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La Une du n°667
La Une du n° 667
Lettre de l'Editeur ::N°667du 28 juillet au 03 août 2010

Encore les eaux !

En effet, s’il est indéniable que la solidarité des Burkinabè se manifestera, il ne sera pas de trop, si leurs amis de l’extérieur se manifestent une fois de plus. Il serait de bons aloi qu’ils trouvent du plaisir à le faire parce que convaincus que leurs contributions iront à qui de droit. En effet, ils doivent avoir conscience qu’ils agissent dans un environnement sécurisé et propre. Ils doivent aussi agir dans le cadre tracé par le pays et s’en tenir aux règles édictées. Ainsi, comme on aime à le dire, les moutons seront mieux gardés.

Comme l’année dernière, et à un mois près, notre pays connaît les affres des caprices de dame nature. Le ciel a en effet ouvert ses vannes à profusion du mercredi 21 au jeudi 22 juillet sur une partie du territoire national. Conséquences : 239 mm d’eau tombés, probablement au moins une dizaine de morts, 60 000 sinistrés, d’immenses dégâts matériels,... Au total, un paysage de désolation, des populations qui ne savent plus où donner de la tête et des images insoutenables de souffrances et de douleurs qui ont fait revenir à l’esprit les chocs du drame du 1er–Septembre 2009.
Ceci explique-t-il cela ? Toujours est-il que, comme au 1er-Septembre 2009, le gouvernement a promptement réagi, se portant très rapidement aux devants des populations pour évaluer l’ampleur du désastre, réconforter les uns et les autres en les assurant de la solidarité de toute la Nation et surtout en organisant les premiers secours d’urgence. C’est dire s’il a été très réactif et soucieux d’être des plus efficaces afin d’être à la hauteur des attentes des sinistrés.
Visiblement, cette compassion et cet engagement ont été bien compris de toutes parts. A preuve, même ceux qui sont habitués aux critiques politiciennes du genre « ce désastre est la conséquence des mauvaises politiques du pouvoir », ont semblé mettre de l’eau dans leur vin comme pour dire qu’elles ont compris que quand dame nature se met en colère et fait des siennes, ce n’est plus une affaire d’infrastructures mal faites ou insuffisantes, encore moins de manque de volonté politique ou de stratégies de développement inopérantes. Surtout qu’il saute aux yeux que rien ne pouvait permettre de prévoir ce qui se passe. D’ailleurs, et en la matière, les drames vécus par d’autres peuples sous des cieux autrement plus nantis que le nôtre et où on est en mesure de mieux prévoir les évènements, montrent aisément l’impuissance de l’homme ou les limites de ses capacités à faire face quand les éléments se déchaînent. Le Burkina Faso n’a certainement pas plus de caniveaux et de ponts que la France, les Etats-Unis ou d’autres pays développés, mais quand les eaux montent aussi dans ces pays, c’est bonjour les dégâts.
En pareilles occurrences, on l’a vu, la seule réaction qui vaille, c’est celle de la mise en branle de la solidarité afin de parer au plus pressé. Sur ce point, notre pays a su montrer qu’il n’avait pas de leçon à recevoir de personne, même si la modicité de ses moyens est un sérieux handicap à une expression efficace de son action. L’ampleur des besoins conjuguée avec la faiblesse criarde des moyens d’existence des populations fait qu’il ne peut pas en être autrement.
C’est dire si la situation de catastrophe actuelle est particulièrement délicate puisque le contexte de sa survenue est très préoccupant. En effet, si dans le cas de Ouagadougou la solidarité entre voisins, familles et parents a pu avoir un sens et être d’une réelle efficacité, force est de reconnaître que dans le cas présent elle a toutes les chances d’être simplement anecdotique et de se réduire à sa plus simple expression. Le Centre-Nord et l’Est n’ont effectivement pas les capacités de Ouagadougou et si les fils et filles des localités touchées ont eu un sursaut salvateur en se mobilisant pour déjà apporter ce qu’ils peuvent, il faut craindre que l’essentiel du salut ne doive venir de l’Etat central.
Voilà pourquoi les mesures gouvernementales doivent êtres accélérées, car plus le temps passe, plus des vies sont en danger. C’est vrai que la gestion de pareilles situations n’est pas aisée. L’absence de routes complique davantage la situation. Néanmoins on peut espérer que l’expérience acquise dans la gestion de la catastrophe du 1er-Septembre a donné de la graine aux autorités et à tous ceux qui sont impliqués et les aidera à trouver les formules idoines pour faire face. Gageons que ce sera le cas, ce qui permettra d’éviter ou à tout le moins de minimiser les écueils du passé.
En tout premier lieu, il va falloir canaliser et organiser la solidarité nationale afin qu’elle s’exprime dans toute sa plénitude. Il faut éviter que ça ne parte dans tous les sens et qu’on ne sache pas qui fait quoi, quand, comment et pourquoi. Cette action sera essentielle sinon on ouvrirait la porte aux aventuriers de tous genres pour ne pas dire aux vautours et aux escrocs qui n’auraient aucun scrupule à profiter de la détresse des sinistrés. Il faut donc œuvrer à une réelle citoyenneté au niveau de tous les acteurs et intervenants afin d’éviter les faux sinistrés qui ne font ni honneur à eux-mêmes, ni à leurs parents, encore moins au Burkina. C’est une œuvre de salubrité publique d’une grande importance car il y va de la crédibilité de toute la Nation.
En effet, s’il est indéniable que la solidarité des Burkinabè se manifestera, il ne sera pas de trop, si leurs amis de l’extérieur se manifestent une fois de plus. Il serait de bons aloi qu’ils trouvent du plaisir à le faire parce que convaincus que leurs contributions iront à qui de droit. En effet, ils doivent avoir conscience qu’ils agissent dans un environnement sécurisé et propre. Ils doivent aussi agir dans le cadre tracé par le pays et s’en tenir aux règles édictées. Ainsi, comme on aime à le dire, les moutons seront mieux gardés.
Chaque acteur est interpellé sur la nécessité d’une gestion transparente, saine et propre des aides en faveur des sinistrés. Comme l’a souligné le Premier ministre après le 1er septembre, aucun écart ne devrait être toléré. C’est à ce niveau qu’on jugera entre autres les autorités locales qui auront la charge de la gestion à la base. Pour l’heure, le gouvernement et ses démembrements sont à encourager et à féliciter. Il s’agit de continuer sur cette lancée et de rester vigilant tout en priant pour que dame nature soit plus clémente.
Haut les cœurs, Burkinabè de tous les âges et de toutes les conditions ! L’occasion vous est encore donnée de prouver votre sens de la solidarité et de faire mentir tous ceux pour lesquels «la morale agonise dans ce pays», voire qu’elle serait déjà morte et enterrée et qu’ils auraient organisé ses funérailles.o

- Fred ILBOUDO
ilingani2000@yahoo.fr.o

 

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