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La Une du n°641
La Une du n° 641
NATIO : :N°641 du 27 janvier au 02 février 2010

Crise guinéenne
Quand "le tigre" sort ses griffes

La Guinée-Conakry véritable "Eldorado" au sous-sol extrêmement riche en ressources naturelles n'a cependant pas pu depuis son accession à l'indépendance donner le bonheur auquel le peuple guinéen pouvait légitimement prétendre. Depuis son indépendance, ce pays a vécu aux rythmes de crises intérieures sur fond d'exécutions de guinéens et de risques de guerre civile dont la récente est consécutive à l'arrivée au pouvoir du CNDD suite à la disparition du deuxième président guinéen, le général Lassana CONTE. Cette dernière crise en date a bien failli plonger le pays dans le chaos. Cependant, la médiation du président Blaise COMPAORE et l'action de certains Guinéens à l'image du général Sékouba KONATE ont permis de faire baisser la tension d'avant-guerre civile qui prévalait et de redonner aux Guinéens l'espoir d'une vie nouvelle.

La Guinée et le signe indien
Dadis CAMARA et Sékouba KONATE lors de la signature de l’Accord de OuagadougouIl est unanimement reconnu que le sous-sol guinéen est un concentré de richesses naturelles à faire pâlir de jalousie certains pays africains et occidentaux dont le sous-sol est peu doté par la nature. C'est donc dire que ce pays avait de sérieux atouts pour assurer son développement socio-économique et politique. Mais hélas ! mille fois hélas ! ce pays depuis son non cinglant au référendum le 28 septembre 1957 marquant son départ de la communauté française est resté l'ombre de lui-même. En effet, le départ du colon comme le pensaient son premier président d'une Guinée "libre et indépendante", Sékou TOURE et certains de ses compatriotes, n'aura pas suffit à impulser le développement tant promis par ses nouveaux dirigeants. Au contraire, le pays a sombré dans une succession de crises internes dont certains analystes voient derrière, une main extérieure. En effet, il est reproché aux puissances occidentales dites "exploitatrices" de piller systématiquement les richesses de ce pays et pire d'utiliser tout moyen en leur possession y compris les tentatives de déstabilisation du pays. Depuis donc Sékou TOURE, la Guinée est confrontée à des crises à répétition dans lesquelles des Guinéens se sont entretués. La dernière tuerie en date a éclaté avec le décès de son deuxième président, Lassana CONTE plongeant le pays dans une nième crise qui cette fois-ci a bien failli conduire à une guerre civile. Cependant, l'appui de la communauté internationale dont la CEDEAO qui a désigné un médiateur en la personne du président burkinabè, Blaise COMPAORE et l'action de certains de ses fils dont l'actuel vice-président de la junte par ailleurs président intérimaire de la Guinée, le général Sékouba KONATE ont permis d'éviter au pays le chaos.

La médiation burkinabè
Si les miliaires arrivent au pouvoir au lendemain de sa vacance suite au décès de Lassana CONTE ceux-ci ont été accueillis en héros, certes ; mais les jours suivants auront fait désenchanter les Guinéens dans leur majorité ainsi que plusieurs autres observateurs. Le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) avec à sa tête le capitaine Moussa Daddis CAMARA a bénéficié, en effet, d'un soutien franc et massif dès les premiers jours de la part des populations et de la classe politique et des syndicats guinéens. Les problèmes, commencèrent dès que, acculé par les politiques d'organiser des élections pour débarrasser après le plancher, le président de la junte Moussa Daddis CAMARA montra au grand jour sa volonté de prendre part aux élections que la junte devrait organiser. Bien sûr la communauté internationale, les partis politiques, les syndicats guinéens et une partie du peuple n'entendaient pas les choses de cette oreille. Pour ce camp, les locataires du camp Alpha Yaya DIALLO, le quartier général de la junte, devaient au plus vite organiser des élections libres et transparentes auxquelles aucun militaire n'allait prendre part. Cette vision allait à l'encontre du chemin tracé par le chef de la junte et les siens. Le bras de fer venait donc d'être engagé avec son lot de discours, meeting et marches de protestation et de contre-protestation aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays. C'est dans ce climat des plus délétères que survint le massacre du 28 septembre 2009 à l'intérieur de la cuvette du stade de Conakry et ses alentours faisant de nombreux morts (dont un chiffre de 150 avancé est toujours contesté de part et d'autre), de blessés et de nombreuses femmes violées. La situation venait de s'empirer avec maintenant comme exigence de la communauté internationale et des anti-Daddis la traduction du chef d'Etat autoproclamé ainsi que certains de ses fidèles devant la Cour pénale internationale. La brouille née entre le chef de la junte et son aide de camp, le désormais célèbre lieutenant Aboubacar Sidiki DIAKITE alias Toumba amène ce dernier à refuser de se présenter devant la commission d'enquête des Nations unies et pose l'acte qui de l'avis de certains se révèlera bénéfique pour la Guinée car pour eux le capitaine Daddis et l'aille dure du CNDD n'allaient pas facilement s'en laisser compter si la tentative d'assassinat du 03 décembre n'avait pas eu lieu. En effet, l'homme qui dégaine plus vite que son ombre et dont le pistolet automatique va plus vite que l'éclair d'une balle à la tempe a expédié Daddis à Rabat au Maroc pour des soins laissant la direction des opérations à Sékouba KONATE, dit le tigre.
Celui-ci a subi diverses pressions aussi bien de ses compatriotes que de la Communauté internationale pour organiser au plus vite les élections présidentielles sans la participation de la junte. Cependant, même Daddis absent du pays, l'aille dure veillait au grain.
C'est dans ce contexte de ni paix, ni guerre que le médiateur de la CEDEAO, Blaise COMPAORE qui avait à plusieurs reprises reçu les protagonistes de la crise a redoublé d'imagination et de persuasion pour sortir le 15 janvier 2010 à la surprise général un consensus ayant donné lieu à la "Déclaration conjointe de Ouagadougou" paraphé par Daddis lui-même qui est toujours présent à Ouagadougou pour poursuivre sa convalescence, Sékouba KONATE et le médiateur. La "Déclaration", comme on le dit, a mis tous les protagonistes d'accord à la grande joie de tout le monde. Les points les plus controversés dont l'organisation des élections dans les six mois, la non-participation des membres de la junte, la mise en place d'un conseil national de transition, etc. ont été réglés. En 12 points, la "Déclaration conjointe de Ouagadougou" qui par ailleurs a permis la nomination d'un Premier ministre civil entraînera aussi la formation d'un gouvernement civil qui s'attellera sous la vigilance du vice-président du CNDD par ailleurs président de la République par intérim, le général Sékouba KONATE à mettre en œuvre les autres points de l'accord pour une sortie définitive de crise en Guinée.

Sékouba KONATE, l'homme du peuple
L'homme a montré qu'il n'était pas à la poursuite d'intérêts personnels, mais qu'il avait plutôt à cœur la défense de l'intérêt général. Depuis l'accession de la junte au pouvoir, l'homme est resté discret au côté du capitaine Daddis pour ne pas lui faire ombrage lui qu'on dit pourtant tant aimé de la troupe et des officiers. L'homme qui aurait déjà montré ses qualités d'officier supérieur d'où son surnom "le tigre" a été dit-on très peiné par le massacre du 28 septembre 2009. Même que c'est par son tact et sa capacité à se faire respecter par les militaires que l'homme a pu au lendemain de la tentative d'assassinat de Daddis éviter au pays le pire, les coups de fusils au sein d'une armée profondément indisciplinée et désordonnée. Le général Sékouba KONATE a fait le tour des garnisons militaires du pays pour rappeler aux uns et aux autres le rôle d'une armée républicaine et a appelé la troupe au calme et au respect de la hiérarchie. Son message semble avoir été entendu malgré le radicalisme de certains militaires pro-Daddis. Celui-ci en convalescence à Ouagadougou, c'est encore "le tigre" qui assure la présidence de la République par intérim en Guinée. Et à ce titre, il a la délicate mission de veiller à l'application des mesures contenues dans l'accord de Ouagadougou. La tâche s'avère ardue certes ; mais, l'homme a déjà démontré qu'il était un homme de poigne sur qui la Guinée pouvait compter. Vivement donc qu'il réussisse dans les missions à lui confiées pour qu'enfin règne la paix en Guinée sans laquelle aucun développement n'est envisageable. Au regard des actions que pose l'homme surnommé "le tigre" dont la désignation récente d'un Premier ministre issu des "forces vives" guinéennes en la personne de Jean Marie DORE chargé de conduire la transition en Guinée en vue de l'organisation des élections présidentielle on peut sans risque de se tromper que le gouvernail guinéen est bien tenu. Le général Sékouba KONATE a montré aux yeux du monde qu'il a placé l'intérêt général au-dessus des intérêts partisans en s'inscrivant résolument ses actions dans la dynamique de l'accord de Ouagadougou lui qui, aimé des militaires, pouvait en l'absence de Daddis prendre le pays en otage ou se faire un destin présidentiel. Cela est en son honneur car digne du général de l'armée et d'un fils de la Guinée qu'il est.o

Angelin DABIRE

 

 

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