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La Une du n°635
La Une du n° 635
Lettre de l'Editeur :N°635 du 16 au 22 décembre 2009

Regarder plus loin que le bout de son nez

Sur le plan de la morale on peut s’interroger sur la légitimité de certains à vouloir donner des leçons sur la théorisation et la pratique de la démocratie au vu de leurs propres actes et de leur incapacité à éclairer les autres acteurs de la scène sociopolitique, nous obligeant à d’incessantes retouches de notre loi fondamentale et de certains textes d’application.

S’il est un point du discours du président du Faso, à l’occasion de la commémoration du 49e anniversaire de l’Indépendance qui aura le plus retenu l’attention, c’est bien celui relatif de la relecture à la constitution. En déclarant : «… J’invite l’ensemble des citoyens à approfondir les réflexions sur les réformes politiques indispensables à l’enracinement dans notre société, des valeurs de démocratie et de citoyenneté responsable .» Blaise COMPAORE officialise de fait un débat qui a déjà cours dans tous les milieux socio-politiques, même si pour certains, l’exercice est circonscrit à ergoter sur l’article 37 portant limitation des mandats présidentiels au prétexte qu’il ne s’agirait que de cela. Un procès d’intentions qui en dit long sur ce que risque d’être l’année 2010 qui est annoncée comme une année électorale. Tout porte à croire au regard de ce qui est vécu actuellement, que nombre d’acteurs laisseront la proie pour l’ombre en se focalisant uniquement sur ce seul point au détriment de tout le reste, notamment les actions réellement orientées vers la mobilisation en faveur de leurs programmes qu’ils veulent alternatifs. C’est vrai que pour tous, à tort ou à raison, mais certainement à raison, l’élection de 2010 est jouée d’avance, le rapport des forces étant largement en faveur du pouvoir en place et de son candidat potentiel, Blaise COMPAORE. Tout indique en effet que si Blaise COMPAORE se présentait à sa propre succession, il passerait « haut-la-main » et l’on voit mal le parti au pouvoir faire autrement que d’obtenir cette candidature qui lui garantirait un autre quinquennat aux affaires.
Ceci explique-t-il cela ? Il y a tout lieu de le croire car il apparaît clairement que s’opposer à la levée de la clause limitative des mandats présidentiels est un des rares thèmes pour ne pas dire le seul, sur lequel l’opposition, toutes tendances, confondues, s’entend parler. C’est donc une question stratégique fondamentale pour elle et se serait lui faire une fausse et mauvaise querelle que de vouloir qu’elle fasse autrement, même si par ailleurs on ne peut s’empêcher de penser qu’une réflexion plus poussée aurait pu l’orienter vers d’autres perspectives, notamment de se projeter dans l’avenir en travaillant sur ses propres faiblesses en vue de les réduire à défaut de pouvoir en faire des atouts.
Mais force est de le reconnaître, elle est encore loin d’une telle perspective, tant ses divisions sont profondes parce qu’à la fois structurelles, politiques et congénitales. On en a encore une fois de plus eu une parfaite illustration avec l’exercice de la fonction de chef de file de l’opposition. En effet, à peine celui-ci a-t-il commencé à agir que d’aucuns l’accusent de se servir et d’être au seul service de son parti et non de l’ensemble de tous ceux au nom desquels il officie. C’est dire que personne ne sera surpris d’entendre d’ici-là certains dire qu’ils ne se sentent ni de près ni de loin liés par ses prises de positions.
L’article 37 sera donc au cœur du débat politique. Pas seulement à l’initiative de l’opposition politique comme cela se devrait, mais il semble que d’autres forces sociales s’y intéressent elles aussi particulièrement et n’hésiteraient pas, si elles ne l’ont pas encore fait, à emprunter n’importe quel chemin, fusse-t-il celui tortueux des politiques, pour faire aboutir leurs causes. Il faut dire qu’ils ont très peu de choix car battus sur les terrains juridique et moral dont ils se prévalent ils n’ont que cette issue à moins d’avoir l’honnêteté de s’attacher à leur rôle d’arbitres et de témoins voire d’éclaireurs de conscience.
Or sur le plan juridique il coule de source, en dépit des tripatouillages de certains qui veulent faire dire aux textes leurs contraires, que la Constitution du Burkina Faso est pour le moins claire. Même la jurisprudence internationale lui donne quitus et lui reconnaît sa perspicacité. Sur le plan de la morale on peut s’interroger sur la légitimité de certains à vouloir donner des leçons sur la théorisation et la pratique de la démocratie au vu de leurs propres actes et de leur incapacité à éclairer les autres acteurs de la scène sociopolitique, nous obligeant à d’incessantes retouches de notre loi fondamentale et de certains textes d’application. Faut-il le rappeler, la dernière révision date de seulement quelque deux ans. De même d’importantes lois, notamment celle relative aux votes des Burkinabè de l’étranger, une quête permanente des populations, est inopérante faute d’une profonde réflexion prospective au moment de son élaboration. Où étaient nos chers érudits du droit et de la démocratie ? A tout le moins, on dirait à ces messieurs et dames qu’ils sont mal placés pour nous dicter ce qui devrait être, qu’on n’aurait pas tort.
Tous comptes faits si chacun jouait son rôle le débat pourrait être fort intéressant et utile. Mais en voulant ruser avec la vérité, certains vont la polluer et il faudra craindre qu’on ne se focalise sur des aspects périphériques et secondaires aux détriments de l’essentiel. On semble malheureusement s’engager dans cette voie même si les masques commencent à tomber.o

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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