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La Une du n°647
La Une du n° 647
Lettre de l'Editeur :N°646 du 03 au 09 mars 2010

Quand les évidences s’imposent !

Mais se demande-t-on seulement si la limitation des mandats présidentiels ne sert pas uniquement les intérêts des groupes qui veulent imposer «le principe de l’alternance politique» ?
Dans le même ordre d’idée, a-t-on seulement idée de s’interroger sur l’intérêt que le peuple aurait d’être interdit de porter ses suffrages sur un éventuel candidat qui briguerait plus de deux mandats. Nos évêques ont bien raison de rappeler ces mots du Collège de Sages : «Toute légalité et toute légitimité tirant leur source de la Constitution, celle-ci doit faire, tant dans son esprit que dans sa lettre, l’objet d’un strict respect». Alors, respectons la Constitution. Et toute la Constitution ! Pas seulement ses dispositions qui confortent nos intérêts de «groupes particuliers» !.

Naissance le 1er mars de l’Union pour le Progrès et le Changement (UPC) de Zéphirin DIABRE, le nouveau chantre de l’alternance ; levée le 27 février de la sanction de suspension qui frappait Salif DIALLO au Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) ; irruption de la Conférence épiscopale Burkina-Niger dans le jeu politique national…. La semaine qui commence ne manque pas de sujets pour entretenir les conversations, alimenter les chroniques et occuper analystes et observateurs. Si à cela on ajoute l’actualité internationale ou sous-régionale avec la Côte d’Ivoire qui n’en finit pas de nous faire nous arracher les cheveux, le Niger avec son putsch unanimement condamné du bout des lèvres, on peut dire qu’il y a de quoi se turlupiner les méninges pendant un bon bout de temps. Et pourtant aucun de ces faits n’était réellement imprévisible ; ce qui laisse supposer que plus que leurs survenues, ce sont leurs probables impacts sur l’avenir qui intéressent le plus.
En effet, il était plus qu’évident que, comme à l’accoutumée, les évêques du Burkina réunis en assemblée plénière ne pouvaient pas ne pas opiner sur l’actualité politique nationale et en toute bonne conséquence se prononcer sur le débat en cours sur la révision de la Constitution.
Comme beaucoup d’intervenants sur le sujet, ils n’en avaient que pour l’article 37 de la Constitution en appelant à avoir à l’esprit «l’histoire récente de notre pays (et) l’environnement régional et mondial…» et de se poser cette question : «à qui profiterait un retour en arrière en amendant de nouveau l’article 37 pour y faire sauter la limitation des mandats présidentiels consécutifs. Cela garantirait-il la paix sociale ou nous conduirait-il devant les mêmes turbulences ?». Une analyse et des questionnements qui interpellent chaque citoyen pour la simple raison qu’ils concernent notre vie en commun et notre avenir. A notre humble avis, il nous semble qu’il n’est pas fondé de lier les troubles que notre pays a connus entre 1998 et 2000 à la révision de la Constitution en 1997 qui avait fait sauter la limitation des mandats présidentiels. Jusqu’à preuve du contraire, cette crise a été le fait de l’assassinat de notre confrère Norbert ZONGO. C’est ça la vérité historique et il nous semble de mauvais aloi d’intervertir conséquences et causes, ce qui s’apparenterait à une réécriture de notre histoire et à sa falsification. A ce jeu, il faut craindre qu’on ne fasse l’apologie des violences de cette période et qu’on invite de fait ou, à tout le moins, qu’on encourage certains à s’en inspirer au prétexte qu’on veut encore la charcuter. Certes il ne faut pas oublier cette histoire et il faut tout faire pour ne pas la revivre, mais cela est-il suffisant pour laisser entendre que les troubles qui pourraient éclater seraient légitimes et qu’on devrait tout sacrifier pour les éviter ? Pour ce qui est des intérêts en jeu, le peuple n’est-il pas lui-même plus qualifié que quiconque pour décider si une éventuelle modification avec non-limitation des mandats présidentiels servirait les siens et non ceux de «groupes particuliers» que les évêques indexent de fait ? On pourrait disserter à longueur de journées sur le sujet sans jamais s’accorder. Mais se demande-t-on seulement si la limitation des mandats présidentiels ne sert pas uniquement les intérêts des groupes qui veulent imposer «le principe de l’alternance politique» ?
Dans le même ordre d’idée, a-t-on seulement idée de s’interroger sur l’intérêt que le peuple aurait d’être interdit de porter ses suffrages sur un éventuel candidat qui briguerait plus de deux mandats. Nos évêques ont bien raison de rappeler ces mots du Collège de Sages : «Toute légalité et toute légitimité tirant leur source de la Constitution, celle-ci doit faire, tant dans son esprit que dans sa lettre, l’objet d’un strict respect». Alors, respectons la Constitution. Et toute la Constitution ! Pas seulement ses dispositions qui confortent nos intérêts de «groupes particuliers»!
C’est dans ce contexte de débat sur l’alternance que Zéphirin DIABRE, qu’on ne présente plus, est enfin sorti du bois pour porter sur les fonts baptismaux son parti. Un de plus, diront certains. Mais la fermentation du projet laisse croire que ce sera bien plus même si tous les promoteurs de la centaine de partis qui existent déjà jureront la main sur le cœur qu’ils avaient ou ont les meilleures intentions pour notre pays et sont assurés d’être la solution. C’est donc à l’œuvre qu’on jugera le nouveau parti. D’autant plus que ce qui manque le plus dans le landerneau politique ce ne sont pas les idées mais bien l’action politique au quotidien et de véritables stratégies crédibles inscrites dans la durée. Au moment où l’opposition se dispute sur son existence même, entre se faire adouber par le chef de file de l’opposition ou non, au moment où de l’opposition ne semble émerger aucune formation à même de fédérer les énergies, l’UPC apparaît à la fois comme une chance et une énième occasion manquée de forcer cette synergie.
Curieusement, comme à l’accoutumée, le parti au pouvoir joue, lui, une partition inverse en oeuvrant au rassemblement de ses militants. En effet, en levant la suspension qui frappait son ancien Secrétaire à l’orientation et aux questions politiques, le CDP fait encore une fois la preuve de ses capacités à se mobiliser autour de l’essentiel.
C’est vrai qu’on a beaucoup glosé sur cette affaire qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive et mis à rude épreuve les nerfs des principaux protagonistes de ce que certains ont à tort voulu une grave crise, mais, au bout du compte, la raison a triomphé. Force est restée au parti et à ses principes et, sans nul doute, personne ne s’aventurera désormais à essayer de les regarder d’en haut. En réintégrant Salif DIALLO dans ses rangs après que celui-ci ait reconnu avoir pris quelques libertés avec ceux-ci, le CDP fait une dernière nique, s’il en fallait, à ses prétendus «refondateurs» qui n’ont pas eu le courage de se remettre en cause au prétexte que le mot «autocritique» n’était pas dans leur vocabulaire. «Vanité des vanités, tout est vanité» dit l’adage. Tout indique que nombre de ces «refondateurs» feront le chemin inverse vers le bercail car la leçon nous semble de taille pour laisser indifférents tous ceux d’entre eux qui ont un quelconque sens des responsabilités et un brin d’humilité.
C’est aussi assurément un pied de nez fait à l’opposition dans son ensemble. Elle devrait pouvoir s’inspirer de ce feuilleton pour relever le sempiternel défi de son unité ou, à tout le moins, mettre un terme à la scissiparité qui semble être le sport favori de ses leaders. Si, malgré son gigantisme, le CDP a accepté le retour de Salif DIALLO et si celui-ci, malgré qu’on pourrait dire qu’il a tout eu, a battu sa coulpe pour reconquérir la confiance de ses camarades, c’est que ce parti a de véritables valeurs dont un sens élevé des intérêts de la nation.
Pour ce qui est du coup d’Etat qui a balayé la VIe République nigérienne, son chef avec, il devenait de plus en plus évident devant l’intransigeance de celui-ci et le peu de cas qu’il faisait de la légalité constitutionnelle. En dissolvant toutes les institutions qui s’opposaient à ses projets, en embastillant les opposants et même tous ceux qui l’ont fait roi, en refusant tous les compromis tentés par la communauté internationale, TANDJA ne laissait pas d’autres choix aux militaires. On comprend dès lors que le putsch de ceux-ci suscite de la sympathie en dépit du fait qu’il jure d’avec tous les principes de droit.
Comme quoi les principes ne valent qu’à l’épreuve des faits. On peut le dire, sans donner l’impression d’enfoncer des portes ouvertes que ce coup de force était prévisible. Mais était-ce la seule solution viable ? Les avis sont partagés même si l’unanimité semble faite qu’elle est salutaire.
Quant à la dernière crise dans la crise ivoirienne, nombre d’observateurs affirment qu’elle était prévisible et préfigure d’ailleurs d’autres. A les croire le clan GBAGBO saisira toutes les opportunités qui s’offriront à lui pour engager des actions qui obligeront à repousser et à toujours repousser les élections. L’opposition lui a donc fait un cadeau royal en s’arc-boutant contre la revendication du parti au pouvoir de voir sanctionner le président de la CEI dont le moins qu’on puisse dire est que s’il n’est pas coupable, il est néanmoins responsable des suspicions engendrées par cette affaire de fausse liste. Elle aurait dû, à notre sens, essayer de sauver l’essentiel, c’est-à-dire le processus électoral au lieu de refuser tout compromis. Mais à quelque chose malheur est bon peut-on dire car en obligeant de camp présidentiel à renoncer à ses visées de remettre tout à plat, elle lui montre sa détermination à voir aboutir le processus. De quoi donner un peu plus d’espoir car on peut présager que rien ne sera plus comme avant. Mais entre temps, sept (7) Ivoiriens seront passés de vie à trépas sur l’autel de calculs politiques. Qui va payer pour tous ces morts ? Une question qui pousse au pessimisme.o

- cheick Ahmed
ilingani2000@yahoo.fr

 

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