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La Une du n°641
La Une du n° 641
Lettre de l'Editeur :N°641 du 27 janvier au 02 février 2010

Pr IBRIGA, la Guinée n’est pas un pays de griots

...L’Accord du 15 janvier n’est peut-être pas un accord avec tous les éléments constitutifs usuels qui accompagnent de tels documents, mais il n’en demeure pas moins que les Guinéens y croient et s’en servent comme un consensus minimum pour conduire leur pays vers la démocratie et une réconciliation nationale véritable. Et puis, on ne peut pas dire de la Guinée qu’elle est un pays de griots. Ce n’est pas seulement une injure inacceptable, c’est aussi une contrevérité qui nie l’histoire de ce pays et la présente lutte de son peuple pour une démocratie véritable.
En vérité, à vouloir peindre en noir tout ce que touche Blaise COMPAORE, certains intellectuels, même parmi les plus crédibles, vont tomber dans des stéréotypes ridicules. Le pire, c’est que la tendance va aller en s’intensifiant avec la montée de la fièvre électorale et du débat national sur les réformes politiques.

Pour sa première sortie, après son intronisation comme chef du nouveau courant sociopolitique dont l’objectif est de créer l’alternance en sa faveur, lequel est né du Forum des Citoyennes et Citoyens pour l’alternance de Zéphirin DIABRE, le Pr. Luc Marius IBRIGA a véritablement manqué une occasion de se taire. S’exprimant dans les colonnes de la dernière livraison de notre confrère Bendré sur la crise guinéenne, particulièrement sur l’Accord du 15 janvier dernier signé à Ouagadougou, le président du FOCAL n’a pas trouvé mieux que de se lancer dans un débat sans tête ni queue sur la valeur juridique dudit accord, allant jusqu’à se permettre des affirmations aussi inacceptables qu’incongrues du genre «La Guinée est un pays de griots».
C’est vrai que l’homme est réputé n’avoir pas la langue dans la poche et avoir des convictions qu’il se plait à exprimer et à défendre ; c’est vrai que ses opinions sont pour le moins généralement aux antipodes de celles qui ont cours dans la majorité actuelle et que ce faisant, il ne porte pas Blaise COMPAORE dans son cœur, mais de là à vouloir interpréter le droit et à analyser les faits et phénomènes politiques sous ce seul prisme est assurément un manque de hauteur de vue que ne pourrait justifier qu’un «anti-blaisisme» primaire. Sinon comment expliquer qu’un intellectuel de sa trempe, un universitaire de surcroît, se trompe autant de perspective en ergotant sur les implications juridiques théoriques d’un texte purement politique signé par des politiques au moment où tout indique que les préoccupations de tous les acteurs sont ailleurs ?
Qu’il soit appelé «Accord» ou qu’il soit une «Déclaration» comme il voudrait qu’on l’appelle, où est véritablement le problème, monsieur le Professeur, puisque sur le terrain les acteurs le mettent en œuvre pour se sortir de la crise ?
Ce débat sémantique ne manque pas seulement d’intérêt, il indique aussi le peu de cas fait des légitimes aspirations du peuple guinéen qu’il n’hésite d’ailleurs pas à déconsidérer en le traitant tantôt de griot, tantôt de béni-oui-oui parce qu’il se satisferait de cette «solution octroyée par le CNDD à la Guinée» ; ou encore qu’on «instrumentalise les Forces Vives en vue d’une sortie de crise». Que dire quand notre Professeur assène : «C’est dommage, cela est monnaie courante en Afrique. Nous avons des partis de l’opposition qui sont prompts à courir aux postes sans véritablement poser les conditions…» ? Il nous semble que pour le responsable qu’il est, il devrait avoir bien plus d’égards pour un peuple qui vit un drame quotidien fait de privation de liberté, de violences de tous ordres et qui vient de subir un crime contre l’humanité. Dire d’un Jean Marie DORE, Premier ministre désigné par les Forces Vives, qu’il court aux postes est tout simplement contraire aux faits au vu de son histoire politique. M. IBRIGA pourrait tout aussi avoir un peu plus de considération pour les opposants guinéens qui sont loin d’avoir le confort douillet de leurs confrères d’ailleurs et étaient obligés de mettre la frontière entre eux et les pouvoirs en place pour survivre. A défaut de reconnaître leur courage et de les encourager, on devrait s’abstenir des jugements de valeur à l’emporte-pièce et avoir la décence de respecter leur combat. Surtout lorsque l’analyse est faussée à la base par une méconnaissance condamnable de l’histoire du pays et des faits.
N’est-ce pas cela que de nombreuses organisations de défense et de promotion des droits humains très actives sur le terrain guinéen telles la RADDHO et la Fondation pour la promotion des droits de l’homme et le développement en Afrique, présidée par Me Halidou OUEDRAOGO, ont compris en choisissant de soutenir l’Accord du 15 janvier au lieu de pinailler sur le sexe des anges ? Le FOCAL pense-t-il qu’ils ont tout faux et qu’ils sont «simplement instrumentalisés»? Ce serait, nous semble-t-il, un peu trop présomptueux pour des gens qui se contentent d’être à Ouagadougou et de théoriser. D’autant que dans le fond et contrairement à ce qu’en pense M. IBRIGA, l’Accord du 15 janvier comporte de nombreux points exigés par les Forces Vives. Au nombre de ceux-ci, il y a la nomination d’un Premier ministre, avec les pleins pouvoirs, issu de ses rangs ; la mise à l’écart du CNDD et son remplacement par un autre organe pour conduire la transition, c’est le rôle du Conseil National de Transition (CNT) ; la non-éligibilité des membres du CNDD ; une transition courte de six (6) mois maximum, etc. D’où vient-il alors que Monsieur IBRIGA soutienne que les Forces Vives s’embarquent dans un processus dont elles ne connaissent ni les tenants ni les aboutissants ? Quant à ses questionnements sur les délais de mise en place des institutions de la transition et leur fonctionnement, ils nous semblent pour le moins prématurés puisqu’il ne revient ni au CNDD ni au Facilitateur d’en décider. Même les Forces Vives ne peuvent pas en décider toutes seules d’autant que la transition est consensuelle et toutes ces préoccupations requièrent les avis des uns et des autres. C’est donc chercher des poux sur un crâne frais rasé que d’en faire des préalables qui ne disent pas leur nom. C’est comme si M. IBRIGA voulait que l’on livre aux Guinéens un accord clé en main signé avec au besoin un notaire, une batterie d’avocats, etc. Qui a une expérience même minime de la lutte des peuples sait que c’est le genre de processus qu’aucun peuple digne de ce nom ne peut accepter.
Par ailleurs, l’Accord du 15 janvier n’est peut-être pas un accord avec tous les éléments constitutifs usuels qui accompagnent de tels documents, mais il n’en demeure pas moins que les Guinéens y croient et s’en servent comme un consensus minimum pour conduire leur pays vers la démocratie et une réconciliation nationale véritable. Et puis, on ne peut pas dire de la Guinée qu’elle est un pays de griots. Ce n’est pas seulement une injure inacceptable, c’est aussi une contrevérité qui nie l’histoire de ce pays et la présente lutte de son peuple pour une démocratie véritable.
En vérité, à vouloir peindre en noir tout ce que touche Blaise COMPAORE, certains intellectuels, même parmi les plus crédibles, vont tomber dans des stéréotypes ridicules. Le pire, c’est que la tendance va aller en s’intensifiant avec la montée de la fièvre électorale et du débat national sur les réformes politiques. En effet, ils seront de plus en plus nombreux à ne pas être en mesure de faire la part des choses.
Le ridicule ne tue pas dit-on. Donc il n’y a rien à craindre ! o

cheick Ahmed
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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