NATIO : :N°667du 28 juillet au 03 août 2010

T.P.I
Comme un air d’impolitesse

L’acharnement du Tribunal pénal international (TPI) contre le président soudanais Omar EL BECHIR, cache mal l’envie de l’Occident et de l’Europe en particulier d’en découdre avec un homme qui a viré au «rouge» depuis son flirt poussé avec Pékin, au grand dam des Occidentaux fortement peinés de voir la manne pétrolière soudanaise leur échapper ainsi.

Les «malheurs» d’Omar EL BECHIR ont commencé non pas avec le déclenchement de la guerre du Darfour (qui date de 2003) mais bien à la suite du virage à 180 degrés qu’il a observé dans sa politique internationale un peu plus de trois ans après le début de cette guerre. Ayant constaté la «duplicité» des Occidentaux qui, tout en se proclamant ses amis, n’avaient de cesse d’armer ses différentes rebellions dans le Sud de son pays, EL BECHIR se tourne vers Pékin pour se ravitailler en logistique militaire afin de faire face à ces divers fronts. En retour, Khartoum a ouvert les vannes de son pétrole, jadis chasse gardée des compagnies occidentales, aux firmes chinoises qui font désormais la pluie et le beau temps au Soudan. Un «crime» économique qui ne pouvait rester impuni ce qui a conduit le bras armé judiciaire des Occidentaux à décréter qu’il était un génocidaire. Bien sûr, la rébellion du Sud Soudan et la guerre du Darfour ont occasionné de nombreuses pertes en vies humaines, mais, une analyse plus affinée de ces conflits, à défaut de dédouaner le président soudanais peut permettre de comprendre bien de choses. Faut-il le rappeler, ces conflits à l’instar de tous les autres qui déchirent l’Afrique, prennent leur source dans le fait colonial. Le Soudan anglo-égyptien, compris dans l’empire britannique, était mal «calibré» à l’indépendance, avec les populations des confins sud du pays plus enclines, du fait d’une ethnicité de mauvais aloi, à ne pas se reconnaître dans le pouvoir central de Khartoum. La résultante du discours colonial donc, qui a mis l’accent plus que de besoin, sur le fait ethnique pour ne pas dire tribal que l’Afrique traîne depuis comme un boulet. Pour en revenir au cas soudanais, disons que BECHIR paie donc ce crime de lèse majesté, lui qui a décidé de retourner les alliances dans cette région stratégique du continent. Cette campagne juridico-médiatique a cependant un côté agaçant dans la mesure où elle vise un chef d’Etat en exercice qui a tout simplement choisi d’assumer ses amitiés. N’est-ce pas au nom de ces mêmes amitiés que George W. BUSH a déclenché la guerre du Golfe avec des conséquences effroyables au plan humain aussi bien en termes de morts que de violations de droit ? Le T P I a-t-il levé le petit doigt ne serait-ce que pour interpeller l’humanité sur le drame irakien ? Plus loin, le sort des Palestiniens est-il plus enviable que celui des Darfouris objet de toutes les attentions du T P I ? Et, que dire du cas somalien dans lequel se joue une tragédie humaine sur fond de négation de la culture de tout un peuple ? Ici aussi, les chebab qu’on nous présente à longueur de journée sous les traits de pirates sanguinaires ne sont en fait que des Somaliens qui demandent à vivre leur foi en paix. Bien sûr, là aussi il y a des brebis galeuses, mais, la question somalienne sera résolue dès l’instant où les Occidentaux accepteront l’installation d’un régime légitime (nous n’avons pas dit légal) à Mogadiscio. Si comme on nous le dit depuis la chute du mur de Berlin, les idéologies sont mortes, les vieilles pratiques de prédation, elles, ont la peau dure. Les révoltes et les révolutions ne peuvent de ce fait que fleurir au nom de la dialectique marxiste. Derrière cette impolitesse du T.P.I, c’est la guerre froide qui se poursuit. Du coup, la question qui se pose est celle du positionnement de l’Afrique par rapport aux autres blocs pour qu’enfin notre continent ne soit pas la risée des autres. Mais, ça c’est une autre question..o.o

Alpha YAYA

Crise Ivoiro-ivoirienne
Un médiateur inébranlable

Il ne pouvait en être autrement. Comme tout acte notamment politique, l'Accord politique de Ouagadougou (APO) ne pouvait plaire à tous autant en Eburnie où il est censé poser les jalons et œuvrer la sortie de crise que partout ailleurs dans les milieux intéressés par ce qui se passe en Côte d'Ivoire. Il aura fallut au médiateur beaucoup de ressources pour maintenir le cap et éviter le retour à la case départ. Quoi qu'on dise, malgré les difficultés et les retards dans sa mise en œuvre, l'APO demeure l'instrument efficace pouvant permettre à la Côte d'Ivoire de sortir définitivement de sa crise. En cela, il faut saluer la ténacité de Blaise COMPAORE dans l'œuvre malgré l'adversité.

Dès l'annonce de son choix par les belligérants ivoiriens, choix confirmé par la CEDEAO, l'U.A et l'ONU pour conduire la médiation dans le processus de sortie de crise en Côte d'Ivoire, il faut dire que Blaise COMPAORE va d'abord essuyer les critiques acerbes de ses adversaires politiques au plan interne. Les motifs politiciens de leur acharnement à récuser l'homme dans le rôle qu'il avait à jouer étaient évidents aussi fallait-il à ces pourfendeurs enrober la pilule dans des accusations infondées souvent fantaisistes tendant à faire croire que le médiateur désigné est partie prenante du conflit qui oppose les Ivoiriens car il serait "parrain" des insurgés ou rebelles. Poussant le cynisme, ces politiciens qui ont toujours vu la main de Blaise COMPAORE dans tous les conflits régionaux iront à prédire l'échec de sa médiation. Il faut dire qu'avec toutes les frictions qu'il y avait entre les deux pays à l'époque (Côte d'Ivoire-Burkina), ce n'était pas du tout évident que le médiateur burkinabè tire son épingle du jeu. En effet, la chasse aux Burkinabè en Côte d'Ivoire, le radicalisme et les accusations de certains faucons du FPI de Laurent GBAGBO et de certains milieux proches du pouvoir FPI, à l'image des "patriotes" de Blé GOUDE, n'invitaient point à l'optimisme. La Côte d'Ivoire, à l'époque, était un pays divisé en deux avec le Sud aux mains des hommes dits "loyalistes" fidèles à Laurent GBAGBO et le Nord contrôlé par les "rebelles" de Guillaume SORO. Les assassinats de personnalités politiques dont Emile Boga DOUDOU alors ministre de l'intérieur et les tentatives sur d'autres (Alassane Dramane OUATTARA, Guillaume SORO plus tard…), les attaques répétées entre les deux camps armés, les marches et contre-marches des patriotes et des militants de l'opposition qui se soldaient par des saccages quasi-quotidiens et des pertes en vie humaine, la rupture du dialogue entre les leaders politiques ivoiriens… montraient à souhait l'atmosphère délétère et surchauffé qui prévalait au bord de la lagune Ebrié. Tous ces faits mais surtout les accusations de parrain des "rebelles portées contre notre pays étaient comme une signature de l'échec annoncé de la mission confiée au président du Faso. Toutes choses qui vont finir pas convaincre nombre de Burkinabè que cette mission était périlleuse et vouée à une issue incertaine sinon à l'échec.
Au plan régional et international, des réserves voire des rejets ont été aussi exprimés suite à la désignation du médiateur. En Côte d'ivoire, des personnalités politiques du FPI dont Mamadou COULIBALY, président de l'Assemblée nationale, Pascal Affi N'GUESSAN, ex-premier ministre, président du parti, Simone GBAGBO, première Dame et présidente du groupe parlementaire FPI entre autres, étaient réservées (un euphémisme) sur la question si elles ne manifestaient en sourdine leur désapprobation quant à la démarche même du président GBAGBO consistant à aller à un dialogue direct avec les rebelles à Ouagadougou. Que dire du maître autoproclamé de la rue, Blé GOUDE ? Dans la sous-région, ce n'était pas aussi l'unanimité même au niveau de certains pairs du chef de l'Etat burkinabè qui, de par leurs déclarations et plus tard leurs actes, ont fini de prouver qu'ils n'entendaient pas faciliter la tâche au médiateur. Ce n'est pas pour rien que des médias ont parlé entre temps de "sape de la médiation".

Des atouts certains et une méthode éprouvée
Qu'à cela ne tienne, aucune adversité n'a été en mesure d'émousser les ardeurs de Blaise COMPAORE dans la recherche de la paix en Côte d'Ivoire. En plus d'être sur d'autres chantiers pour la construction de la paix, l'homme consacre beaucoup de temps et d'énergie à la résolution de la crise ivoirienne au point que certains de ses compatriotes se plaignent qu'il ne s'implique pas suffisamment dans le règlement des "questions domestiques"; ce qui est sans fondement et le bilan de ses mandats notamment celui du dernier montrent à souhait que le Burkina Faso avance. Les différents rapports des institutions internationales et celles nationales le confirment. Le président COMPAORE est aussi bien sur les fronts nationaux qu'internationaux et s'en sort à merveille. S'agissant de son implication dans la résolution des crises et des conflits, la philosophie du président COMPAORE en la matière est qu'on ne peut rester insensible à la détresse humaine d'où qu'elle vienne. Dès lors, on ne peut, en tant que responsable, s'enfermer dans une tour d'ivoire pendant qu'une partie de l'Afrique ou du monde brûle. Ses atouts dans la réussite de ses médiations et de la confiance dont il bénéficie proviennent du fait que l'homme patiemment mais sûrement a su se tisser un vaste réseau d'amitiés à travers le monde. Sa fidélité en amitié, son sens de l'écoute et du dialogue, son calme légendaire et son bon sens surtout font de lui un homme avisé, très sollicité et beaucoup écouté. Une telle stature d'homme d'Etat en impose forcement aux autres. On peut parler de méthode COMPAORE vu que l'homme, plusieurs fois, a été invité au plan mondial à partager ses expériences lors de grandes rencontres internationales. Les différentes distinctions qu'il a reçues dans le cadre de la promotion de la paix témoignent de la qualité du travail qu'il abat dans le domaine.
Si sa dernière médiation en date a permis à la Guinée d'aller aux élections présidentielles dans le calme, ce qui était encore inimaginable il y a très peu, la médiation du président COMPAORE en Côte d'Ivoire a permis d'engranger des avancées irréversibles mais surtout notables. Comparé à la situation d'antan décrite plus haut, la sortie définitive de sortie de crise en Côte d'Ivoire, malgré les retards observés est proche. Beaucoup y croient à commencer par les principaux acteurs politiques ivoiriens signataires de l'APO qui se parlent maintenant sans intermédiaire, fruit du dialogue direct, un concept de l'APO.
L'ONU, l'U.A et la CEDEAO renouvellent sans cesse leur confiance au président COMPAORE qu'ils ne souhaitent pas voir abandonner la médiation comme l'ont susurré certains à l'issue de la dernière interview que le président COMPAORE a accordé à un confrère français de France 24. Avec raison, celui-ci a dit qu'il ne sera plus bientôt aussi disponible (pour cause des présidentielles prochaines sans doute) si le processus prenait encore du retard. Le message semble être passé avec l'annonce de la CENI ivoirienne par le truchement de son président de fixer très prochainement une date pour ces élections tant attendues en Côte d'Ivoire. Mais en attendant, la Côte d'Ivoire ce n'est plus cette jungle d'autrefois. C'est une république avec un président à l'autorité reconnue de tous y compris des "ex-rebelles" dont le leader est d'ailleurs l'actuel Premier ministre. La Côte d'Ivoire c'est aussi le silence des armes, le dialogue politique, le désarmement et le recasernement, l'élaboration du fichier électoral, etc. En un mot, l'épopée sanglante s'est arrêtée de par le travail du médiateur qui a été accompagné dans ses efforts par la communauté internationale.o


Angelin DABIRE