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La Une du n°666
La Une du n° 666
:N°666du 21 au 27 juillet 2010

Oui; avocat du diable !

Le contraire aurait étonné et même un silence aurait été des plus anachroniques. Nos confrères, partisans de la «sacralisation» de l’article 37 de la Constitution dans sa rédaction actuelle (limitation du nombre des mandats présidentiels consécutifs), sont tombés à bras raccourcis sur SEM. François GOLDBLATT, Ambassadeur de France dans notre pays dont le tort a été d’avoir opiné sur le sujet sans emboucher leur trompette. Un crime de «françafriquité» qui devait recevoir la réponse appropriée et qu’ils n’ont pas manqué d’administrer dans les règles de l’art. Avec toute la maîtrise et tout le talent qu’on leur connaît dans ce domaine.
C’est dire si on connaît la musique et qu’on pouvait la chanter tout seul sans les entendre l’imposer pour la énième fois à nos pauvres oreilles. Qu’à cela ne tienne ; ne dit-on pas que même la plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a ? Déjà qu’ils nous en donnent l’occasion, lisons encore une fois les propos de M. l’Ambassadeur : «C’est un thème qui a suscité beaucoup d’émotions, beaucoup de passes d’armes, quoiqu’un petit peu moins ces derniers mois. Je crois que le sujet a surgi en juillet 2009, donc ça fait un an aujourd’hui. J’ai eu l’impression qu’il y avait une pointe de tension entre majorité et opposition entre le mois de novembre et le mois de mars dernier, et je me suis parfois demandé si cette tension était inévitable, ou bien si on n’aurait pas pu l’éviter, sans forcément aboutir à un consensus.
On ne peut pas demander à des gens qui sont en désaccord sur un sujet important comme celui-là de tomber forcément d’accord. Mais peut-être y aurait-il eu des modalités pour ce débat qui auraient permis d’avoir plus de sentiments pacifiques dans l’expression. On a parfois eu l’impression d’assister à un concours de virilité réciproque entre partisans et adversaires de la réforme. Ce que je peux dire, c’est que c’est juridiquement possible.
A partir de là, si le gouvernement souhaite mettre en œuvre cette réforme, il le peut juridiquement. La seule chose que nous pouvons dire, et éventuellement suggérer, c’est que la façon dont cette réforme est introduite, induise le moins de tensions possibles dans la société burkinabè.
C’est une question de présentation, c’est une question de timing aussi. Je crois que les autorités ont tous les moyens d’apprécier de quelle façon et à quel moment introduire cette réforme, si elles souhaitent la présenter de la manière qui induira le moins d’angoisse dans le débat politique burkinabè». (In Sidwaya n°6715 du mercredi 14 juillet 2010).
Il faut vraiment le vouloir pour y trouver à redire tant, à notre avis, Son Excellence s’est contenté de constater l’évolution du débat politique et ce que dit notre Constitution, à savoir que l’article 37 est parfaitement et légalement modifiable, puis de souhaiter que la question soit réglée au mieux. Il a utilisé pour ce faire les mots qui sont les siens.
Il y a quelques mois, la conférence épiscopale avait presque dit les mêmes choses, avec ses mots à elle. On se rappelle que les évêques avaient dit que si légalement la chose était faisable, ils avaient quelques frayeurs quant à la sérénité du processus devant y conduire. On se souvient aussi qu’à l’époque, les adversaires de la révision promettaient de mettre le pays à feu et à sang, s’il le fallait, si d’aventure on insistait à vouloir faire autrement que eux le voulaient. Comment ne pas comprendre que les hommes d’église s’émeuvent alors ? A l’époque, nos confrères avaient salué leurs mots et les avaient encensés. Ils avaient même soutenu avec force que l’Eglise catholique était contre la révision. Des affirmations péremptoires qui avaient fait sourire.
On le sait, depuis lors, la tension a quelque peu baissé. Pour plusieurs raisons sans aucun doute. Le fait est là que nombre d’adversaires de la révision ont civilisé leurs propos ou ont dû se taire parce qu’ils n’avaient plus d’injures ou avaient épuisé leurs répertoires de menaces à proférer. Le tigre, dit-on, ne crie pas sa tigritude ; il tue sa proie et la mange. Autre temps, autres mœurs.
Et puis, il nous semble que la meilleure manière de lutter contre la «Françafrique», ce n’est pas de se polariser sur les avis de l’Ambassadeur de France, de les prendre pour vérité d’Evangile et de les considérer comme des injonctions, mais tout au contraire, de ne pas leur donner plus d’importance qu’ils ne devraient en avoir. Ni plus, ni moins. Les propos de Son Excellence, malgré tous le respect qu’on lui doit n’engagent que sa personne. Tout au plus la France ; pas le Burkina Faso. C’est ainsi qu’on lutte contre la «Françafrique».
Il faut s’affranchir de tous ces petits complexes qui poussent à voir dans toutes les attitudes des autorités de l’Hexagone, ex-colonisateur, la volonté de vouloir nous en imposer. Ce n’est même pas sûr qu’elles ont ce temps, avec les problèmes que chacun doit gérer. Alors «basta !» Réglons nos problèmes en Burkinabè et entre Burkinabè. Pas de faux-fuyants sur M. GOLDBLATT. Avocat du diable ? Pourquoi pas !o

Par Faèz

 

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