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La Une du n°633
La Une du n° 633
Lettre de l'Editeur :N°633 du 2 au 8 Novembre 2009

Guinée : Tous responsables !

Contrairement à ce que soutiennent certains acteurs et analystes, les événements du 28 septembre ne sont pas venus rendre Dadis plus infréquentable que jamais mais plutôt rendre son départ et sa non-candidature plus improbables que jamais. Pour la simple raison qu’il a tout à y perdre. De même, il nous semble que l’intransigeance en face n’est pas pour arranger les choses puisqu’elle sonne comme un désir de règlement des comptes.

Après la volée de bois vert qu’ils ont administrée à qui mieux mieux au Facilitateur et les cris de gorets que l’on écorche vifs qu’ils ont lancés de toutes parts après sa proposition de base pour les négociations inter-guinéennes, acteurs, observateurs et analystes de la situation guinéenne semblent revenir à de meilleurs sentiments, mettant pour le moins un peu d’eau dans leur vin. Il faut dire que les uns et les autres n’y sont pas allés du dos de la cuillère, certains propos allant jusqu’à l’insulte et presque tous débités avec une mauvaise foi manifeste qui laisse entrevoir l’intention évidente de nuire et de faire mal. A moins que derrière leurs airs de fins connaisseurs et de preux chevaliers, il ne se cache de vulgaires calculateurs, prenant un malin plaisir à théoriser sur les drames des autres et à s’en délecter. Dans l’un ou l’autre cas, le tableau qu’ils offrent n’est guère enviable et tôt ou tard tous leurs fards fondront et laisseront à nos regards un spectacle d’une cruauté incroyable. A-t-on besoin d’être clerc pour comprendre que la situation guinéenne est des plus complexes et qu’il faudra bien plus qu’une proposition, aussi consensuelle puisse-t-elle être, pour en venir à bout du premier coup ?
Assurément non ! Car si la solution était aussi simple et autant à portée de main, il y a longtemps qu’on l’aurait su et il n’eût pas été nécessaire de déplacer tant de monde de Conakry et de bien plus loin pour venir s’étriper, au propre comme au figuré, à Ouagadougou. Pourtant à écouter les uns et les autres, c’est à croire que la solution coule de source et qu’il suffit, en l’occurrence, d’aller dans le sens des exigences de l’opposition, comme le fait à l’unisson la communauté internationale, pour que tout rentre dans l’ordre. Les apparences sont, elles aussi, trompeuses pour que certains observateurs se laissent aller à croire qu’il suffirait d’un claquement de doigts pour que les Guinéens entonnent ensemble le refrain de la paix retrouvée et fument le calumet de la paix comme s’ils n’attendaient que d’y être invités. Incontestablement, il y a maldonne quelque part, à moins que tout cela ne soit à dessein, du moins pour certains qui auraient des agendas cachés dans cette affaire. Toujours est-il qu’il faut une bonne dose de naïveté pour penser que le Facilitateur agit au «petit bonheur la chance» ou à la dictée. Encore une fois, s’il suffisait de vouloir pour que la paix soit, personne ne serait venue à Ouagadougou pour cela. Pas plus les Guinéens que la communauté internationale et derrière elle, Français, Américains et Chinois, en particulier, qui jouent dans ce pays autre chose de plus que les rhétoriques humanistes que nous entendons. Cela explique amplement l’impression qu’on a que toutes les cartes ne sont pas connues d’autant plus que le 28 septembre qui est venu avec son cortège de cadavres et de viols de femmes a compliqué une situation déjà inextricable. En effet, s’il est un fait sur lequel tout le monde semble être d’accord, c’est que, depuis ce jour, l’équation principale a changé radicalement, l’opposition décidant de ne plus se satisfaire de sa revendication première de voir Dadis respecter sa parole de ne pas être candidat à l’élection présidentielle pour exiger qu’en plus il débarrasse le plancher. Du coup le mandat du Facilitateur changeait de fait, ses mandants lui demandant d’obtenir ce départ. C’est véritablement une autre paire de manches, ce que ne semblent pas comprendre certains qui donnent l’impression de croire que la Facilitation consiste simplement à faire venir une délégation du CNDD à Ouagadougou et à lui débiter les «exigences» de l’opposition et de la communauté internationale. D’où leurs réactions épidermiques et à la limite irresponsables d’autant qu’ils évitent soigneusement de se prononcer sur les implications d’une telle démarche. Notamment comment obliger le CNDD à obtempérer ; que va-t-il advenir de ses membres, etc. ? A croire que tout le monde s’est défroqué pour rendre Blaise COMPAORE responsable des difficultés réelles qu’il y a à obliger le CNDD à se dissoudre, les militaires à rentrer dans les casernes, les auteurs de violences à se mettre à la disposition de la justice, etc.. En effet, à écouter la véhémence des propos de certains acteurs des Forces Vives, ils voudraient ni plus ni moins que le Facilitateur fasse le boulot à leur place. Il en est de même de la communauté internationale et des acteurs de la société civile qui ont la critique facile.
Contrairement à ce que soutiennent certains acteurs et analystes, les événements du 28 septembre ne sont pas venus rendre Dadis plus infréquentable que jamais mais plutôt rendre son départ et sa non-candidature plus improbables que jamais. Pour la simple raison qu’il a tout à y perdre. De même, il nous semble que l’intransigeance en face n’est pas pour arranger les choses puisqu’elle sonne comme un désir de règlement des comptes.
Tous ces faits mis bout à bout, obligent à dire que ceux qui ont organisé la manif du 28 septembre n’ont pas rendu service au peuple guinéen et qu’ils devraient prendre leur part de responsabilité dans la survenue du drame de ce jour et de son impact négatif sur le règlement de la crise. Il ne faut pas s’y tromper, ce n’est pas pour minimiser celle des coupables des actes de barbarie mais pour dire qu’en politique, il n’y a rien de gratuit.
En l’occurrence, le CNDD a bon dos d’exploiter lui aussi ces évènements douloureux pour accuser ceux d’en face. Sur ce point, il convient de faire observer à ceux qui sont adeptes de chiffres que l’ampleur de la crise ne saurait se mesurer au nombre de cadavres, car si tel était le cas, Dadis et les siens pourraient fort bien soutenir ne pas détenir la palme en la matière et réclamer au moins la même impunité que certains qui ont fait pire ailleurs et qui roulent aujourd’hui carrosse. Cela d’autant plus qu’à l’intérieur, il joue à merveille sur le tempo du nationalisme, de la probité et de la souveraineté nationale et peut valablement indexer certains responsables des Forces Vives qui ont des choses à se reprocher. Il faut le dire, le 28 septembre ne saurait absoudre certains de leurs responsabilités passées. Ce serait trop facile.
Qu’on le veuille ou non, nul ne peut aujourd’hui en Guinée parler valablement au nom du peuple pour la simple raison que personne n’a cette légitimité. Pas plus Dadis et son CNDD que l’opposition et ses Forces Vives. D’où l’importance des élections à venir et partant la nécessité de n’exclure aucun des courants politiques qui animent ce pays. C’est une lapalissade à moins d’être un adepte des raccourcis et des «démocraties sur mesure» qui imposent aux peuples leurs choix.o


Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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