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La Une du n°672
La Une du n° 672

Retro-Rétro – Gouvernance:N°672du 1er au 07 septembre 2010

Gestion des secours d’urgence
« 99,99% des promesses ont été tenues », dixit Jean-Baptiste ZOUNGRANA

Voici un an que notre pays vivait le plus grand drame de son histoire. 263,3 mm d’eau tombée entre 4 heures du matin et 15 heures 30 de l’après-midi avec une intensité maximale de 97,3mm entre 7 et 08 heures. Conséquences, 9 morts, 150 000 sinistrés rien qu’à Ouagadougou et dans les communes rurales de la région du Centre. Environ 130 000 personnes seront regroupées dans des sites d’accueil et 20 000 secourues par des familles voisines, de parents ou amis. Au total, 110 sites d’accueil ont été ouverts à Ouagadougou pour un mois dont 60 sites principaux regroupant plus de 200 personnes et 50 sites secondaires pour moins de 200 personnes. La situation serait de moindre ampleur dans les autres localités où environ 180 habitations se sont écroulées faisant 500 sinistrés. Un an après, qu’en est-il de la gestion du sinistre, c’est ce que nous avons voulu savoir en rencontrant les responsables chargés de la gestion des aides.

Le 7 septembre 2009, le chef de l’Etat lançait un appel à la solidarité des Burkinabè mais aussi aux amis du Burkina. L’appel fut entendu et tous ou presque tous souscrivirent en fonction des moyens dont chacun disposait. Au bilan, il s’avère que 99,99% des promesses ont été tenues. Mais avant les promesses, il y a eu l’appel du Président du Faso.

 

M. Jean Baptiste ZOUNGRANA, qualifie l’appel du président du Faso de salutaire et d’historique. Pour lui, il est salutaire dans la mesure où il a permis à toutes les composantes des couches socio-professionnelles étrangères vivant au Burkina Faso, aux Burkinabè vivant au Burkina Faso, ceux vivant à l’étranger, à la communauté internationale, à tous ceux qui ont manifesté leur solidarité à l’endroit du peuple burkinabè et à des victimes des inondations du 1er septembre. «Donc nous sommes heureux de constater que les gens ont répondu positivement et surtout, le peuple burkinabè qui a montré qu’il peut s’unir dans les moments les plus difficiles pour permettre de résoudre leur problème. Au vu de la réponse et des contributions que les uns et les autres ont apporté, il y a un motif de satisfaction.» A-t-il ajouté.
A la date du 30 août 2010, l’ensemble des contributions volontaires, c’est-à-dire tous ceux qui se sont manifestés en termes de dons apportés à l’unité de gestion s’élève à 5 570 667221 F CFA dont 918 998 916 francs CFA de contributions en nature et 4 651 668 305 francs CFA pour les contributions financières que ce soit les chèques, les espèces et les virements bancaires.

«Les dépenses dira le coordonnateur, à la date du 31 août se chiffrent à 10 833 710838 francs CFA. Mais comme je l’ai dit, il y a des dépenses qui sont en instance. C’est-à-dire qu’il y a des actions qui ont déjà été engagées. Et il y en a qui sont toujours en instance. En d’autres termes il y a quelques actions qui n’ont pas démarré. C’est ce qui fait que l’ensemble des dépenses n’ont pas encore été réalisées. Donc nous sommes encore dans une situation de mi-parcours et nous espérons que d’ici là, tout sera fait. Et quand tout sera réalisé, nous ferons un bilan global de tout cela à l’intention de tout un chacun.
Toute œuvre humaine est perfectible et pleine d’embuches. Et ce n’est pas l’unité de gestion qui nous dira le contraire et pour cause, selon son premier responsable, les difficultés se sont posées par rapport à la contribution en nature. «Nous avons eu vraiment des difficultés pour évaluer souvent les aides qu’on reçoit. Parce que les aides en nature sont difficiles à évaluer. Etant donné qu’il y avait également des dons constitués d’objets de deuxième main, par exemple quelqu’un qui apporte des habits qu’il ne porte plus… Voyez vous ce sont ce genre de dons qui sont difficiles à évaluer. Donc, on a dû laisser tomber ces aspects. Mais, il y avait aussi des contributions qui se sont vues dévaluées du fait du cours du dollar. Par exemple les contributions par chèque qu’on annonce. Il s’est trouvé par moment, qu’au moment du virement le cours de la monnaie en question baisse. Surtout le dollar avec lequel nous avons eu souvent de petites différences de montant à la conversion.»
Si en plus de ça on ajoute celles qui n’étaient vraiment pas honorables. «Certaines personnes ont envoyé de vieux sacs, des sacoches etc. On ne pouvait vraiment pas définir la nature réelle de certains objets. Et comme dans notre culture, on dit qu’un don, ça ne se refuse pas, on a mis en place des équipes pour dépouiller tout ça et essayer récupérer ce qui était récupérable. Nous étions obligés de les traiter avant de les distribuer à la population

Devant le président du Faso, nombreux sont ceux qui sont allés faire des promesses. Mais après la cérémonie, nombreux sont ceux qui se demandaient si les promesses allaient être recouvrées et comment. Mais à en croire M. ZOUNGRANA : «Oui, je peux dire qu’à 99,99%, les promesses ont été tenues. Si je prends un grand ensemble, je peux dire que les promesses ont été tenues. Tout ce qu’il y a, en tout cas nous, on poursuit.» Si le 1er septembre est derrière nous et que la douleur s’estompe, le Burkina dans son intérieur vit encore des inondations. Et c’est le comité de M Jean Baptiste ZOUNGRANA qui assure le suivi et la gestion de ces Burkinabè en détresses «Nous avons déjà contribué en ce qui concerne l’aide en matériel dans la région du Sahel, du Plateau-Central, du Centre-Nord et dans d’autres régions du Burkina Faso. C’est notre mission.» Nous a confié le coordonnateur.o

Aristide OUEDRAOGO (stagiaire)

 

Réponse d'urgence aux inondations

Le besoin estimé à 4 530 951 279 F CFA

Le mardi 10 août 2010, une commission technique conjointe a été mise en place pour élaborer un plan de réponses d'urgence suite aux inondations intervenues dans les régions du Sahel, du Centre-Nord, de l'Est, du Plateau central et des Hauts-Bassins.
A l'évocation du 1er septembre, cela sonne comme un cauchemar vécu par les Burkinabè et les habitants de la capitale Ouagadougou en 2009. Et l'année 2010, les démons des eaux ont encore frappé cette fois-ci dans les régions du Sahel, du Centre-Nord, Hauts-Bassins et l'Est faisant 105 481 personnes sinistrées pour 13193 ménages provisoirement enregistrés à en croire le rapport de l'Office de la coordination de l'aide humanitaire (OCHA) des Nations-Unies du 12 au 18 août 2010. Face à la situation, le gouvernement a tenu un conseil de cabinet, le mardi 10 août 2010 dont l'objectif est l'adoption et l'envoi d'un plan de réponse d'urgence aux inondations (document élaboré par la commission technique conjointe mise en place) au coordonnateur résident du système des Nations-Unies. Le rapport OCHA estime à 4 530 951 279 FCFA, pour un montant disponible de 445 292 174 FCFA donc un besoin de financement de 4 085 659 104 FCFA. Pour ce qui est de l'acheminement des aides matérielles, le gouvernement burkinabè a fait appel au concours de l'Armée de l'air pour atteindre les localités touchées.
Il a été procédé à la distribution de 139,8 tonnes de céréales, 3800 litres d'huile, 54 cartons de conserves et divers produits alimentaires à hauteur d'une tonne, 2200 couvertures, 1900 nattes en plastiques, 25 cartons de savons, 200 tentes, 20 ballots d'habits, 300 seaux, etc. L'assistance des sinistrés pour une période de 3 mois coûterait 9 359 077 539F CFA, selon le rapport, et naturellement l'Etat a sollicité le concours de ses partenaires pour faire face à la situation. La situation des contributions est la suivante : L'UNICEF 3250 couvertures, 2000 nattes, 2375 seaux, 8000 gobelets, 7 000 bidons, 303 cartons de savons, 2100 cartons de biscuits ; PNUD 21 millions.
Toute contribution est la bienvenue pour porter assistance aux 105 481 personnes sinistrées.

- Issoufou MAÏGA

 

Vincent DABILGOU, ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme

«Le 1er septembre nous a fait grandir…»

Le ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme était au cœur des grands chantiers à l’occasion de la survenue du drame du 1er septembre 2009. Notamment dans la section installation et relogement des sinistrés. Un an après, nous avons rencontré le ministre Vincent DABILGOU pour faire le point de la situation.

Le 1er septembre 2009, le Burkina était frappé par une inondation qui a fait de nombreux et d’énormes dégâts et même des pertes en vies humaines. Un an après, quel bilan pouvez-vous dresser de la gestion de cette catastrophe pour ce qui est de vos domaines d’interventions ?
Le 1er septembre 2009 a été une catastrophe exceptionnelle dans notre pays, et ce souvenir est douloureux. Douloureux dans ce sens que, quand on revoit la détresse des 150 000 personnes sur l’ensemble du territoire, et pour la ville de Ouagadougou 32000 personnes sinistrées, plus de 24000 maisons écroulées, il faut reconnaître que ce fut triste. Mais dans le même temps quand on voit cet élan de solidarité nationale avec à sa tête le président du Faso qui a pu mener des actions pour réconforter les populations victimes de ces inondations, les personnes affectées et que, l’on revoit le tour que le président du Faso a lui-même personnellement fait pour encourager et pour dire que ce n’est pas un dessein fatal et que ce qui peut arriver nous devons nous surpasser et nous préparer, nous pouvons raisonnablement dire que notre pays a été à la hauteur pour faire face à la catastrophe du premier septembre qui a donné l’occasion aussi aux Burkinabè de penser autrement, en intégrant ce genre d’évènement. Le 1er septembre rappelle à chacun et à tous que désormais, dans nos quotidiens, nous devons intégrer la notion de changement climatique. L’un dans l’autre, ça été triste, mais ça nous a fait grandir, du point de vue de notre capacité à imaginer des précautions que chacun de nous doit faire individuellement lorsqu’il s’agit de construire son habitation. C’est un rappel historique qui était nécessaire, et je dois reconnaître que ce qui a pu être fait, même si on n’est pas totalement satisfait, je pense que le maximum a été fait. Quand je regarde l’ensemble des sites alternatifs que nous avons pu installer, la solidarité que les pays amis nous ont apportée, le nombre de tentes que nous avons pu avoir, plus de 4000 dressées dans cette ville de Ouagadougou, quand je vois toute l’ingénierie sociale qui a pu se construire, se dynamiser, pour apporter la nourriture, on voit que la catastrophe a été difficile, mais notre élan de solidarité a pu la vaincre catastrophe. Le gouvernement s’est également mobilisé et a pris les choses à son niveau. Le Premier ministre lui-même présidait pratiquement tous les deux jours une réunion au niveau ministériel pour suivre au quotidien le processus de prise en charge des sinistrés du point de vue humanitaire, des aménagements des sites identifiés pour reloger de manière définitive les sinistrés. Il a effectué lui-même le déplacement pour vérifier l’état d’avancement des choses. Nous pouvons être fiers du fait qu’au niveau institutionnel, l’engagement du gouvernement, des partenaires au développement, des ONG, les contributions individuelles ont permis de soulager les sinistrés du 1er septembre.

Monsieur le ministre, le relogement de certains sinistrés a été au centre de votre action ; Où en est-on un an après ?
Pour ce qui est de mon département, nous nous sommes occupés de l’aménagement des sites alternatifs. Vous-vous souviendrez que c’est nous qui avons dressé les trois mille tentes qui étaient un grand challenge en son temps. Nous avons en partenariat avec d’autres ministères, pu fournir des services urbains de base sur les sites alternatifs. Il s’agit notamment de l’approvisionnement en eau, de l’électrification mais aussi des ouvrages d’assainissement autonomes, des WC mobiles que nous avons pu installer en partenariat avec l’ONEA sous le couvert du ministère de l’Agriculture. Je pense que pour cette phase transitoire, un travail a été abattu. C’était colossal mais en terme d’organisation, nous nous sommes montrés à la hauteur. Après cette étape, nous avons pris le temps pour reconstituer les familles. Nous avions plus de 32000 personnes sinistrées à Ouaga et plus de 24000 maisons qui se sont écroulées. Mais le fait d’avoir pu faire le recensement avec le ministère de l’Action sociale, avec les services des mairies, au niveau des arrondissements, mais aussi avec l’appui des ONG qui étaient sur place, on a pu reconstituer les familles. On était avec 150000 personnes et on a pu refaire la situation familiale de chacun, identifier les maisons, pour parvenir au chiffre de 24271 maisons familiales en terme de ménage qui se sont écroulées. Si l’on devait apporter un soutien par ménage, c’était à ces 24271 recensés. Je crois que ce n’était pas un travail du tout facile. Et je me rappelle que nous avons mis une commission de presque 50 personnes qui ont travaillé pendant des semaines, qui ont permis d’aboutir à ce résultat. C’est ce recensement qui a été la base même du travail gouvernemental et je crois que si nous ne l’avions pas fait et si nous avions faussé les chiffres, c’est clair que sur le terrain, les choses n’allaient pas être faciles et nous ne serons pas crédibles aux yeux des ONG sauront qu’il y a du faux dans ce que nous avons fait. Mais malgré le nombre d’ONG que nous avons pu rencontrer, je ne pense pas que quelqu’un a remis en cause, de manière fondamentale, la liste des personnes que nous avons identifiées comme étant sinistrées. C’est pour moi l’occasion de saluer le travail de titan qui a été fait par les ONG, les partenaires au développement, les différents ministères etc.
Après avoir établi la base de données du sinistre en termes de personnes affectées, nous avons présenté le dossier au gouvernement et c’est ça qui nous a permis d’identifier les sites de Yagma et de Bassinko pour accueillir les sinistrés. Et là aussi, je dois reconnaitre la compréhension des populations riveraines de Yagma et de Bassinko car ce sont leur champs et concessions que nous avons investis. Je salue la compréhension des autorités coutumières et religieuses de ces deux localités. Parce que, comme vous le savez, nous étions en pleine saison hivernale et nous avons dû faire nos relevées topographiques dans les champs des gens. Nous-nous sommes ensuite engagés dans le domaine de l’aménagement ; on a dégagé des parcelles pour les distribuer aux 24271 ménages. Pour l’ensemble de ces 24271 ménages, nous avons attribué les parcelles. Nous avons eu à aménager les sites avec le tracé des routes ainsi que des forages. L’Etat a fait 16 forages et les partenaires en ont construit 15, ce qui est énorme au regard du laps de temps qui nous était imparti. Globalement, aujourd’hui, je peux vous assurer que 96% des personnes qui ont été victimes du sinistre du 1er septembre, ont pu bénéficier de l’aide du gouvernement. Les 4% qui nous restent, ce sont soit de gens qui sont repartis en campagne, ou des gens qui sont partis en voyage notamment en Côte d’Ivoire parce que nous avons lancé des communiqués et donné les derniers délais sans succès. Nous avons aussi des cas où des gens sont venus prendre les parcelles et laisser les matériaux de construction l’inverse. Et ces 4% tournent autour de ces gens-là. Nous devons donc nous satisfaire de ce qui a été fait.

Au lendemain du sinistre, des mesures de destruction de déguerpissement et d’interdiction de construire dans des zones dites submersibles avaient été prises ; Où en est-on avec ces mesures dont la mise en œuvre avait fait des gorges chaudes ?
Il faut dire que le sinistre du 1er septembre nous a rappelé qu’il y a les changements climatiques et que cela est une réalité. Comme je l’ai toujours dit aussi, on ne peut pas définitivement bâtir une ville. Construire une ville ce sont des approches, c’est pour ça que les plans d’urbanisation les plus pointus et les plus discutées, les constructions des villes les plus denses peuvent se modifier en fonction de ce qui vous arrive. C’est vrai que le gouvernement, à un moment donné, approuve des plans de lotissement, réalise des ouvrages. Nous avons construit des barrages, et on a nous même fait des plans à la lisière de certains barrages mais aujourd’hui, nous devons avoir le courage de les reconsidérer. C’est ça aussi la ville. Une ville, c’est comme un corps humain, il faut l’entretenir, la soigner etc. C’est ce que nous avions fait et le gouvernement en prenant le décret portant sur les zones submersibles, a voulu tout simplement corriger et réajuster ces zones-là pour nous préparer aux changements climatiques. Pour tous ceux qui étaient sur le long des canaux et aux abords des barrages, la situation était difficile à vivre et nous les comprenons car nombreux sont ceux qui y étaient installés là-bas depuis des décennies. Je crois que le message est passé. Nous avons à ce jour, pu borner les zones qui sont inondables conformément au décret : les abords des barrages, le long des canaux d’évacuation des eaux pluviales. Les premiers 100 mètres, c’est ce qu’on appelle les zones inondables. Les 2ème cent mètres qui viennent, c’est les zones submersibles et dans la zone submersible, les gens peuvent construire, mais il y aura un cahier de charges, un cahier d’urbanisme et la façon dont nous devons construire doit être conforme à ce cahier de charges. Les premiers cent mètres sont inconstructibles. C’est une zone où l’Etat va faire des sites d’aménagement publics. Un bureau d’étude y a été commis qui est en train de nous proposer des aménagements publics qui seront validés par les populations. Nous allons faire des propositions aux mairies pour les aménagements que le gouvernement veut faire. Ils seront un patrimoine commun à tous puisqu’il y a des gens qui ont dû laisser leurs parcelles par la force des choses, et qui aimeraient qu’elles soient faites en quelque chose d’utile pour tout le monde. Maintenant que les zones sont bornées, nous avons pratiquement attribué des parcelles à tous ceux qui y résidaient à Yagma ou à Bassinko. Des gens qui ont construit en matériaux définitifs et dont les investissements sont importants verront leur situation examinée par commission qui analysera la nature de leurs investissements. Le Gouvernement et en train de mettre en place un fonds qui devrait nous permettre de pouvoir dédommager ces personnes-là. Ceux qui ont construit dans ces zones avec un PUH, ceux qui ont construit avec un titre foncier, toutes ces situations seront traitées, mais au cas par cas. Globalement, que ce soit au niveau de Dapoya, de Ouidi, ou que ce soit le long des canaux notamment au niveau de la cité AN 2 etc., nous nous préparons pour la fin de cette saison des pluies, probablement vers le mois de janvier, faire le nettoyage de l’ensemble de ces zones-là afin qu’on laisse place au projet futur d’aménagement.

La ville de Ouagadougou est-elle épargnée dorénavant par ce genre de sinistre ?
Aucune ville ne peut l’être, même pas celles de la première puissance du monde et l’ouragan Cathrina a démontré que quelles que soient les constructions, les catastrophes naturelles restent telles. On peut se préparer pour qu’en cas de catastrophe, on perde le moins possible. Nous pouvons travailler de sorte à adoucir les effets des catastrophes. Et dans ce sens-là, la ville de Ouagadougou a une particularité. Quand il pleut, les eaux sont collectées le long des différents canaux, et c’est très bien que nous ayons ces canaux. Il y a le canal du Moro Naaba, celui du lycée Zinda, celui de Zogona, celui qui traverse l’université de Ouagadougou, etc., il sont six qui permettent l’évacuation des eaux. Mais il en faut au moins quatre autres pour faciliter vraiment les choses : un à Ouaga 2000, un à Tanghin, un à Boulmiougou, un autre à la sortie de Saaba. L’ensemble de ces chantiers a fait l’objet d’un dossier fait par mon ministère, et nous sommes en train de travailler avec les partenaires au développement. Un plan de financement a été établi par le ministère des Finances, et progressivement, nous allons accélérer l’aménagement des canaux d’évacuation des eaux fluviales de la ville de Ouagadougou de sorte que, quand il va pleuvoir, notre capacité d’évacuation des eaux puisse être rapide. C’est la seule manière d’éviter les situations comme celle du 1er septembre 2010. Maintenant, le problème de la ville de Ouagadougou, c’est que vous pouvez construire les canaux, construire les caniveaux, mais l’ensemble des eaux est évacuée vers un seul bassin versant que sont les trois barrages qui eux déversent leurs eaux dans la forêt classée de Bangr wéogo. La capacité d’évacuation du parc Bangr wéogo est très faible parce qu’à l’intérieur, il n’y a pas un chenal pour évacuer rapidement le cumul des eaux des trois barrages. C’est ce que nous sommes en train de faire et nous avons déjà lancé l’appel d’offres. Je suis très heureux de savoir que le gouvernement avec ses partenaires ont pu trouver le financement pour la construction du chenal qui va permettre l’évacuation rapide des eaux dès l’année prochaine de manière à ce qu’il n’y ait plus d’inondations comme celle du 1er septembre. Les eaux pourraient être évacuées rapidement parce qu’on n’aura plus de rejet et donc pas d’inondation. Par la suite, il va falloir qu’on envisage, et là les autorités ont déjà projeté des idées là-dessus, un quatrième barrage au-delà de Massili pour que cette eau que nous évacuons et qui va se perdre dans ce fleuve, soit mieux stockée. Plus on stocke, plus la vie devient agréable parce que nous pouvons l’utiliser pour l’agriculture etc. Ce projet de 4e battage est en étude avec le ministère de l’Agriculture, pour stocker les eaux de pluies, et en tirer profit.

En termes de leçons, qu’est ce qu’une catastrophe comme celle du 1er septembre peut inspirer au gouvernement et aux populations en matière de construction ?
Nous devons améliorer aussi le patrimoine immobilier. C’est vrai que le banco est bien, mais nous devons l’améliorer. Et ceux qui peuvent faire l’effort de rentrer dans des constructions de plus en plus en dur, je pense qu’il faut les encourager. C’est la meilleure façon de se prémunir contre les changements climatiques. Nous allons mettre en place une structure qui va œuvrer à améliorer nos matériaux locaux dans le sens de pouvoir disposer d’une technologie beaucoup plus appropriée en matière de consolidation du banco, en y apportant des adjuvants qui permettront de rendre ce matériau beaucoup plus dur et beaucoup plus durable. Dans les villes, nous avons constaté que les gens ne faisaient pas l’effort d’améliorer le banco, de lui apporter des substances qui vont lui apporter beaucoup plus de durabilité. Ce que nous avons aussi remarqué c’est que les gens ne prenaient pas le temps d’élever le terrain naturel sur lequel ils vont construire. Le gouvernement a donné des instructions à mon département pour qu’un programme approprié, mais aussi d’aide soit mis en place pour appuyer les gens qui sont les plus vulnérables, qui ont des ressources très faibles afin que les maisons qu’ils vont construire dans les villes soient de meilleure qualité pour que notre patrimoine bâtier puisse mieux se porter surtout quand il y a inondation.

Cette année les inondations ont frappé à l’intérieur du pays ; comment ont-elles été gérées ? Certains parlent de deux poids deux mesures.
Il faut reconnaître que les établissements humains à l’intérieur du pays, au-delà des grandes villes, n’ont rien à voir avec la façon dont les gens se sont installés dans les villages. Et là encore, au niveau des villages, il y a une modification dans la manière dont les gens s’installent et construisent aujourd’hui. Avant la grande sécheresse de 1974, les gens avaient une façon de construire leur habitat. Au niveau des villages, les gens avaient la zone d’habitat et la zone des champs. Et quand ils construisaient une maison dans les champs, c’est une hutte, juste pour s’abriter en cas de pluie. Après 1974, les grandes sécheresses qui ont suivi ont amené les gens à modifier le mode d’habitat. Ils ont préféré d’abord se rapprocher des zones humides. Et quand vous prenez donc le Plateau-Central mais aussi l’Est, la zone du Nord, les gens s’installent de plus en plus dans les bassins versants des cours d’eaux. Toujours à côte de là où c’est humide. Ils y ont amené leurs champs, mais on a constaté qu’ils ont amené aussi leur habitat. Donc du coup, et si vous avez remarqué, chaque fois qu’il y a une grande pluie, c’est très rare qu’il n’y ait pas inondation. Parce que notre mode d’habitat a été transformé aussi. Nous avons rejoint les champs, et les champs, nous les avons transportés vers les bassins versants. Dans les villes, les gens ont eu des plans de lotissement faits par le gouvernement et c’est le gouvernement qui leur a donné une parcelle. Dans les villages, les gens se sont installés eux-mêmes dans le cadre de l’habitat rural. C’était très difficile pour le gouvernement d’intervenir dans ce cas mais dans la grande ville comme à Ouagadougou, sa responsabilité est engagée du fait que c’est lui qui a installé les gens dans les parcelles loties. C’est pour ça que l’aide en matière de reconstruction a été beaucoup plus consistante que dans le tissu village. Ce que nous avons fait c’est donner un montant forfaitaire de 50000FCFA pour aider à la reconstruction dans les villages. Et le gouvernement a tenu, par rapport au 1er septembre, à ce que tous les ménages qui ont été recensés par les gouverneurs, reçoive l’aide sous forme d’appui financier.

Autre chose Monsieur le ministre ; construire à Ouagadougou est une véritable gageure, car le coût des matériaux ne fait que monter ; il y a les ruptures incessantes de matériaux, les faux bonds des maçons et autres papiers à remplir… y a-t-il un espoir que tout cela change un jour ?
Le gouvernement est en train de mettre en place des pôles régionaux de développement. Quand vous prenez le programme 10000 logements que le gouvernement est en train de mettre en œuvre, nous avons tenu à ce que les fonctionnaires s’inscrivent pour avoir leur maison même dans leur province d’origine. Parce qu’il faut améliorer l’habitat, l’armature urbaine dans les régions pour que ça devienne des pôles d’excellence. Si une région n’est pas urbanisée, n’est pas structurée en terme d’habitat, elle n’est pas viable. Et si elle n’est pas viable, il n’y a pas du monde qui s’y implante et quand il n’y a pas de monde qui s’y implante, il n’y a pas de consommation, et sans consommation, le cultivateur qui est dans la région de l’Est ne peut pas écouler ses produits. Nous devons faire en sorte qu’il y ait, une certaine répartition équilibrée dans notre façon de pouvoir nous implanter en terme d’habitat. Nous devons conforter Ouagadougou comme capitale régionale à vocation métropolitaine c’est dire que ce sera le plus grand centre. Mais grand centre ne veut pas dire qu’on doit étaler la ville de Ouagadougou à l’infini. Nous avons déjà 36000 ha pour Ouagadougou et donc c’est extraordinaire parce que nous avons doublé pratiquement la ville de Paris. Dans la sous-région, nous sommes la seule ville qui a la superficie la plus étalée. Pendant ce temps, la densité de la ville de Ouagadougou est la plus faible aussi. 36 concessions à l’hectare. Parce que si une ville n’est pas dense, si le tissu urbain n’est pas dense, il n’y a pas d’économie d’échelle, la vie n’est pas agréable. Tous les services que ce soit l’électricité, l’eau, le téléphone, ce sont des services, plus c’est dense plus c’est rentable. C’est cette vocation que nous avons pour les grandes villes du pays. Ouagadougou aura un grand réseau de voies bitumées, pour que celui qui veut habiter à Fada, puisse se rendre à Ouaga en deux heures de temps, mais le tissu urbain de Kaya, de Ouahigouya, de Fada seront aussi dense. C’est pourquoi le programme 10000 logements sociaux visent à donner aux fonctionnaires des habitats dignes de ce nom. A Ouagadougou, nous devons commencer à construire en élévation. Nous voulons amener les gens à construire en hauteur. C’est pour ça que nous avons revu les autorisations de construire. Avant pour construire une maison à étage, il fallait payer au bas mot 1 million 200, mais aujourd’hui, il faut payer moins de 150 000FCFA à 300 000FCFA en fonction de la grandeur de la parcelle. Nous avons adopté la loi sur la copropriété. Ça veut dire que vous pouvez être au rez-de-chaussée pour vous, celui qui est en haut de vous, c’est pour lui aussi et maintenant vous aurez un point commun ce sera l’escalier et là encore la loi permet de dire à qui appartient l’escalier, comment on entretient l’escalier. Vous pouvez vendre votre maison qui est en haut et ça ne dérangera personne.

Où en êtes-vous avec vos 10000 logements sociaux ?
La force de ce programme c’est que les Burkinabè ont accepté dire où est-ce qu’ils veulent vivre, quel type de bâtiment ils veulent avoir, le modèle de bâtiment, le nombre de chambres, etc. Pour la première fois dans notre pays, le gouvernement a fait parler les Burkinabè qui ont accepté remplir un long questionnaire. Nous avons eu 34000 inscrits sur l’ensemble du pays. Dans le programme nous avons mis l’accent sur Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. Nous devons aller plus vite parce que les gens attendent. C’est pour cela qu’il y a un mois, j’ai lancé un partenariat public privé. Nous avons besoin de privés qui vont construire rapidement. Le gouvernement avec la Banque de l’habitat, va payer les privés, et les logements seront mis à la disposition de ceux qui attendent rapidement. Ces privés-là nous n’allons pas les payer tout de suite, le gouvernement va mettre peut-être cinq ans ou 10 ans pour les régler, mais cela le convient aussi. Les bénéficiaires vont prendre les logements qu’ils vont payer en 20 ans à petits prix. Dans les deux ans qui viennent nous allons pouvoir traiter ce dossier des 10000 logements.

C’est le cinquantenaire cette année et le sujet est au centre de toutes les préoccupations. Un mot Monsieur le ministre ?
Célébrer cinquante ans d’indépendance et cinquante ans de construction d’un pays, dans une ville symbole comme Bobo, c’est vraiment quelque chose de très fort. Vous savez que les fêtes de l’indépendance ce sont des moments forts, c’est une occasion pour le gouvernement de rentrer dans une région et essayer de corriger le disfonctionnement du point de vue de l’urbanisme, du point de vue de la ville à être dynamique, à être une ville à vocation régionale. Mon département pour ce cinquantenaire va construire un grand monument qui va nous rappeler notre combat vers la liberté, mais aussi notre combat vers l’émancipation, notre combat vers le développement. Nous sommes aussi en train d’achever le palais de la culture, parce que Bobo est aussi la capitale culturelle du Burkina. Le président du Faso a voulu que la maison de la culture puisse être réalisée à Bobo pour consacrer cette vocation culturelle de la ville de Bobo. C’est un palais qui a coûté plus de 3milliards 500 millions. Le gouvernement, à travers le département de l’Habitat, est en train d’inaugurer le programme de construction des hôtels administratifs d’Etat. L’administration doit être au cœur du développement, c’est pourquoi le gouvernement travaille à centraliser les services déconcentrés de l’Etat. Les plus hautes autorités de ce pays ont donné des instructions très claires pour que nous puissions construire, dans chaque région, deux bâtiments administratifs qui vont regrouper toutes les directions régionales des ministères. Nous allons à l’occasion du cinquantenaire inaugurer le bâtiment administratif de Bobo. La réhabilitation du stade Wobi, le Stade Omnisports sont à la charge de mon département. Mais notre plus grand programme à Bobo c’est le marché de fruits. Nous sommes en train de construire le plus grand marché régional de fruits à Bobo à hauteur de 1milliard 500 millions qui va être inauguré pendant le cinquantenaire.

Le Burkina vient d’être élu parmi les 100 pays au monde où il fait bon vivre ; votre avis ?
C’est une information agréable qui m’a fait beaucoup de bien. Vous savez, les Burkinabè ont besoin qu’on leur parle de leur pays. Moi je suis Burkinabè et je sais. Nous qui avons la chance de voyager, quand on sort, on a du recul. Quand on sort, on fait des comparaisons. Mais on ne peut pas transporter tous les Burkinabè pour sortir. Et quand on sort aussi on entend ce que les gens pensent du pays. Mais le Burkinabè s’auto flagelle tout le temps. Ce classement doit être une fierté pour chaque burkinabè. Et chacun doit comprendre que nous n’avons pas beaucoup de potentialités en terme de ressources minières, mais que ce n’est pas seulement les mines qui créent le développement, mais que le vrai développement, c’est l’homme qui le crée. Et les Burkinabè doivent continuer à être l’homme qu’ils sont, ça c’est Dieu qui donne. Un homme agréable doit être capable de comprendre l’évolution de son milieu de vie et de le transformer positivement. Ce n’est pas les gratte-ciels qui font la beauté de la vie, ce n’est pas les belles voitures ou les voies bitumées. La vie a d’autres côtés cachés, il y a le côté immatériel, le sourire qu’on ne peut pas prendre, il y a la chaleur humaine qu’on ne peut pas prendre. On peut balayer nos routes même si elles ne sont pas entièrement bitumées. On peut faire l’effort d’avoir chacun une poubelle. Il va falloir que chaque Burkinabè prenne conscience des potentialités qu’il regorge, des dirigeants que nous avons et qui font l’effort de travailler, et de plans que les gens ont pour notre pays et rentrer dans un élan fédérateur avec ceux qui nous dirigent pour qu’ensemble nous continuons de transformer qualitativement notre pays..o

Interview réalisée par Cheick Ahmed & Frédéric ILBOUDO

Plans ORSEC

Pour faire face aux catastrophes

Au nombre des mesures prises pour faire face aux catastrophes de toutes natures figurent les plans de l’Organisation des Secours (ORSEC) adoptés en conseil des ministres le mercredi 4 août 2010 et qui seront mis en œuvre par la Direction générale de la protection civile. C’est pour en savoir davantage que nous avons rencontré son premier responsable, le colonel Lazare YAGO avec qui nous avons échangé entre autres sur les missions de sa direction et ce qu’il en est du plan ORSEC.

La Direction Générale de la Protection Civile, qui est sous la responsabilité du colonel Lazare YAGO, a pour mission de concevoir et de mettre en œuvre la réglementation et la prévention en matière de protection civile, d’informer, de sensibiliser et de former les populations en la matière. En cela, elle conçoit et met en œuvre des plans d’organisation des secours, dirige et coordonne des opérations de secours en cas de crises majeures tout en appuyant la mise en œuvre de la protection civile par les collectivités territoriales et la gestion des questions afférentes aux migrations. Pour ce faire, il a été adopté la politique nationale de la protection civile. Le document la présentant selon le colonel YAGO, est conforme au canevas habituel en la matière et se décline en trois parties : situation du secteur de la protection civile et préoccupations majeures ; éléments fondamentaux de politique nationale de protection civile et dispositif de mise en œuvre, mécanismes de financement et hypothèses de risques. Pour répondre au mieux et avec efficience aux actions de secours d’urgence, l’Etat a trouvé nécessaire d’adopter le plan ORSEC un ensemble de plans d’organisation des secours destinés à la préparation des mesures de sauvegarde et à la mise en œuvre des moyens de secours nécessaires pour faire face aux accidents, sinistres et catastrophes d’une certaine gravité. Ils s’organisent de façon pyramidale à partir des communes, de la province, de la région et au plan national. C’est pourquoi ils sont élaborés et arrêtés respectivement sous la responsabilité du Ministre en charge de la protection civile, du Gouverneur, du Haut-Commissaire ou du Maire. Ces plans ORSEC s'inscrivent dans le dispositif général de planification, de défense et de protection civile et organisent, sous la responsabilité des autorités concernées, la mobilisation, la mise en œuvre et la coordination des actions de toute personne publique ou privée concourant à la protection générale des populations. Ainsi ils comprennent un inventaire et une analyse des risques et des effets potentiels des menaces de toute nature pour la sécurité des personnes, des biens et de l'environnement, recensés par l'ensemble des personnes publiques et privées et régulièrement tenus à jour ; un dispositif opérationnel répondant à cette analyse et qui organise dans la continuité la réaction des pouvoirs publics face à l'événement ; les modalités de préparation et d'entraînement de l'ensemble des personnes publiques et privées à leur mission de protection civile. Ce document dont le décret d’application est en attente de signature comporte des dispositions générales et des dispositions particulières qui sont : l’organisation de la veille, de la mobilisation et du commandement ; le suivi des dispositifs de vigilance ; les procédures et les moyens d’alerte ; les modes d’actions communs. Les dispositions particulières quant à elles prennent en compte la spécificité de certains risques et catastrophes et précisent les effets à obtenir, les moyens de secours et les mesures adaptées, les missions particulières des intervenants. A entendre M. YAGO, la chaîne de commandement comporte une structure opérationnelle fixe, le centre opérationnel provincial et, le cas échéant, un ou des postes de commandement opérationnel. L’autorité locale décide de la mise en œuvre de ces structures, de leur niveau d'activation et de leurs missions respectives. Elle convoque les représentants habilités des personnes publiques et privées nécessaires à leur fonctionnement. «Lorsque les opérations de secours sont à cheval entre deux collectivités, le supérieur hiérarchique désigne une des autorités locales pour les diriger ou prend la direction des opérations de secours», précise le directeur général de la Protection civile qui relève aussi que ces plans sont destinés à apporter une réponse adéquate aux accidents, sinistres et catastrophes d’une certaine ampleur en matière de premiers secours et dès les premiers instants.o

Issoufou MAIGA

Ousmane Yentéma YONLI, Directeur général des ouvrages d’arts
“…Construire des ouvrages qui vont supporter
les différentes crues…”

S’il y a un département du ministère des Infrastructures et du Désenclavement qui a été beaucoup sollicité suite aux événements du 1er septembre 2009, c’est bien celui de la Direction générale des ouvrages d’arts (DGOA). Un an après, nous avons échangé avec le directeur général, Ousmane Yentéma YONLI sur le bilan, l’état d’exécution des travaux et les mesures prises pour tenir compte des dérèglements climatiques.

Un an après la catastrophe du 1er septembre quel bilan physique peut-on dresser des dégâts enregistrés ?
Ousmane Yentéma YONLI (O.Y.Y) :
On a eu à identifier une dizaine d’ouvrages sur l’ensemble de la ville de Ouagadougou qui ont suibi de dégâts. Sur le plan national dans la zone du Centre et du Sud-Ouest, il y a des ouvrages qui ont quelques problèmes. Dans l’ensemble, ses dégâts ont été circonscrits et identifiés parce que des dispositions ont été prises pour restaurer l’intégralité des ouvrages.

 

Quel bilan faîtes-vous des réparations et quel pourcentage de réalisation situez-vous ?
O.Y.Y :
Pour ce qui est de la ville de Ouagadougou, il faut dire que 100% des ouvrages ont été réparés. A l’intérieur du pays, la totalité des ouvrages a été prise en charge et remise en état. Le seul ne relevant pas du ministère est le barrage de Kango qui avait cédé et qui servait de voie de communication routière entre Saaba et Tanlarghin. Le ministère a été interpellé et des dispositions ont été prises pour la réalisation d’une voie alternative afin que les structures les plus adaptées à la reconstruction du barrage puissent s’occuper du dossier. On s’affaire à l’exécution de cette dernière tâche qui consiste à la réalisation d’une déviation pour permettre la liaison entre Saaba et Tanlarghin.

Quelles difficultés rencontrez-vous ?
O.Y.Y :
Rien ne se fait sans difficulté. Mais nous pouvons dire qu’il n’y a pas de difficultés sur le plan technique et aussi financier, puisque le ministère des Finances a pris toutes les dispositions pour que tous les contrats soient régulièrement passés au niveau de la Direction générale des marchés publics. Les solutions techniques proposées ont été acceptées et on a pu les appliquer. Les ouvrages ont pu récupérer leur intégrité en ce qui concerne les dommages qu’ils avaient subis.

Vous avez préconisé des mesures pour faire face à ce type de sinistre. Etes-vous suivi ?
O.Y.Y :
On peut l’affirmer puisque les mesures essentielles qu’on a prises c’est surtout au niveau des concepteurs des ouvrages pour tenir compte des sollicitations de manière inappropriée des ouvrages. On avait l’habitude de dimensionner les ouvrages à la crue décennale, mais, avec les contraintes on arrive à avoir des crues centennales, cinquantennales qui reviennent régulièrement. Ce qui veut dire qu’il y a des dispositions qu’il faut prendre en matière de conception et dimensionnement des ouvrages. Cela implique des financements beaucoup plus importants. Nous pensons que nous sommes suivis au niveau de la hiérarchie afin de construire des ouvrages qui vont supporter les différentes crues possibles à venir.

Quelle est la situation des ouvrages d’art cette année ?
O.Y.Y :
Cette année, dans la ville de Ouagadougou, il n’y a pas eu de problème. Mais avec les inondations qui sont intervenues dans les régions du Centre-Nord, du Sahel, de l’Est, du Plateau central, même dans les Hauts Bassins, il y a eu des ouvrages qui ont été endommagés. Comme nous le disions tantôt, les dimensionnements des ouvrages qui ont été faits aux titres des crues décennales se trouvent à être sollicités à une crue cinquantennale sinon même centennale. Ce qui amène des engorgements puisqu’ils n’ont pas été conçus pour supporter ces quantités d’eau. On a identifié un certain nombre d’ouvrages sur ces différents réseaux où des mesures seront prises pour effectuer les réparations nécessaires en mettant en application les dimensionnements aux crues cinquantennales au minimum pour tenir compte des dérèglements climatiques que nous connaissons.

A quand l’ouverture de l’échangeur de l’Est ?
O.Y.Y :
Il est déjà ouvert même si c’est partiellement. Le niveau supérieur et le rez-de-chaussée sont en exploitation. C’est le sous-sol qui n’est pas actif en raison des travaux de prolongement du Boulevard des Tensomba au côté Nord entre l’échangeur de l’Est et la RN (route nationale) 3, route de Kaya. En fonction du niveau d’avancement des travaux, on pense pouvoir l’ouvrir totalement à la circulation d’ici la fin de l’année..o

Issoufou MAIGA

Poches d'inondation au Burkina

Les prévisions du CILSS se confirment

Dans un document relatif à la prévision saisonnière des débits des pluies en Afrique de l'Ouest, le Comité inter Etats de lutte contre la sècheresse dans le Sahel (CILSS) avait fait état de possibles inondations en Afrique de l'Ouest, au Tchad et au Cameroun pour la période allant de juillet à septembre 2010. Des prévisions qui, au vu de ce qui se passe actuellement en terme d'inondations dans plusieurs localités de notre pays, sont en train de se réaliser avec leur lot de tristesse et de dommages. Ainsi, les souvenirs de la triste journée du 1er septembre 2009 et son lot de désolation hantent les esprits.

C'est à l'issue du 13e forum de prévision saisonnière en Afrique de l'Ouest, au Tchad et au Cameroun tenu les 27 et 28 mai 2010 à Niamey (Niger) que les experts des services météologiques nationaux à l'ACMAD et des services urologiques au Centre régional AGRHYMET du CILSS avaient tiré la sonnette d'alarme. Cinq zones avaient été alors identifiées par les experts qui y redoutaient des inondations pour la période de juillet-août-septembre 2010. Les pays du Sahel, avaient-ils dit, pourraient connaître "une saison pluvieuse normale et humide, avec des risques élevés d'inondations". Notre pays le Burkina Faso, a été classé dans la zone III avec des pays comme la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Bénin…. Pour ces pays, il était ressorti que la probabilité d'une pluviométrie équivalente à la normale est la plus élevée (45%), et celle d'une pluviométrie supérieure à la normale de 40%. La probabilité d'avoir une pluviométrie inférieure à la normale était relativement faible et correspondait à une situation normale à tendance humide. Au vu de ce qui se passe ces deux derniers mois de juillet et d'août, on constate que le CILSS avait vu juste dans ses prévisions pour ce qui est en tout cas de notre pays dont plusieurs localités telles Inata dans le Soum, Zorgho dans le Ganzourgou, Séguénéga dans le Yatenga, ont été frappées de plein fouet par des inondations. Tougri, Manni, Dakiri, Bilanga (Gnagna) pour ne citer que ces localités ont vu disparaître habitats, greniers, champs, animaux emportés par la furie des eaux faisant à nouveau des sinistrés comme le 1er septembre 2009 à Ouagadougou.
L'heure est donc grave et la mobilisation de tous est requise pour le soutien des victimes. Nulle doute que les Burkinabè, une fois de plus, sauront faire preuve de solidarité agissante envers leurs compatriotes, dans le malheur comme cela a toujours été le cas en pareille situation.
Selon les prévisions du CILSS, septembre est aussi un mois à risque. C'est dire donc que d'autres inondations ne sont pas à exclure les jours et semaines à venir. Aussi, les populations vivent-elles dans une angoisse permanente dès qu'elles aperçoivent des nuages s'ammonceller dans le ciel. Comme aussi en pareille situation et instinct de survie oblige chacun prie d'abord pour lui-même pour ne pas voir ses récoltes, sa maison et/ou ses biens détruits. Mais une fois le danger passé, la catastrophe évitée ou survenue le "Burkindi" reprend vite le dessus et on s'aide mutuellement dans la gestion du sinistre. Prions les mannes et les ancêtres pour qu'on évite des situations extrêmes non gérables.o

Angelin DABIRE

 

 

 

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