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La Une du n°640
La Une du n° 640
Lettre de l'Editeur :N°640 du 20 au 26 janvier2010

Un compromis responsable

On verra donc tout le monde à l’œuvre et l’Histoire jugera chacun à ses actes et non plus sur des préjugés favorables ou défavorables que certains brandissent pour refuser toute confession et que d’autres traînent comme des boulets aux pieds. Tout le monde sera donc sur le pont et aucun effort ne devra être ménagé. C’est le cas de le dire, car le temps est compté, le chronogramme très serré et les défis à relever particulièrement importants.

Ils devraient être un certain nombre à « brouter » leurs plumes et à ravaler leur bile ces analystes, observateurs et acteurs politiques qui ferraillaient dur contre Blaise COMPAORE et sa médiation dans la crise guinéenne, mais, qui comme à leurs habitudes, n’en feront rien. Ils n’en auront ni le courage ni l’honnêteté. Tout au plus botteront-ils en touche s’ils ne se contentent pas de reconnaître à demi-mot qu’ils étaient allés trop vite en besogne et avaient tout faux pour s’être limités à des stéréotypes et des clichés au lieu de faire l’effort d’analyser la situation dans toute sa complexité. On peut leur accorder l’excuse que la vie des nations est ainsi faite, qu’elle n’est pas celle d’un troupeau de moutons, que quelques aboiements, fussent-ils de loups féroces, ou des coups de triques peuvent façonner à souhait le cheminement. Un peuple, une nation c’est bien plus que cela. Voilà pourquoi ne devrait pas s’introniser analyste politique qui le veut et que ne se décrète pas de destin national n’importe quel politique que les vicissitudes du jeu des intérêts a destiné à de hautes fonctions nationales ou internationales. Malheureusement sous nos tropiques cela est de coutume et les dégâts sont généralement énormes.
C’est vrai qu’il est encore trop tôt pour pousser un soupir de soulagement et ranger l’ouvrage, mais force est cependant de reconnaître qu’on a fait du chemin et que désormais on peut penser à l’avenir de la Guinée avec de réels espoirs de sortir de la crise par le haut. Parce que le commun des mortels en Guinée y croit et espère sincèrement tourner cette page de violences qui menace chaque jour d’être davantage dramatique et de compliquer encore plus leur quotidien.
En mettant presque tout le monde d’accord sur un schéma inclusif de sortie de crise qui ne laisse aucun acteur à la touche, qui impose à tous les mêmes charges et qui place chacun devant ses responsabilités, l’accord du 15 janvier dite «Déclaration conjointe de Ouagadougou» ouvre une perspective nouvelle pour la Guinée, la sous-région, le continent et la communauté internationale. En 12 points, il règle toutes les grandes questions de la crise sur lesquelles on se cassait les dents depuis des mois en posant les bases d’une transition apaisée et collégialement gérée afin d’aboutir aux premières élections réellement démocratiques du pays. On verra donc tout le monde à l’œuvre et l’Histoire jugera chacun à ses actes et non plus sur des préjugés favorables ou défavorables que certains brandissent pour refuser toute confession et que d’autres traînent comme des boulets aux pieds. Tout le monde sera donc sur le pont et aucun effort ne devra être ménagé. C’est le cas de le dire, car le temps est compté, le chronogramme très serré et les défis à relever particulièrement importants.
En effet, la Guinée aura besoin de tous ses fils pour réussir à organiser d’ici 6 mois une élection présidentielle crédible dont les résultats ne seront pas sources de contestations insurmontables qui ouvriraient assurément une autre période d’incertitudes dont le pire pourrait jaillir. Tout un programme, qui ne devrait pas laisser assez de temps aux pêcheurs en eau trouble pour se livrer à leur sport favori, même s’ils ont de la matière et ne s’embarrasseront pas de moyens pour parvenir à leurs fins. On en a déjà de parfaites illustrations avec ces propos qui ne s’intéressent qu’aux anecdotes, aux détails vestimentaires et comportementaux et autres stigmatisations au risque de choquer les uns et les autres. Ce n’est certainement pas demain que prendront fin toutes les conjectures et rumeurs sur les détails des tractations qui ont conduit à l’accord du 15 janvier ; mais l’essentiel n’est-il pas ailleurs si tant est-il qu’on tient compte de sa propre responsabilité sociale et qu’on a le souci de respecter un minium de décence morale pour ne pas œuvrer à exacerber des rancœurs et des susceptibilités apparemment mises sous l’éteignoir.
Fort heureusement comme on le sait, et le président Dadis le dit si bien, c’est librement, en toute conscience et connaissance de cause que les membres du CNDD, lui-même, en tête ont décidé de s’engager dans la nouvelle dynamique qu’ils proposent ; un schéma aux antipodes de leurs positions antérieures. Que de chemin parcouru en quelque 12 heures ! Comme le dit le proverbe chinois «quand la nuit est au plus profond, c’est que l’aube ne tardera pas à se lever». Point n’a été besoin d’un autre coup d’Etat ou d’une révolution de palais comme le suggéraient certains et qui aurait certainement conduit tout droit à des luttes fratricides au sein du CNDD, voire à la guerre civile qu’ils prétendaient vouloir éviter. Point n’a été aussi besoin d’écarter certains acteurs, en l’occurrence l’Armée, pour faire de la place aux seuls politiques et acteurs de la Société civile comme si ceux-ci étaient seuls dépositaires de l’amour pour la patrie et des vertus de la démocratie. Il ne fait aucun doute qu’ils sont incontournables et que tous deux forment la pierre angulaire de toute vie «constitutionnellement normale» mais encore faut-il qu’on en soit là. Or on est bien loin d’une telle configuration pour le moment. Avant d’en arriver là, il faudra une bonne dose de capacité de sacrifice, de compromis, de tolérance et de patriotisme aux uns et aux autres avant de laisser libre cours au libre jeu des institutions tel que le voudra le peuple. Pour leur part, les militaires ont fait un bon bout du chemin. Il reste aux civils de faire le leur.
En dépit des appréhensions qu’on peut avoir sur leur capacité à transcender leurs propres divisions et à faire coïncider leurs multiples agendas avec l’intérêt général, on peut espérer que la gravité de la situation les amènera à faire les ajustements et les sacrifices nécessaires. Il semble qu’ils ont pris le pli puisque contrairement aux spéculations des analystes ils sont parvenus sans trop de heurts à désigner une seule personnalité pour occuper le poste de Premier ministre. C’est bon signe et il faut s’en féliciter avec l’espoir que la même volonté de consensus prévaudra pour les autres étapes du processus. Mais tous ces efforts risquent d’être vains si au niveau de la communauté internationale, on ne joue pas aussi sa partition. Celle d’accompagner les acteurs du mieux qu’elle peut sur tous les plans au lieu de tirer sur les flancs comme elle en a pris l’habitude en voulant imposer ses vues. La Guinée est sur la bonne voie. Il faut l’accompagner. Sans plus !o

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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