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La Une du n°665
La Une du n° 645
Lettre de l'Editeur :N°665 du 14 au 20 juillet 2010

Vous avez dit Françafrique ?

Ainsi, soutenir aujourd’hui que les indépendances de 1960 ont été octroyées et que par conséquent les peuples africains concernés n’ont aucun mérite nous semble pour le moins d’un simplisme qui cache en réalité un nanisme intellectuel qui n’a rien à envier à celui des partisans des thèses selon lesquelles les Africains ne seraient pas suffisamment entrés dans l’histoire.

Depuis quelques temps, ils n’ont que ce mot à la bouche : Françafrique ! Et ils ont plus de raison de le faire cette année plutôt que les autres avec la célébration du cinquantenaire de ce qui, à leurs yeux, illustre le mieux cette Françafrique : les indépendances «accordées» aux ex-colonies en 1960. Si à cela vous ajoutez la tenue récente du Sommet Afrique-France et la participation de nombreux chefs d’Etat africains à la célébration du 14 juillet à Paris, vous ne pouvez que convenir qu’ils sont en plein dans leur élément et n’ont pas d’autres choix que de faire feu de tout bois. Voilà pourquoi ils s’en donnent à cœur joie actuellement au point de paraître plus ridicules que de coutume à nous rabattre les oreilles de propos stéréotypés d’une rare indigence.
C’est vrai qu’il s’agit de rengaines entendues des centaines voire des milliers de fois ; c’est vrai que le style est toujours le même et qu’on n’a même pas eu l’intelligence de changer les déclinaisons ; c’est vrai qu’on est lassé de les entendre débiter ou de les lire, mais il faut avouer que c’est le contraire qui aurait étonné.
De quoi s’interroger sur ce qui peut bien nourrir cette «idéologie» qui semble résister à la chute du mur de Berlin et se nourrir de ses propres turpitudes. C’est que le monde a vraiment changé ! Il a tant et si bien chargé que nombre de repères ont bougé rendant obsolètes la plupart des instruments et des paradigmes d’analyses. Rien n’y échappe ! Pas même la Françafrique qui mine de rien, et n’en déplaise à ceux qui s’en font les plus grands pourfendeurs, n’est plus le même phénomène qu’il y a vingt ans. Alors, continuer à indexer les mêmes coupables est tout simplement inopérant. La raison en est que les contextes sociopolitiques ne sont plus les mêmes, tout comme la distribution des rôles et les échelles des valeurs.
Ainsi, soutenir aujourd’hui que les indépendances de 1960 ont été octroyées et que par conséquent les peuples africains concernés n’ont aucun mérite nous semble pour le moins d’un simplisme qui cache en réalité un nanisme intellectuel qui n’a rien à envier à celui des partisans des thèses selon lesquelles les Africains ne seraient pas suffisamment entrés dans l’histoire. Feindre de soutenir que rien n’a changé entre les conditions des Africains sous colonisation et des Africains après ces indépendances n’est pas moins qu’une injure aux souffrances et aux plaies de tous ceux qui ont été marqués aux fers rouges de la traite négrière, des travaux forcés, de la ségrégation raciale et autres. Abhorrer les sommets Afrique-France sous prétexte de néocolonisation et magnifier dans le même temps les sommets Chine-Afrique comme ceux de la diversification de la coopération Sud-Sud ou bien d’autres rencontres du genre entre le continent et des pays développés est d’un anachronisme qui traduit un complexe qui ne dit pas son nom. On pourrait continuer à égrener les situations du genre dans lesquelles les ressentiments prennent le pas sur la raison et dans lesquelles on n’hésite pas à travestir les faits pour coller à des stéréotypes comme s’il s’agit d’un simple fonds de commerce.
A vrai dire, certains acteurs de la scène sociopolitique africaine ont besoin de grandir et doivent faire l’effort de comprendre que les choses ont sérieusement évolué sous nos cieux. Il est trop facile de continuer à se défausser sur la France et les dirigeants des pays africains car la Françafrique d’hier qui faisait de la France le principal acteur du jeu politique dans nos pays a vécu. Les réalités sont toutes autres et ce n’est pas parce que la France aurait renoncé volontairement à jouer au gendarme, mais bien parce que les autres acteurs ont conquis plus d’espaces dans ce jeu la reléguant de fait à un rôle secondaire. Ce ne sont pas les censeurs du moment qui diront le contraire, eux qui ont fait irruption dans l’espace public s’arrogeant un rôle de contre-pouvoir d’ailleurs très vite réduit à sa plus simple expression. En effet, il n’est pas rare de les voir disputer la place à l’opposition politique qu’ils toisent d’en haut au motif que tous les politiciens seraient affectés par le système et se parer d’une virginité qui demande à être prouvée, d’autant plus qu’il y a beaucoup à dire sur leurs propres pratiques.
A bien d’égards, ils donnent l’impression de prendre leurs ordres loin du pays, notamment auprès de bailleurs de fonds qui acceptent de les financer. Que dire quand la référence au niveau des médias est d’avoir l’onction de médias occidentaux. N’est-ce pas qu’on assiste à un formatage des lignes éditoriales et des plumes pour plaire à ces nouveaux maîtres ? Il y a-t-il faits plus illustratifs d’une main mise extérieure sur nos vies de tous les jours ! Qui a parlé de Françafrique ? o

- cheick Ahmed
ilingani2000@yahoo.fr

 

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