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La Une de L'Opinion n°639
La Une du n° 639

Retro-Rétro – Gouvernance: N°639 du 13 au 19 janvier 2010

Le match héroïque des Etalons

Les Etalons du Burkina ont réussi leur première sortie dans la CAN qui se joue en Angola en tenant échec les Eléphants de Côte D’Ivoire le 11 janvier dans le premier match du groupe B à Cabinda. Un nul qui apparaît comme une victoire après les échecs répétés pendant la phase éliminatoire.

Kolo TOURE en lutte avec Issouf KONEDrogba à quatre pattes symbolise l'impuissance des Eléphants."Il faut oublier les deux matches gagnés lors des éliminatoires. Ça sera un match difficile. Les Burkinabé ont étudié notre équipe. Ils vont montrer plus de résistance. Je sais parfaitement bien que le rêve des Etalons est de gagner les Eléphants" a dit Vahid HALIHLODZIC le coach franco-bosniaque de la Côte D’ivoire, le technicien des Eléphants.

Les Etalons ont montré de la détermination pendant les 45 premières minutes

Jonathan PITROIPA, l’homme du match (ph. archives)Paolo DUARTE, entraineur des EtalonsLe coach des Etalons Paulo DUARTE a mis une équipe ultra défensive avec trois demi défensifs pour boucher l’axe des buts de Daouda DIAKITE. Le piège a bien fonctionné puisque malgré l’hyper domination des Eléphants (76% de possession de balle) les buts burkinabè sont restés inviolés. Les Etalons ont réussi un match héroïque en mettant sous l’éteignoir l’armada offensif des Eléphants. Le coach ivoirien aura tout tenté en changeant à souhait son système offensif mais la compacte défense du Burkina n’a pas cédé. Les Etalons ont vraiment mouillé le maillot et méritent des encouragements pour cette première sortie. La compétition ne s’arrête pas là et le plus dur est à venir. Mais de ce match, on peut tirer beaucoup d’enseignements sur le plan technique, les Etalons savent bien gérer un match défensif donc une situation où ils n’ont pas besoin d’avoir le plus souvent la balle.

Cela est une qualité que l’on peut bien développer pour en faire un label national. Sur le plan comptable, les Etalons ont maintenant leur destin entre les pieds. Il leur suffit de battre le Ghana ou faire match nul en cas de défaite des Black Stars contre la Côte d’Ivoire. Avec ce match nul le Burkina a lavé l’affront du 5 septembre où les Eléphants avaient marqué cinq buts au Burkina sans encaisser. A titre individuel, l’entraîneur Paulo DUARTE a montré qu’il était un bon tacticien en mettant en place ce dispositif qui annihilé les plans ivoiriens. Parmi les acteurs sur le terrain, le gardien Daouda DIAKITE a bien tenu son rôle par des arrêts décisifs. Florent ROUAMBA chargé de la surveillance de DROGBA a prouvé qu’il avait le bagage nécessaire pour être un demi défensif dans le haut niveau. Que dire de Jonathan PITROIPA qui malgré son retour de blessure a semé la panique dans le camp ivoirien à chacune de ses déboulées.

Duel DIAKITE - DROGBALa CAN des surprises
Cette 27ème édition de la CAN qui a débuté sur des chapeaux de roue en Angola semble être celle des surprises. En match d’ouverture, dix minutes ont suffi aux Aigles du Mali pour revenir à la hauteur des Palencas negras alors qu’ils étaient menés par 4 buts à zéro. Comme si cela ne suffisait, les Flames du Malawi, considérés comme les petits poucets de la compétition ont laminé les Fennecs classés parmi les favoris de la compétition par le score classique de trois buts à zéro. On n’est sans doute pas au bout de nos surprises tant les équipes de cette CAN paraissent assez proches les unes des autres.o.

Ahmed NAZE

 

CAN 2010
Le FLEC parle de lui

La 27e coupe d’Afrique des nations a été endeuillée par une attaque des rebelles du Front pour la libération de l’enclave de Cabinda (FLEC) contre le convoi des joueurs du Togo le 8 janvier. Bilan : deux personnes tuées dont l’entraîneur adjoint de l’équipe togolaise et plusieurs autres blessées. Il se repose l’utilisation des manifestations sportives à des fins qui leur sont totalement étrangères.

Les autorités angolaises ont dû renforcer la sécurité à CabindaSix ans avant notre ère, les Grecs organisaient tous les quatre ans dans le sanctuaire d’Olympie une fête religieuse qui regroupait plusieurs sportifs. La couronne d’olivier tressée était posée sur le front du champion. Cette fête est l’ancêtre des jeux modernes qui ont d’ailleurs gardé le qualificatif «Olympiques». Mais une des choses magnifiques laissées par ces jeux antiques est «la trêve olympique». En effet, une semaine avant, pendant et une semaine après les jeux, tous les conflits étaient suspendus. Ainsi, les athlètes et les spectateurs pouvaient se déplacer librement sans risque d’agression. Ce qui s’est passé dans l’enclave de Cabinda repose le problème de la sécurité des personnes et des biens avant les grands regroupements sportifs. Les structures faîtières du sport mettent beaucoup l’accent sur les aspects sécuritaires dans l’attribution de l’organisation des tournois et même celle des rencontres régulières. Au niveau du football pour prendre l’exemple de la discipline qui est d’actualité, la FIFA envoie un officier de sécurité dont la seule tâche est de garantir la sécurité du match. Des stades ont été suspendus pour manque de sécurité. Mais ce qui s’est passé dans l’enclave angolaise dépasse malheureusement les débordements dans l’enceinte d’un stade ou dans ses alentours.

Le gardien Togolais blessé dans l’attaqueLes rebelles du FLEC en tirant sur le bus des joueurs togolais ont dit vouloir démontrer que le Cabinda n’était pas un endroit sûr pour jouer au football, contrairement aux déclarations des autorités angolaises. En posant un acte aussi lâche, les rebelles s’offrent un coup médiatique à moindre frais. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que des sportifs sont attaqués par des individus sans scrupules à des fins politiques. Les Jeux Olympiques de Munich, en Allemagne en 1972 furent frappés par le terrorisme. Le matin du 5 septembre 1972, un groupe armé de terroristes palestiniens du mouvement "Septembre Noir" s'introduit dans le village olympique et prit neuf athlètes israéliens en otage pour exiger la libération de 200 prisonniers palestiniens. Deux athlètes israéliens furent exécutés. Dans la soirée, la police allemande donne l'assaut et les neufs otages israéliens sont tués. Cet acte barbare fera au total dix-huit morts. Le CIO renonce à annuler les jeux et organise une cérémonie funèbre en l’honneur des disparus au cours de laquelle le président Avery BRUNDAGE prononcera une phrase désormais historique: "The Games must go on" (les jeux doivent continuer).
Le Togo a
Peu de temps après l’attaque, les joueurs sont dans l’euphorie. «Nous attendons l'avion pour rentrer à Lomé, a indiqué l'international togolais et milieu de terrain de Grenoble, Alaixys ROMAO, le 9 janvier. Nous discutons actuellement avec les autres sélections de notre groupe (le Burkina Faso, la Côte-d'Ivoire et le Ghana) pour tenter de les convaincre de boycotter elles aussi la compétition.» Le gouvernement togolais a-t-il suivi l’avis des premiers concernés sans lui aussi prendre le temps de la réflexion. Il ne servait effectivement à rien au pouvoir de maintenir l’équipe si les joueurs n’ont plus le cœur à l’ouvrage. Manchester City le club d’Emmanuel ADEBAYOR avait même pris des dispositions pour lui permettre de surmonter l’émotion à retour. L’émotion passée, les joueurs sont revenus sur leur décision et décidèrent de participer à la compétition en mémoire des disparus. Un choix qui est venu, sans doute, tard pour voir le gouvernement reconsidérer sa position. D’où la montée au créneau du Premier ministre Gilbert Fousson HOUGBON qui a exigé le retour de la délégation ? En décidant de quitter la compétition, le gouvernement dont la douleur est partagée par le monde entier n’a-t-il pas donné raison aux rebelles angolais. Certes la vie humaine est loin, très loin d’un match de football, mais doit-on permettre à des drogués de régenter la vie des peuples par des actes de banditisme. Le FLEC, en s’attaquant au Togo, s’est attaqué à tout le continent, voire au monde. Il voulait laisser une empreinte sur la compétition, ce qu’il a réussi. L’histoire retiendra qu’en attaquant la délégation d’un pays participant, la CAN 2010 a été réduite à 15 participants, une victoire pour des gens qui méritent plus que les geôles d’une prison.o.

Ahmed NAZE.

Retransmission de la CAN
Le statut de la RTB en question

Le débat «national» en ce début d’année 2010, tourne autour de la non-retransmission des matchs de la CAN 2010 par la RTB, au motif que les droits y afférant (un peu plus de 800 millions) seraient trop élevés. Au-delà de cette polémique entre les partisans de cette décision et ses pourfendeurs, cette occurrence devrait ouvrir la porte à un débat sur le statut des médias publics burkinabè, principalement de la télévision nationale.

Yacouba TRAORE, Parmi ceux qui fustigent cette décision de la chaîne au cœur des grands événements, l’un des arguments avancés, est que les patrons de la télévision nationale ont trop tendance à se reposer sur l’Etat-providence plutôt que de développer des initiatives pour faire face à certains événements. «La télévision aurait dû rechercher des annonceurs à l’avance pour faire face à l’ardoise de la CAN, ce qui nous aurait évité ces pleurnicheries de dernière minute», arguent ces tenants du néo-libéralisme qui n’ont foi qu’au marché et rien que. Un argumentaire solide et séduisant en apparence, qui occulte cependant un fait majeur, à savoir le statut de la RTB, qui l’empêche quasiment d’avoir des recettes propres. Etablissement public de l’Etat, la RTB est, en effet, soumise au principe de l’unicité des caisses qui l’oblige à reverser tous les «sous» qu’elle collecte du fait de son activité au Trésor public. Du coup, le problème n’aurait guère été résolu si elle avait déployé des initiatives, car on peut parier que Tertius ZONGO aurait réfléchi par deux fois avant de la laisser utiliser cette manne à sa guise en cette période de vie chère où le drame du 1er septembre dernier est toujours frais dans les mémoires. C’est dire donc que dans son statut juridique actuel, notre «télé» ne pouvait que s’en remettre à l’Etat qui est son propriétaire pour faire face aux exigences d’AFNEX.
Les contempteurs de Yacouba TRAORE, patron de la RTB ont donc tout faux, et, plutôt que de se complaire dans ce procès d’intention qui cache mal leur intention d’alourdir le climat social, devraient disserter sur le statut juridique de la RTB. Dans un siècle où les médias deviennent de plus en plus «dévoreurs» d’argent et où la rapidité de l’information les oblige bien souvent à tordre le cou à l’orthodoxie financière pour pouvoir fonctionner, il y a peut-être lieu de songer à leur conférer plus d’autonomie. En les transformant en Etablissement public à caractère industriel et commercial on pourrait leur permettre de fonctionner «normalement» et à défaut de faire face à toutes les ardoises de contribuer à les régler. Le revers de la médaille sera, bien entendu, le désengagement de l’Etat ce qui pourrait constituer un autre mal dans un espace économique restreint où les vrais annonceurs pourraient à terme se compter sur le bout des doigts. La prospective mérite cependant d’être lancée car on ne peut pas faire la «télé» sans argent ce que la gourmandise du détenteur des droits de retransmission de la CAN est venue nous rappeler sèchement. On ne peut pas en vouloir outre mesure à celui-ci, car, il veut emmagasiner le maximum de sous avant que le satellite et les avantages qu’il confère ne viennent rogner son marché. A ce propos, on a constaté que les amateurs de football n’ont pas trop rué dans les brancards, parce que la solution des espaces câblés retransmettant la CAN à peu de frais s’offrait à eux. On le voit, le monde de l’audiovisuel est en pleine mutation et, la chaîne au cœur des grands événements est condamnée à suivre le mouvement si elle veut mériter son slogan. Pour l’heure nous sommes d’avis avec son patron qu’il ne fallait pas céder au chantage d’AFNEX qui elle aussi a entamé une course contre le temps. Bonne CAN à nos Etalons et à vos idées pour faire de la RTB un média du XXIe siècle.o

Alpha YAYA

 

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