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La Une du n°668 du 4 au 10 août 2010
La Une du n° 668
Lettre de l'Editeur :N°668 du 4 au 10 août 2010

Présidentielle de 2010 : ne lavons pas plus blanc que blanc

Plutôt que d’oser inventer l’avenir en tenant compte des conditions objectives, certains en sont toujours au stade des thèses libres, à l’instar de ces politiciens de salon qui jouent les mouches du coche dans des pages qui leur sont gracieusement offertes s’ils ne sont pas démarchés pour les remplir. Heureusement qu’à côté de ces tartufes, il existe de plus en plus aux côtés de la majorité une opposition qui se veut «constructive» et qui refuse de voir la main du diable derrière toute proposition émanant des sympathisants du pouvoir, qu’ils traitent affectueusement de tous les noms d’oiseaux.

Montée brutale d’adrénaline dans le landerneau médiatique et politique burkinabè suite à la proposition de la Fédération associative pour la paix et le progrès avec Blaise COMPAORE (FEDAP/BC) d’autoriser les actes de naissance pour la votation à l’occasion de la prochaine présidentielle prévue pour se tenir en novembre 2010. «Un recul démocratique» se sont indignés (?) les contempteurs de cette proposition qui arguent, ô suprême ironie, que les «blaisistes» jettent ainsi du sable dans le couscous de leur champion. Ce au motif que celui-ci s’est battu ailleurs sur le continent pour que certains peuples n’aient comme pièce de votation que l’unique carte d’identité sécurisée. Un argument que l’on ne peut s’empêcher de battre en brèche avant d’aller plus loin dans l’analyse, si tant est que les peuples auxquels ils font référence sont en train de sortir de périodes de crise qui ont sérieusement rompu la confiance entre protagonistes de la classe politique, au point que le maximalisme est érigé en règle de base dans toutes les revendications, et cela, même en dépit de certaines conditions objectives qui appellent à la tempérance. Si à cela, on ajoute les spécificités de chacun des cas cités en exemple, on se rend compte de l’ignorance crasse dont font preuve ceux qui se laissent aller à des comparaisons hâtives pour en tirer des jugements de valeurs.
En effet, un pays comme le Togo aurait-il pu tenir le pari de doter tous ses citoyens d’une carte d’identité sécurisée dans un laps de temps aussi court, s’il n’avait pas bénéficié de la manne des Occidentaux, pressés de «réintroduire» le pays dans le concert des Nations pour des raisons pas du tout philanthropiques encore moins pour leur attachement viscéral à la démocratie ? Ce pays qui vivotait depuis des décennies dans une crise sans fin aurait-il seulement pu dégager de ses ressources propres la trentaine de milliards de nos francs qu’il lui a fallu pour réussir son élection ?
Que dire de la Guinée, véritable scandale géologique, convoitée de toutes parts et dont la seule évocation des difficultés fait se dresser bien d’oreilles dans les grandes capitales occidentales. A-t-on seulement observé la célérité avec laquelle la communauté internationale s’est mobilisée autour de ce pays pour l’aider à s’en sortir ? Aurait-il pu surmonter tous ses démons et mettre tout seul la cinquantaine de milliards qu’il lui fallut débourser pour le premier tour de son élection présidentielle, s’il n’avait pas l’importance stratégique qui est la sienne ? On pourrait citer d’autres facteurs qui peuvent expliquer et justifier les spécificités de chacun de ces cas et en citer autant qui peuvent permettre de comprendre notre situation à nous.
En effet, le Burkina, pour son «malheur», jouit de la stabilité et de la paix depuis plus de deux décennies ; il a à son actif plusieurs élections plutôt bien réussies de l’avis de la communauté internationale ; à tort ou à raison mais bien plus à raison, il donne l’impression d’être dans une perspective positive ; enfin la communauté internationale semble ne pas craindre que des troubles significatifs naissent de la future élection. Au total tout le monde n’est pas loin de penser qu’il peut s’en sortir tout seul ou à tout le moins avec le minimum de soutien. Autant de raisons qui peuvent justifier qu’on ne veuille pas s’activer outre mesure pour l’aider dans l’accomplissement de l’acte de souveraineté que constitue la délivrance de la carte d’identité. Même pour des élections ! Surtout pour une élection présidentielle qui serait sans réel enjeu (!?). Quelque part on devrait plutôt en tirer une certaine fierté pour ne pas dire une fierté certaine. Acte de souveraineté donc sur lequel on ne devrait pas mégoter mais, qui d’une part coûte cher et d’autre part dont la réalisation se heurte sur le terrain à des entraves que l’on se plait bien souvent à qualifier de pesanteurs socioéconomiques sans leur accorder toute leur importance.
Ces deux raisons, ajoutées à la non-maîtrise du numérique par nombre d’agents de l’institution, ont beaucoup contribué à retarder l’opération commando de délivrance de la CNI décidée par l’ONI.
Que dans cette occurrence, des citoyens proposent d’élargir l’éventail des moyens de votation apparaît dans l’ordre normal des choses car, participant à asseoir la légitimité du candidat qui viendrait à être élu. En effet, les mêmes qui crient à «l’assassinat» de la démocratie sont ceux-là qui gloseront sur la légalité et la légitimité du candidat élu, si d’aventure le corps électoral était squelettique. D’ailleurs, ils spéculent déjà sur le sujet.
On connaît ces rhétoriciens férus de principes pour leur incohérence et leur propension à descendre en flammes ce qu’ils ont encensé hier. Leurs complaintes après le recensement électoral nous situent largement sur leur stratégie à venir. Absence de légitimité, «viol» des consciences, système démocratique sur mesure, le tout sur fond de titraille «bandative» pour faire vendre, telle peut être résumée ladite stratégie. Et les voilà surfant sur leurs thèmes favoris au frais du peuple pour lequel ils s’intronisent les seuls et véritables porte-paroles. Mais est-il seulement normal de priver un citoyen de l’exercice de son droit de vote parce que l’Etat n’a pas été capable de lui procurer la CNIB rendue indispensable pour pouvoir en jouir ?
Plutôt que d’oser inventer l’avenir en tenant compte des conditions objectives, certains en sont toujours au stade des thèses libres, à l’instar de ces politiciens de salon qui jouent les mouches du coche dans des pages qui leur sont gracieusement offertes s’ils ne sont pas démarchés pour les remplir. Heureusement qu’à côté de ces tartufes, il existe de plus en plus aux côtés de la majorité une opposition qui se veut «constructive» et qui refuse de voir la main du diable derrière toute proposition émanant des sympathisants du pouvoir, qu’ils traitent affectueusement de tous les noms d’oiseaux.
Alors oui, l’idée de la FEDAP/BC pourrait prospérer si un consensus suffisamment large se dégageait autour d’elle. Loin des procès d’intention et en refusant de barboter dans la boue avec certains, la FEDAP/BC, par sa proposition, peut aider le pays à sauver la face. Il serait trop réducteur, voire irresponsable de ne voir dans cette affaire que le prestige du «clan des COMPAORE et de leurs affidés» comme le croient certains. Dans tous les cas, la majorité a montré sa bonne foi, en permettant les réformes politiques et institutionnelles, qui ont abouti à la désignation de la carte d’identité sécurisée comme pièce de votation unique. Les conditions infrastructurelles ne permettant pas pour le moment de la vulgariser, il faut penser à d’autres solutions en évitant les procès en sorcellerie. La sagesse populaire le dit si bien : «l’erreur est humaine ; persister dans l’erreur est diabolique». C’est la seule démarche qui vaille, car conduisant à la construction d’un Etat fort, prospère et démocratique.o

- cheick Ahmed
ilingani2000@yahoo.fr

 

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