui importe ce n’est pas tant ses opinions sur les faits que sa capacité à amener les acteurs à en prendre conscience et à accepter les compromis pouvant permettre d’enclencher un processus qui permettra de rattraper ce qui pourra encore l’être et d’envisager l’avenir autrement. Cela ne l’avait pas empêché de fixer à chacun comme une plate-forme minimale, dont il sera juge de l’application, permettant ainsi à tous de mesurer d’une part sa crédibilité et de l’autre sa capacité à se faire entendre.
Pour les « Forces vives », ce minimum était à double volet : avoir des positions communes, donc déjà consensuelles et accepter de s’asseoir autour de la même table avec le CNDD et ses alliés. On peut dire que le contrat est rempli, même si cela ne s’est pas fait sans quelques grincements de dents. Ne dit-on pas qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ?
Au CNDD, le médiateur a demandé de montrer pattes blanches en apportant des garanties sur le plan sécuritaire et en civilisant quelque peu ses pratiques.
Là aussi, les résultats sont tangibles même s’ils sont loin de satisfaire la partie adverse qui n’arrête pas de s’inquiéter sur son sort. En contre-partie, le CNDD voit l’étau se desserrer quelque peu, même s’il reste tenace et semble ne pas devoir lui laisser d’autres choix que de se plier à ce qui s’apparente ni plus ni moins à des injonctions. Un couteau à double tranchant car si les pressions peuvent influer dans le sens d’obliger à des concessions, elles peuvent tout aussi bien conduire à un raidissement des positions et servir d’alibi pour se draper à moindre frais du manteau de nationaliste et de patriote pour fustiger les autres, voire refuser toute concession et justifier jusqu’à l’injustifiable. C’est ce que fait le CNDD, qui peut à terme se faire pardonner les horreurs du 28 septembre 2009 en surfant sur cette vague, d’autant qu’à l’intérieur il a obligé tous ceux qui osent lui porter la contradiction à se terrer.
Si on en voulait la preuve, on l’a eue amplement avec le discours pour le moins guerrier du chef de sa délégation aux pourparlers de Ouagadougou, le colonel Moussa KEITA, qui n’a pas hésité à déclarer à la presse que «nous sommes venus défendre la vérité, la justice et la démocratie. Nous sommes venus défendre le maintien du CNDD et de son président… », tandis que le conseiller spécial du président de la junte laissera tomber que « … il n’est pas question d’écarter l’armée et le CNDD de cette transition… ». C’est tout dire ! Ceux qui attendaient une junte à genoux ou prête à toutes les concessions pour se sortir d’affaire devront donc déchanter.
Il semble que les « bidasses » ne se laisseront pas faire et que la partie sera particulièrement serrée. A en croire certaines indiscrétions, ils iront jusqu’à chercher à noyer le poisson. Ainsi, il se murmure que pour embarrasser autant que faire se pourra leurs adversaires, ils exigeront la reprise des audits, une question dont ne voudraient plus entendre parler certains, notamment les anciens ministres et Premiers ministres membres des Forces vives. Les négociations s’annoncent en tout état de cause dures et demain n’est visiblement pas la veille d’un retour à la démocratie en Guinée si tant est-il que celle-ci ait jamais eu droit de cité dans ce pays à l’histoire tumultueuse. Néanmoins, l’espoir est permis, car, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les positions sont si diamétralement opposées qu’elles laissent beaucoup de place pour des compromis pour peu que les uns et les autres acceptent de regarder au-delà de leurs intérêts personnels. Il faudra certainement les y aider un peu. C’est à cela que s’emploiera la facilitation.o

Cheick Ahmed
ilingani2000@yahoo.fr

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Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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