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La Une du n°671
La Une du n° 671
RETRO-SPORTS : :N°671du 25 au 31 août 2010

La sape au Congo
Tout un art

M. François Roger MOSSINGA, connu sous le nom de Marie Chantal CHANTI, est le doyen de la faculté de la "sapologie" entendez par là le cercle de réflexion sur la société des « ambianceurs » et des personnes élégantes (sape), qui est une structure de l’ASACO, l’Association des sapeurs du Congo, organe suprême du mouvement de la sapologie. Nous avons rencontré pour mieux comprendre le mouvement, ses tenants et aboutissants. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la sape au Congo, plus qu’un mouvement, est toute une culture.

Pouvez-vous nous décrire un peu votre habillement ?
Je suis habillé en costume complet, avec des chaussures croco (en peau de crocodile) griffées John CHESTER le plus grand banquier du monde, les chaussettes sont en véritable lin, la cravate est bien montée sur une chemise bleu-ciel. Pour ne pas confondre les couleurs, il faut les mettre en harmonie. Je suis en harmonie parfaite, je suis habillé en caviar.

Et c’est quoi l’habillement caviar ?
Je suis habillé en caviar, c’est vous dire que mon habillement coûte cher. Comme coûte cher le caviar, le vrai. Pour ceux qui ne connaissent pas le caviar, c’est un plat qui est servi dans des restaurants de classe. Et il n’est pas à la portée de n’importe qui.

Qu’est-ce que la sape représente pour les Congolais ?
La sape c’est d’abord une association. Sape veut dire société des ambianceurs et des personnes élégantes. Donc ça veut dire que ce sont des gens qui aiment vivre. Pour faire la vie il faut être évidement bien habillé. On ne peut pas être sale et venir faire la vie.

Qu’est-ce que vous faites de spécial à ce cinquantenaire ?
Au départ, notre mouvement n’était pas bien vu. Nous étions vu comme des voyous, le monde n’était pas tellement réuni. Aujourd’hui il y a un brassage des jeunes de tous les coins, de tout le pays. Ce qui fait qu’aujourd’hui, le mouvement est très bien reconnu et surtout respecté de sorte que quand il y a des manifestations, nous sommes invités pour agrémenter les cérémonies, parce que dès que nous rentrons, le changement est net. Chaque membre de la société doit sortir quelque chose de spécial à travers la démarche, les gestes, ce que nous appelons « jetance » en jargon de la « sapologie », « jetance » c’est en quelque sorte s’exhiber. Et notre participation à ce défilé vise à montrer aux hôtes de notre président, l’autre pan de la culture congolaise. La sape est devenue synonyme de liberté, parler, c’est une amitié. Vous savez nous sommes tous Africains et nous savons qu’en dépit des cinquantenaires que nous célébrons dans nos pays rien n’est fait pour le moment et tout est à construire. Les gens se retrouvent dans un pays comme le nôtre, et il y a des gens qui sont bien habillés avec des choses chères, pendant qu’ils ne travaillent pas. Je pense aux élèves, aux étudiants, les débrouillards, chacun fait son petit métier. Moi qui vous parle, je travaille, je suis chef de service des ressources humaines d’une société de la place, mais la sape c’est un truc que j’ai commencé depuis mon enfance, je ne peux pas laisser. Je suis obligé d’appeler les jeunes à rentrer dans la société, mais avec une certaine condition, il ne faut pas oublier que la vie ne se limite pas qu’à la sape. Sinon vous risquez de tomber parce qu’il faut avoir quelque chose chez soi.

Cela ne vous revient pas cher de vous saper comme ça, est-ce que c’est vraiment utile ?
C’est cher. Mais nous savons que nos amis qui sont à Bacongo, notamment à Bakélékélé, Bacongo, ce sont des gens quand ils décident d’acheter quelque chose, ils l’achètent et quel que soit le prix et voilà pourquoi ils sont nombreux et la plupart des gars qui sont à Paris, veulent vivre vraiment comme les Blancs, comme les Parisiens. Et malgré la cherté de la paire de chaussures, ou bien de l’accoutrement ou des habits, ils sont obligés de s’investir pour en avoir.

Mais dites nous la sape, c’est seulement pour les hommes ou bien il y a des femmes dans la sape ?
C’est mixte et vous avez vu les femmes comment elles sont sapées ? Et même pour les enfants et il y en a bien sûr, mais pour un âge bien donné.

 

 

 

 

 

Est-il vrai qu’il y a un boulevard de la sape ici au Congo qu’est-ce qu’on fait là-bas ?
Le Boulevard de la sape se trouve à Bacongo notamment à la Main bleue, il y a un boulevard où tout les dimanches, tout le monde se retrouve là-bas avec les gens qui sont revenus de Paris pour démontrer leur savoir-faire dans le domaine de la sape. Je peux vous le dire et confirmer que si vous êtes mal habillé, ce n’est pas la peine d’aller là-bas, vous serez mal accueilli. Si vous êtes bien habillé, bien dégagé, je peux vous y conduire. Nous voulons que les Africains adoptent cela, qu’ils s’habillent comme nous les Congolais. C’est pour dire que nous voulons être bien pour ne pas avoir de souci. Il faut chasser les soucis de la vie avec la sape. Nous sommes en train de réfléchir à comment organiser une journée internationale de la sape où tous les Africains sans exception devront s’habiller correctement, très dégagés. Nous sommes en train de nous battre pour demander au Parlement pour qu’il nous accorde une journée dédiée à la sape et rien que pour la sape au Congo. Si dans l’ancien temps on se sapait tous les 14 juillet, je ne vois pas pourquoi maintenant qu’on est indépendant on ne pourrait pas le faire. Entre temps on le faisait à l’anniversaire de décès d’un « Sapologue » du nom d’Assara qui était musicien, ce jour-là on était très dégagé pour aller l’enterrer. Tout Brazzaville avait bougé pour son enterrement parce que le président Sassou N’GUESSO avait donné les moyens et on a bougé. Nous avons l’intention de faire de cette journée si elle est accordée, un championnat où il y aura des éliminatoires.

La sape se limite si on vous suit au costume cravate et à leur coût ? Où mettez-vous les tenues traditionnelles?
Le boubou, les Yoruba, etc. ne sont pas, je regrette de la sape. Si tu viens en Bazin du Mali, de je ne sais où, nous on te dit d’aller l’enlever, tu salis la sape. Je sais que le Bazin coûte cher, mais il n’entre pas en ligne de compte dans les critères de la sape.

Mais à l’origine, le costume cravate n’est pas africain. N’est-il pas plus intéressant de promouvoir les habillements locaux de chez-nous ?
La tenue traditionnelle chez-nous c’est le raphia. On ne va plus, au 21e siècle faire ce retour-là. Il faut qu’on parte, il faut qu’on avance. Si aujourd’hui on a accepté d'adopter les TIC, je ne vois pas pourquoi on ne peut pas adopter aussi la sape. Aujourd’hui les journalistes occidentaux viennent ici nous demander des interviews et font des documentaires sur nous et sur le mouvement de la sapologie, ce n’est pas rien. La vrai raison c’est quoi ? Ils viennent ici pour prospecter le marché afin d’installer des usines de fabrication de tissus ou des usines de fabrique de chaussures chères et rares. C’est tout.

Votre chaussure la plus chère vous a combien coûté ?
Ma chaussure la plus chère, c’est la Jimmy Winston qui m’a coûté 780 000 FCFA. Il est à la maison, il a un triple talon. Je ne l’ai pas encore porté. C’était 800 000 FCFA et j’ai négocié on m’a donné ça à 780 000. C’est pour ça que je dis que quand je me déplace j’ai une parcelle non lotie sous les pieds.

Et votre costume le plus cher ?
Je peux dire que mon caviar est le plus cher, mais j’ai un costume croisé que j’adore beaucoup, avec 8 boutons et quand je suis dedans je me sens très à l’aise. Il m’a coûté plus de 250000FCFA. Il faut dire la vérité parce que le costume le plus cher est d’au moins 300 000FCFA. On a fait un documentaire sur ma garde-robe et si ce sont des costumes, j’en ai.o

Frédéric ILBOUDO
Ouaga-Brazza-Ouaga

 

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Frédéric ILBOUDO

 

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