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La Une de L'Opinion n°639
La Une du n° 639
Lettre de l'Editeur : N°639 du 13 au 19 janvier 2010

Guinée : L’accord de base en route

La balle est actuellement dans le camp des Forces vives et ce n’est pas là le moindre des soucis car il ne sera pas évident d’y parvenir le plus rapidement aux consensus indispensables pour que le processus continue. Qui sera l’homme providentiel pour conduire la transition avec les militaires ? Comment seront repartis les postes au sein du gouvernement ? Quel sera le contenu de la transition ? … Autant de questions sur lesquelles il ne sera pas facile de s’entendre.

Que peut-il bien se passer actuellement en Guinée ? Que devient le dialogue interguinéen ? Des questions et bien d’autres que se posent nombre d’analystes et d’observateurs de la situation guinéenne sans y avoir de réponses satisfaisantes chacun semblant avoir les siennes. De quoi faire monter tous les scepticismes après un moment d’euphorie qui avait fait voir à certains, le bout du tunnel depuis ce mystique et mystérieux 3 décembre 2009 qui a vu l’aide de camp du chef de la junte lui tirer dessus à bout portant et à la tête, ne réussissant toutefois qu’à l’éloigner du pays pour une durée que nul ne semble pouvoir déterminer. Toujours est-il qu’en dépit de toutes les supputations, l’ombre de Dadis plane toujours sur la Guinée, donnant l’impression que rien ne pourra se décider sans lui ou du moins ce qui se présente aujourd’hui comme son camp et que d’aucuns indexent comme celui des extrémistes du CNDD qui refusent de céder le pouvoir à qui que ce soit.
A vrai dire, les choses sont loin d’être aussi simples et il n’est pas jusqu’à ceux qui priaient tous leurs dieux pour que Dadis reste cloué sur son lit d’hôpital, assurés de pouvoir ainsi peser sur le cours des évènements, à se rendre, à leurs dépens certes, à cette évidence. Or ce n’est pas faute d’avoir fait des pieds et des mains pour faire aboutir leurs agendas, parfois sans même s’en cacher au point de heurter les consciences de ceux pour les comptes desquels ils prétendent œuvrer, les mettant en porte-à-faux avec une opinion publique dont la grille de lecture des évènements est loin d’être une copie de celles qu’ils brandissent.
Si dans l’analyse de la situation, on occulte le fait qu’on est en Guinée et que ce pays a une histoire particulière dans le concert des Etats africains naguère sous la férule française du fait de son «Non» cinglant du 28 septembre 1958 et des décennies de révolution qui s’en sont suivi, on ne peut que sortir des thèses erronées et bancales et par conséquent des pistes de solutions toutes aussi inopérantes. C’est assurément une situation qui ne peut pas se gérer par de petits calculs d’états-majors d’autant plus que ceux-ci sont loin d’avoir les mêmes visions et les mêmes projections. C’est dire si la situation est complexe et mérite des analyses profondes qui prennent en compte nombre de spécificités.
Pour avoir voulu mettre la charrue avant les bœufs en se contentant d’une lecture superficielle, certains observateurs et acteurs de la crise s’étaient vivement élevés contre les propositions de base du Facilitateur Blaise COMPAORE, au motif que celui-ci prenait fait et cause pour une des parties notamment la junte, en refusant de l’exclure du champ de la transition et de celui de l’avenir du pays. Tout ce beau monde ne s’est jamais demandé à quel titre il pouvait décider du sort de tel ou tel autre acteur à la place du peuple guinéen et cela contre toute logique étant entendu qu’on était au début du dialogue et pas à la fin. Par ailleurs, peut-on seulement exclure impunément quelque acteur que ce soit du jeu politique d’autant que le peuple lui-même ne le fait pas mais distribue tout simplement les rôles par le biais des élections ?
Tout ce débat semble maintenant appartenir au passé, mais ne peut être occulté si on ne veut pas retomber dans les mêmes travers. Le fait que certains éprouvent toutes les difficultés à évincer Dadis, malgré qu’il soit «cloué sur son lit d’hôpital», est un signe qui ne trompe pas et avec lequel il faudra œuvrer. Le président par intérim, le Général Sékouba KONATE, dit-il autre chose en menaçant de rendre le tablier, au cas où il aurait l’impression de «prêcher dans le désert», lui qui ne «croit pas au destin personnel» et souhaite prendre sa retraite ? A notre humble avis c’est un message qui indique clairement qu’il n’a pas toutes les cartes en mains et qu’il ne compte pas faire de la résistance, ni pour s’incruster au pouvoir, encore moins pour obliger les militaires qui le voudraient à partir. C’est tout dire ! Et cela n’est pas pour rassurer sur l’avenir du pays. Dès lors, on comprend pourquoi il compte s’appuyer sur la proposition de base du Facilitateur en prenant à témoin tous les acteurs du dialogue en cours. Il semble que le consensus est en train de se faire sur cette base puisque le Forum des Forces vives a donné son accord de principe pour désigner le Premier ministre de transition comme stipulé par le médiateur et à la demande du président par intérim. Comme quoi il est préférable de commencer par un bout et ne pas exiger d’avoir un accord tout ficelé comme clé en main avant d’agir. Par ailleurs, en cherchant à créer les conditions de sécurité pour tous les responsables des Forces vives et en prenant des mesures à même de ramener la sérénité et la quiétude, le CNDD ne met-il pas en œuvre un des préalables demandés par le Facilitaeur ? On peut donc affirmer que le Général Sékouba KONATE agit dans un cadre ordonné et non au pif ce qui donne à ses initiatives de réelles chances de prospérer.
La balle est actuellement dans le camp des Forces vives et ce n’est pas là le moindre des soucis car il ne sera pas évident d’y parvenir le plus rapidement aux consensus indispensables pour que le processus continue. Qui sera l’homme providentiel pour conduire la transition avec les militaires ? Comment seront repartis les postes au sein du gouvernement ? Quel sera le contenu de la transition ? … Autant de questions sur lesquelles il ne sera pas facile de s’entendre. Pourtant il va falloir y parvenir et dans les meilleurs délais car le temps est compté. En effet, il serait trop hasardeux de penser laisser le temps au temps dans un contexte où les incertitudes sont énormes. La responsabilité des acteurs politiques et de la Société civile est donc grande. Ils doivent faire la preuve de leur maturité en réussissant à faire mentir toutes les mauvaises langues pour lesquelles le Forum des Forces vives est un panier à crabes. Il semble qu’ils en sont conscients. Puisse la peur des conséquences éventuelles d’un échec les inspirer.
La Guinée le mérite et les Guinéens n’attendent pas moins d’eux.o - cheick Ahmed
ilingani2000@yahoo.fr.o


Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

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