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la Une du n°670
La Une du n° 670
Lettre de l'Editeur :N°670du 18 au 24 août 2010

Des vacances surchargées

Dans ce pays où tout le monde se prend pour ce qu’il n’est pas et où pour noircir du papier on n’hésite pas à aller ressusciter des hommes politiques qui n’existent plus et qui ont oublié jusqu’au nom de leur parti pour leur demander d’opiner sur l’actualité, il y a quelque chose de surréaliste.
On a comme l’impression qu’il suffit de s’exprimer dans certains journaux ou d’en être adulé par certains d'entre eux pour être au sommet des sondages si ce n’est le messie attendu du peuple pour le débarrasser de la présidence à vie.

Tout simplement pour dire que si 3 500 délégués du congrès extraordinaire du CDP, parti majoritaire au pouvoir, n’ont aucune légitimité pour demander une révision constitutionnelle, que peut alors prétendre un journaliste assis, devant son ordinateur ou épluchant le forum de ses internautes ? Il faut, nous semble-t-il, savoir raison garder et revenir à l’humilité qui est la première qualité d’un journaliste honnête.

Curieuse, la tournure prise cette année par la traditionnelle période de vacances des politiques et de leurs partenaires sociaux et autres analystes en tout genre leurs compagnons de route. On peut donc dire que la «trêve des confiseurs» n’aura pas lieu cette année, et ce n’est pas pour nous déplaire puisqu’il semble que n’ayant presque rien à se mettre sous la dent (plutôt sous la plume) nombre de personnes n’ont pas pu résister à la tentation de la facilité et de la médisance, sport fort prisé dans certains landerneaux. Chacun se reconnaîtra certainement.
La fin de l’installation des responsables régionaux de l’UNIR/PS pour la présidentielle à venir, les premières sorties publiques (même si c’est au niveau de quartiers) du «Lion» de l’UPC, champion des champions de certains médias (!?) la bataille sémantique qui s’annonce sur la «légitimité» avec ceux qui s’en approprient sans vergogne le contrôle et qui en disposent à volonté avec une désinvolture outrancière, la tenue du congrès du CDP, parti supra majoritaire, qui a désigné son candidat en la personne du président actuel, puis de celui du deuxième parti de l’échiquier politique, l’ADF/RDA, qui a jeté son dévolu sur le même candidat politique,…, la société civile qui redonne de la voix contre la TDC, la FEDAP/BC qui n’en démord pas sur la nécessité de favoriser le vote du maximum des inscrits mêmes s’ils n’ont pas la CNIB… laissent raisonnablement penser que ces vacances-ci ne seront pas de tout repos. Assurément, il y a du pain sur la planche et chacun devrait en avoir pour son compte sans avoir à braconner chez les autres. Et pourtant, à y regarder de près, beaucoup d’ailleurs plus maffieux se servent de paravents pour décocher des flèches sur leurs adversaires mais ils seront obligés de montrer le bout du nez car il y aura de moins en moins de possibilités de faire autrement. Ce ne serait d’ailleurs qu’une simple question de salubrité publique car on a trop longtemps surfé sur des préréquis qui semblent dorénavant immédiatement obsolètes. Apparemment, il y aura du sport surtout et nul ne sera épargné. N’est-il pas évident que le pays traverse une période critique de son existence ? Mais là n’est pas le sujet pour le moment. Toute chose arrive à point pour qui sait attendre. Par ailleurs, que valent nos misérables destinées devant les causes que nous défendons ?
Le mois d’août ne sera donc pas de tout repos. En tous cas ceux qui choisiront de faire la fariente pendant ce temps s’en mordront les doigts. Pas seulement les politiques ou les acteurs sociaux mais tout ce beau monde qui se pique de donner des leçons sans avoir l’humilité d’aller au contact des faits et des réalités de ce pays.
Dans ce pays où tout le monde se prend pour ce qu’il n’est pas et où pour noircir du papier on n’hésite pas à aller ressusciter des hommes politiques qui n’existent plus et qui ont oublié jusqu’au nom de leur parti pour leur demander d’opiner sur l’actualité, il y a quelque chose de surréaliste.
On a comme l’impression qu’il suffit de s’exprimer dans certains journaux ou d’en être adulé par certains d’entre eux pour être au sommet des sondages si ce n’est le messie attendu du peuple pour le débarrasser de la présidence à vie. Et tout au contraire, il suffirait d’une plume bien trempée dans du fiel pour faire de quiconque le pestiféré de l’opinion publique. Comment qualifier une telle vision de l’analyse politique et du traitement du sujet politique si ce n’est de reconnaître que non seulement on fait fausse route, mais bien plus qu’il flotte un parfum de mauvaise foi quelque part. Une telle dérive peut conduire à des situations fort préjudiciables quand on connaît la capacité des médias à mettre le feu aux poudres. On le voit bien nettement quand certains n’hésitent pas à mettre sur la même balance la légitimité que conféreraient leurs plumes, voire leur rédaction tout entière et celle d’un congrès de la première formation politique du pays. Ce n’est pas seulement de la prétention, c’est de l’ignorance et cela est dangereux.
C’est vrai qu’il y a longtemps que l’humilité n’est plus la première qualité du journaliste chez nous mais tout de même le bon sens commande un peu de sang froid et de retenue. Ne serait-ce qu’en regardant autour de soi.
Cela d’autant plus que les journalistes que nous sommes sont au nombre des premières victimes potentielles en cas de surchauffe excessive du climat socio-politique. A L’Opinion, nous en savons quelque chose par expérience, lorsqu’au plus fort de la crise des années 2 000, même la corporation nous a lâché à l’exception de L’Observateur Paalga et de L’Hebdomadaire du Burkina au niveau des médias privés. Non content de devoir passer au poteau N°5, nos « biens » étaient déjà distribués entre les vainqueurs.
La peur de l’eau froide après avoir plané au-dessus du chaudron nous incite-t-elle à œuvrer à plus de responsabilité ? Toujours est-il que personne n’est à l’abri, quand on décide de séparer légalité et légitimité et faire peu de cas de la première au profit de la seconde. Une situation bien complexe, puisque les deux vont de pair en principe ; mais ici, la volonté est de les opposer. Bien pire on veut refuser à la majorité dépositaire de cette légitimité conférée par le peuple de l’incarner. Naturellement, chacun devient ce qu’il veut et exprime à lui tout seul la légitimité du peuple souverain.
Cela a donné à lire ce qu’on a lu ici et là, conforté par des réactions d’internautes dont il est souvent difficile d’affirmer qu’ils vont au-delà des mots qu’ils écrivent souvent comme pour exprimer leur trop plein de rancœur. Prions d’ailleurs Dieu qu’il en soit tout simplement ainsi, car il ne faut pas oublier que ce pays est à 80% analphabète et à 99% sans aucun rapport avec le Net. Alors, imaginez un peu la situation d’une dizaine d’internautes fou-furieux descendant l’Avenue de la Nation pour refuser de payer la TDC par exemple ! Tout simplement pour dire que si 3 500 délégués du congrès extraordinaire du CDP, parti majoritaire au pouvoir, n’ont aucune légitimité pour demander une révision constitutionnelle, que peut alors prétendre un journaliste assis, devant son ordinateur ou épluchant le forum de ses internautes ? Il faut, nous semble-t-il, savoir raison garder et revenir à l’humilité qui est la première qualité d’un journaliste honnête. C’est vrai que ce n’est plus la chose la plus évidente avec tout ce que les uns et les autres ont dû avaler au propre comme au figuré.o

- cheick Ahmed
ilingani2000@yahoo.fr

 

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