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La Une du n°631
La Une du n° 631
Lettre de l'Editeur N°631 du 18 au 24 novembre 2009

Intransigeance pour intransigeance, et après ?

C’est clair, si le médiateur doit jouer de dextérité pour rapprocher les Guinéens, la balle est véritablement dans leur camp s’ils veulent sortir le pays de cette crise politique et le placer résolument sur le chemin de son développement. Les positions maximalistes et jusqu’au boutistes du genre «Dadis doit partir» ou «pas de transition avec le CNDD» sont à recouvrir d’un bémol de même que la junte au pouvoir doit être réceptive aux propositions constructives des responsables des Forces vives plutôt que faire le dos rond au prétexte de ne pas leur devoir sa présence là où elle est ; sinon, intransigeance pour intransigeance, on risque de rester à la case départ. Pire, courir vers le chaos.

Ils sont tous venus, même ceux qui n’y étaient pas conviés, et ils ont déposé qui leurs «exigences», qui leur «mémoire en défense» auprès du Facilitateur. Les protagonistes de la crise guinéenne, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, ont quitté Ouagadougou et regagné leur Guinée natale. Le peuple guinéen, qui avait accompagné avec le cœur ces fils, les a vus revenir avec l’espoir qu’ils n’auront pas été au pays des Hommes intègres pour rien. Et il n’est certainement pas déçu car malgré les positions tranchées et le langage guerrier qu’il a été donné d’entendre des deux camps qui se disputent le pouvoir ou prétendent défendre la justice et la démocratie, c’est selon, l’accalmie est de mise à Conakry même si l’on imagine aisément que les états-majors fourbissent les armes pour réussir leur combat. C’est déjà cela de gagné chez le Facilitateur car avec les évènements malheureux du 28 septembre dernier, on ne pouvait présager de rien.
A Ouagadougou, pour cette fois et cela parce que la technique d’approche du sujet par le Facilitateur le commandait, les deux camps en opposition ne se sont pas affrontés mais ont décliné individuellement à son attention les éléments qui soutendent leur vision sur une sortie de crise. Si les Forces vives, premières à se présenter à Ouagadougou, exigent le départ sans condition du capitaine Dadis CAMARA et de la junte, le CNDD, lui, ne l’entend pas de cette oreille et exclut sa mise à l’écart dans la Transition ; il préconise même la rédaction d’une nouvelle constitution qui clarifierait le jeu notamment en ce qui concerne les conditions d’accès à la Magistrature suprême. C’est dire que le plus dur reste à venir. Concilier ce qui paraît inconciliable, c’est ce qui est attendu de Blaise COMPAORE, le Facilitateur désigné par la CEDEAO pour dénouer les fils de cet écheveau politique guinéen.
Le président burkinabè est certes un homme très expérimenté dans les médiations du genre, mais, il faut reconnaître que le chantier guinéen est des plus aléatoires. Aléatoire en ce que le milieu politique, qui a couvé un demi-siècle de frustrations, peut libérer les pires acteurs et les pires actions ; aléatoire du fait que des acteurs exogènes mais fortement intéressés ont mis des matériaux pour le moins incongrus dans le mortier qui doit servir à boucher les ouvertures béantes dans le mur de la maison commune guinéenne. Incongrue, on peut le dire, fut cette réaction précipitée de la CEDEAO et autres institutions de la communauté internationale qui exigeaient le départ de Dadis CAMARA et de sa junte du pouvoir pendant que la médiation suscitée était sur le point de débuter. Et que dire de cette presse internationale qui tire à boulets rouges sur le CNDD et diffuse par moments des informations pour le moins spécieuses sur la Guinée ?
Voilà des faits qui ne sont pas pour apaiser les esprits et les cœurs chez les Guinéens encore moins pour faciliter la médiation. Toutefois, il faut se dire que le peuple guinéen est mature, que les hommes politiques de ce pays ont pris la mesure de la situation qui s’y vit et sauront s’accorder sur l’essentiel pour le bonheur de tous. Cette disposition d’esprit, toute l’Afrique la veut effective et s’inscrit avec le peuple guinéen qui appréhende ce qu’il ne faut même pas envisager à savoir un éventuel échec de la médiation. Ainsi que le soutient ce responsable de mouvement de jeunes, «personne n’ose envisager l’après médiation de Blaise COMPAORE. Il est notre dernier rempart. S’il échoue, on ne saura mesurer les conséquences».
C’est clair, si le médiateur doit jouer de dextérité pour rapprocher les Guinéens, la balle est véritablement dans leur camp s’ils veulent sortir le pays de cette crise politique et le placer résolument sur le chemin de son développement. Les positions maximalistes et jusqu’au boutistes du genre «Dadis doit partir» ou «pas de transition avec le CNDD» sont à recouvrir d’un bémol de même que la junte au pouvoir doit être réceptive aux propositions constructives des responsables des Forces vives plutôt que faire le dos rond au prétexte de ne pas leur devoir sa présence là où elle est ; sinon, intransigeance pour intransigeance, on risque de rester à la case départ. Pire, courir vers le chaos. Et ce ne sera pas bien pour la Guinée et l’Afrique entière.

Fatogma DOUSSE

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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