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La Une du n°640
La Une du n° 640

Retro-Rétro – Gouvernance:N°640 du 20 au 26 janvier2010

Crise guinéenne
Le coup de maître

Alors que l’on croyait le processus de paix guinéen résolument dans l’impasse avec les sorties tonitruantes des Forces vives qui refusaient dorénavant de faire le «pèlerinage» de Ouagadougou, la déclaration de Ouagadougou, issue des pourparlers entre Moussa Dadis CAMARA et son suppléant Sékouba KONATE le week-end écoulé, est venue remettre du baume dans le cœur des Guinéens et de la communauté internationale qui aperçoivent dorénavant une lueur d’espoir. Un véritable coup de maître du «docteur» COMPAORE qui confirme, si besoin en était, sa science de la médiation et son souci permanent d’œuvrer à l’avènement d’un monde de paix.

Le président Blaise COMPAORE, médiateur de la crise guinéenneJamais Blaise COMPAORE n’aura été autant «chahuté» dans le cadre d’une médiation que celle dans la crise guinéenne pour laquelle il aura été pourtant unanimement désigné. On est mémoratif qu’au lendemain du dépôt de ses premières conclusions, nombre de Guinéens et d’observateurs avaient rué dans les brancards, au motif que celles-ci faisaient la part belle à la junte militaire au pouvoir dans le pays. Or, si Blaise COMPAORE avait ainsi agi, ce n’est pas tant qu’il portait un camp dans son cœur plus que l’autre, mais bien parce qu’il était au courant que la réalité du terrain commandait une grande prudence. Au moment où les uns et les autres vouaient la junte aux gémonies, nombre de se contempteurs ignoraient ou feignaient d’ignorer qu’à trop la brusquer, on pouvait plonger facilement dans une guerre civile. En effet, les sicaires de Dadis CAMARA étaient prêts à tout pour sauvegarder le fauteuil de leur patron. On a d’ailleurs vu qu’au lendemain de l’attentat contre ce dernier, c’est l’aile dure de la junte qui dirigeait les opérations, commettant Sékouba KONATE au rang de commis voyageur. Du reste, ledit KONATE n’aurait peut-être pas effectué le déplacement de Ouagadougou, s’il n’était pas sous le contrôle des durs, qui voulaient voir et entendre leur chef avant de prendre toute décision importante sur l’avenir de la junte. Les uns et les autres sont donc venus à Ouaga, et, au vu de l’état physique de Dadis, tous ne pouvaient que mettre de l’eau dans leur vin et accepter de passer la main. Pour autant, on ne va pas crier victoire trop tôt, car, la volonté de certains de ramener le «miraculé» à Conakry, dénote à l’envi, des malaises et autres courants contradictoires qui traversent la junte. Certains ne sont pas encore décidés à lâcher le pouvoir, et, de retour en Guinée, Sékouba KONATE devra tout mettre en œuvre pour mériter son surnom de Tigre. Il lui faudra mettre tout le monde au pas, et résoudre l’équation Aboubacar DIAKITE alias Toumba ; celui-là même qui a plombé les ambitions de Dadis CAMARA et qui, jusqu’à présent, demeure introuvable. A ce propos, il y a comme des non-dits qui subsistent, car, ledit Toumba est royalement ignoré dans la déclaration de Ouagadougou comme si son cas était résiduel. L’armée, le talon d’Achille de la démocratie en Guinée, a-t-elle vraiment effectué toute sa mue pour que l’espoir soit définitivement permis ?
Autre préoccupation essentielle, les partis politiques accepteront-ils de mettre fin à leurs rivalités et la haine sourde qui oppose les leaders pour œuvrer à l’avènement de cette démocratie tant désirée ? Last but not least, les syndicats guinéens qui ont pris un goût immodéré pour la chose politique au point de vouloir jouer un rôle majeur dans la transition, ont-ils compris que l’heure n’est plus à la «perversion» de leur role ? Autant de questions qui, ajoutées à cet ethnocentrisme latent, fruit de la mal-gouvernance, augurent d’une transition qui ne sera pas de tout repos. Pour l’heure, revenons à l’accord de Ouagadougou salué par l’ensemble de la communauté internationale pour redire qu’il conforte la méthode Compaoré. Une méthode qui mêle donc tact, respect des protagonistes, écoute mais surtout connaissance des réalités sociohistoriques du pays à traiter pour des résultats probants. A bonne enseigne, point de réclame et, Blaise COMPAORE est parti pour durer dans ses habits de docteur des crises.o.

Alpha YAYA

 

Blaise COMPAORE clarifie l'équation guinéenne

Les protagonistes de la crise guinéenne ont trouvé un accord sur la transition, le 15 janvier, après de difficiles négociations à Ouagadougou au cours d'assises qui ont fait suite à l’arrivée du Capitaine Moussa Dadis CAMARA le 12 janvier en provenance du Maroc après un mois de soins à Rabat. Le président Blaise COMPAORE a encore prouvé sa capacité à concilier les frères dans la déchirure.o

«Les gens ne sont pas morts pour rien» a dit Alpha CONDE en réaction à l’accord du 15 Janvier entre les protagonistes de la crise guinéenne. Le leader du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) faisait allusion aux massacres du 28 Septembre 2009 dans le Stade de Conakry perpétrés par l’armée contre les manifestants de l’opposition. Cette action ignoble a eu pour conséquence la tentative d’assassinat du président de la junte militaire et de la République de Guinée le Capitaine Moussa Dadis CAMARA, le 3 décembre 2009 par son aide de camp, le lieutenant Aboubacar Sidiki DIAKITE dit Toumba.
Son évacuation au Maroc pour des soins a permis au Général Sekouba KONATE, ministre de la Défense, de prendre l'intérim. Celui qu’on appelle «le Tigre» dans son pays a immédiatement obtenu le soutien des puissances occidentales, notamment la France, qui étaient très hostiles au Capitaine CAMARA et à ses fidèles. Le bouillant capitaine "refroidi" par les balles de son neveu et éloigné du pouvoir pendant plus d’un mois a été renvoyé le 12 janvier au Président Blaise COMPAORE, Médiateur dans la crise guinéenne. Dans un premier temps, on a pensé que le grabataire du camp Alpha Yaya DIALLO allait être un colis gênant pour ce dernier surtout que les Forces Vives et même certaines puissances avaient fait de son départ une condition première au règlement du conflit. Que nenni ! C’était sans connaître l’homme qui sait lire parfaitement les évènements. En effet, Blaise COMPAORE a su exploiter la situation à son avantage et pour le salut de la Guinée en arrachant un accord aux protagonistes qui balise le chemin vers la sortie de crise.
L'accord qui fixe les règles du jeu
Selon les termes de l'accord, Dadis CAMARA reste le président de la République. Mais on sait que loin de Conakry, celui-ci a peu de chance d’influencer le processus de transition prévu pour durer seulement six mois et qui sera conclu par l'élection présidentielle à laquelle les acteurs majeurs de la transition ne pourront participer. Le Général Sekouba KONATE peut désormais conduire les affaires de son pays tranquillement en ayant à l’esprit le passage de témoin à un président démocratiquement élu dans le délai défini par l'accord de Ouagadougou. Les règles du jeu dans la phase transitoire vers l'organisation d'élections pour une normalisation de la vie politique en Guinée sont ainsi établies même si, comme il fallait s’y attendre, l’accord de Ouagadougou ne plaît pas à tout le monde à Conakry. Selon le site guinéen aminata.com, les partisans de Dadis CAMARA ne seraient pas contents et voudraient le faire savoir. Ce serait pour cette raison que le Capitaine s’est adressé à la nation guinéenne le 17 janvier à partir de Ouagadougou pour atténuer cette tension, car «nombreux sont les militaires qui estiment que cet accord ne prend en compte que les préoccupations des partis politiques et de la société civile sans tenir compte de celles de l’armée» confie un militaire de sa garde rapprochée à aminata.com. Ce serait «l'illustration de la tension qui prévaut actuellement au sein de la grande muette, et qui renforce la situation de crise profonde de confiance entre militaires.»
Blaise COMPAORE évite le KO à la sous-région
La communauté internationale s’est empressée de saluer le succès de la capitale burkinabè. L’accord du 15 janvier qui met à l’écart le capitaine Dadis CAMARA est perçu comme celui de la dernière chance pour le peuple de Guinée dans sa quête de la démocratie et surtout de la quiétude. Tout le mérite revient au président du Faso qui a accepté de prendre en main ce dossier difficile que lui a confié le président de la CEDEAO, le président nigérian Oumarou Moussa YARADUA au lendemain des massacres du 28 septembre. Face aux positions extrêmes des différents protagonistes, d’une part les Forces vives appuyées par les Occidentaux et de l’autre les militaires au pouvoir à Conakry, le président COMPAORE est resté fidèle à son principe qui est l’écoute. Tous les fils de la Guinée ont eu droit à la parole pour lui dire ce qu’ils pensent de bien pour cette terre qui a dit non à l’accord du Général De GAULE, le 28 septembre 1957, pour aller directement à l’indépendance. Après les premières négociations tenues peu avant les fêtes de fin d’année, l’Opposition avait rejeté les propositions du président du Faso, médiateur dans la crise, visant à maintenir les militaires au pouvoir pendant la période de transition. Quelques mois plus tard et après la redistribution des cartes consécutive à la tentative d’assassinat de Moussa Dadis CAMARA, elle accepte le même accord revisité selon les circonstances du moment puisque les militaires restent aux commandes même s’ils doivent partager le pouvoir avec un Premier ministre choisi par les Forces Vives et un Conseil National de Transition (CNT) dirigé par un religieux. L'Accord met la Guinée sur le chemin de la réconciliation et Blaise COMPAORE prouve, une fois de plus, son talent de négociateur. C’est toute la sous-région, voire le continent africain qui y gagne. Si la Guinée devait s’embraser, beaucoup de pays fragiles comme le Liberia et la Sierra Leone, ses voisins immédiats, pourraient retomber dans l’abîme. Ce n’est pas pour rien que la présidente du Libéria Ellen Johnson SEARLEAF, présidente de l’organisme regroupant les pays riverains du fleuve Mano dont fait partie la Guinée est venue dès le 16 janvier saluer ces accords de Ouagadougou.o

- Ahmed NAZE

 

Sortie de crise en Guinée
Déclaration conjointe de Ouagadougou

Le présidium ayant conduit les assises de Ouagadougou- Considérant la désignation de Son Excellence Monsieur Blaise COMPAORE, Président du Burkina Faso, comme Médiateur dans la crise en République de Guinée ;
- Résolus à favoriser la réconciliation des Guinéens avec eux-mêmes et à rétablir la confiance entre gouvernants et gouvernés, par le respect, la confiance et la reconnaissance mutuelle ;
- Déterminés à rétablir en République de Guinée un Etat de droit démocratique, respectueux des libertés individuelles et collectives et des principes de la bonne gouvernance ;
- Ayant à l’esprit les différents entretiens organisés par le Médiateur aux fins de rétablir le dialogue politique entre les différentes composantes de la société guinéenne ;
- Engagés à œuvrer solidairement pour créer en République de Guinée les conditions d’un retour à l’ordre constitutionnel normal et d’une transition démocratique consensuelle et apaisée ;
- Se référant aux délibérations et résolutions de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), de l’Union Africaine (UA), de l’Organisation des Nations Unies (ONU) et du Groupe International de Contact sur la Guinée (GIC-G) ;
- Après des consultations menées à Ouagadougou, les 13 et 14 janvier 2010 ;

Le capitaine Moussa Dadis CAMARA président du CNDD et président de la République de Guinée…Le capitaine Moussa Dadis CAMARA, Président du Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD) et Président de la République de Guinée,

 

 

…et le général Sékouba KONATE, vice-président du CNDD, président de la République par intérim ont paraphé la déclaration conjointe de Ouagadougoule général Sékouba KONATE, Vice-Président du CNDD, Ministre de la Défense, Président de la République par intérim,

 

 

et Son Excellence Monsieur Blaise COMPAORE, Président du Burkina Faso et Médiateur dans la crise en République de Guinée, se sont accordés sur les mesures suivantes en vue d’une transition pacifique en Guinée :

 

 

 

1. Le respect des libertés publiques, y compris de la liberté de presse et d’opinion ;
2. La garantie de la sécurité des personnes et des biens ;
3. La réorganisation et la réforme des Forces de Défense et de Sécurité ;
4. La création d’un Conseil National de Transition (CNT), organe politique délibérant, dirigé par une personnalité religieuse et composé de 101 membres représentant toutes les composantes de la société guinéenne ;
5. La nomination d’un Premier Ministre, Président du Conseil des ministres, issu du Forum des Forces Vives de Guinée ;
6. La formation d’un Gouvernement d’Union Nationale ;
7. La révision des listes électorales ;
8. L’organisation, dans un délai de 6 mois, de l’élection présidentielle à laquelle ne participeront pas les membres du Conseil National de Transition, le Chef de l’Etat de Transition, les membres du CNDD, le Premier Ministre, les membres du Gouvernement d’Union Nationale et les membres des Forces de Défense et de Sécurité en activité ;
9. Le recours à des observateurs civils et militaires de la CEDEAO ;
10. La mise en place d’un organe de suivi, d’évaluation et d’accompagnement ;
11. Les signataires de la présente déclaration appellent instamment la communauté internationale à apporter son concours politique, financier et technique pour la mise en œuvre des mesures ci-dessus arrêtées ;
12. Son Excellence Monsieur Blaise COMPAORE, Président du Burkina Faso et Médiateur dans la crise guinéenne, désignera un représentant spécial auprès des autorités de la transition de la République de Guinée.

Clôturant leurs fructueuses concertations, Son Excellence Monsieur Blaise COMPAORE, Président du Burkina Faso et le Président de la République de Guinée par intérim, le général Sékouba KONATE, se sont réjouis de l’évolution satisfaisante de l’état de santé du Président du CNDD, le capitaine Moussa Dadis CAMARA.

Ils lui ont exprimé leur totale solidarité et leur compassion pour la dure épreuve qu’il a subie, tout en lui souhaitant un prompt rétablissement.

Le Président du CNDD, le capitaine Moussa Dadis CAMARA, en retour, leur a exprimé sa profonde gratitude pour les précieux soutiens en tous genres dont il a bénéficié de leur part. Il a par ailleurs, dit avec force qu’il prend librement un temps de convalescence, tout en restant disponible pour apporter sa contribution aux acteurs de la transition.

Enfin, Son Excellence Monsieur Blaise COMPAORE, Président du Burkina Faso et Médiateur dans la crise guinéenne, Monsieur le Président du CNDD, Président de la République de Guinée et Monsieur le Vice-Président du CNDD, Président de la République de Guinée par intérim, adressent leurs chaleureux remerciements à sa Majesté, le Roi Mohammed VI, ainsi qu’à toutes les autorités marocaines, y compris le corps médical, pour avoir accueilli, avec beaucoup de générosité, et soigné avec beaucoup de professionnalisme et d’affection, le capitaine Moussa Dadis CAMARA.

Fait à Ouagadougou, le 15 janvier 2010

Le Président du CNDD, Président de la République de Guinée :
Capitaine Moussa Dadis CAMARA
Le Vice-Président du CNDD, Président de la République de Guinée par intérim :
Général Sékouba KONATE
Le Médiateur dans la crise en Guinée :
Blaise COMPAORE

 

Sus aux rabat-joie

Un accord de sortie de crise en Guinée a enfin été signé par la junte militaire le 15 janvier 2010 à Ouagadougou sous les auspices du médiateur Blaise COMPAORE. La signature de cet accord, il faut le reconnaître, rabat le caquet à toute cette clique de personnes et d’organisations qui présageaient la catastrophe pour la Guinée et qui affichaient un certain scepticisme à l’égard du médiateur.
Depuis le vendredi 15 janvier 2010, Louise ARBOUR, présidente de l’ONG Crisis group, tout comme Alioune TINE de la RADDHO devraient être dans leurs petits souliers. Eux, et bien d’autres illustres responsables d’organisations de la société civile et des spécialistes des affaires africaines dans des chancelleries occidentales, devraient être dans une certaine mélancolie depuis que la junte au pouvoir en Guinée a signé sous l’égide du médiateur Blaise COMPAORE un accord de sortie de crise. On se rappelle qu’au lendemain de la désignation du président du Faso comme médiateur dans cette crise guinéenne, ils n’avaient pas hésité de se dresser contre lui avec des arguments aussi répulsifs que stupides. Si l’attitude de certains s’explique par le fait de ne pas aimer que le président Blaise COMPAORE s’illustre comme un pacificateur hors pair en Afrique, celle des autres tient au fait que la fin de la crise met fin aux subsides que leurs organisations amassent lorsqu’il y a troubles dans un pays. Pour cela, ils y ont mis du prix pour faire échouer la médiation en poussant nombre des membres des Forces vives guinéennes à se braquer vertement contre la première mouture de l’accord politique.
Maintenant que le talent du médiateur a permis aux Guinéens de trouver un consensus pour un retour à la paix, ils sont restés silencieux comme des carpes. Que peuvent ces organisations de la société civile trouver à redire si la France et les Etats-Unis, leurs principaux bailleurs de fonds, ont salué cet accord politique du 15 janvier ? Toute honte bue, il ne sera pas étonnant de les voir réapparaître avec des déclarations pour mettre en branle la quiétude des membres du CNDD en parlant par exemple de la Cour pénale internationale. Comme on le sait, la persistance des troubles en Guinée ne sera pas pour déplaire à nombre de ces organisations de la société civile dont les responsables, comme des nécrophages, font leur beurre sur la misère des peuples o

Drissa TRAORE

 

L’adresse du président Dadis CAMARA au peuple guinéen

 

Guinéennes et Guinéens, Mes chers compatriotes

Le 03 décembre 2009, il y a exactement quarante-quatre jours, je fus victime d’une tentative d’agression par un de ceux en qui j’avais placé ma confiance. Grâce à la prompte réaction de Chefs d’Etat amis, je fus évacué au Royaume du Maroc où j’ai bénéficié de soins médicaux appropriés, ce qui me permet, aujourd’hui, de m’adresser à vous, bien que convalescent. C’est l’occasion d’exprimer, par ma voix, mes vifs remerciements au Président Abdoulaye WADE du Sénégal, au Président Blaise COMPAORE du Burkina Faso d’où je vous parle en ces instants, au Guide de la Grande Révolution Libyenne, le Colonel Mouammar El KADHAFI, et à Sa Majesté le Roi Mohamed VI du Maroc.

J’associe à ces remerciements tout le collectif des médecins de l’hôpital militaire de Rabat, dont le professionnalisme et l’humanisme, inspirés de la vraie tradition africaine, m’ont redonné la vie et ont fortifié ma foi en l’avenir.

Je ne vous oublierai pas, vous, mes frères et sœurs de Guinée, d’Afrique et d’ailleurs, qui m’avez constamment porté dans vos prières à l’occasion de cette pénible épreuve. Les échos de ces prières me sont parvenus, m’ont réconforté et m’ont permis de supporter ma convalescence.

Je réalise que je vous ai manqué et que vous me manquez aussi, parce que vous et moi vivons dans une communion d’esprit pour la reconstruction de notre Chère Guinée.

Guinéennes et Guinéens, Mes frères et sœurs bien-aimés,

Mes compagnons d’armes et moi, en prenant en main la direction du pays, le 23 décembre 2008, étions animés de la volonté de démocratiser le pays et de réconcilier tous ses enfants, de lutter contre les maux qui gangrenaient le pays, de rétablir les services sociaux de base, de faire profiter aux Guinéens le bénéfice des ressources naturelles du pays, de sécuriser le pays, de créer de la richesse, de rétablir les grands équilibres économiques du pays, de soigner l’image extérieure du pays, en résumé, de moraliser la vie politique du pays.

Tout ceci était inscrit dans un programme réaliste et réalisable, dont l’une des étapes fondamentales était le retour du pays à une vie constitutionnelle normale, autrement dit, la gestion d’une transition politique que nous avions voulue consensuelle.

Cette transition, qui se poursuit encore, n’a pas enregistré que de douloureux événements, elle a connu des actions positives de développement et de changement de mentalités et a également permis l’éclosion de beaucoup d’initiatives créatrices, malgré un environnement économique et financier international impitoyable. De mon lit d’hôpital et de mon état de convalescent, je n’ai cessé de penser à ce bilan de nos actions et à la perspective de la correction des erreurs pour une gestion améliorée des affaires de l’Etat.

Guinéennes et Guinéens,

A Rabat, nombreuses sont les personnalités étrangères, mais aussi guinéennes, qui m’ont rendu visite, autant que des amis, pour m’apporter, en vos noms à tous, des messages de sympathie et de compassion. Tous ces gestes me sont allés droit au cœur et m’ont conforté dans ma conviction que la Guinée est une famille et que l’ethnisation des relations humaines et du jeu politique est préjudiciable à la construction d’une démocratie. L’une des dernières personnalités à me rendre visite fut mon frère et compagnon d’armes, le Général de Brigade Sékouba KONATE, Ministre de la Défense nationale et président par intérim.

Avec lui, nous avons réfléchi sur les voies d’une sortie de crise politique et avons décidé ensemble les mesures qu’il avait annoncées dans son adresse à la nation le 06 janvier dernier. J’assume et j’appuie ces mesures que moi-même avais initiées, mais qui ne furent pas suivies d’effet.

C’est dans la même volonté politique de sortie de crise que j’ai accepté de signer, en toute conscience et en toute connaissance de cause, la Déclaration de Ouagadougou du 15 janvier 2010 qui pose des jalons solides pour une sortie rapide de crise.

Cette déclaration est notre déclaration. Elle ne m’a pas été imposée, elle ne nous a pas été imposée. La question de ma non candidature et celle des autres membres du CNDD aux futures élections présidentielles est définitivement réglée et le Ministre de la Défense nationale a eu de moi la charge d’assumer l’intérim de la présidence de la République. Je vous demande, à vous, filles et fils de Guinée, de lui apporter le soutien nécessaire pour la cause de la démocratie que nous appelons de tous nos vœux dans notre pays.

Sur mon état de santé et sur ma présence ici à Ouagadougou, beaucoup de salive et d’encre a coulé, chacun y allant de son commentaire. Je vous déclare, par ma voix, que ma santé s’est grandement améliorée et que ma vie est hors de danger. Mais, pour consolider cet état, j’ai besoin de repos, donc d’une convalescence suivie que je suis libre de passer où je voudrais.

Dans la Déclaration de Ouagadougou du 15 janvier dernier, j’ai décidé de prendre et de jouir librement d’un temps de convalescence, tout en restant disponible pour contribuer au processus de transition. Le président intérimaire et moi-même continuerons la concertation dans l’intérêt d’une transition réussie qui aboutira à l’élection d’un président démocratiquement choisi par les Guinéens.

Guinéennes, Guinéens, chers filles et fils de Guinée, compagnons d’armes, braves soldats de Guinée,

L’avenir de notre pays nous appartient à tous et nous sommes tous responsables, à des degrés divers, de tout ce qui pourrait arriver à ce pays. Je vous invite, comme toujours, à dépasser les considérations personnelles et ethniques pour regarder ensemble dans la bonne direction qui est celle de la réalisation de l’intérêt général. Je suis conscient que vous avez consenti des sacrifices pour ma modeste personne et que vous continuez à me porter dans votre cœur.

Faites-en de même pour le Général Sékouba KONATE, président par intérim, pour le même intérêt national. Nous ne gagnerons rien dans l’adversité, encore moins dans l’affrontement.

Notre pays n’a pas besoin de tout cela, notre salut réside dans l’acceptation de la différence, dans la tolérance et dans la réconciliation. Nous sommes tous des Guinéens à part égale et interpellés par le gigantesque travail de construction du pays. C’est pourquoi, nous avons fait appel à tous les enfants du pays, où qu’ils soient et quelles que furent les raisons de leur départ du pays pour participer à cette œuvre de refondation de notre société.

Depuis que je suis arrivé ici à Ouagadougou, je sais que beaucoup de gens ont pris d’assaut l’aéroport de Conakry et certaines rues de la capitale, réclamant ainsi mon retour au pays. Je vous comprends. Je vous demande de regagner vos domiciles et de vaquer à vos occupations quotidiennes dans le calme, car, des personnes mal intentionnées pourraient profiter de ces regroupements pour commettre des forfaitures et nous en faire ainsi porter la responsabilité.

Mes chers compatriotes,

J’ai la conviction que ce message sera compris par chacune et chacun de vous. Je serai parmi vous bientôt.

En ce début d’année 2010, je voudrais souhaiter à vous tous, à vos familles respectives et à tout le peuple de Guinée une bonne et heureuse année. Je joins mes prières aux vôtres pour que l’année 2010 soit une année de paix véritable, de réconciliation nationale et de progrès pour tous.

Que Dieu bénisse notre pays !

 

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