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La Une du n°668 du 4 au 10 août 2010
La Une du n° 668

Retro-Rétro – Gouvernance:N°668 du 4 au 10 août 2010

5e AG du FARA
L'innovation agricole, un défi pour l'Afrique

Ouagadougou, la capitale burkinabè, a accueilli, du 19 au 24 juillet 2010, la cinquième Assemblée générale du Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA).

Cinquante ans après les indépendances de la plupart des pays africains, l'auto-suffisance alimentaire demeure pour nombre de ces pays un serpent de mer. Les populations africaines, dans leur grande majorité, sont confrontées à la faim et aux maladies ; toute chose qui compromet dangereusement les efforts de développement du continent.
Que faire donc pour changer positivement cette donne ? Des actions décisives doivent être menées dans le domaine par la prise de mesures courageuses. C'est à cela que s'attellent des décideurs politiques, des chercheurs et, de façon générale, toutes les personnes qui ont à cœur le développement du continent africain. Le Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA) qui vient de se tenir après sa première édition en 2002 à Maputo au Mozambique, puis à Dakar au Sénégal, à Kampala en Ouganda, à Johannesburg en Afrique du Sud, a choisi la terre des "Hommes intègres" pour abriter sa 5e Semaine africaine des sciences agricoles et sa 5e Assemblée générale.

Le FARA pour l'innovation agricole
Le FARA rassemble et forme d'importantes coalitions de parties prenantes dans la recherche et le développement agricole en Afrique. Il est l'organe technique de la Commission de l'Union africaine (l'U.A) sur l'économie rurale et le développement et également l'agence directrice du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) de l'U.A pour la mise en œuvre du 4e pilier du programme intégré de développement de l'agriculture en Afrique, impliquant la recherche agricole, la diffusion et l'utilisation des technologies. L'Assemblée générale (AG) est le plus important organe du FARA qui se réunit tous les 3 ans. Pour le forum de Ouagadougou, ils étaient, au moins, 1000 participants dont des décideurs politiques, des représentants des membres constitutifs du FARA venant des institutions africaines et non africaines qui participent à la recherche agricole, des représentants des organisations sous-régionales, des organisations agricoles et d'éleveurs, des ONG, des universités…, venus d'au moins 57 pays d'Afrique et du reste du monde, à réfléchir sur le thème principal : "L'innovation agricole africaine dans un environnement mondial en mutation". Les échanges ont également porté sur des sous-thèmes, dont l'investissement dans l'innovation agricole dans l'ère d'après la crise financière (1er sous-thème), les centres de connaissances et réseaux pour relever les défis de la mondialisation et du changement climatique (2), la capacité d'adaptation du commerce agricole africain aux chocs internes et externes (3) et bien d'autres abordés à l'occasion des sessions parallèles tenues.
Outre les sessions parallèles qui ont débuté le lundi 19 juillet 2010 dans la salle de conférences internationales de Ouaga 2000, il y avait au programme, des visites de terrain, des soirées gala, une attribution de prix d'excellence FARA, des points de presse, une journée économique du Burkina Faso … En somme, le programme était bien fourni.
Cette rencontre a vu le président sortant du FARA, Denis KYETERE, passer le témoin à l'Ivoirien, Tiémoko YO, directeur du Centre national de rechercher agricole de Côte d'Ivoire, un homme de plus de 22 ans d'expérience qui a inscrit son mandat sous le signe de l'action, de l'excellence et de l'innovation. La prochaine AG du FARA est prévue se tenir entre les mois de juin et juillet 2013 dans un pays de l'Afrique du Nord. Pour cause d'absence de consensus des représentants de cette partie de l'Afrique quant à la désignation du pays qui abritera la prochaine rencontre, l'AG a remis à plus tard cette désignation en attendant de larges concertations.o

Angelin DABIRE

 

Situation et perspectives de l'agriculture burkinabè

L'expérience burkinabè en matière de lutte contre la pauvreté et de promotion du secteur agricole a été bien apprécié au FARA. Une expérience riche qui tire sa dynamique de la vision et de l'action d'un homme que les participants à la 5e AG du FARA n'ont pas manqué de magnifier : Blaise COMPAORE.o

Au Burkina Faso, la mise en œuvre à partir des années 2000, de plusieurs programmes spécifiques de développement et l'élaboration du cadre stratégique de lutte contre la pauvreté ont permis d'influencer positivement les indicateurs macro-économiques, et de stabiliser le taux de croissance économique autour de 5% par an.
L’agriculture qui occupe la plus grande partie de la population bénéficie de toute l’attention des autorités.
Les actions du pésident COMPAORE sont nombreuses et multiformes : on peut citer la tenue régulière, depuis 1993, de la Journée nationale du paysan (JNP) qui sert aujourd'hui de modèle dans plusieurs pays en tant que cadre de dialogue franc et direct avec les producteurs sur leurs préoccupations majeures ; la mise en œuvre de la petite irrigation villageoise autour des retenues et points d'eau ; le soutien actif à la recherche agricole qui enregistre des résultats significatifs en matière de semences améliorées et particulièrement celle du coton Bt ; l'introduction de l'amélioration générique des espèces bovines par l'insémination artificielle ; la subvention des intrants agricoles.

Des efforts constamment renouvelés
Si l'agriculture burkinabè contribue à hauteur de 30% au produit intérieur brut, les dirigeants actuels sont conscients des efforts qu'il faut sans cesse déployer dans le domaine afin d'exploiter au maximum le potentiel qu'offre le secteur. Sur 9 millions d'hectares de terres agricoles à exploiter, seulement le 1/3 l'est. De même sur un potentiel de terres irrigables estimé à 165 000 hectares, seulement 12% de ce potentiel est exploité. C'est dire que l'immensité du travail à faire doit inciter à redoubler d'efforts et d'ingéniosité pour que l'agriculture burkinabè ait ses lettres de noblesse. Ce dont est conscient le gouvernement qui a engagé une lutte pour la sécurité et la souveraineté alimentaire. L'aboutissement de cette lutte passe par relever le défi d'une nature pas clémente en ce que les terres sont ingrates sur une grande partie du territoire et se dégradent de façon continue, que les facteurs climatiques sont défavorables, les pluies étant irrégulières et mal réparties dans l'espace et le temps. Aussi, l'option salutaire est-elle l'exploitation agricole à toutes les périodes de l'année sur toute l'étendue du territoire national. Les cultures de contre-saison ont pris une ampleur jamais égalée et les paysans et autres exploitants agricoles ont de quoi s'occuper toute l'année.

Blaise COMPAORE pour une révolution doublement verte
Le président COMPAORE est convaincu du fait que l'Afrique ne peut aspirer au développement sans des actions décisives qui portent et confortent son agriculture et ses acteurs. Voilà pourquoi il mène aussi au plan international et auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) un plaidoyer pour obtenir un traitement équitable entre contonculteurs africains et ceux des autres continents, le coton africain subissant une compétition déloyale de la part de celui des Etats-Unis ou de l'Union Européenne subventionnée par les pouvoirs publics. C'est donc un dirigeant averti sur les questions de l'agriculture qui a, le jeudi 22 juillet 2010, présidé la cérémonie solennelle d'ouverture de la 5e AG du FARA à la salle des banquets de Ouaga 2000. Dans son discours, le chef de l'Etat burkinabè a relevé, en souvenir, les différentes crises alimentaires récurrentes qui frappent l'Afrique et dont le dernier cycle date de l'année 2007. Il a donc dit la nécessité de réduire les pénuries et les hausses importantes des prix des produits vivriers. Le président COMPAORE faisant une projection dans le futur, à l'horizon 2050 lorsque la population du continent aura atteint 1,9 milliard d'habitants, assènera que : "Nous ne pouvons envisager sans effroi ce que seraient les conséquences, si ce scénario se poursuivait sans inflexions, sans corrections volontaristes et décisives de notre part". Comme causes des crises, il relèvera justement une offre alimentaire insuffisante qui contraste d'avec de vastes étendues de terres cultivables et d'importantes réserves de biodiversité. Il a appelé les acteurs du développement et les décideurs politiques à inscrire "avec force, le développement de la recherche, les innovations technologiques, les biotechnologies, la vulgarisation et l'utilisation des résultats au cœur de la réponse à la problématique de l'agriculture" pour permettre à l'Afrique de multiplier sa production par 5 d'ici 2050 en vue d'assurer son indépendance et sa sécurité alimentaire. Mais en attendant, le président du Faso a appelé à une double révolution verte à moyen terme. Pour le chef de l'Etat burkinabè, la problématique de l'agriculture africaine se pose en un triptyque dont les composantes sont d'abord l'accroissement de la production à travers l'intensification de la recherche agricole, la formation des producteurs, l'introduction de méthodes culturales adaptées et l'implantation des technologies nouvelles ; puis, la question de la transformation des produits agricoles afin d'augmenter la chaîne des valeurs et, enfin, le volet commercialisation qui exige une meilleure exploitation des espaces régionaux africains en vue de favoriser la circulation des denrées agricoles. Blaise COMPAORE a réaffirmé sa foi à la capacité du continent à relever les défis du développement des productions agricoles. Cela n'est possible qu'en respectant l'environnement mais surtout dans un espace stable et de paix. Pour toutes ses actions dans la promotion de la bonne gouvernance, de la démocratie et de l'agriculture, la Fondation pour la démocratie en Afrique a décerné au président du Faso"la médaille de la gloire". Celui-ci en retour a réaffirmé, à l'occasion, sa détermination de continuer à œuvrer pour la consolidation de la sécurité humaine en Afrique et dans le monde.o

Quelques recommandations issues des travaux

- Poursuivre le plaidoyer pour plus d’investissements dans l’agriculture
- Nouer des partenariats équitables et innovants avec le reste du monde
- Développer le partenariat entre le secteur public et le secteur privé
- Améliorer l’accès à l’information et au marché
- Mieux coordonner les actions des acteurs
- Mettre à la disposition des petits agriculteurs les innovations technologiques
- Développer l’accès à l’outil Internet
- Appuyer les activités de la recherche
- Poursuivre le développement du capital humain et le renforcement des capacités
- Faire un audit sur les politiques de la réforme du genre
- Orienter les recherches en prenant en compte les changements climatiques
- Adopter une politique préventive contre les maladies de la production agricole et les insectes dévastateurs.

Angelin DABIRE

Dr. Abdoulaye COMBARY, ministre délégué à l’Agriculture

"L'important c’est d’assurer l’autosuffisance
alimentaire dans nos pays”

Pouvez-vous nous faire le bilan de cette 5e AG du FARA et nous dire le pourquoi du choix du thème portant sur l’innovation agricole africaine dans un contexte de mutation ?
Abdoulaye COMBARY (A.C) :
Comme premier élément, je voudrais d’abord nous féliciter d’abriter la 5e Assemblée générale du FARA. Le deuxième élément, c’était de pouvoir sensibiliser les opinions publiques nationale, régionale et internationale sur la pertinence que la recherche agricole et le développement agricole apportent au niveau de la réduction de la pauvreté, la sécurité alimentaire et la protection de l’environnement. Je pense que cet élément peut être considéré comme un acquis dans la mesure où nous avons plus de vingt panélistes qui ont animé des thèmes au cours des sessions parallèles en marge de la 5e AG du FARA et dont les résultats ont été donnés en plénière. Un autre point très fort était la journée du Burkina. La journée du 21 juillet passé a été une journée exclusivement dédiée au Burkina Faso pour donner l’occasion de montrer aux yeux de l’opinion nationale et internationale, toute cette richesse mise au point par nos structures de recherches à savoir les innovations. Nous sommes passés depuis la mise au point des variétés adaptées qui nous donnent des semences améliorées à la production puis à la transformation. Là, nous sentons fortement venir le secteur privé qui dans son imagination essaie de mettre des outils adaptables aux conditions du pays. On a vu par exemple la transformation du maïs en biscuit, le sorgho qui est transformé en vin, en wysky, etc. tout cela fait partie en tout cas, des innovations et qu’il était bon de porter à la connaissance du public.
La recherche est coûteuse. Pour mettre au point une variété, il faut un minimum d’année de 7,8 à 10 ans. Alors, il faut être patient pour récolter les fruits de ce qu’on a investi. Il y a aussi le pan de la commercialisation et là également nous pensons que le secteur privé est fortement impliqué.
Je pense à ce niveau qu’il y a un motif de satisfaction. Côté participation, nous avons eu la présence de plus de 1 000 personnes et la mobilisation d’au moins 150 journalistes. Tout ça va créer un déclic. Qu’il vous souvienne depuis l’avènement du Programme d’ajustement structurel (PAS) où l’on avait imposé des conditions draconiennes et que nos autorités y sont allées malgré elles. Il fallait qu’on revoie un peu les missions de l’Etat : Il ne doit pas aller aux secours des producteurs, s’occuper de la commercialisation ; doit se contenter de jouer un rôle d’appui-conseil, de suivi-évaluation, de sensibilisation et d’information. On a vu là où ça nous a menés. Depuis la crise alimentaire, les différents gouvernements ont pris conscience qu’il faut d’abord aller à la souveraineté alimentaire d’autant plus qu’on s’est rendu compte que ceux-là avec lesquels on achetait certains produits n’arrivaient plus à satisfaire leur demande intérieure. C’est un déclic qui s’est passé et cela m’amène à saluer la 5e AG du FARA qui n’est rien d’autre qu’une rencontre d’abord des chercheurs africains et des chercheurs du monde entier qui sont venus là pour partager d’abord sur ce qui les concerne et sur tout ce qu’il y a eu comme innovation. Le dernier élément est que nous avons aussi fait venir les producteurs qui également ont exprimé les difficultés qu’ils rencontrent dans l’exécution de leurs tâches au niveau de la production, du stockage des produits, de la transformation, etc. En tant que président du comité national d’organisation, je suis un homme comblé. S’agissant du thème, on peut dire qu’il est d’actualité. Qui parle d’innovation parle d’agir autrement. Il s’agit de se fixer des objectifs clairs à atteindre et se donner les moyens de les atteindre. Si par exemple avec une production de 3 tonnes à l’hectare, vous voulez passer à 6 tonnes et que vous n’y parvenez pas, il faut en déterminer les causes pour y remédier. Si vous êtes à une semence qui produit en 120 jours et que les conditions climatiques ont changé, vous passez à une semence améliorée de 90 jours mieux adaptée au climat, vous innovez, vous changez de pratique. Il faut prouver au monde entier que l’Afrique a des potentialités et qu’elle doit exploiter au maximum pour qu’elles soient rentables. Avec, aujourd’hui, les changements climatiques, les producteurs ont pris conscience que les données ont changé d’où la nécessité pour eux de s’adapter s’ils veulent vivre. Ils doivent regarder autour d’eux et rechercher les meilleures pratiques.

Comment les choses ont-elles été dégoupillées côté organisation pour la réussite de cette rencontre ?
A.C :
Il y a deux groupes qui ont conjugué leurs efforts pour qu’on en arrive là et ce depuis maintenant plus d’un an qu’a débuté l’organisation. Il y a le Comité international d’organisation (CIO) du FARA et le Comité national d’organisation (CNO) du FARA. Nous avons reçu le CIO plus de six fois et nous avons effectué une mission à Accra, siège du FARA. Concernant le CNO, nous avons mis en place 10 commissions avec une cellule de coordination qui a travaillé pendant plus d’un an.

Qu’est-ce que ce genre de rencontre apporte-t-il à notre pays ?
A.C :
Le premier élément que je vois est que ce type de rencontre dénote du leadership de notre pays en matière d’organisation de grands évènements. Quoi qu’on dise cela est un acquis. Deuxièmement, on a parlé, près d’une semaine, de notre pays en matière de recherches et dans le domaine agricole. Cela a donné une visibilité à notre pays aux yeux du monde entier. Le troisième élément est que cela a permis à notre pays de montrer à l’opinion nationale et internationale ce que nous avons comme paquet en matière d’innovations depuis la graine jusqu’au produit fini qui est la transformation. On a exposé au SIAO les innovations au niveau de l’agriculture, de l’environnement, des ressources animales et pour couronner le tout, le ministère de l’Enseignement secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique à travers les institutions de recherches a aussi exposé les résultats en la matière. On a trouvé une opportunité de faire visiter sur le terrain certaines réalisations qu’on a actuellement telles que Bagré, la station de recherches à Kamboinsé et ce que fait le ministère des Ressources animales en matière de travail sur la génétique, l’amélioration de la production de viande, du lait, etc. Je pense que si c’est nous-mêmes qui devions organiser un tel évènement, le montant que nous allions y mettre allait être très élevé. Avec le nombre de participants qui ont été mobilisés je dis qu’il y a des retombées à quelque part, ne serait-ce que sur le plan de la collaboration, et des recherches scientifiques. Il y a des pays où pour avoir ce type d’informations, vous devez payer.
Un autre élément, c’est le financement de la recherche agricole et du domaine agricole.

Que fera-t-on des recommandations issues de cette AG au plan régional et à l’échelle de notre pays ?
A.C :
Au plan régional je pense savoir que ça nous permettra de poursuivre le plaidoyer et lobbying en direction de nos partenaires techniques et financiers de même que le renforcement des capacités au niveau des acteurs régionaux et sous régionaux. Au niveau national, je suis sûr qu’il va y avoir des échanges, sur place, de partenariats. On va nouer des plaques de collaboration. Il y a beaucoup de résultats au niveau des chercheurs qu’il va falloir sortir pour qu’ensemble on voie comment s’y prendre pour que ces résultats atteignent nos producteurs dans leurs champs.

Quelles sont les mesures prioritaires à prendre dans le domaine de l’agriculture pour changer, de façon notable, la situation actuelle pas des plus reluisantes ?
A.C :
Les mesures prioritaires à prendre consistent à améliorer la productivité et les productions, c’est-à-dire faire de l’intensification au lieu de continuer à occuper inutilement des sols à perte de vue, à couper inutilement les arbres. Avec tout ce que la recherche a mis au point, on peut faire plusieurs tonnes sur des parcelles réduites. Là où l’on faisait 2 tonnes, on peut aller à 6 tonnes. En remplissant certaines conditions liées aux fertilisants, aux techniques à utiliser et aux semences améliorées. Cela est valable partout dans le monde. Il faut aussi diversifier. Prenons le cas du Burkina. Si le mil ou le sorgho n’ont pas tellement évolué, c’est qu’il y a très peu de consommateurs de ces produits au niveau de la sous-région rendant le marché très petit. Aussi si on se lance dans leur production et que le marché est seulement limité à nos frontières, on risque fort d’avoir des problèmes. Par contre, regardez la production de riz qui a pris corps. Nos habitudes alimentaires ont été inversées. A l’époque, c’est lorsqu’il y avait un événement important dans la famille : baptême, mariage qu’on préparait le riz. Mais aujourd’hui c’est plutôt le tô qui est devenu une denrée rare et recherchée. Une fois qu’on a diversifié, il faut maintenant suivre les productions parce qu’il y a des surplus. Et lorsqu’il y a des surplus, il faut jouer sur la transformation et la commercialisation. Tout ce qui est en dessous du surplus est destiné à la consommation. Mais lorsqu’il y a surplus on passe à la transformation et à la commercialisation et l’on doit pouvoir accompagner les producteurs dans ce sens. Il faut que les gens prennent aujourd’hui conscience que c’est le marché qui doit tirer la production. Dans le cas précis de notre pays, il faut renforcer l’irrigation agricole pour relever ces défis. Le temps de pluie se raccourcit, il faut trouver les voies et moyens de retenir ces eaux-là. Alors nous avons mis les moyens sur les barrages. Il faut garantir la production pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, la souveraineté alimentaire. Au-delà donc de l’utilisation des variétés améliorées, de la matière organique, de la diversification des produits, le facteur de l’eau est déterminant. Depuis deux ans, on a plus de répit du fait qu’avec les barrages et les retenues d’eau construits, il n’y a plus de barrière entre la saison sèche et la saison des pluies. Dès que la saison pluvieuse s’estompe, la campagne de la saison sèche débute parce qu’il y a ces retenues d’eau. Et les gens produisent même mieux qu’en saison hivernale où ils ne produisent que la culture vivrière qui est destinée uniquement à la consommation. Pendant la saison sèche, les gens font le maraîchage. C’est la culture de la pomme de terre, de l’oignon, des choux, de la tomate, de l’ail, etc. L’un dans l’autre ce sont des choses qui rapportent. Un autre élément important. Beaucoup de gens tombent malades à cause du manque d’assainissement alors qu’un malade est improductif. On est en train de faire des efforts dans ce sens.

On parle de tarissement des sources de financement de l’agriculture africaine. Qu’est-ce qu’il faut faire à ce niveau ?
A.C :
Il faut d’abord à ce niveau que nous-mêmes, nous soyons confiants. Sinon tout ce qui est fait est voué à l’échec. Au travers de mes sorties sur le terrain, je dis toujours aux producteurs de nous aider afin que nous puissions les aider. Ça veut dire tout simplement que si l’Etat met des moyens à leur disposition, ils doivent aussi investir eux-mêmes, pour atteindre les objectifs fixés. Il faut que les producteurs sachent que tout ce que l’Etat fait vise seulement à les accompagner et qu’ils demeurent les acteurs principaux. Et si on arrive déjà à faire passer ce message, on aura déjà marqué un grand pas. Si on arrive à faire changer de comportement les producteurs, on aura fait un grand pas. C’est dans la sensibilisation, l’information et la formation que l’Etat intervient surtout.
Il faut que aux producteurs prennent conscience du fait qu’ils doivent s’unir et unir leurs forces et leurs moyens de production. Une fois organisés, ils vont commencer eux-mêmes à se prendre en charge, à décoller. On va continuer à renforcer les capacités des producteurs et à les encadrer.

Comment se présentent les prévisions pour cette campagne agricole ?
A.C :
En tant que technicien, je dois dire que les choses se présentent bien. Si vous prenez actuellement Ouagadougou sur un rayon de 5 km, c’est vraiment beau de voir le couvert végétal. Vous y mettez des animaux domestiques, et on ne les verra même pas. Par endroits, les labours sont finis même si on continue à semer toujours le niébé ou le sésame. C’est une campagne qui a débuté de façon précoce. A un moment donné, il y a eu une poche de sécheresse et je note que ça varié en dent-de-scie. Présentement, la campagne est installée de façon définitive. Bientôt, nous ferons des sorties pour voir comment les choses se présentent et nous comptons sur votre accompagnement. Il n’y a pas de quoi s’inquiéter parce que la campagne est véritablement installée.

Un dernier mot monsieur le ministre ?
A.C :
Je lance un message à l’endroit des producteurs. Nos techniciens qui sont sur le terrain sont entièrement à leur disposition. Si l’Etat joue son rôle d’accompagnement des producteurs, ces derniers doivent savoir qu’ils demeurent les principaux acteurs du domaine. Ils doivent suivre les conseils techniques afin d’améliorer leurs productions. Il ne faut pas toujours attendre tout de l’Etat. Il faut que les producteurs investissent sur leurs parcelles pour avoir de bons rendements. Nous faisons en sorte qu’il y ait une sécurisation des terres à travers les réformes qui vont sécuriser le producteur. De même, nous sommes en train de voir quel type de banque mettre en place pour accompagner les producteurs. Il faut enfin que ceux qui bénéficient des fruits de la subvention à certain niveau honorent les engagements qu’ils prennent en remboursant volontairement et de façon diligente les crédits qu’ils contractent..o

Angelin DABIRE

 

 

 

 

 

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