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La Une du n° 632
Lettre de l'Editeur :N°632 du 25 Novembre au 1er décembre 2009

Pourtant il y a à manger pour tous !

Hypocrisie et égoïsme, lots quotidiens des hommes sur cette terre, doivent sérieusement baisser à défaut de disparaître au profit d’une solidarité à toute épreuve. La faim n’est pas l’affaire seulement de ceux qui ont effectivement faim d’autant que les plus repus, quoi qu’ils fassent, les verront à leurs portes exposant leur misère. Si homme, ils sont, ils comprendront qu’ils ne peuvent vivres heureux seuls, ces gens qui ne connaissent pas la faim. Ne dit-on pas que les révolutions prennent racines dans le fait que "les uns mangent, les autres regardent" ?

Sacrés humains ! Ils ne veulent bien entendre que ce qu’ils veulent entendre. Cette parole divine de Dieu le Père, qui dit : «Allez ; multipliez-vous et remplissez la terre», lâchée au premier homme et à la première femme, nous ne l’aurons que trop bien comprise. Eh oui, la planète terre est en passe de compter 6 milliards d’âmes. Mais s’aiment-elles réellement comme Dieu le leur a commandé ? La réponse à cette interrogation est évidente quand on voit les barbaries de toute sorte dont les hommes sont coupables et victimes, et surtout cette hypocrisie qu’il y a dans la gestion du stock mondial de nourriture.

Les spécialistes en agronomie sont pourtant formels : la terre peut nourrir tous ses habitants à l’heure actuelle. Alors, pourquoi ce près du milliard d’individus meurent-il de faim ?

C’est là une des plus grosses plaies de ce monde qui, chaque jour, fait des pas de géant dans le progrès technique et scientifique mais paradoxalement se dit incapable de trouver à manger à ce milliard de pauvres hères. Quelque chose ne va pas quelque part. Aussi, ces sommets mondiaux prétendant chercher solution à la question de la faim intriguent-ils plus qu’ils ne convainquent ceux qui vivent dans ces parties du monde où le fléau est réalité.

Depuis plus d’une décennie que la FAO (Fonds des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) multiplie rencontres sur rencontres pour trouver les voies et moyens d’éradiquer la faim dans le monde, on ne semble même pas cheminer vers une telle éventualité. Si la grève de la faim (ou le jeûne) de 24  heures observée par Jacques DIOUF, directeur général de la FAO, le 14 novembre dernier, accompagné par Ban KI-MOON, le secrétaire général de l’ONU, a peut-être pu peser sur l’atmosphère des débats au dernier sommet mondial sur «la sécurité alimentaire» à Rome en Italie, a-t-elle vraiment ému les «grands» de ce monde qui n’ont pas daigné se présenter à la rencontre ? A moins qu’une certaine honte du fait d’un sursaut de lucidité leur ramenant à la face leurs responsabilités dans cette fâcheuse situation du monde les ait anesthésiés.

C’est vrai, le sommet de Rome ne pouvait qu’intéresser ceux qui ont vraiment faim car que pouvaient encore y dire ou chercher ceux qui, chez eux, détruisent des récoltes sur pied ou des stocks de vivres parce qu’il y’en  a plus qu’il n’en faut ou déversent sur le sol des quantités énormes de lait juste pour équilibrer la balance des prix ? Ils sont aux antipodes des réalités des «crève-la-faim», c’est vrai, mais la terre étant unique et à partager par tous, par la politique de l’autruche, ne font-ils pas le lit à leurs cauchemars, eux qui ont une peur bleue de l’envahissement par ces populations du Sud ? Et que dire de la hantise à propos des perturbations climatiques quand on sait que les populations abandonnées à leur sort sont obligées de surexploiter leur environnement pour survivre ?

Certes les pays nantis du Nord ne font pas grand’chose pour aider ceux du Sud qui comptent la quasi totalité des gens qui meurent de faim, mais on ne peut occulter le fait que des maux tels mal gouvernance et myopie politique dans le domaine agricole soient des donnes qui corsent leur situation. En Afrique, par exemple, il est démontré que des pays comme la République démocratique du Congo (RDC), qualifiée de «scandale géographique», et la Guinée Conakry, le «château d’eau de l’Afrique», à eux seuls, disposent de potentialités agricoles à même de permettre de nourrir tout le continent ; mais allez-y comprendre, leurs populations ne sont pas des moins affamées. Beaucoup de pays africains ont longtemps négligé le secteur de l’agriculture vivrière, héritage colonial dira-t-on, mais la dernière secousse financière dans le monde a été pour leur faire tâter du goût amer de cette erreur. En effet, on ne peut compter sur l’importation exclusive de certaines denrées pour nourrir ses populations, ni sur la mansuétude de pays exportateurs mus par des intérêts commerciaux. C’est dire que si une inflexion n’est faite dans le sens de réorienter les habitudes agricoles, la faim aura encore de beaux jours dans ces pays.

Hypocrisie et égoïsme, lots quotidiens des hommes sur cette terre, doivent sérieusement baisser à défaut de disparaître au profit d’une solidarité à toute épreuve. La faim n’est pas l’affaire seulement de ceux qui ont effectivement faim d’autant que les plus repus, quoi qu’ils fassent, les verront à leurs portes exposant leur misère. Si homme, ils sont, ils comprendront qu’ils ne peuvent vivres heureux seuls, ces gens qui ne connaissent pas la faim. Ne dit-on pas que les révolutions prennent racines dans le fait que "les uns mangent, les autres regardent" ?

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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