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la une du n°642
La Une du n° 642
RETRO-SPORTS :N°642 du 03 au 09 février 2010

CAN 2010

L’Egypte rentre dans l’histoire sur fond de leçon ghanéenne

La 27e Coupe d’Afrique des Nations (CAN) s’est achevée, le 31 janvier 2010, avec la finale qui a opposé Les Pharaons d’Egypte aux Black Stars du Ghana. Les hommes des bords du Nil sont venus à bout de leurs adversaires par le score étriqué d’un but à zéro.

Que les choses vont très vite en football ! Le dernier acte de la 27e coupe d’Afrique des Nations, qui s’est joué le 31 janvier dernier au Stade du 11 novembre à Luanda (Angola), a connu son dénouement dans les cinq dernières minutes de la partie. Mohamed Naguy GEDO, sur une passe décisive de Mohamed ZIDAN expédie la balle (85e mn) dans les buts du gardien et capitaine ghanéen Richard KINGSON. Le remplaçant de luxe (il est rentré 6 fois en cours de jeu et marqué 5 buts) de Hassan SHEHATA, sélectionneur égyptien par ce coup de patte venait de signer la victoire de son équipe et permet à son pays de rentrer dans l’histoire de la CAN et celle du football tout court. Ce trophée de la CAN 2010 est la troisième consécutive pour les Pharaons et la septième depuis le lancement de la compétition en 1957. Aucune équipe avant elle n’a réussi un tel parcours.

Le succès de la stabilité
Ce succès égyptien ne doit rien au hasard. Le pays s’est toujours appuyé sur un championnat national professionnel d’un excellent niveau. Ses clubs sont aussi bien structurés que leurs homologues européens. C’est bien pour cela qu’ils dominent, comme l’équipe nationale, les coupes continentales telles la Ligue des champions et la Coupe de la confédération. Dans la composition des sélections africaines, Les Pharaons constituent l’exception. C’est la seule équipe qui utilise le minimum de joueurs évoluant en Europe. Dans l’équipe qui vient de gagner la CAN, Mohamed ZIDAN est le seul à jouer en dehors du championnat égyptien. Les clubs pourvoyeurs de l’équipe nationale sont essentiellement les deux grands rivaux de la capitale, le National El Alhy et le Zamalek. Les autres clubs complètent l’effectif. Mieux, la formation d’Afrique du Nord a toujours opté pour l'expertise nationale dans son encadrement technique. Le sélectionneur actuel, l’ancien international Hassan SHEHATA, est à sa troisième CAN consécutive à la direction technique de l'équipe autant de victoires. Si bien que l’effectif ne varie pas comme dans certains pays où chaque phase finale se dispute avec ses joueurs. Le gardien Essam El Hadary (37 ans) et le capitaine meneur de jeu Ahmed HASSAN (34 ans) comptent le même nombre de présences en phase finale. N’eût été leur absence pour cause de blessure, les talentueux Abou TREIKA et Amr ZAKI auraient participé au succès angolais. Cette stabilité apporte la cohésion, la solidarité et surtout la complicité entre les joueurs. Une équipe de football est comme une machine dont le bon fonctionnement dépend de toutes ses composantes. La formation égyptienne est admirable et donne du plaisir à voir sur le terrain. Les joueurs se retrouvent les yeux fermés. Le but qui a valu la septième victoire à l’Egypte est un modèle de construction entre Mohamed ZIDAN et Mohamed Naguy GEDO. Des gestes comme celui-là ne réussissent qu’entre des éléments qui se connaissent bien.
Au contraire de l’équipe égyptienne, la plupart des équipes qui ont évolué en Angola ont compté plus, sur leurs individualités que sur le collectif. L’exemple typique est la formation ivoirienne que tout le monde voyait au plus haut niveau et qui a lamentablement échoué en quart de finale devant Les Fennecs d’Algérie. Sur le plan individuel, les Eléphants possèdent un effectif de loin plus riche que les Pharaons, mais, son collectif est loin d’égaler les champions. En témoignent les clubs dans lesquels, ils évoluent et surtout leur apport dans le succès de ceux-ci. Idem pour les autres grands du continent comme le Nigeria ou le Cameroun. «Tous les autres pays ont amené des sélections, l’Egypte est le seul à présenter une équipe», a dit un technicien.

La leçon des «babys» black stars
Si l’Egypte rentre dans l’histoire de la CAN avec ce succès en Angola, le Ghana a donné au monde du football une leçon de formation des jeunes. A quelques jours du début de la compétition, l’équipe était décimée par une cascade de blessures. Les cadres de l’équipe comme Stephen APPIAH, John PANTSIL, John MENSAH ont jeté l’éponge pour des pépins physiques. Michael ESSIEN qui est arrivé éclopé à Cabinda n’a disputé que quelques minutes face à la Côte d’Ivoire avant de rechuter à l’entraînement. Si on ajoute la mise à l’écart de Souley MUNTARY pour cause d’indiscipline, il y avait de quoi renoncer à l’aventure angolaise pour le Ghana. Mais l’entraîneur serbe Milovan RAJEVAC a rebâti l’équipe autour de l’équipe junior championne du monde en octobre dernier en Egypte. Ces jeunes ont montré qu’ils avaient du talent à revendre. Des joueurs comme OPUKU, INKOOM, AYEW, ADDIYAH, malgré l’échec en finale, ont montré que l’école ghanéenne est parmi les meilleures sinon la meilleure sur le continent. La qualité de jeu produite promet un bel avenir au onze ghanéen. Les amateurs de foot ont été séduits par la maturité défensive de ceux que la presse locale a surnommé les «babys» Black stars. Les succès ghanéens ont toujours été construits autour d’un but inscrit alors qu’il restait beaucoup de temps à jouer. Une équipe fragile dans ses bases se serait fait rejoindre et même dépasser. En finale, l’Egypte a douté longtemps avant de trouver la faille en fin de partie.

La gaffe de la CAF
La Confédération africaine de football, à la veille de la finale de cette 27e édition, a décidé de suspendre le Togo pour les deux prochaines éditions de la CAN au motif que les Eperviers n’ont pas joué les matchs dans le groupe B. Selon le règlement, toute équipe qui ne dispute pas les matchs de phase pour laquelle elle était qualifiée, écope de suspension et de 50 000 dollars d’amende. D’un point de vue mécanique la décision contre le Togo ne souffre d’aucune contestation surtout que la CAF a trouvé une circonstance aggravante qui est l’ingérence du politique dans les affaires du football. Mais malgré son fondement juridique, la décision est humainement inacceptable. On se rappelle que le bus qui transportait la délégation togolaise de Pointe Noire au Congo Brazzaville à l’enclave angolaise de Cabinda a été mitraillé par les rebelles du Front de libération de l’enclave de Cabinda (FLEC). Le coach adjoint Amélété KOFFI et le chargé de communication Stanislas OCLOO avaient trouvé la mort. Le gardien remplaçant Kodjovi OBILALE et le chauffeur angolais ont été grièvement blessés. Il s’en était suivi une cascade de déclarations des joueurs et du gouvernement togolais. Les Eperviers ont fini par regagner sur ordre du gouvernement le bercail où un deuil de trois jours a été observé. Pour la CAF, les dirigeants de Lomé ont empêché l’équipe de jouer alors que les joueurs voulaient s’exprimer. Cette sanction de la structure dirigeante du football sur le continent semble être celle de trop. Le règlement de la CAN ne saurait primer sur la vie des hommes. Au soir de son long règne sur le football africain, le Camerounais Issa HAYATOU s’enfonce dans le ridicule. Les Togolais lui reprochaient déjà son manque de compassion après l’attaque du 8 janvier dernier. Un porte-parole de la CAF avait même reproché aux Togolais d’avoir fait le voyage en bus au lieu de l’avion comme le stipulerait le règlement. Une clause qui n’est écrite nulle part dans le précieux parchemin. La CAF va-t-elle revenir sur sa décision avec les nombreuses critiques qu’elle essuie depuis le 30 janvier dernier ? Le Togo qui considère cette décision comme du mépris à son égard entend user de tous les moyens pour obtenir sa levée. Selon Pascal BODJONA, le porte-parole du gouvernement togolais, son pays va faire recours au Tribunal arbitral du sport pour obtenir l’annulation de la mesure. Le bras de fer ne fait donc que commencer. La CAN 2010 a vécu. Le Gabon et la Guinée équatoriale qui abriteront l’édition de 2012 ont reçu le drapeau de la CAF des mains du président du comité d’organisation angolais.o

Ahmed NAZE

Suspension du Togo
Cette sanction incomprise et incompréhensible

Le couperet est Tombé telle une guillotine. La CAF a appliqué son règlement dans toute sa rigueur concernant le Togo qui s’est retiré de la CAN après le drame que nous savons. Deux éditions sans le Togo et 50 000 dollars d’amende, la sanction fait l’objet d’un débat qui apparemment ne fait que commencer.

Pourrait-on s’attendre à une telle sanction ? A priori non, surtout que le président de la CAF lui-même, Issa HAYATOU, avait clairement dit qu’il n’était pas favorable à une sanction contre le Togo, déjà meurtri dans sa chair, de par la perte de deux membres de sa délégation. C’est en conséquence de cela et partant aussi de l’émotion suscitée par ce drame que le monde du football est resté pantois face à une telle intransigeance.
Maintenant, le temps de digestion de la nouvelle consommé, il y a lieu d’analyser les tenants et aboutissants de cette sanction, en la circonstance inédite. Il y a premièrement la réalité que l’instance suprême de gestion du football continental n’ait pas digéré l’option prise par le Togo de snober le trajet par air au profit de la route. On sait la CAF très portée sur la sécurité et le confort dans les manifestations qu’elle organise par pays interposé. Lorsqu’il est question de déplacement, elle a toujours affirmé sa préférence pour l’avion, sinon que ce mode est tout simplement celui qui doit être de mise.
Deuxièmement comment ignorer que toutes les instances qui administrent le football dans le monde sont d’avis que la politique doit être tenue très loin de leurs affaires. Le précédent donné par le Togo n’était donc pas admissible, vu que le président de la FIFA, Sepp BLATTER, a participé à toutes les délibérations de l’assemblée générale de la CAF et qu’il n’a rien eu à relever. De par son autorité morale, il aurait pu intercéder et s’il ne l’a pas fait c’est bien parce que la tenue du politique à l’écart s’avère un principe sacré sinon inviolable.
On suppose donc que la CAF a voulu envoyer un message, de telle sorte qu’il ne vienne à l’avenir, à l’esprit d’aucun participant, de perturber le déroulement de la manifestation qui assure son train de vie de nabab. Car, tout ça est également une affaire de gros sous. Elle s’est engagée avec les sponsors, les télévisions qui ont mis sur la table des sommes astronomiques. Partant de là, le ballon doit rouler.
Ceci étant dit, il saute aux yeux, que son manque de psychologie en pareille circonstance, laisse quand même percevoir un aveuglement qui la décrédibilise dans une opinion mondiale restée sur les images tristes du 8 janvier 2010. Même à vouloir envoyer un message, d’autres voies pouvaient être empruntées, qui permettent de comprendre que ces instances sont jalouses de leur indépendance.
Il reste qu’une question demeure. Comment l’assemblée générale des cinquante-trois pays membres en est arrivée à prendre cette sanction ? Même à supposer que ce fut la décision du comité exécutif, la soumettant à l’assemblée générale, il existe quand même un fossé insondable entre la réprobation de l’opinion, et l’aval donné pour cette sanction par les cinquante-trois pays.
Est-il seulement envisageable qu’il ne soit pas manifesté une majorité de voix, même relative pour dire que ladite sanction était inappropriée ? Ce mystère-là demande à être élucidé parce qu’on ne peut pas croire qu’Issa HAYATTOU soit aussi puissant pour inspirer cette crainte indicible.
En tous les cas, on veut espérer que la sanction soit muée en amende pécuniaires, ce qui peut paraître acceptable, ne serait-ce que pour, si on peut ainsi le dire, amortir le préjudiciable subi. Ce qui est sûr, hormis l’appel que veut interjeter le Togo, sans doute que des voix vont s’élever pour appeler à la modération. Certainement que dans les coulisses aussi, s’activent des personnes ressources capables de concilier les positions. Même si cela n’est pas agréable à entendre, le Togo a aussi sa part de responsabilité pour avoir pris ce risque de se déplacer dans une zone de combat en véhicule.
Malgré cette vérité, la CAF a plus à gagner dans un modus vivendi, sa réputation ayant été salement écornée dans ce malheureux incident. Le tirage au sort de la CAN 2012 peut être le théâtre propice à cet apaisement.o.

Idriss SEMDE

 

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