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La Une du n°647
La Une du n° 647
RETRO-SPORTS : :N°646 du 03 au 09 mars 2010

FESTIMA 10e édition
Aller au-delà du spectacle pour sauver le patrimoine

Plus de 40 sociétés de masques venant de 8 pays dont le Burkina Faso, le Benin, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Togo, le Nigéria, la Guinée Conakry, le Sénégal, ont célébré le masque dans la cité de Bankuy. C’était du 24 au 28 février 2010. Et comme il fallait s’y attendre, le mystère, et les secrets, qui gouvernent les masques sont restés intacts. Par contre, la performance, l’ingéniosité et la générosité des danseurs, se sont accrues. Mais au-delà de la danse, au-delà du spectacle, c’était la survie, la sauvegarde et la protection du masque africain qui était au cœur de cette 10e édition avec comme réflexion centrale, «caricatures, dérives et détournements du masque».

Les populations de Dédougou sont sorties nombreuses souvent à des heures indues pour voir prester les masquesMalgré la canicule, la chaleur et les nuages de poussières qui s’élevaient à tout va, ils étaient là. Hommes, femmes, enfants, Noirs et Blancs, de toutes conditions sociales, se frôlant parfois même, se bousculant pour ne rien rater de la danse des masques. Pendant 5 jours et cinq nuits, et très souvent à des heures indues, festivaliers et populations ont communié au rythme des tambours, des flûtes, des castagnettes etc., mais surtout de la performance des masques. Déjà la cérémonie d’ouverture officielle du festival a donné le ton à travers le défilé de présentation des délégations et des sociétés de masques qui avaient effectué le déplacement de la cité du bois sacré de Bankuy. Une parade qui a dévoilé aux festivaliers, les grands moments qu’ils auront à vivre, pendant le reste du festival. Les tambours, castagnettes, flûtes, ont fait vibrer et parfois mis en transe, des centaines de masques. Dans un langage codé que seuls connaissent les initiés ; les tambourineurs, les flûtistes etc. parlaient aux masques qui eux répondaient à travers des pas de danse exquis.

Le mystère demeure intact
Un masque en feuille originaire de DédougouLe masque en fibres lors d’une prestationCe masque en tissu béninois a séduit plus d’un lors de ses sortiesNombreux sont ceux qui pensent que le FESTIMA brisera le mythe et le mystère du masque. Loin de là. Et pour cause, bien qu’intervenant dans le cadre du festival, les masques sont restés emprunts de sacré. Ils intervenaient dans le cadre des coutumes et des lois, donc certains interdits demeurent. «Le secret reste la principale base du mystère du masque et il faut le préserver en tout temps et en toute circonstance et plus particulièrement au point de vue photographique…» Dira un responsable d’une société de masque. En clair, il était interdit de prendre des photos dévoilant par exemple le visage du porteur…Mieux sur scène les sorties de certaines sociétés de masque étaient mystique. C’est le cas des sociétés des masques du Benin et du Togo qui, à chacune de leur sortie, ont mystifiés par la magie et l’illusion de certaines prestations comme celles des mangeurs de feux, la résurrection du pigeon égorgé etc. Qu’ils soient de fibre, de feuilles, de tissu ou de pailles, les masques, qu’ils viennent de Mondasso, de Paradé, de Bodoukuy des villages du Burkina, du Benin, du Nigéria, du Togo ou de la Guinée Conakry, leur mystère demeure intact. Ce sont des divinités, qui annoncent le bien comme le mal. Ils protègent comme ils tuent, sont vénérés, et surtout toujours respectés.

De belles perspectives pour le masque
Le festima ce n’est pas que la danse du masque, c’est aussi un espace de promotion de la culture Bwa. Chaque soir, après la prestation des maques, les festivaliers et les populations se retrouvaient à l’espace «Nuit au village» pour découvrir les riches pas de danse de la région. Des prestations qui ont permis de récompenser les meilleurs danseurs de la danse de l’agriculteur, et celui du griot etc. Si à cela on ajoute l’exposition vernissage des masques, les festivaliers n’ont pas chômé par manque d’activité. Les lampions de la 10e édition du festival international des masques et des arts de Dédougou se sont éteints le samedi 28 février. C’était dans la soirée, en présence du parrain de la manifestation : le Dr Arsène Bognéssan YE, des autorités de la région, et des festivaliers. Mais avant même que la première société de masque ne s’exprime, avant même que le premier tambour ne résonne, avant même qu’on ne parle de tombée de rideaux, Martin DAKIO président du comité d’organisation, avait convié des experts à réfléchir sur les caricatures, les dérives et les détournements du masque africain. Des réflexions qui certainement permettront à l’ASAMA (association pour la sauvegarde du masque) de tracer une nouvelle feuille de route pour mieux valoriser et surtout mieux protéger les biens culturels africains particulièrement le masque. La cérémonie de clôture a été l’occasion pour Tankien DAKIO, secrétaire exécutif de l’ASAMA, de dévoiler les grandes ambitions de l’association pour la protection du masque. Dans les années à venir Dédougou deviendra de façon incontestable le socle de la protection du masque africain avec la création du centre pour la promotion et la protection du masque. Histoire de créer une banque de données et dépôt de masques afin de réduire de façon significative les détournements des œuvres culturelles du continent.
Le FESTIMA a été rendu possible grâce à des partenaires nationaux et internationaux qui croient en la culture burkinabè et africaine notamment au masque. L’Union européenne, l’UEMOA, la CEDEAO, la coopération pour le développement culturel en Afrique, le ministère de la Culture, EBOMAF etc.o

Frédéric ILBOUDO

 

 

 

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