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la Une du n°686-687
La Une du n° 686/687

Dossier : N°686/687 du 08 au 21 décembre 2010

L’indépendance de la Haute-Volta
Les grandes figures de l’Indépendance

Gérard KANGO :
Témoin oculaire et acteur

L’homme est incontestablement ce qu’il y a de plus grand, d’inoubliable dans l’histoire politique de la Haute-Volta, aujourd’hui Burkinabè Faso. Il a marqué ce pays de sa présence, de sa forte personnalité à tous les niveaux. Jeune cadre de l’administration, politiquement engagé, il s’investira très tôt dans la lutte pour l’émancipation des peuples de l’ex-AOF (Afrique Occidentale Française), en particulier, des Voltaïques ployant sous le joug colonial. Lui, c’est M. Gérard Kango OUEDRAOGO, un véritable monument vivant de notre histoire contemporaine. Plusieurs fois ministre, puis Premier ministre, président de l’Assemblée nationale, Ambassadeur, président de parti et acteur clé de l’accession à l’Indépendance de notre pays, l’homme reste l’une des mémoires vivantes de l’histoire politique de notre pays, de la Haute-Volta jusqu’au Burkina Faso. Il fut sollicité à l’occasion de la Grande conférence régionale de la région du Nord, tenue le jeudi 25 novembre 2010, en tant que parrain, pour témoigner de «la vie et l’œuvre du Colonel Michel DORANGE dans l’histoire coloniale du Burkina Faso». L’occasion faisant le larron, nous avons entamé une demarche en vue d’obtenir un entretien avec lui. Mais, en lieu et place d’une interview, «le Duc du Yatenga», comme on aime l’appeler, a accepté nous entretenir à bâtons rompus. La raison est toute simple : «Gerard ne veut plus accorder d’interview parce qu’il estime qu’il faut laisser à la jeunesse sa place». D’ailleurs, il faut reconnaître que cette forme d’échange qu’il a privilégiée fut plus riche qu’une interview qui généralement respecte des conventions, des formes qui confinent l’interviewé et son vis-à-vis dans un carcan formaté ne laissant pas beaucoup de place à l’émotion communicative, à la digression, aux confidences généralement pleines de sens. Ainsi donc, le père Kango nous a simplement parlé de notre histoire au plan particulièrement politique. Pour qui connaît l’homme, pour sa mémoire d’éléphant et son sens de l’à-propos, la tâche ne pouvait être aisée pour nous de le suivre et d’être fidèle à sa pensée; mais qu’à cela ne tienne, voilà livrée pour vous, la part de témoignage d’un homme qui reste un véritable livre ouvert pour les jeunes générations. Du reste, plus riche qu’un livre car témoin vivant!

Comme les personnes de sa génération, nées sur le sol du Burkina Faso, M. Gérard Kango OUEDRAOGO aura été de plusieurs nationalités. D’abord à sa naissance en 1925 à Ouahigouya, il était Voltaïque, citoyen de la France d’Outre-mer. Il le sera jusqu’en 1932, où il n’avait que 7 ans, car à partir du 1er janvier 1933, il allait appartenir au Soudan français, actuel Mali, car la colonie de la Haute-Volta pour des prétextes économiques fut disloquée et partagée entre la Côte d’Ivoire, le Soudan et le Niger. Ainsi donc, il était Soudanais devenu un beau matin par la volonté des «suzérains» colonisateurs. Cette situation n’était pas pour plaire aux anciens Voltaïques qui vont réagir. Ainsi, lors du passage du Président français Vincent AURIOL, accompagné du ministre de la France d’Outre-mer, Marius MOUTET et du premier fils de M. Paul RAMADIER, président du conseil de gouvernement de l’époque, Sa Majesté le Roi Tigré monarque du Yatenga qui avait reçu la visite du Mogho Naaba Saaga à Ouahigouya le 16 juin 1946, lui fit savoir (au président Vincent AURIOL), qu’il souhaitait, comme son frère le Mogho Naaba de Ouagadougou, qu’on réunisse les frères séparés. Autrement dit, qu’on recrée la Haute-Volta. Ce qui fut fait, le 4 septembre 1947 avec la reconstitution du territoire dans ses limites de 1932. Gérard Kango a été non seulement témoin, mais aussi acteur de tout ce soubresaut politique, puisse qu’il sera celui qui a fait l’exposé des doléances de la chefferie traditionnelle devant le président AURIOL. Alors, depuis le 4 septembre 1947, Gérard Kango OUEDRAGO est redevenu Voltaïque. Et la marche se poursuivra jusqu’à l’affranchissement du joug colonial.

Qu’en est-il du 11 décembre et de l’avènement de l’indépendance?
Le vieux Gérard nous édifie : «Le 11 décembre 1958, est né du protocole des 17, 18, 19 octobre 1958. Ce protocole est né de la rencontre des partis politiques représentatifs du peuple de ce pays. Il y avait une délégation du RDA représentée à l’époque par son président, Christophe KALANZAGA, secondé par Ousmane BA ; ensuite venaient Joseph OUEDRAOGO, Maurice YAMEOGO, Ali SORE et Georges OUEDRAOGO. Je les cite exactement comme délégation du RDA à l’époque. Du côté du P R A, il y avait Gérard Kango OUEDRAOGO, président du P R A, Nazi BONI, le Dr Joseph KONOMBO, Pierre GUIGMDE de Koupéla et Mathieu OUEDRAOGO de Yiou. Voilà ceux qui représentaient le PRA. Et ce sont ces deux délégations qui se sont rencontrées sur la demande express de Ouezzin COULIBALY qui m’avait reçu, le 4 septembre 1958, à l’hôpital Saint Antoine de Paris et qui avait téléphoné à Houphouët-BOIGNY et à Maurice YAMEOGO. Et Ouezzin tenait absolument à ce que la situation que notre pays a vécue, le 17 mai 1957 à l’installation des institutions de la loi cadre, que ce climat, puisque les institutions ont été faites dans l’accord, dans l’unité, dans la concorde nationale, que cette atmosphère prévale. Parce qu’il disait que seule l’entente permettra à notre pays, la Haute-Volta, d’occuper une place enviable en Afrique Occidentale Française».
Disant vouloir restituer à l’histoire sa vérité, Gérard Kango montrera que ce sont ces responsables politiques cités, qui représentaient la Haute-Volta, le pays tout entier, qui ont signé le 19 octobre 1958 un protocole instituant d’abord la constitution d’un gouvernement. Ce gouvernement comptera uniquement des éléments RDA, car pour Gérard Kango OUEDRAOGO, le PRA n’avait rien demandé ; histoire de prouver que le problème du pays à ce moment-là n’était pas une question de place, mais qu’il fallait à tout prix qu’il y ait l’entente, la concorde, la paix des cœurs et des esprits. Ainsi, le gouvernement a été mis en place et accepté à l’unanimité par 68 conseillers territoriaux à l’Assemblée sur un effectif de 70 (deux étaient absents). L’ objectif fut atteint puisque la mise en place du gouvernement a été effective. Le deuxième acte a été de mettre en place un gouvernement d’union nationale qui sera installé, le 10 décembre 1958 avec comme président de l’Assemblée territoriale, le Dr Yalgado OUEDRAOGO. Ce dernier, malheureusement, décèdera le dimanche 21 juillet 1959 à la suite d’un accident, ainsi que Abo Dama DIA également grand conseiller. Les deux évènements vont conduire le PRA au dépôt de la demande faite par le Dr Joseph CONOMBO contre le gouvernement Ouezzin. Gérard Kango OUEDRAOGO sera sollicité pour occuper le portefeuille de ministre des Finances. La première mission de ce gouvernement a été de s’adresser à toutes les forces politiques et à la société civile de la Haute-Volta et tout le monde était d’accord pour que le lendemain, l’Assemblée territoriale proclame que «l’Assemblée territoriale du territoire colonial de la Haute-Volta» est devenue «l’Assemblée législative constituante». Et c’est cette Assemblée législative constituante qui a proclamé que «le territoire colonial de la Haute-Volta» est devenu «la République de Haute-Volta». Les conseillers territoriaux qui la composent prennent désormais le titre de députés. Le territoire de la Haute-Volta, devenu République, s’est doté d’un drapeau tricolore aux couleurs disposées en bandes horizontales : Noir-Blanc-Rouge représentant les trois grands fleuves (Volta Noire, Blanche et Rouge) de notre pays. Cette Assemblée a également déclaré le 11 décembre la date de la fête nationale de notre pays, et elle fut célébrée le 11 décembre 1958. Relatant un fait anecdotique, Gérard Kango dira que lorsque les chefs de gouvernement de quatre territoires à l’époque se sont rendu en métropole pour négocier avec le Général De GAULLE, président de la France, les termes de leur indépendance, celui-ci a laissé entendre ceci : «J’ai un problème. Les trois autres territoires à savoir la Côte d’Ivoire, le Dahomey, (Bénin) et le Niger, je peux les envoyer à mon Premier ministre Michel DEBRE, mais celui de la Haute-Volta est président de la République, il doit négocier avec moi De GAULLE.» C’est dire que la Haute-Volta n’a pas attendu la proclamation solennelle de l’indépendance pour se doter d’institutions républicaines.

Ses relations avec le capitaine DORANGE
On ne saurait parler de la période coloniale dans la région du Nord de notre pays, notamment à Ouahigouya, sans évoquer le capitaine DORANGE qui a parcouru le territoire du Yatenga afin de recenser les anciens combattants, leurs veuves et les orphelins de la 2nde Guerre mondiale. Cet homme s’est bien intégré dans le Yatenga avec lequel il entretenait une relation d’amour. En effet, officier de l’armée française, Michel DORANGE, pendant la 2nde Guerre mondiale avait été laissé pour mort sur les lignes ennemies et il aura fallu le courage et l’amitié qu’un soldat nourrissait à son égard pour qu’il soit sauvé par ce dernier qui ira le chercher sous les balles et le ramener, en rampant, sur leurs lignes. Miraculeusement sauvé de la mort, l’homme jura de partir après la guerre servir le pays d’origine de son sauveur. Ce sauveur s’appelait Pousbila SAWADOGO, fils du Yatenga.
Ainsi donc, voilà le capitaine DORANGE à Ouahigouya où il vivra comme un véritable fils du pays, s’impliquant même dans la vie politique. Gérard Kango dit avoir été beaucoup influencé au plan politique par cet homme qu’il a connu par l’intermédiaire de son beau-père Wibiga SAWADOGO. Ils seront du même combat politique de la Haute-Volta coloniale à l’indépendance. Il parle de l’homme avec passion tant les deux ont été de vrais complices. Le Lycée Yadega, dit-il, fut son œuvre, à l’époque bâti sous son instigation par une mobilisation populaire. Gérard demande d’ailleurs, pour une question de justice, de rebaptiser cet établissement du nom du Colonel DORANGE et qu’alors l’Université de Ouahigouya prenne celui de «Université Yadega de Ouahigouya».
Il serait prétentieux de croire avoir tout dit de Gérard Kango OUEDRAOGO ou d’avoir épuisé ses témoignages sur notre histoire politique coloniale et d’après l’indépendance dont nous célébrons, le 11 décembre 2010, le cinquantenaire. Alors, ne laissons pas la vérité de Amadou Hampaté BA avoir raison sur nous. Ne disait-il pas qu’un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle ?

Issoufou MAÏGA

 

Pr. Doamba Jean Marc PALM, chercheur à l’Institut de science des sociétés (INS) du Centre national de la recherche scientifique et technologique

«Nous devons travailler à devenir des partenaires de l’ancienne métropôle…»

Dans le cadre de la commémoration des 50 ans d’anniversaire de l’accession à la souveraineté nationale et internationale de notre pays, nous avons rencontré le Pr. Doamba Jean Marc PALM, chercheur à l’Institut de science des sociétés (INS) du Centre national de la recherche scientifique et technologique. Avec lui nous avons parlé de la période coloniale et post-indépendance du pays et surtout des péripéties qui ont conduit à l’indépendance de la Haute-Volta, aujourd’hui Burkina Faso, le 04 août 1960. C’est donc avec une personnalité scientifique au fait de l’histoire de ce pays que nous nous sommes entretenu pour éclairer nos lecteurs sur des périodes des actes et des attitudes qui ont marqué et forgé notre existence commune.

Comment le territoire de la Haute-Volta fut-il occupé par le colon français ?
Doamba Jean Marc PALM
(D.J.M.P): L’occupation coloniale française se place dans le cadre de l’évolution du système capitaliste qui, à un moment donné, trouvait nécessaire d’occuper certaines terres en dehors de l’Europe pour se développer. C’est ainsi donc que notre pays a fait l’objet de convoitise de la part de plusieurs puissances notamment les Allemands, les Anglais et les Français.
Finalement, ce sont donc les Français qui l’ont emporté en 1900. On s’accorde à dire qu’à partir de 1898 l’occupation du pays qui va devenir la Haute-Volta était achevée et il s’agissait maintenant de mettre en place l’Administration coloniale qui a commencé avec des entités administratives militaires puis par la suite les cercles, les subdivisions et les cantons. A certains endroits comme dans les royaumes Moosés, les Français se sont appuyés sur l’organisation qui existait déjà. Là où il n’y en avait pas, notamment dans les régions du Sud-Ouest, ils ont créé ce qu’on a appelé les chefs de cantons et de villages. C’est ainsi donc qu’ils ont quadrillé l’ensemble du pays et ont mis en place une administration au service essentiellement de l’administration coloniale française.

Quels étaient les nouveaux rapports entre le colon français et les populations autochtones ?
D.J.M.P:
Disons que les rapports étaient ceux du cavalier et du cheval : des rapports de domination sur tous les plans, mais surtout d’exploitation économique ; ce qui fait que les gens vivaient dans des situations sociales précaires aggravées par l’impôt de capitation, les travaux forcés et les réquisitions qui se sont aussi manifestées sous d’autres formes telles que l’enrôlement forcé dans l’armée pour servir sur les différents champs de bataille où étaient engagés les Français. C’est le cas par exemple de la Première et la Deuxième Guerre mondiales, de l’Indochine (à l’époque) et de l’Algérie.

Vous avez fait cas des travaux forcés et de l’impôt de capitation. Faut-il voir en eux ce que d’aucuns appellent les affres de la colonisation ?
D.J.M.P :
Oui, c’est un peu ça les affres de la colonisation. Mais il y a aussi le fait qu’il n’y avait aucune liberté. Il faut dire que les conquêtes de ces libertés et même de certains aspects démocratiques sont venues de la participation des Africains par exemple aux conflits mondiaux et notamment la Deuxième Guerre mondiale. C’est en cela que le Général De GAULLE, à partir de la conférence de Brazzaville en 1944, a introduit dans les colonies de petites réformes. Ces réformes mettaient en place des conseils généraux et permettaient que les Africains participent un tant soit peu à la gestion de leurs affaires. Mais c’était en fait extrêmement bien contrôlé. Le Général De GAULLE, lui-même, à cette conférence disait que l’évolution à «Self goverment» était proscrite.
C’est dire qu’en fait, on introduisait ces réformes pour que les Africains pensent qu’on leur enlevait un peu la bride du cou. Il faut dire aussi que cela se justifiait par le contexte international dans la mesure où les Anglais, surtout les Américains, les Russes et l’ONU qui venait d’être créée après la 2e Guerre mondiale étaient contre cela et poussaient à la libération pour l’autodétermination des peuples. Donc les Français étaient obligés d’aller dans ce sens des réformes ; mais ils estimaient qu’il y avait des limites qu’ils ne pouvaient pas dépasser pendant un certain temps.

Permettez Professeur, que nous revenions sur l’impôt et les travaux forcés. Comment procédait-on dans la perception de l’un et dans la mise en œuvre de l’autre ?
D.J.M.P :
L’impôt a emmerdé pas mal de gens qui ont dû fuir dans la brousse, s’exiler ou même se suicider parce qu’ils n’arrivaient justement pas à honorer cet impôt qui était obligatoire à partir de 10 ans. C’était aussi un moyen pour les Français d’introduire leurs revenus monétaires. L’impôt était payé d’abord en nature, en cauris et, par la suite, en monnaie française. Cela a provoqué beaucoup de drames dans les différentes familles. Il faut dire que les réquisitions pour les travaux forcés et autres ont été extrêmement douloureuses pour les gens. Cela a conduit par exemple à la révolte de 1916 dans la région de la Boucle du Mouhoun. Les exactions de l’administration étaient telles que les populations se sont révoltées. L’impôt et les réquisitions étaient extrêmement mal perçus et mal vécus par les populations.

Comment avons-nous alors évolué vers les indépendances ? Ont-elles été octroyées ou acquises de hautes luttes ?
D.J.M.P :
Concernant la Haute-Volta, il faut situer cela dans un contexte bien précis. A la fin de la 2e Guerre mondiale, je l’ai dit, certains pays étaient contre la domination coloniale notamment les Etats-Unis et l’Union soviétique. Il y a aussi l’action de l’ONU qui menait un combat contre certains pays colonisateurs comme la France. La France était donc obligée de tenir compte de cette donnée sur le plan international.
Ensuite, au sein même de l’empire français il y avait des révoltes. Par exemple en Indochine, au Vietnam, au Maroc, en Tunisie et plus tard en Algérie. Les Français étaient donc obligés de tenir compte du contexte international et de l’évolution au sein même de l’empire français. C’est ce qui a conduit à l’institution d’un certain nombre de réformes pour empêcher que les peuples africains colonisés d’Afrique noire n’aillent aux indépendances. C’est ainsi qu’a été rapidement pris la «loi-cadre» qui accordait l’autonomie et qui introduisait un certain nombre de facilités aux peuples africains notamment le suffrage universel. Avant cela les votes se faisaient à deux niveaux, il y avait le citoyen et le sujet. Après le suffrage universel, il y avait les gouvernements dans les différents pays. A ce niveau, il faut dire que le gouverneur était le président et la vice-présidence revenait aux Africains.
Tout ça c’est compte tenu de l’évolution interne même des colonies ; et le contexte international qui a obligé les Français à aller plus loin dans les réformes. La «loi-cadre» était critiquée et paraissait dépassée et les étudiants de la FEANF trouvaient qu’il s’agissait d’une mystification et qu’il fallait aller aux indépendances. On est alors arrivé à la «Communauté» qui faisait des colonies des Etats mais sans personnalité juridique. La lutte à l’intérieur de ces différentes colonies a obligé encore la France à aller à ce qu’on a appelé la «communauté rénovée» en 1959. Les Etats pouvaient alors devenir membres de la communauté tout en restant indépendants. Et cela a été l’œuvre de la fédération du Mali composée du Sénégal et du Soudan à l’époque (actuel Mali) qui avait demandé le transfert de compétences qui leur a été accordé le 04 avril 1960.
Les Français pour garder toujours les colonies au sein de l’empire français ont créé la «Communauté rénovée». Mais la situation était telle qu’ils étaient obligés d’arriver à cette cascade d’indépendances en 1960.
Pour ce qui me concerne l’indépendance n’a pas été octroyée comme on le dit mais a été arrachée de hautes luttes. Si on dit qu’elle a été octroyée, on crache sur tous ceux qui ont lutté et qui ont souffert des affres de la colonisation, de ceux qui ont lutté, à l’époque, pour ce qu’on a appelé l’émancipation des peuples colonisés. L’indépendance est un fait politique extrêmement important parce que cela amène la séparation par exemple de l’Etat voltaïque de l’Etat français.
On a donc deux Etats différents. Et sur le plan politique, à l’intérieur de la Haute-Volta, il y a des bouleversements qui se sont faits. D’abord la redistribution des forces politiques et sociales. Cela a donné aux luttes un certain contenu et une certaine orientation. Cela a amené à revoir les alliances à l’intérieur. C’est parce qu’il y a eu cette situation qu’on peut parler de socialistes et de capitalistes, de gens liés à l’un ou l’autre de ces mouvements. Maintenant, le contenu des indépendances m’amène à parler de néo-colonisation parce que les Français, vu qu’ils ne pouvaient pas empêcher l’accession à l’indépendance des différentes colonies, ont choisi leurs interlocuteurs. C’est ce qui est arrivé en Afrique du Sud au, moment de l’Apartheid, lorsque les tenants du système de l’apartheid ont voulu imposer des interlocuteurs autres que les nationalistes ; le peuple a refusé en imposant des gens comme Nelson MANDELA. A notre niveau ici, ils avaient réussi en imposant des gens liés à leur cause ; ce qui leur permettait de garder toujours une certaine main sur les anciennes colonies.
Cela leur a permis également de signer des accords de coopération qui liaient les pays à l’ancienne métropole. Il faut faire donc la différence entre l’accession à l’indépendance et le contenu de ces indépendances. L’indépendance a été arrachée, mais le contenu des indépendances a été dévoyé par la complicité d’un certain nombre de dirigeants africains à travers les accords de coopération signés par ces dirigeants avec la France.

De grands noms, qui ont contribué à notre accession aux indépendances ?
D.J.M.P :
Il faut partir de la lutte pour la reconstitution de la Haute-Volta avant de citer des noms qui ont contribué à notre accession aux indépendances. Le pays était divisé entre la Côte d’Ivoire qui avait 56% de notre territoire, le Soudan (actuel Mali) et le Niger et, à l’époque en 1919, le pays avait déjà trois millions d’habitants. Il fallait utiliser cette main-d’œuvre pour développer les colonies que les Français estimaient viables telles que la Côte d’Ivoire où l’on avait besoin de la main-d’œuvre dans les plantations de cacao, café, et les forêts pour la coupe du bois, etc. C’est d’abord la lutte des populations et des chefs Mossé, notamment le Mogho Naaba Saaga I, qui a permis à la Haute-Volta d’exister. C’est déjà ça le premier pas à la conquête de l’indépendance. Sans cette lutte, la Haute-Volta n’allait jamais être reconstruite.
En même temps c’était assorti d’un certain chantage et de marchandage. Certains intellectuels tels que Joseph CONOMBO, Nazi BONI qui luttaient pour la reconstruction de la Haute-Volta ont dû ne pas aller au RDA parce que le marché consistait en la reconstruction contre le lâchage du RDA. Si vous allez au RDA, on ne réunifie pas le pays si vous quittez le RDA, on reconstitue le pays. Et comme les gens tenaient à ce que la Haute-Volta soit reconstituée, ils sont allés à l’Union pour la défense des intérêts de la Haute-Volta (UDIHV) dont l’objectif principal était la reconstruction de la Haute-Volta et dirigé par Saaga II.
C’est ce parti qui se transforme par la suite en Union Voltaïque avec la participation de l’église catholique qui a pris un certain nombre d’intellectuels comme les CONOMBO, Joseph OUEDRAOGO et autres pour les donner au Mogho Naaba Saaga II qui a constitué ce nouveau parti. L’Union Voltaïque va s’étendre aux autres régions de la Haute-Volta. Par exemple dans la région de Gaoua, ils ont contacté M. YARI. A Dédougou, ils vont contacter aussi des personnes pour mettre en place le maillage de l’Union Voltaïque. Il fallait créer un contre-poids au RDA qui, à l’époque, avait une orientation très progressiste.
Par la suite Nazi BONI, Joseph CONOMBO, Joseph OUEDRAOGO, Henri GUISSOU, KALANZAGA et du côté du RDA vous avez Ouézzin COULIBALY, Ali BARRO, Malo TRAORE, entre autres.

Qu’est-ce que la colonisation a pu apporter de positif pour nos populations ?
D.J.M.P :
Vous savez que l’Assemblée nationale française avait dégagé des aspects positifs à la colonisation. Disons que la colonisation a apporté une amélioration sur les plans sanitaires et scolaires. Mais en fait l’objectif était de maintenir les populations dans une certaine bonne santé pour les utiliser. On avait aussi besoin d’auxiliaires. Voyez-vous, pendant longtemps le niveau d’enseignement a été bloqué. Ce n’est que par la suite qu’on verra les premiers étudiants qui vont se former dans le cadre du supérieur.
A l’indépendance, les premiers responsables étaient des instituteurs qui avaient été formés à William PONTY. C’était fait volontairement pour limiter qu’ils aillent loin. On peut considérer tout de même qu’il s’agit d’un aspect positif mais n’oublions pas que c’était à des fins de servir la colonisation.
C’est vrai aussi qu’il y a eu des routes, des ponts mais ils ont été construits dans l’optique de livrer les produits de l’intérieur aux ports pour être évacués vers la métropole. C’est le cas de la Haute-Volta qui a été considérée comme l’arrière-pays de la Côte d’Ivoire. C’est aussi le cas du Mali. Dieu seul sait combien de Voltaïques sont morts pour la construction du chemin de fer.
L’objectif a toujours été de développer la métropole et non les colonies.

50 ans après notre accession à l’indépendance, peut-on dire que les choses ont positivement changé après le départ du colon ?
D.J.M.P :
D’abord, je dois dire que je suis contre ceux qui disent qu’il ne faut pas commémorer ces 50 ans. A mon avis, il faut les commémorer parce que c’est un devoir de mémoire à l’endroit de ceux qui ont souffert pour que notre pays accède à l’indépendance. Maintenant, est-ce que les choses ont positivement évolué, là c’est une autre paire de manche. Si on prend sur le plan économique, il y a problème. L’industrialisation est partout presque embryonnaire. L’Agriculture n’arrive pas à nous nourrir alors qu’en 1960 on exportait les produits agricoles. Aujourd’hui on a des problèmes même pour nourrir nos populations. Un des progrès c’est le bond fait au niveau de l’éducation. Mais là encore il faut atténuer par le fait que le contenu de l’enseignement n’est pas adapté aux besoins de nos pays. Nos pays sont tenus en tenaille par les organisations de Bretton Wood, la Banque mondiale et le FMI qui, pendant longtemps, ont orienté leur économie.
Aujourd’hui il nous faut nous-mêmes nous prendre en charge. Pour cela, il faut d’abord que les pays africains développent la solidarité entre eux et la coopération Sud-Sud. Ensuite, il faut que nos pays aillent à l’unité.
Quel est le processus qu’on choisira pour ce faire ? Ce qui est certain, c’est la nécessité de la construction de grands ensembles qui s’impose ; ils sont les seuls viables aujourd’hui. Un petit pays comme le Burkina, le Togo, le Bénin ne peut s’en sortir. Un autre point du défi que nous devons relever c’est au niveau de la démocratie. Il faut que nous acceptions les règles du jeu démocratique. Il faut que chaque camp accepte les règles édictées et c’est comme cela que nous pourrons aller vers le développement et mettrons fin à la marginalisation de l’Afrique qui ne compte pas aujourd’hui sur le plan international dans la prise des décisions. Elle ne fait que suivre. Nous devons travailler à devenir des partenaires de l’ancienne métropole et établir des rapports gagnants-gagnants. Ce n’est pas seulement l’œuvre des dirigeants mais aussi celle des peuples.

Votre appréciation du scrutin du 21 novembre dernier ?
D.J.M.P :
J’apprécie globalement de manière positive la présidentielle qui s’est tenue dans le calme. Le taux de participation à mon avis est satisfaisant. Ce qu’il faut déplorer c’est que justement les documents de votation ont fait défaut. C’est le cas de la CNIB et cela a joué sur la participation des citoyens. A l’avenir, il faut s’y prendre autrement pour non seulement revoir le mode d’inscription sur les listes électorales et comment mettre à la disposition des citoyens les documents leur permettant d’exprimer leur droit au suffrage.

Angelin DABIRE

Sya, l’accueillante
Histoire et légende

A l’origine, était Sya qui deviendra plus tard Bobo-Dioulasso qui signifie littéralement «la cour des Bobo-Dioula». Cité très ancienne, Bobo-Dioulasso jouera un rôle prépondérant pendant la période coloniale et sera la première commune du Burkina et sa capitale économique.

La fondation du village de Sya se situe aux alentours de 1 050. Sa majesté Mpa Yacouba SANOU, actuel chef suprême des Bobos-Mandaré est le gardien de la tradition de ce peuple. Selon Siriki SANOU, son fils et porte-parole, le fondateur de Sya est venu du Mandé (actuel Mali). Un jour, il a eu une révélation en songe qui lui a recommandé de se déplacer vers un endroit indiqué par un oiseau. Tout ce qu’il sait, c’est que l’endroit du rêve est situé entre deux cours d’eau. Ce fondateur de Sya dont on tait volontairement le nom suivit les recommandations reçues en rêve. Il partit à la recherche dudit endroit. Il marcha des jours et des jours, des mois et des mois. Il passa par Satiri et atteignit un village nommé Timina. Il y passa un bon bout de temps ne sachant plus vers où se diriger. Durant son séjour à Timina, il rêva à nouveau et l’oiseau lui indiqua le chemin à suivre. Cette fois, ses pas le guidèrent vers la rivière Dafra ; mais ce ne pouvait être là d’autant qu’il n’y avait point de second cours d’eau. Il pria le bon Dieu en ces lieux et fut alors guidé vers Dioulassoba. Il repéra effectivement les deux cours d’eau en question (le Houet et le Sayon). Il y bâtit sa première maison à Konsaso. La maison-mère, comme on l’appelle, existe toujours de nos jours à Dioulassoba. Le fondateur de Sya vécut dans l’abondance et eut trois fils (Balla, Zara, Monmonrô). Il vivait paisiblement avec son peuple dans cet endroit à la forêt luxuriante et au gibier abondant. Un jour, alors qu’il se promenait dans la forêt, il fut surpris de croiser un chasseur qui puisait de l’eau dans l’un des cours d’eau. Après renseignement, il apprit que le chasseur venait d’un village qu’on appelle Colsama et qu’il chassait fréquemment par là. Il s’abritait sous un arbre, séchait sa viande et au bout de trois à quatre jours, il rentrait chez lui à Colsama. Le fondateur de Sya proposa de lui offrir son hospitalité. Le chasseur accepta volontiers. Ils vécurent ensemble pendant longtemps dans l’harmonie. Au fil des temps, la population s’est accrue et, du fait des antagonismes, ont fini par s’imposer des guerres de conquête. Il y a eu plusieurs guerres dont celle qui vit la défaite de Tiéba OUATTARA à Bama, la guerre des Kpagala, … jusqu’à ce que le colonialisme prenne le dessus…

Le passage de Samory TOURE à Sya
Lorsque l’Almamy Samory TOURE est arrivé à Sya, il y a trouvé l’imam Sakidi SANOU qui a construit la mosquée de Dioulassoba en 1880. Ce sont deux promotionnaires de l’école coranique qui se connaissaient très bien pour avoir étudié chez le même maître.
Quand Samory a su que Sya était la ville de l’imam Sakidi, il a renoncé à l’attaquer. Mais son fils très belliqueux n’était pas de son avis et voulait passer à l’offensive. Sakidi SANOU demanda alors la permission à son père (Samory) pour faire un tour avec lui un peu hors de la ville. Samory accepta. Sakidi l’amena devant une termitière et à l’aide de son chapelet, il récita des formules, la termitière se fendit et toutes les termites se transformèrent en intrépides guerriers dont l’un invita le fils de Samory au combat. Ils luttèrent toute une journée sans qu’il ait le dessus. Après cette démonstration de force mettant en évidence les forces occultes dont disposaient les habitants de Sya, la troupe de Samory venue conquérir la ville préféra y renoncer car c’était trop risqué d’engager le combat avec un tel adversaire… C’est plus tard que les colonnes françaises de la colonisation vont finir par s’imposer aux habitants de Sya, confisquant alors le pouvoir. Le colonisateur pour mieux assurer son commandement devra s’associer des auxiliaires, c’est ainsi qu’il nommera des chefs traditionnels sur qui il s’appuiera.

L’attaque de l’hôtel Dallet en octobre 1941
Nous sommes en 1941. La France est occupée par les Allemands. Le régime de Vichy signe l’armistice avec l’Allemagne et accepte l’occupation. Le général De GAULLE s’exile en Angleterre d’où il va lancer son fameux appel du 18 juin 1940. L’Afrique occidentale française était vichyste. Selon l’historien Bruno Doti SANOU, la première résistance à rejoindre De GAULLE en Afrique occidentale est venue de Bobo-Dioulasso. «A l’époque, c’était une ville très surveillée. Ces fuites de militaires pour rejoindre De GAULLE firent un écho dans la ville. Des gens ont pensé que le moment était venu de rompre avec l’occupation coloniale. Des musulmans, dont le chef de file affirmait avoir reçu un message de La Mecque pour en finir avec les colons, ont monté un groupe qui est allé massacrer cinq Européens blancs à l’hôtel Dallet. C’était le 03 octobre 1941».

Des Noirs qui ont eu l’audace de tuer 5 Blancs à cette époque, c’était vraiment du jamais vu. Mais ces morts ne sont pas restés impunis. Dès qu’ils ont été arrêtés, les assassins ont été fusillés publiquement. Et l’administration coloniale ne s’est pas limitée à cela. «Le chef de canton de l’époque, Adama SANOU et plusieurs autres chefs autochtones ont été déportés en prison en Côte d’Ivoire. Bobo était devenue une ville policière. Le plus grand service de renseignements se trouvait à Bobo»; ajoute Bruno SANOU. Selon Siriki SANOU, le fils de Mpa Yacouba SANOU, le marabout qui est à l’origine de cette tuerie voulait anticiper l’indépendance des Noirs. Aucun chef traditionnel n’était au courant de cette attaque. «Ils ont été arrêtés alors qu’ils étaient totalement innocents. Ils ont été déportés à la prison de Tabou en Côte d’Ivoire. Après avoir purgé leur peine, seuls 4 personnes dont le chef de canton Adama SANOU, sont revenues. Les autres sont décédés…»

Qui était Guimbi OUATTARA de Bobo ?
Selon le porte-parole du chef suprême des Bobos, Guimbi OUATTARA était la fille de Bamory OUATTARA. Son ancêtre est venu de Kong en Côte d’Ivoire. «C’était une dolotière. Elle accueillait plusieurs étrangers chez elle dans son cabaret qui était très réputé. Elle avait de bonnes relations avec les Blancs et lorsque ces derniers avaient des problèmes, elle était prête à leur offrir le gîte. L’objectif des OUATTARA, à l’époque, était de brouiller les Blancs et les Bobos afin de profiter de la situation et avoir le contrôle de Bobo.
Un jour, après qu’un OUATTARA ait fait la navette en tant qu’interprète entre les Blancs et les Bobos, la guerre finit par éclater, malgré la bonne foi des Bobos.
Pour montrer qu’ils sont pour la paix, ils ont remis un coq blanc à l’interprète pour le remettre aux Blancs. Mais en route, celui-ci égorgea le coq, se tacha le corps de son sang avant d’aller à la rencontre des Blancs en pleurs. Il expliqua qu’il a été victime d’un lynchage parce qu’il voulait éviter la guerre. Excédés, les colons blancs utilisèrent les canons. Le premier coup est allé jusqu’à Bindougousso ; le deuxième a fauché l’imam Sakidi SANOU alors qu’il s’apprêtait à aller prêcher la paix et la compréhension avec les colons
».
L’historien Doti Bruno SANOU ne dit pas autre chose. «Guimbi OUATTARA était une femme de marque. Elle n’était pas princesse comme on le dit généralement. C’était une femme de relation publique. C’est dans ce sens que lorsque le premier explorateur Binger remontait de Kong vers Bobo, on lui a recommandé Guimbi OUATTARA puisque son grand-père était de Kong. Elle a reçu Binger et bien d’autres explorateurs français à Bobo. Elle les a protégés et elle leur a donné des guides pour continuer l’exploration du pays. C’est de là qu’elle a eu cette réputation au-delà des frontières, grâce aux Français.
Sa cour à Kombougou était une cour publique. On y vendait de l’hydromel. Tout le monde venait y boire. Elle détenait des renseignements sur la région de Bobo et comme elle était en contact avec les Blancs, elle les leur livrait.
Ses renseignements ajoutés à ceux de ses cousins notamment Betiaba OUATTARA, ont permis à la France d’occuper Bobo-Dioulasso sans trop de dépense et sans trop de résistance. Grâce aux renseignements qu’ils avaient, les Français ont su opposer les chefs de guerre les uns contre les autres pour les affaiblir. Après avoir neutralisé Tiéfo AMORO qu’ils ont opposé à Samory TOURE, les Français occupent Bobo en 1897 sans trop de difficultés
».
La même année, ils y fondent un poste administratif. En 1904 la cité de Sya prend le nom de Bobo-Dioulasso. Elle est érigée en commune mixte en 1927, commune de plein exercice en 1954 et commune urbaine en 1960. De 2 500 habitants en 1897, Bobo comptait plus de 500 mille habitants en 2008..o

Drissa KONE à Bobo-Dioulasso

 

Hauts-Bassins
Zoom sur les potentialités économiques

Bobo-Dioulasso, capitale économique du Burkina Faso, est une ville aux potentialités économiques certaines. En sus des atouts qu’elle capitalise, la ville est le réceptacle des produits divers venant de partout de la région des Hauts-Bassins et celles environnantes pour leur transformation, commercialisation et consommation.

L’atout principal de la région des Hauts-Bassins est essentiellement l’agriculture. Ainsi, elle est la première productrice nationale de coton. Ce coton est transformé en fibre dans les usines d’égrenage disséminées dans les villes de Bobo, Houndé, Banfora, Dédougou, Solenzo, Ndorola, Kourouma, Bondokuy. L’usine de Bobo assure l’égrenage de la plus grande partie de la production et organise son exportation vers l’étranger. D’ailleurs, une unité de filature à Bobo, pilotée par des investisseurs indiens, sera bientôt opérationnelle. Selon le directeur régional de l’Economie et des Finances des Hauts-Bassins, Monsieur François d’Assises DEMBELE : «C’est ce qui nous manquait» car effectivement il y a de grandes pertes lorsqu’on exporte la fibre de coton à l’état brut. Pour lui, «maintenant qu’on va avoir une unité de filature, cela va entraîner de la valeur ajoutée à notre production cotonnière par la création d’emplois». L’économie de la région étant tributaire du coton, cette unité de filature va amener un effet d’entraînement dans la filière. Outre la fibre, il y a la graine de coton qui est utilisée par les nombreuses huileries qui produisent non seulement l’huile mais aussi les tourteaux qui rentrent dans l’alimentation du bétail. Concernant l’élevage, le Directeur régional soutient que la région talonne de très près celles réputées comme zone d’élevage. Aujourd’hui, les Hauts-Bassins n’ont pas grand chose à envier au Sahel où à l’Est, compte tenu des ressources naturelles qui sont disponibles. Du reste, les phénomènes de transhumance y mènent les animaux qui ont fini par s’acclimater à la région pour en faire de nos jours une région d’élevage par excellence. Bobo-Dioulasso étant une zone de consommation, l’élevage est en train de s’intensifier selon M. François d’Assisses DEMBELE, «de plus en plus, des unités d’élevage semi modernes (assez intensive) sont créées autour de Bobo». Ces unités produisent du lait pour la consommation locale.
Il y a aussi l’arboriculture qui est développée surtout dans la partie Sud de la région notamment dans la province du Kénédougou et une partie du Houet. C’est le verger du Burkina par excellence avec une importante production de mangues et d’agrumes.
Cette situation avait occasionné la création d’une unité de transformation de ces produits (Dafani) qui malheureusement est aujourd’hui fermée. Mais l’espoir d’une reprise des activités est permis si on en croit le gouvernement qui s’emploie à remettre les choses en place.
A côté des cultures de rente, la région est aussi une grande productrice de céréales. «Contrairement à ce qui se dit, il y a une corrélation entre la production cotonnière et celle du maïs», soutient M. DEMBELE.
Il y a également le riz avec les plaines aménagées qui existent dans la vallée du Kou, à Banzon… Un programme de petites irrigations est développé à travers la région sans oublier la culture du riz pluvial qui se développe. En tout cas, grâce aux actions développées par l’Etat pour soutenir la filière en apportant des intrants et des semences améliorées, on arrive à produire assez de riz actuellement dans les Hauts-Bassins.

Bobo-Dioulasso, ville-carrefour dans un pays carrefour
En plus des unités de transformation agro-alimentaire installées dans la ville de Sya d’autres évoluent dans le secteur des oléagineux (SN Citec), de la métallurgie (CBTM), du tabac (Mabucig), du plastique (Fasoplast), de la chimie (SAPHYTO)…
Il faut noter que la situation géographique de la ville de Bobo est un grand atout : elle est située au carrefour de l’Afrique de l’Ouest et de l’Ouest du Burkina. C’est une zone de transit obligée qui met en contact les pays de l’intérieur (Mali, Niger) avec les pays maritimes de la sous-région. «Dans les orientations actuelles du développement de notre pays, le gouvernement veut faire rejouer à Bobo-Dioulasso, ce rôle central de pivot où on peut développer beaucoup de services (comme le transport et tout ce qui l’entoure)». C’est la crise ivoirienne de septembre 2002 qui avait un peu atténué cet élan de la ville de Sya avec le chemin de fer qui avait connu des difficultés. Certaines unités industrielles qui s’approvisionnaient en Côte d’Ivoire ont eu des difficultés. Heureusement que les choses sont en train de reprendre la bonne direction.
Dans le souci d’équilibrer le développement, le gouvernement burkinabè avait initié un programme pour relancer l’économie de Bobo élargie au grand Ouest. L’un des grands projets de ce programme fut la création de l’Université polytechnique de Bobo (UPB).
Dans ce programme de relance, il y a un certain nombre de projets que le gouvernement suivait de près pour désenclaver la région par la construction de routes et créer les conditions d’une vraie relance de l’économie.
Avec l’université à Bobo, cela a eu un effet d’entraînement. Aujourd’hui, il existe près de 5 instituts de formation supérieure à Bobo-Dioulasso. « Du simple fait que l’UPB s’est implantée à Bobo, le privé a emboîté le pas ». Ce qui fait qu’aujourd’hui toutes les conditions sont réunies pour créer un pôle de croissance et d’excellence à Bobo-Dioulasso avec l’UPB et le Centre hospitalier universitaire Souro Sanou.
Au moment du lancement du programme de relance de la ville de Bobo, il n’y avait pas encore le processus de décentralisation. Mais aujourd’hui, les choses ont évolué avec la communication intégrale. L’Etat donne désormais le pouvoir à des collectivités territoriales qui peuvent passer leur marché au niveau local et s’occuper du développement local. La déconcentration fait également partie de ce programme de relance. Au niveau de Bobo, pratiquement tous les ministères sont représentés. Cela permet au secteur privé de pouvoir travailler normalement et ne pas se rendre à Ouagadougou à tous les coups pour résoudre des questions qui peuvent être traitées sur place au niveau local. «C’est ça qui crée les conditions pour un développement local … Actuellement ça bouge à Bobo», selon François DEMBELE qui pense qu’il y a de l’espoir pour cette ville.
«A force de crier que ça ne va pas à Bobo, on ne voit pas venir le changement. Ce qui risque de se passer, c’est que d’autres viendront d’ailleurs pour exploiter toutes ces belles opportunités qui se présentent pour les Bobolais». Avec ce qui est en train d’être réalisé dans le cadre du cinquantenaire de notre indépendance à Bobo, cela va assurément apporter un plus dans l’économie de la région. Sans oublier les projets qui sont en perspective comme le barrage de Samendéni qui va encore donner d’autres opportunités qu’il faut savoir saisir.
Le problème à Bobo, c’est, selon le Directeur régional de l’économie, que la formation technique et professionnelle suive pour que les gens puissent tirer le maximum de profits des opportunités qu’offrent la ville de Bobo et sa région.

Drissa KONE / Bobo Dioulasso

L’histoire des taxis de Bobo

Lorsqu’on évoque l’histoire des taxis dans la ville de Sya, les anciens se rappellent un certain Mamadou «Gganimani». C’est lui qui serait, selon EL hadji Sourakata SANOU, un ancien «taximan» de Bobo-Dioulasso dans les années 60, le premier à exercer ce métier dans cette ville.

«J’ai connu Mamadou «Gbanimani» (chaud-chaud en dioula). Il avait deux voitures : une «Babi» (citroën) et une Peugeot 302. Lors des festivités de l’indépendance de la Haute-Volta, le 05 août 1960, il faisait partie des taximans qui ont défilé à Ouagadougou avec leur taxi devant le président Maurice YAMEOGO et ses invités». Bien avant les indépendances, le père des «taximans» de Bobo étaient déjà sur le terrain.
A cette époque, il n’y avait pas assez de voitures dans la circulation. Le carburant était moins cher et l’acquisition d’une voiture n’était pas compliquée pour quelqu’un qui avait les moyens. Pour payer une Renault 4 toute neuve par exemple, il fallait débourser la somme de 750 mille FCFA. Les concessionnaires étaient sur place à Bobo (CICA, AUBARET…). Avec une avance de 250 mille FCFA, on pouvait vous céder une voiture neuve et le reste payé à tempérament.
A l’époque aussi, Bobo était une plaque tournante du commerce et de la politique dans la sous-région. Les taxis étaient donc indispensables pour assurer le déplacement dans la ville. C’est avec nostalgie que ladji Sourakata SANOU, aujourd’hui président du syndicat des «taximans» évoque le bon vieux temps. «Le taximan était une sorte de star, de gentleman, à cause de sa courtoisie envers les clients». Mais aujourd’hui le métier de taximan est fortement dévalué. Les gens ne le font plus par passion. C’est maintenant devenu un point de chute pour les travailleurs qui perdent leur boulot. «Un individu peut se lever aujourd’hui, s’acheter une voiture, la peindre et la mettre en circulation s’il a le permis de conduire». Cette situation a engendré une saturation du secteur. Toute chose qui favorise une prolifération de brebis galeuses. Les «taximans» n’ont plus une bonne presse tout simplement parce qu’ils ne sont pas organisés.
beaucoup de «taximans» de Bobo ne sont pas affiliés au syndicat. «Lorsqu’il y a des problèmes et que les clients viennent se plaindre au bureau du syndicat, il arrive qu’on ne puisse pas identifier le chauffeur de taxi qui est concerné», regrette le président SANOU…
A l’approche du cinquantenaire, le président a exhorté tous les «taximans» de Bobo à adopter des comportements exemplaires. Il souhaite que chacun travaille en toute dignité en mettant en avant son intégrité afin que les étrangers qui viendront faire la fête avec nous, repartent avec de bons souvenirs des «taximans» de Bobo. «Autrefois, les taximans étaient très courtois envers leurs clients. Ils les respectaient très bien car ne pas le faire c’est comme scier la branche sur laquelle l’on est assis». Fait remarquer leur président de syndicat.
Le taximan est un homme généralement bien informé. Lorsqu’un étranger débarque pour la première fois dans une ville, son premier contact c’est généralement un taximan. celui-ci connaît le bon étranger et le mauvais, c’est pourquoi le président Sourakata SANOU insiste sur la nécessité de travailler en synergie avec les forces de sécurité. «Parfois, il arrive que les forces de sécurité s’appuient sur un taximan pour démasquer des étrangers malfrats».
L’importance des «taximans» n’est donc plus à démontrer. Il leur appartient de prendre leur métier au sérieux et de penser comme Martin Luther KING qui disait: «il n’y a pas de travail satisfaisant, tout travail qui aide l’humanité a de la dignité et de l’importance ; il doit donc être entrepris avec une perfection qui ne recule pas devant la peine».o

Drissa KONE à Bobo-Dioulasso

Débuts difficiles du berceau du football

Bobo-Dioulasso demeure incontestablement le berceau du football burkinabè. La ville, carrefour de l’AOF avant les indépendances, connaissait un dynamisme au plan politique et économique notamment qui a permis l’éclosion de nombreux clubs de football. La pratique de ce sports était rentrée dans les mœurs des Bobolaises.

C’est en 1935 que fut créée, à Bobo-Dioulasso, la première équipe de football sur l’initiative d’un certain Robert alors directeur de la Compagnie française de la Côte d’Ivoire (CFCI) et avec le concours de Ghanéens, Togolais et Béninois employés par ladite compagnie. L’équipe, dans un premier temps appelée Togo-Daho, fut baptisée par la suite Union sportive bobolaise (USB).
Elle disputait régulièrement des matchs avec l’équipe militaire, surtout à l’occasion des grandes fêtes françaises (fête du 14 juillet, fête de la Sainte Jeanne d’Arc et les fêtes chrétiennes), et cela jusqu’en 1939. Progressivement, le Père Germain NADAL, Père blanc du Vicariat Apostolique de Bobo, constitua de son côté une équipe pour le Vicariat. Les archives du diocèse attestent que dès 1941, l’équipe du Père NADAL livre des matchs contre l’USB et la formation des militaires lors des grandes fêtes. En cette même année, furent créés la Trypano athlétique club (TAC) et l’Aile de fer, équipe dissidente de l’USB. Pour mieux structurer le football, les supporters procédèrent à la mise sur pied du premier district (organisation de base du football au niveau de l’AOF) dirigé par Lucien SANGA le chef de bureau des finances et du matériel de la Trypano. C’est grâce à lui que Bobo sera dotée de son premier stade entouré de seccos. Le district commença les premiers tournois de six.
En avril 1948, Ousséni DIALLO, rentrant de formation de la Côte d’Ivoire où il avait joué au football, participa à la création de l’Association des fonctionnaires de Bobo avec Etienne MOBIO (un Ivoirien), Tiémoko CAMARA et André TALL. Le premier président du club fut Vincent RAOUL. Pour renforcer l’équipe, ils débauchèrent de Bobo Sport Issaka TANLE, Bakary BAGAYOKO et Yarba KONATE. A ses débuts, l’équipe ne regroupait que des agents de l’administration publique, d’où le nom d’Association des fonctionnaires de Bobo, nom trouvé par N’Golo TRAORE. Tous les joueurs recrutés étaient embauchés à l’administration.
En 1949, Sanny Mamourou SANOU, fondateur de Bobo Sport succéda à Lucien SANGA à la tête du district. Il eut comme vice-président Gabriel TRAORE. L’effectif des équipes s’accrut avec la création du Racing club de Bobo, fruit de la fusion entre l’Union sportive de Bobo, décadente et l’Union soudanaise regroupant de jeunes Maliens. Les initiateurs de cette fusion sont, entre autres, Karamoko TOURE dit Dubois (le premier capitaine du RCB), Moussa NAMOKO, Ekwe, etc. Le nom Racing club fut choisi en référence au Racing club de Paris. Il existait aussi un Racing club à Bamako, à Conakry, à Dakar…
Rapidement le football devient un sport de masse à Bobo, et M. ROSSI, directeur de la CAMICO et président du district affilie les clubs de la ville de Bobo à la ligue de football d’AOF, rattachée à la Fédération française de football communément appelée 3F. Nous sommes en 1950. L’association sportive des fonctionnaires, qui représente le district en coupe d’AOF, s’incline face à la Jeanne d’Arc de Bamako dirigée par le Père BOUVIER de la société des missionnaires d’Afrique (Pères blancs).
De 1950 à 1953, Bachirou NIANG préside le district. Grâce à lui, Bobo est dotée du stade Wobi actuel, inauguré le 07 janvier 1952, lors de la grande foire. Le football connaît un essor dans les quartiers et les services. C’est en cette année 1952, que la population assiste à son premier match international en coupe d’AOF qui opposa le Racing club de Bobo au Richelieu de Bamako ; match perdu par les Bobolais.
De 1953 à 1954, Corneille BOUSSARY est élu président du district et de 1954 à 1955 lui succède Vincent RAOUL. Durant cette période, naissent plusieurs équipes à Bobo-Dioulasso. Léon COMPAORE ayant démissionné de la Jeanne d’Arc en 1950, fonde l’ASRAN au sein de la régie du chemin de fer Abidjan-Niger. Le commissaire MOAZAN fonde de son côté le Stade Olympique, une équipe essentiellement composée d’Européens. Elle ne fera pas long feu. L’équipe Jeunesse est fondée par Ali HAÏDARA, employé à la PEYRISSAC. Elle compte en son sein plusieurs Sénégalais et Maliens. A Kombougou, Tidiane FOFANA constitua le Foyer. En 1956, Maître Germain LIGAN organise le club athlétique de Bobo. L’école Jamot crée également son club. Bobo compte alors 13 équipes en tout si on tient compte de Renaissance club de Darsalamy, de Espoir et de Guimbi.
De 1958 à 1960, le district de Bobo-Dioulasso est dirigé par André Flottes de POUZOLLES. Sous son mandat, le football connaît un essor. Des équipes de Bobo participent au quart de finale de la coupe de l’AOF. En 1958, Bobo Sport est demi-finaliste et affronte l’équipe de Niamey au stade de Bobo. Elle perd le match après la blessure de son meilleur buteur, Bassoungalo TANOU.
Les équipes du district disposaient de peu de moyens jusqu’en 1954-1955, date à laquelle la commune accorda une subvention de 50 mille FCFA à chaque club de première division. Avant cela, les équipes dépendaient d’elles-mêmes…o

Source : «Football à Bobo-Dioulasso 1935-1993. Des années de gloire à l’essoufflement» du Centre africain de recherche pour une pratique culturelle du développement (CAD). Sous la direction de Bruno SANOU Doti.o

Drissa KONE/ Bobo-Dioulasso

Anselme Titianma SANOU, Archevêque de Bobo-Dioulasso
“Il n’y a pas une paix pour les Bobos et une autre pour les Haoussas”

Dans le monde chrétien catholique, on ne se bat pas pour partir ou ne pas partir à la retraite. Un chrétien est chrétien pour toujours. Monseigneur Anselme Titianma SANON est en train de partir à la retraite de son mandat à la tête du diocèse mais pas comme évêque. «Ça c’est jusqu’à la mort». Les conseils que le locataire de Lafiaso a donné à notre confrère de la RTB/Ouest Félix OUEDRAOGO et sa famille qui étaient à Laafiaso (la résidence de l’archevêque de Bobo) pour une cérémonie de bénédiction. «Un retraité devient un ainé, un notable, un conseiller, un point de référence». Selon l’Evangile, l’homme est fait pour voir Dieu mais les nuages des activités quotidiennes nous empêchent de le voir. En termes plus clairs, «l’homme n’est pas fait directement pour travailler ou peiner au travail. C’est parce qu’il y a eu cette rupture en Dieu et l’homme que finalement chacun de nous doit travailler à la sueur de son front»… c’est donc à la faveur de cette modeste cérémonie de bénédiction que nous avons profité aborder d’autres sujets avec l’archevêque.

Monseigneur vous l’avez dit, le retraité doit être quelqu’un qui donne des conseils et dit ce qui existait par le passé et ce qu’il y a aujourd’hui. Nous parlons actuellement du cinquantenaire du Burkina. Que vous inspire le choix de Bobo pour abriter les festivités?
A.T.S :
Le fait que les autorités du pays aient décidé de faire cette célébration ici à Bobo-Dioulasso est un honneur mais, c’est à la fois une responsabilité pour nous qui avons connu la célébration de l’indépendance. En même temps, je me dis que c’est dans la ligne quand même d’une certaine histoire, en ce sens que quand on parcourt l’historique de ce qui a été le bassin du Haut-Sénégal-Niger, le territoire de la Haute-Volta, aujourd’hui Burkina Faso, on voit que Bobo-Dioulasso depuis le 11e siècle a été une plaque tournante. Il y a des populations qui se reconnaissent maintenant comme des Burkinabè parce que depuis des siècles elles étaient ici ou elles passaient par là ; elles avaient des petites boutiques. Tout cela existait avant le CFA (comptoir français d’Afrique). Ces gens là étaient présents avant que les Français n’arrivent. Que cette fête se déroule à Bobo, cela ne concerne pas seulement les hommes de Sya ou les gens de Bobo ou la région de Bobo. C’est toutes les communautés (on dit étrangères mais il y en a qui disent qu’ils étaient là avant que Bobo n’ait 20 mille habitants) qui vont se remémorer ce qui a été vécu. L’histoire qui petit à petit soude les peuples. C’est l’histoire qui permet à des villages, les uns à côté des autres, de devenir une cité et qui permet à des cités sont ensemble de devenir une royauté, ou une république, ou une monarchie…


C’est en cela que se fabrique l’esprit citoyen, l’esprit national et même africain avec l’intégration. Ici, la région ou la ville apparaît comme emblématique. Mais une fois encore, c’est une responsabilité et un honneur.
Pensez vous que les fils de Bobo pourront relever le défi de l’organisation de cette célébration ?
A.T.S :
Les fils de Bobo-Dioulasso, qui sont-ils ? Vous avez certainement eu des échos de la journée des communautés qui vient de se dérouler à Bobo où on a donné un signe distinctif ou une décoration à des non-Burkinabè. Il y a un qui a dit «je suis plein d’émotion parce que cela fait des années, depuis mes parents que je suis ici».
Je pense que tous ces gens vont rentrer d’avantage dans la célébration du cinquantenaire. Alors les fils de Bobo-Dioulasso, je vois mon frère du Tchad, mes amis du Cameroun, il y a surtout les Nigerians (Yoruba, Haoussa) avec lesquels j’ai moi-même grandi…
Le défi, c’est d’arriver à l’animation. Il y a des réalisations qui sont faites pour la population mais avec cette célébration on se sent d’avantage Burkinabè ; on se sent d’avantage chez soi. Dans tous les cas nos maisons sont là. On n’ira pas ailleurs.
Le plus important, c’est l’animation et en cela les hommes de la communication ont beaucoup à faire. Au lieu de montrer des images d’un certain niveau, il faut plutôt montrer comment tout cela se vit et se prépare dans les petites cités. Il y a le lieu de la célébration officielle mais comme dans les fêtes traditionnelles, les gens sont dans les lieux où on s’amuse. Par exemple ici, tout le monde se dirige vers les masques mais si vous remarquer bien, au bout d’un certain temps, les notables ne sont pas là. Où se trouvent-ils ?
Ils sont à autre chose. C’est tout cela qui fait la fête. Il ne faut pas que ce soit monolocalisée. Comment animer tout le monde pendant le cinquantenaire. Je pense par exemple à mes voisins de Koudougou et de Yorokoko… s’ils sont dans le coup, ils peuvent faire ressusciter tout un ensemble de pratiques qu’ils ont toujours fait ici à Bobo mais progressivement devant la modernité ils ont abandonné. J’étais tout dernièrement au Nigeria (à Joss) et c’est comme si j’étais chez moi. Là-bas, il y a le diocèse de Laafia alors que moi j’habite Laafiaso (la maison de Laafia).
Nous les religieux, c’est ce que nous souhaitons. Au lancement de la RTB2, c’est ce que nous avons voulu montrer. Les protestants tous étaient là pour la paix.
Il n’y a pas une paix pour les Bobos et une autre pour les Haoussas. Alors animez nous pour que nous puissions massivement participer. Les religions aussi c’est noter objectif.o

Drissa KONE/ Bobo-Dioulasso

Les grandes conférences régionales
Philosophie et impacts

C’est dans le cadre de la célébration des 50 ans de souveraineté nationale du Burkina Faso, que les autorités ont initié les grandes conférences régionales. A quelques jours de la commémoration de l’événement prévu se tenir le 11 décembre prochain à Bobo-Dioulasso, il nous paraît nécessaire de revenir sur la philosophie qui a sous-tendu l’organisation de cette série de conférences au niveau régional et l’impact qu’elles ont eu au niveau des populations.

Lancées en mars dernier dans la capitale des Hauts-Bassins, Bobo-Dioulasso, les grandes conférences vont se tenir successivement dans les 13 régions du pays. Elles ont suscité un engouement certain au niveau des populations, qui ont massivement investi les lieux où elles se tenaient et d’éminents intellectuels par leur participation active les ont rehaussées. Mais quelle philosophie guida les initiateurs de tels fora et quel contenu y fut donné ?

Philosophie et contenu des grandes conférences
D’abord, il fallait donner un caractère national et solennel à la célébration du cinquantenaire de la fête nationale en y intéressant au même degré tous les fils et filles du pays. Exit donc les manifestations à l’échelle locale qui ne semblent pas renforcer le sentiment d’appartenance à une même région, une même nation. D’où justement le choix de la région, plus grosse entité après l’Etat, pour abriter ces conférences afin de donner plus de couleurs à la fête. Ces grandes conférences sur l’histoire de notre pays sont mues par le devoir de mémoire et de souvenir dans l’optique d’un repositionnement de nos efforts pour un lendemain meilleur. Elles offrent de revisiter l’histoire de notre nation, d’en partager les repères fondateurs, afin de mieux protéger l’avenir. D’ailleurs, le thème central de la célébration du cinquantenaire : «50 ans de constitution d’une nation : souvenirs et espérance» dévoile les aspects qui ont pu être abordés lors de ces conférences régionales. A titre d’exemple, la grande conférence régionale du Centre-Est qui s’est tenue, le 31 juillet 2010 à Tenkodogo dans la salle du 08-Mars de l’Hôtel Djamou, a vu des panélistes de remon pour la plupart des enseignants-chercheurs, des personnalités politiques ou religieuses dire ce qu’ils savaient sur notre histoire commune. Placée sous le parrainage du Général Tiémoko Marc GARANGO, ancien ministre, ancien ambassadeur et 1er Médiateur du Faso cette conférence a enregistré de grandes communications marquées du sceau de la pertinence. Ainsi, le professeur Moussa Willy BANTENGA avait exposé sur : «les mouvements migratoires au Burkina Faso (émigration et immigration)» et le professeur Dieudonné OUEDRAOGO sur : «migration et développement : le cas de la région du Centre-Est». Pierre Claver DAMIBA s’était appesanti sur : «l’impact des infrastructures socioéconomiques du Centre-Est : situation et perspectives» tandis que le père Jean ILBOUDO a parlé de : «l’histoire de l’Eglise et l’éducation dans la région du Centre-Est». Le Dr. Poussy SAWADOGO quant à lui avait exposé sur : «l’histoire du royaume de Tenkodogo». Les communications auront pour rapporteur général le Pr. Jean Pierre GUINGANI.
Les 25 et 27 juin 2010, c’est la région du Sud-Ouest qui a abrité à son tour les grandes conférences. A l’occasion, à Gaoua, le Dr. Pierre Claver HIEN, enseignant à l’Université de Ouagadougou (U.O) avait traité de «la résistance des peuples du Sud-Ouest à la pénétration coloniale» ; le Pr. Magloire SOME, enseignant à l’U.O, de «l’histoire de l’évangélisation dans la région du Sud-Ouest du Burkina Faso» ; le Dr. Mahamoudou OUEDRAOGO, ancien ministre, de la «Culture et Tourisme, facteurs de développement» ; le Dr. Lassina SIMPORE, conservateur des ruines de Loropéni, enseignant à l’U.O du thème : «patrimoine et développement ; cas pratique : les ruines de Loropéni» tandis que Inyibon DAH, inspecteur de l’enseignement secondaire, s’était penché sur : «les sites culturels et touristiques de la région du Sud-Ouest du Burkina Faso». Vous l’aurez, sans doute compris, il s’est agi surtout de décortiquer l’histoire, l’économie et la culture des 13 régions de notre pays à travers la série des grandes conférences.

Adhésion totale des populations à l’initiative
Que ce soit dans la région des Hauts-Bassins (Bobo-Dioulasso), du Plateau Central (Ziniaré), du Centre-Est (Tenkodogo), du Sud-Ouest (Gaoua), du Centre (Ouagadougou), etc. les populations ont manifesté un grand intérêt pour les conférences régionales. Elles ont massivement fait le déplacement sur les sites prévus pour accueillir ces conférences. Des salles se sont révélées petites pour accueillir les participants à plusieurs endroits. Qu’à cela ne tienne, les gens sont restés parfois debout, même au dehors et sous le soleil, au moins une heure durant, voire deux pour s’abreuver à la source des conférenciers.
Ces derniers pour leur grande majorité ont relevé le défi avec brio étalant leur grande maîtrise des sujets à eux confiés et abordés. Il faut dire que cela ne pouvait en être autrement vu que les panélistes ont été triés sur le volet et étaient pour la plupart d’éminents enseignants-chercheurs. C’est dire donc que les participants n’ont aucunement regretté les déplacements effectués pour assister aux conférences. Ce ne sont pas seulement les participants à ces conférences qui ont bu à la source des panélistes. En effet, et grâce à la presse nationale fortement mobilisée qui a toujours été des différentes étapes, un large écho a pu être donné aux panels.
S’il est difficile d’évaluer l’impact d’une telle initiative en termes de combien de personnes ont été touchées, il ne fait l’ombre d’aucun doute que grâce à la presse le gain va au-delà des régions visitées rejaillissant sur l’ensemble des Burkinabè qui apprennent à se connaître mutuellement et à renforcer leur fraternité. En marge de ces grandes conférences, l’occasion a toujours été donnée aux hommes des médias et à certains participants de visiter les sites touristiques et culturels au niveau de chaque région visitée. Ce fut un vrai plaisir pour les uns et les autres de découvrir les merveilles culturelles et touristiques de notre pays, le Burkina Faso.
De même et toujours en marge des conférences ont été également organisées des soirées retro, rappelant les années 1960. L’orchestre national a ressuscité les musiques des années d’après indépendances et on a vu des nostalgiques habillés comme au bon vieux temps, pantalon serré et bas large, veste serrée, caboules cirés, esquisser des pas de danse mémorables.
Des défilés de mode ont aussi eu lieu avec des stylistes nationaux. Des artistes musiciens étaient également de la partie eux qui ont presté à toutes les étapes au grand bonheur des populations. Ce fut donc dans l’ensemble une réussite et l’objectif pensons-nous a été atteint. Ce qui est aussi à mettre à l’honneur du ministère de la Culture, du Tourisme et de la Communication avec à sa tête le ministre Filippe SAVADOGO.o

Angelain DABIRE

De la Rectification à l’Etat de droit

Dans un monde où dame nature ne l’a pas « gâté » en matière de ressources économiques pour son développement, le Burkina Faso, pays de l’hinterland africain que d’aucuns, au moment des indépendances, disaient «non-viable», a connu une évolution politique des plus atypiques sur le continent. Il aura vécu moult soubresauts et expérimenté nombre de systèmes politiques. La Révolution du 4-Août 1983 marquera inexorablement le point de rupture dans cette évolution d’autant que génératrice d’un nouvel état d’esprit et d’une nouvelle démarche politique. Une expérience qui connaîtra un recadrage avec le mouvement de Rectification du 15 octobre 1987 qui insufflera une nouvelle dynamique à cette évolution politique avec aux manettes, Blaise COMPAORE. De 1987 à 2007, cela fait 20 ans que le Burkina Faso vit une continuité avec des acquis indéniables sur tous les plans qui font de lui un exemple à part entière dans la sous-région ouest-africaine au point que ce ne serait exagéré de parler de «modèle burkinabè».

Le Burkina Faso (anciennement République de Haute-Volta) depuis son accession à l’indépendance le 5-Août 1960, aura vécu un parcours politique aussi atypique que le fut l’Avant-Indépendance qui a vu ses fils se battre pour la reconstitution de cette entité politique que le colonisateur ne la jugeant pas viable au plan économique, avait préféré démembrer pour l’adjoindre aux trois anciennes colonies qu’étaient le Soudan français (actuel Mali), la Côte d’Ivoire et le Niger. Les nouveaux citoyens voltaïques déjà aguerris au combat politique ne laisseront pas l’arbitraire s’installer dans le pays si fait que les nouvelles autorités avec à leur tête le premier président de la République, Maurice YAMEOGO, feront vite face à des mouvements de contestation qui aboutiront à la déposition de la 1ère République, le 3 janvier 1966.
Ainsi donc, très tôt les troubles politico-sociaux vont installer plus d’une décennie de vide constitutionnel pendant lequel le pays va connaître plusieurs régimes politiques d’exception. Le Colonel Sangoulé LAMIZANA (devenu plus tard Général) qui a pris le pouvoir en 1966 dirigera avec «une main de fer dans un gant de velours», l’expression est de lui, un régime militaire jusqu’en 1978 après avoir expérimenté une cogestion avec les civils en 1974 dans son Gouvernement de renouveau national (GRN) : c’était la 2e République. En 1978, prenait place la 3e République après une élection présidentielle des plus épiques, le président sortant, le Général Sangoulé LAMIZANA, ayant été mis en ballottage par M. Macaire OUEDRAOGO, jusqu’alors inconnu de la scène politique mais «porté» par le premier président du pays, Maurice YAMEOGO. La fracture politique déjà profonde augurait de lendemains pas en tout cas enchanteurs pour cette 3e République qui connaîtra pratiquement le même sort que la première, balayée qu’elle sera le 25 novembre 1980 par les militaires à la faveur de mouvements sociaux dirigés par les syndicats de travailleurs, d’étudiants et d’élèves. Ainsi, s’installait le régime du Comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN) avec le Colonel Saye ZERBO, qui sera renversé à son tour par le Commandant Jean-Baptiste OUEDRAOGO, le 7 novembre 1982, qui installe le régime du Conseil du Salut du Peuple (CSP), qui lui aussi cèdera la place au régime du Conseil National de la Révolution (CNR) dirigé par le Capitaine Thomas SANKARA, le 4 août 1983 ; puis le mouvement de Rectification mené au sein du CNR instaure le régime du Front Populaire (FP) le 15 octobre 1987 avec le Capitaine Blaise COMPAORE aux commandes. Le Front Populaire qui crée une décrispation politique amorce une ouverture politique en direction de tous les acteurs politiques et conduit des réformes qui aboutiront à l’adoption d’une nouvelle constitution, le 2 juin 1991.

L’espoir recréé
L’avènement de la Révolution, incontestablement, bouleversera les us politiques et renouvellera la classe politique au Burkina. S’inscrivant dans la perspective de débarrasser les populations des entraves qui ont hypothéqué leur émancipation afin de les conduire vers le développement, les révolutionnaires du 4-Août dont les Capitaines Thomas SANKARA et Blaise COMPAORE vont susciter un immense espoir. Certaines initiatives vont marquer, de manière positive, le Burkina Faso sur les plans politique, économique et social. Moment d’exaltation certes, mais l’on notera au bout de sa quatrième année qu’il y avait comme une symphonie mal construite, les premiers responsables de la Révolution ne s’accordant pas (c’était un secret de Polichinelle) et le peuple se sentant de plus en plus désemparé. A peine 4 années de vécu et l’on était déjà dans l’impasse, certains se demandant si la Révolution ne s’était pas vite essoufflée. Toujours est-il que des dérives telles le désir manifeste de tuer le secteur privé et les initiatives individuelles, la confiscation de la liberté d’opinion, les licenciements abusifs et à la pelle, l’arbitraire des Tribunaux populaires de la révolution (TPR), les exactions des Comités de défense de la Révolution (CDR) vont finir par rendre le régime impopulaire. Cette situation conduit à l’avènement du mouvement de Rectification, le 15octobre 1987, qui voit le Capitaine Blaise COMPAORE devenir le président du Front Populaire, nouvelle instance dirigeante, et chef de l’Etat. C’est une ère nouvelle qui s’ouvre par l’implication de toutes les composantes sociales pour une ouverture démocratique.
Cet acte fut concrétisé par des mesures hautement symboliques comme l’annulation du port obligatoire du Faso Dan Fani, de la pratique obligatoire du sport de masse, ainsi que par des mesures de clémence et d’amnistie en faveur des opposants les plus déterminés. Pour éviter tous errements, le Capitaine Blaise COMPAORE tient le gouvernail politique du Front Populaire qui n’a eu autre but que d’offrir le changement, gage d’une nouvelle ère démocratique. Cela a contribué à mettre le Burkina Faso sur les rails de la démocratie et du multipartisme.
Pour opérer une rupture d’avec les acquis des régimes précédents, le leader du Front Populaire dans son discours du 19 octobre 1987 prônait déjà l’ouverture politique, basée sur la concertation. Mieux, son message de fin d’année 1989, évoque dans son esprit la nécessité d’un environnement institutionnel légalisé, accepté par la majorité de la population au moyen de mécanismes démocratiques. En mai 1990, une commission fut créée pour l’élaboration d’une constitution où toutes les couches sociales (partis politiques, leaders religieux et coutumiers, les mouvements des droits de l’homme) furent représentées. Le processus prit un an et demi. En octobre 1990, l’avant-projet de constitution fut amendé et complété.
Du 14 au 16 décembre 1990, des assises se sont tenues à la Maison du peuple qui ont servi de dernier filtrage dans l’élaboration de la constitution. Une fois la constitution adoptée, le président du Front Populaire, Blaise COMPAORE, convoque une table-ronde pour discuter de sa mise en œuvre. Un groupe de partis avec à leur tête, l’ADF (Alliance pour la démocratie et la fédération) s’est constitué pour exiger que la table-ronde soit souveraine. Ensuite, ces partis se constituèrent en Collectif des Forces Démocratiques (CFD) conduit par Me Hermann YAMEOGO pour exiger la tenue d’une Conférence nationale souveraine (CNS).
D’autres comme le PAI (Parti Africain de l’Indépendance) s’opposèrent à cette initiative et créèrent l’ARDC (Alliance pour le respect et la défense de la Constitution) en soutien aux constitutionnalistes. Le projet de constitution élaboré sortait le pays de l’Etat d’exception en garantissant les libertés individuelles et collectives. La Constitution approuvée par voie référendaire, le 2 juin 1991 a consacré incontestablement l’aspiration du peuple à un Etat réellement démocratique (93% de oui et 49% de taux de participation). Ainsi le cadre général de l’Etat de droit fut fixé et le constituant burkinabè y définit le Burkina Faso comme un Etat démocratique, unitaire et laïc (tire II, art. 31) consacrant la séparation des pouvoirs en exécutif, législatif et judiciaire. Les premières élections devaient se tenir en décembre 1991. Bien qu’ouvert à tous les partis, l’opposition se retire en prétextant le refus des autorités de la tenue de la Conférence nationale souveraine (CNS).
Blaise COMPAORE, l’unique candidat, fut élu président par un score de 86,19% des suffrages exprimés. Le nouveau président démocratiquement élu, en visionnaire, avait anticipé le changement au regard du bilan assez alarmiste des régimes communistes dont la chute du mur de Berlin en 1989 sonnait le glas. Ainsi Blaise COMPAORE adapta son pays au vent de mutations qui devait souffler sur le monde avec l’avènement au plan politique du processus de la démocratisation à la faveur du discours de la Baule dont la conditionnalité de l’aide des institutions de Breton Woods (Banque Mondiale, Fonds Monétaire International) devait forcément obéir à l’ouverture politique et la restructuration de l’économie par le Programme d’ajustement structurel (PAS).
Ce pays qui, dans les années 90, était «à la croisée des chemins» a derrière lui 16 ans de vie constitutionnelle normale, depuis 1991, ponctuée par 3 élections présidentielles, 4 législatives, 3 municipales, qui ont eu le mérite d’instaurer peu à peu les bases d’une culture démocratique au sein des populations.o

Issoufou MAIGA

Quelques grandes dates de l’histoire de notre pays

- 11 décembre 1958 : proclamation de la République de Haute-Volta, au sein de la communauté Franco-Africaine
- 28 janvier 1959 : La Haute-Volta adhère officiellement à la Fédération du Mali. L’Assemblée Voltaïque approuve la Constitution de la Fédération du Mali.
- 9 février 1959 : Maurice YAMEOGO (1921-1993) est élu premier président de la République de Haute-Volta.
- 15 mars 1959 : La Haute-Volta se retire de la Fédération du Mali qui regroupe désormais le Sénégal et le Soudan (actuel Mali).
- 29 mai 1959 : La Haute-Volta adhère au Conseil de l’Entente qui comprend la Côte d’Ivoire, le Niger, le Dahomey.
- 29 août 1959 : Dissolution du Conseil municipal de la ville de Ouagadougou remplacé par une délégation spéciale.
- Décembre 1959 : Lors du vote du budget de 1960, le conseil du gouvernement en accord avec l’Assemblée législative décide de mener une politique d’austérité budgétaire à partir du 1er janvier 1960, jusqu’à ce que la situation financière ne l’exige plus.
- 17 juillet 1960 : La Haute-Volta et les autres Etats du Conseil de l’Entente demandent et obtiennent le transfert des compétences.
- 5 août 1960 : Proclamation de l’indépendance de la Haute-Volta.
- Septembre 1960 : La Haute-Volta est membre de l’ONU.
- 8 juin 1961 : Décision de suppression des barrières douanières entre la Haute-Volta et le Ghana.
- 12 mai 1962 : Constitution de l’UEMOA.
- Décembre 1965 : Grève générale, manifestations contre la politique d’austérité de Maurice YAMEOGO.
- 3 janvier 1966 : Soulèvement populaire. L’armée démet Maurice YAMEOGO.Le lieutenant-colonel Sangoulé LAMIZANA devient chef de l’Etat. La Constitution est suspendue.
- Juin 1970 : Une nouvelle constitution est adoptée par référendum. C’est la deuxième République (1970-1974). Sangoulé LAMIZANA devenu général reste chef de l’Etat ; Gérard Kango OUEDRAOGO et Joseph OUEDRAOGO, membres du RDA deviennent respectivement Premier ministre et président de l’Assemblée nationale.
- 8 février 1974 : Dissolution de l’Assemblée nationale suite à un 2e coup d’Etat militaire. Suspension de la constitution. Formation du gouvernement du Renouveau national (GRN). Le pouvoir est de nouveau, aux militaires, sous la conduite du général Sangoulé LAMIZANA.
- Décembre 1974 : Conflit frontalier avec le Mali.
- 17-18 décembre 1975 : Grève générale févier 1976 : Formation d’un gouvernement avec une majorité de ministres issus du Mouvement de libération nationale (MLN de Joseph KI-ZERBO).
- 27 novembre 1977 : Adoption d’une nouvelle constitution. C’est le début de la 3e République.
- 30 avril 1978 : Elections législatives au système tripartite. Une majorité de sièges revient à l’Union démocratique voltaïque – Rassemblement démocratique africain (UDV – RDA). Le Docteur Joseph CONOMBO est Premier ministre et Gérard OUEDRAOGO président de l’Assemblée nationale.
- 28 mai 1978 : Le général Sangoulé LAMIZANA est mis en ballottage par Macaire OUEDRAOGO de l’Union nationale pour la défense de la démocratie (UNDD). Le général est élu président au 2e tour.
- 4 août 1983 : L’avènement du CNR. Conseil national de la révolution (CNR) désigne Thomas SANKARA comme président. Création des comités de Défense de la Révolution (CDR).
- 2 octobre 1983 : Discours d’orientation politique (DOP) : Proclamation de la Révolution démocratique et populaire (RDP).
- 12 juillet 1984 : Institution du Service national populaire (SNP).
- 4 août 1984 : La Haute-Volta change de nom et devient Burkina Faso, le pays des Hommes intègres.
- 19-29 décembre 1985 : Conflit frontalier avec le Mali pour la zone de l’Agacher.
- 22 décembre 1986 : Le jugement de la cour de la Haye sur le différend avec le Mali est accepté.
- 15 octobre 1987 : L’avènement du Front Populaire.
- 29 octobre 1988 : Création à Ouagadougou de la confédération générale du travail du Burkina (CGT-B) par huit syndicats professionnels qui, 5 ans durant ont milité dans l’unité d’action à l’origine d’un front syndical rendu célèbre par la déclaration du 28 janvier 1985.
- 19 janvier 1991 : Instauration du multipartisme.
- 2 juin 1991 : Adoption par référendum du projet de constitution. Naissance de la IVe République.
- 1er décembre 1991 : Election de Blaise COMPAORE, à la présidence du Faso, avec 86,4% des voix.
- 24 mai 1992 : 1re élections législatives de la IVe République.
- 20 juin 1992 : Youssouf OUEDRAOGO devient Premier ministre.
- 15 septembre 1993 : Mort de Maurice YAMEOGO, le père de l’Indépendance, premier président élu de Haute-Volta.
- Mars 1994 : Dissolution du gouvernement. Roch Marc Christian KABORE est nommé Premier ministre.
- Février 1995 : 1re élections municipales de la IVe République.
- Février 1996 : Kadré Désiré OUEDRAOGO est nommé nouveau Premier ministre. Dissolution de l’ODP/MT qui fusionne avec une dizaine de partis pour former le CDP.
- 11 mai 1997 : Elections législatives. Victoire du CDP qui remporte 101 des 111 sièges.
- Mai 1998 : Adoption de la loi portant création, attributions et composition de la CENI.
- 1er novembre 1998 : Election présidentielle. Blaise COMPAORE est réélu avec 87,52% de voix.
- 13 décembre 1998 : Grave crise sociale due à l’assassinat du journaliste Norbert ZONGO, directeur de l’hebdomadaire l’Indépendant avec 3 compagnons près de Sapouy.
- Novembre 1999 : Conflits fonciers et expulsion de Burkinabè de la région de Tabou.
- 27 novembre 1999 : Création par le Premier ministre de 2 commissions indépendantes chargées des réformes politiques et de la réconciliation nationale.
- 3 février 2000 : Adoption d’un projet de loi modifiant le code électoral. La CENI dispose davantage de pouvoirs.
- 24 septembre 2000 : Elections municipales. Le CDP, parti au pouvoir, remporte 42 des 49 municipalités.
- 30 mars 2001 : Amnistie des crimes d’Etat et proclamation de la Journée du Pardon.
- 5 mai 2002 : Elections législatives.
- 26 mai 2005 : Mort du général Sangoulé LAMIZANA.
- 13 novembre 2005 : Election présidentielle. Blaise COMPAORE est réélu pour 5 ans avec 80,35%, des suffrages exprimés. Il a été élu avec la majorité requise au 1er tour.
- 4 juin 2007 : Tertius ZONGO est nommé Premier ministre.
- 21 novembre 2010 : Election présidentielle. Le président sortant Blaise COMPAORE est réélu avec 80,21% face à 6 autres prétendants.


NB : Ces dates non exhaustives retracent quelques grands moments de notre histoire

Rassemblées par Angelin DABIRE

 

Etat de droit apaisé

L’Etat de démocratie dans lequel nous vivons aujourd’hui vient de très loin. Après avoir traversé des périodes d’exception qui ont eu à affecter profondément le tissu sociopolitique, le Burkina Faso s’est résolument installé, depuis son retour à une vie constitutionnelle normale, dans une culture de paix sociale dont le couronnement a été la tenue d’une journée nationale de Pardon.

Entre la première République et la quatrième sous laquelle nous vivons, le chemin parcouru a été celui du combattant tant les régimes d’exception – six au total – et les insuffisances dans la pratique démocratique avaient marqué des sillons profonds dans la société burkinabè. La période révolutionnaire (entre le 4 août 1983 et le 15 octobre 1987) a été la plus génératrice de germes d’exclusion sociopolitique. Les frustrations politiques étaient constantes, les leaders du mouvement révolutionnaire étant enclins aux clivages idéologiques, tout comme la répression systématique de faits jugés anti-révolutionnaires et des citoyens taxés de contre-révolutionnaires ou d’ennemis à la marche radieuse de la RDP était la forme de gouvernance. Autant d’écueils qui ont éprouvé la paix sociale et c’est fort heureux que le peuple burkinabè a renoué avec l’Etat de droit et la démocratie consacrés par la constitution de 1991.
Dès lors, incontestablement, une page venait de se refermer dans l’histoire du pays et une nouvelle s’ouvrait pleine de promesses. Ainsi, élu sur la base de la nouvelle constitution, Blaise COMPAORE va inaugurer l’ère de la IVe République pour un septennat courant de 1992 à 1997. Artisan de ce renouveau démocratique que vit le Burkina, il va afficher une volonté réelle de rassembler tous les fils de la Nation burkinabè pour inventer un avenir différent de celui des tâtonnements et des exclusions déchirantes connus de par le passé. C’était le bien-fondé du programme de «Large rassemblement pour le développement et la démocratie» qu’il va proposer aux Burkinabè. Il avait lui-même résumé cet impératif en ces termes : «Lorsqu’en 1991, je plaçais mon premier programme septennal sous le signe d’un large rassemblement pour le développement et la démocratie, j’avais pour ambition, d’une part, de créer les conditions pour permettre à notre peuple de se réconcilier avec lui-même et avec ses dirigeants ; et, d’autre part de dégager un consensus minimum pour affronter les grands chantiers de développement…». Ce pari, il faut le souligner, a été gagné par le président comme en attestent le bon fonctionnement des institutions républicaines et la tenue, dans la foulée, des premiers scrutins législatif et municipal avec la forte implication des partis politiques d’opposition. On venait d’ouvrir une nouvelle page de notre histoire où les exclusions ou répressions pour différences politiques ou idéologiques sont devenues de vieux souvenirs. Les acteurs politiques ou les leaders d’opinion ont ainsi pu s’accommoder à la culture du débat contradictoire même si des résurgences du passé tumultueux confinaient certains d’entre eux à une opposition radicale stérile. Néanmoins, le Burkina Faso est parvenu à baliser le chemin pour une démocratie participative qui se construit dans le dialogue permanent avec toutes les forces politiques et sociales du pays.

Le tournant de la Journée nationale du pardon
Comme l’a si bien dit un prix Nobel de la paix : «La paix s’acquiert aussi grâce à la capacité de travail et au sens de la responsabilité des uns et des autres».Cela suppose une vigilance de tous les instants d’autant que la sous-région bruissait de bruits de bottes et que certains acteurs n’avaient pas totalement désarmé. En effet, au regard des résultats, on était loin de penser que des ennemis de la paix pouvaient tout gâcher. Tapis dans l’ombre ils ont tenté de troubler la paix sociale en assassinant notre confrère Norbert ZONGO, le 13 décembre 1998. Croyant ainsi ébranler tous les efforts de paix, discréditer l’environnement démocratique afin de mieux pêcher en eau trouble, ils ne seront pas au bout de leur peine, le peuple mature, l’instant de grande émotion passé, ayant compris le jeu qui se menait et où se trouvaient ses intérêts et alors leur tournant le dos. Il faut cependant souligner que, face à la cristallisation de certaines positions radicales dans la gestion de la crise consécutive à ce drame de Sapouy, Blaise COMPAORE a agréablement surpris tout le monde en jetant l’idée d’une journée nationale de Pardon (JNP) après celle de la création d’un Collège des Sages qui a mis à plat tous les problèmes susceptibles d’annihiler la paix sociale. Ce qui devrait être un moment solennel d’assainir davantage la vie sociopolitique tout en pansant les stigmates des Etats d’exception. Une idée favorablement accueillie par le peuple entier, dans toutes ses composantes sociales, qui s’est retrouvé le 30 mars 2001 pour se demander pardon. Le président COMPAORE, qui avait su en son temps, face aux dérives qui justement ont conduit inexorablement aux situations que l’on a déplorées, rectifier le tir, s’est fait le devoir d’assumer et de demander pardon au nom de la continuité de l’Etat.
Au lendemain de ce sursaut salvateur du 30 mars, chacun s’est persuadé définitivement que l’Etat de droit a supplanté l’Etat d’exception même si certains sont restés scotchés à leurs rancœurs. Plus que jamais, cette journée nationale de pardon a été un appel à un sursaut national pour voir et comprendre que les divisions, la haine, les rancœurs, les anathèmes qui étaient devenus le ferment du débat d’idées n’avaient plus droit de cité dans la société burkinabè. o

Drissa TRAORE

DIPLOMATIE
Le Burkina dans le concert des grandes nations

Jadis considérée comme réservoir de main-d’œuvre pour développer des pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana… la Haute-Volta était insignifiante au plan international, sa voix ne portant pas plus loin que les limites de ses frontières. Burkina Faso devenu aujourd’hui, le pays des Hommes intègres à force de conviction, d’engagement et de travail, a su transformer les obstacles tant naturels, géographiques que culturels en atouts. Aujourd’hui, le Burkina Faso compte et cela est le fruit d’une diplomatie dynamique qui met en avant les intérêts de son peuple et la volonté de bâtir avec les autres un monde de paix et de progrès.

La présence du Burkina dans le monde, l’élargissement du cercle de ses amis ne pouvaient se réaliser à souhait sans ses ambassades à travers le monde. Ainsi, le pays compte aujourd’hui 28 ambassades, 5 consulats généraux et plus de 50 consulats honoraires à travers le monde qui travaillent nuits et jours pour l’objectif commun défini par le président du Faso. Du reste, celui-ci a lui-même effectué des voyages dans plusieurs pays afin de consolider les relations et faire en sorte qu’elles profitent au Burkina Faso, à son peuple.
A l’ONU, la voix du Burkina est très écoutée. Et c’est avec brio qu’il y a assumé son statut de membre non permanent du Conseil de Sécurité. Au niveau régional et sous –régional, sa contribution est remarquable ; aussi a-t-il été récompensé par la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), début octobre 2010, par un prix pour ses efforts dans l’application «rigoureuse» des accords de l’organisation sous-régionale sur la «libre circulation des personnes et des biens». Il a été primé, en marge d’un Forum des affaires tenu en Côte d’Ivoire, pour saluer l’élimination «des tracasseries aux frontières» (notamment les taxes illicites) et «la limitation des points de contrôle et l’entretien efficace de ses axes routiers qui garantissent la sécurité de tous les habitants de la communauté». Ce prix, il faut le dire, n’est rien d’autre que le fruit de l’engagement du Président du Faso à faire du Burkina, un pays respectueux des engagements pris dans le cadre de l’intégration régionale et sous-régionale. Dans la même lancée, notre pays a participé au cours des 5 dernières années à toutes les rencontres statutaires et extraordinaires des instances régionales et sous-régionales (Union Africaine, CEDEAO, UEMOA, Conseil de l’Entente, CEN-SAD). On ne peut passer sous silence le traité d’Amitié et de coopération entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire et le premier Conseil des ministres conjoint entre les deux pays. La conviction du président Blaise COMPAORE est claire : «La construction d’une société de progrès, de justice sociale et de liberté au Burkina Faso nous projettera indubitablement sur la scène africaine où se manifestent des foyers de tension et des conflits préjudiciables au progrès du continent… Je suis particulièrement résolu à soutenir toutes les initiatives pour instaurer une paix durable et la stabilité dans la sous-région et en Afrique car je demeure profondément convaincu que nous ne pouvons bâtir rien de solide et de durable en Afrique tant que perdureront les conflits qui déchirent le continent». D’où son engagement et sa détermination sans faille dans la résolution des crises dans la sous-région, car pour lui rien ne peut se construire sans la paix. Ainsi se justifient ses différentes médiations dans des pays en crise ou difficultés politiques comme ce le fut au Togo, au Niger et toujours en cours en Côte d’Ivoire, en Guinée, sans compter les différentes signatures d’accords et autres conventions aux Nations-unies …
Une place incontournable de médiateur
C’est au Togo, en 1993, que le président COMPAORE endossa pour la première fois son costume de Facilitateur. A l’époque, Il fallait quelqu’un en qui Feu le président Eyadéma avait confiance. Pour une crise née depuis un certain 5 octobre 1990. Il fallait un homme qui pouvait lui parler et en qui, il aurait oreille attentive. Et cet homme-là c’est Blaise COMPAORE. Après Feu Eyadéma, Blaise COMPAORE n’a pas faibli dans ses efforts pour la recherche de la paix au Togo. Mandaté par la CEDEAO, le président du Faso réunira tous les acteurs de la crise à Ouagadougou pour poser les bases d’un retour à la paix au pays de Eyadéma aujourd’hui dirigé par Faure. Puis survint, un an plus tard, en 1994, le dossier nigérien : la crise touarègue. Il fallut au président COMPAORE une année de discussions pour aboutir à un texte qui mit fin aux affrontements armés. Impliqué dans le dialogue intertogolais depuis 2006, pacificateur de la révolte des Touaregs au Niger en 1994, "facilitateur" des pourparlers de paix en Côte d’Ivoire depuis 2007, le président burkinabè a une nouvelle fois été sollicité par ses pairs d’Afrique de l’Ouest pour jouer le rôle de médiateur dans la crise guinéenne déclenchée par le massacre du stade du 28-Septembre, à Conakry. Plus de 150 personnes ont alors été tuées dans la violente répression d’une manifestation d’opposants au capitaine Moussa Dadis CAMARA, le chef de la junte qui a pris le pouvoir le 23 décembre 2008 en Guinée le jour de la fête de l’Indépendance.
Avec le dossier guinéen, le président du Faso a fini par faire taire les mauvaises langues et achevé de convaincre les plus septiques, qu'il a une certaine prestance dans le domaine de la médiation sous-régionale après les précédents togolais, nigérien, et ivoirien. Avec la signature de la Déclaration conjointe de Ouagadougou de janvier 2010 qui prévoit en gros le maintien «en convalescence» du chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis CAMARA, et l’organisation de l’élection présidentielle, la Guinée venait de franchir une étape décisive dans la sortie de la crise qu’elle traverse depuis un an et est sur le chemin de l’Etat de droit et de la justice. Cela devrait concrétiser le lancement de la phase décisive de la transition à laquelle tous les Guinéens aspirent depuis de si longs mois. Les élections qui viennent de se tenir en Guinée, avec la victoire du Pr Alpha CONDE, reconnue par son adversaire, met fin à plusieurs années de crise politico-militaire.
Blaise COMPAORE et le Burkina Faso ont donc tout à gagner d’une sous-région apaisée. L’économie du Burkina dépend en grande partie de la bonne santé de ses voisins et il doit, en outre, veiller au bien-être des fortes communautés burkinabè vivant dans ces pays notamment en Côte d’Ivoire. Non seulement elles rapatrient de l’argent au pays, mais ces pays voisins absorbent une partie de la main-d’œuvre qui, sans cela, se retrouverait au chômage. Dans une Afrique de l’Ouest francophone minée par les divisions, Blaise COMPAORE peut se prévaloir d’avoir su créer un climat de stabilité pour son pays le Burkina et ailleurs. Le souhait de tous est que la Côte d’Ivoire, où on croyait voir le bout du tunnel de la crise et qui est en train de prouver le contraire avec la volonté de Laurent GBAGBO de rester coûte que coûte au pouvoir, sorte de cette chienlit. Sinon, ce serait du gâchis pour plusieurs années de sacrifices et d’efforts. Et le Facilitateur Blaise COMPAORE ne dira pas le contraire. En tous les cas, il aura joué son rôle jusqu’au bout. Aux ivoiriens de savoir ce qu’ils veulent maintenant..o

Ben Alex Béogo

Assassinat de Norbert ZONGO
Les faits

C’est en se rendant dans son ranch «Safari Sissili», le 13 décembre 1998 que le journaliste Norbert ZONGO a été victime d’un assassinat odieux en rase campagne, à 7km de Sapouy en compagnie de trois de ses compagnons. Un assassinat qui a ému tous les Burkinabè et déchaîné les passions.

Très grande était l’émotion des Burkinabè en apprenant la nouvelle de l’assassinat de Norbert ZONGO, alors directeur de publication de L’Indépendant. Jamais assassinat n’avait autant ému l’opinion publique burkinabè. L’horreur de l’acte et la notoriété de la principale victime ont plongé tout le Burkina dans la stupeur. Révolte, compassion, passion, haine ont été les sentiments exprimés autour de cette mort tragique. Tragique, elle l’était en tout cas, au regard des corps calcinés et de l’état du véhicule incendié au bord duquel étaient Norbert ZONGO et ses compagnons d’infortune.
Le constat du commissaire de police de Sapouy indique que «sur les lieux un véhicule TOYOTA Land Cruiser immatriculé 11 J 6485 (ndlr, le véhicule de Norbert ZONGO) était immobilisé et une légère fumée provenait du coffre arrière du véhicule ; il était démuni de toute vitre, le véhicule couvert de sable et de poussière explique probablement un quelconque secours…». Dans la nuit du 13 au 14 décembre et suite à un communiqué radiodiffusé, une délégation de la famille de Norbert ZONGO conduite par M. Michel ROUAMBA a permis d’identifier les victimes.
Des premières constatations de police aux analyses balistiques, une seule certitude s’est dégagée : Norbert ZONGO et ses compagnons d’infortune ont bel et bien été assassinés. Sur les raisons de l’incendie du véhicule, les experts ont conclu qu’il «n’est pas dû à une défaillance mécanique…».
Par contre, sur le produit utilisé, ils ont eu des opinions divergentes. Il est convenu au total que «les témoignages recueillis, comme les conclusions des experts permettent d’affirmer que la thèse de l’accident doit être écartée. Norbert ZONGO et ses compagnons ont été victimes d’un attentat criminel».

Réactions immédiates, le pouvoir au-dessus de la mêlée
Au lendemain de la mort de Norbert ZONGO, c’était un véritable branle-bas national. Des manifestations de rue avec leurs cortèges de destructions de biens, de blessures tant physiques que morales aux déclarations incendiaires en passant par la compassion des uns et des autres, cette disparition tragique a secoué tout le pays et n’a laissé personne indifférent.
Les réactions d’indignation et de stupeur ont été canalisées par les organisations de la société civile telles que le MBDHP, le Collectif de partis politiques de l’opposition pour les transformer en des mouvements de défiance vis-à-vis de l’autorité de l’Etat. On note parmi les hauts faits d’actes de vandalisme, le saccage du siège du CDP, le mardi 15 décembre 1998 (jour de l’enterrement de Norbert ZONGO) et la destruction de nombreux biens publics à travers la ville de Ouagadougou. Le summum de la violence sera cependant atteint à Koudougou, ville natale de Norbert ZONGO, qui le 16 décembre 1998 connaîtra une violente émeute avec le saccage des domiciles de responsables du CDP. D’autres villes connaîtront le même sort donnant l’impression que le Burkina était au bord de l’insurrection populaire.
Face à la déferlante fronde sociale, le président du Faso, Blaise COMPAORE s’adresse à la nation en exprimant ses regrets pour le sort tragique du journaliste Norbert ZONGO. A la demande de divers milieux il décide par décret de la mise en place d’une Commission internationale d’enquête indépendante. Dans ses premières déclarations publiques, il laisse entendre: «Je tiens à m’associer aux sentiments de réprobation populaire et à formuler aux familles éplorées ainsi qu’à l’ensemble de la presse les assurances de ma profonde compassion et celle de tous les miens. Comme en atteste la mise en place de la Commission indépendante internationale d’enquête, rien ne sera épargné pour que toute la lumière soit faite sur cet acte qui propulse la question sécuritaire et celle de la violence au premier plan des préoccupations de tous et plus particulièrement du gouvernement qui en a la charge».
De toute évidence, Norbert ZONGO a été assassiné. Avant que les enquêtes ne le prouvent, certains acteurs de la scène politique et de la société civile en étaient convaincus, tout comme l’opinion publique dans sa majorité de l’implication du régime. L’émoi était total, car non seulement rien ne laissait entrevoir un tel assassinat mais en plus, la méthode utilisée a particulièrement choqué. On comprend donc par ces faits que l’enterrement des suppliciés, le 15 décembre 1998 ait drainé une immense foule estimée à 15 000 personnes. L’émotion et l’indignation étaient à leur comble si bien que le cortège funèbre a fini par se transformer en marche de protestation contre le pouvoir.
Le 16 décembre 1998 a véritablement marqué le début des manifestations de rue pour «exiger la lumière et la vérité sur le drame de Sapouy». Marches, meetings, conférences de presse, casses, incendies, sit-in, débrayages actifs vont se multiplier et animer le quotidien des Burkinabè.
Déclarations véhémentes et «tracts» inondent la capitale. La principale revendication était la création d’une commission d’enquête indépendante l’arrestation de militaires de la garde présidentielle, voire la démission du pouvoir en place...o

Drissa TRAORE

D’une enquête à l’autre

Jamais affaire n’a autant défrayé la chronique que celle de l’assassinat tragique de notre confrère Norbert ZONGO. Un intérêt qui s’explique par la personnalité de notre confrère certes, mais qui a été suscité par des « enquêteurs » intéressés qui ont travesti cette affaire pour en faire « un fonds de commerce » selon le bon mot de NANA Thibault.

L’affaire Norbert ZONGO aurait-elle connu tant de notoriété si dès le départ des enquêteurs (?) n’avaient affiché leurs convictions et étalé leurs conclusions qui toutes indexaient le pouvoir ? Il vous souviendra, en effet, qu’aussitôt le drame survenu, Reporters sans frontières (RSF) et le Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples (MBDHP) avaient tous deux diligenté des enquêtes. Lesquelles avaient abouti à la conclusion que c’était « les milieux proches du pouvoir » qui avaient commis l’acte. Ce n’est pas tant la conclusion des enquêtes qui étonne, au vue de la qualité de ses commanditaires, que la célérité avec laquelle elles ont été menées. RSF par exemple a rendu son « verdict » une semaine seulement après le drame, comme s’il attendait celui-ci pour accabler les autorités burkinabé. Or, chacun sait qu’en matière criminelle, et même au cas où le flagrant délit est patent, le juge instructeur prend la précaution avec la police judiciaire de vérifier et de revérifier les circonstances du fait criminel, de rechercher les mobiles intellectuels et psychologiques, sans oublier l’intérêt qu’avait le meurtrier à commettre le crime, avant de clore son instruction. Est-il besoin de dire que dans le cas de RSF et du MBDHP, il n’y eut rien de tout cela, l’intime conviction pour ne pas dire la conviction politique ayant seule suffi pour trouver les coupables ?
Autrement, le lieu de la commission du crime (en rase campagne) et l’absence de témoins exigeaient une enquête plus approfondie. Un travail auquel s’est plus ou moins livré la Commission d’enquête indépendante (CEI) qui a finalement abouti à la désignation de « suspects sérieux ».

En fait de suspects…
Et c’est là que la CEI, dont la qualité et la probité des membres ne sont pas remises en cause, a quelque peu pêché. Donner en pâture des citoyens sur un faisceau d’indices non concordants est quelque peu aberrant, surtout quand cela donne lieu à une prise en otage de l’appareil judiciaire. Au prétexte que les magistrats sont « dépendants » de l’exécutif, moult marches ont été dirigées contre le palais de Justice avec dégradation d’édifices publics et troubles psychosomatiques pour certains magistrats à la clé. Or, en fait de « suspects sérieux », Norbert ZONGO de son vivant avait détecté quelques-uns que personne n’a « dérangés » à l’époque. En effet, lors d’un déjeuner à Kaya avec des « amis sûrs », une semaine avant son assassinat, le journaliste avait été victime d’une tentative d’empoisonnement. Il n’a eu la vie sauve que grâce à des soins intensifs d’une officine médicale qui n’a ménagé aucun effort pour le tirer d’affaire.
Bien plus tard, Norbert ZONGO a toujours eu de la gêne à parler des « évènements de Kaya » qui l’avaient certainement ébranlé dans certaines de ses convictions. Qu’un Norbert ZONGO, « défenseur des pauvres », soit victime d’une tentative d’assassinat dans un milieu syndical et de surcroît «d’amis sûrs» voilà qui ne peut, en effet, manqué de surprendre. Du coup, on retombe sur la piste de ceux qui cherchaient « les conditions subjectives » du déclenchement de leur révolution, et qui ont utilisé l’affaire comme un fonds de commerce politique. En disséquant la composition du Collectif et en faisant le rapport avec le drame de Kaya, on se rend compte qu’on n’a pas à faire à des enfants de chœur. On y trouve, en effet, des révolutionnaires blanchis sous le harnais et dépités par le fait que leur « révolution nationale démocratique et populaire » tarde à voir le jour, des opposants revanchards, fâchés d’avoir été débarqués du « navire » présidentiel, des « syndicalistes rouges », des aventuriers de tous les genres, des mercenaires intellectuels prêts pour toutes les «guerres», etc. Un conglomérat mu par un seul intérêt, celui de débarquer Blaise COMPAORE du pouvoir. L’assassinat de ZONGO était à la fois un moyen et une occasion en or pour en découdre avec un homme à qui tout réussissait et qui venait d’être réélu triomphalement par ses compatriotes…o

Alpha YAYA

Développement socio-économique
Le Burkina Faso sur la voie de l’émergence

Les politiques économiques et financières mises en œuvre pour sortir des crises successives et pour amorcer le chemin de la croissance économique ont été marquées du sceau de l’austérité. Ces stratégies de rigueur se sont focalisées sur le développement des secteurs sociaux et bien d’autres. C’est pourquoi depuis plusieurs décennies le pari est d’atteindre une croissance forte et durable qui se préoccupe à la fois de la préservation des équilibres macroéconomiques et des exigences d’un développement durable. C’est ainsi que plusieurs secteurs vont bénéficier de l’attention du gouvernement, lui qui est convaincu que le développement socio-économique ne peut être une réalité si ces secteurs sont à la traîne.

«La relative bonne tenue de l’économie burkinabè a été fortement déterminée par : la priorité affirmée au secteur agricole ; les espoirs réels fondés sur l’industrie extractive ; la réelle volonté de promouvoir un secteur privé dynamique ; la totale adhésion aux infrastructures économiques accessibles et de qualité comme condition indispensable au développement durable ; la mise à profit de toutes niches susceptibles d’accélérer la croissance économique et d’améliorer les revenus des populations.» Affirmait le Premier ministre Tertius ZONGO devant le Parlement.

L’entreprenariat privé en plein essor
La réelle volonté de promouvoir un secteur privé dynamique, l’option pour une économie libérale et concurrentielle exigent des conditions propices d’émergence d’un secteur privé dynamique et compétitif. La volonté d’accompagner les opérateurs du secteur privé existe et s’est manifestée par le renforcement des mesures en vue d’une part, de réduire les délais et les coûts pour créer une entreprise et d’autre part d’alléger la fiscalité sur le secteur formel et informel et de rapprocher les investisseurs nationaux et étrangers.
L’environnement des affaires est des plus propices au Burkina Faso. En effet, la mise en service des différentes structures de facilitation et d’encadrement, ainsi que leur déconcentration dans les grandes villes du pays ont entraîné pour la seule année 2009, l’ouverture de 3000 nouvelles entreprises à Ouagadougou et 500 à Bobo-Dioulasso. Selon la Chambre de commerce et de l’industrie du Burkina (CCI), le pays compte 40 000 entreprises dont trente mille, soit 70%, dans la capitale. Une « prouesse jamais égalée » depuis les indépendances, c'est-à-dire depuis 1960. Le Burkina Faso demeure parmi les cinq meilleurs pays réformateurs de l’Afrique au sud du Sahara. Dans cette dynamique de développement du secteur privé, ces dernières décennies ont donc été marquées par des actions vigoureuses couronnées, à partir de 2005, par plusieurs réalisations dont entre autres :
1. Réhabilitation de Ouagainter et réalisation d’un terminal à conteneurs ;
2. Aménagement de la ZAD et poursuite de la commercialisation ;
3. Opérationnalisation de l’observatoire du climat des affaires ;
4. Installation de 7 ponts-bascules aux postes frontaliers ;
5. Extension et viabilisation des zones industrielles de Kossodo et de Bobo-Dioulasso.
Au total, le secteur privé a un bel avenir devant lui pourvu qu’il sache, en professionnel, mettre efficacement à profit les nombreuses opportunités qui se présentent à lui comme la promotion du commerce et la diversification des exportations ; l’amélioration du climat des affaires ; le renforcement du dialogue gouvernement-secteur privé ; le renforcement des infrastructures économiques et de promotion de l’industrie ; la promotion du secteur de l’artisanat.
Depuis 2007 par exemple, le Ministère en charge du Commerce a pu aussi contribuer à la mise en place de structures propres à la promotion des PME/PMI tels que le Centre de formalités des entreprises (CEFORE), les Centres de formalité des actes de construire (CEFAC), le Centre d’Arbitrage, de Médiation et de Conciliation de Ouagadougou .
Toutes ces innovations ont fait booster plusieurs services tels le Bâtiment et les Travaux publics (BTP). En somme, l’objectif de tout ce qui précède est de faire du Burkina Faso un pôle émergent par un climat des affaires sain et un cadre sûr.

La route du développement passe par le développement de la route
Tout le monde s’accorde à dire que la route du développement passe par le développement de la route. Une vérité de La Palice.
Ainsi, dans ce domaine, le gouvernement n’a pas lésiné sur les moyens et la détermination. Il faut le reconnaître, la construction des routes coûte chère et même très chère. Dans ce domaine, en général, on ne parle que de milliards. Mais cela n’a aucunement ébranlé la détermination du gouvernement à réussir le pari du désenclavement du Burkina en interne et avec les pays limitrophes. Ainsi au cours des cinq années passées, par exemple, l’action du gouvernement s’est poursuivie dans le cadre du Programme sectoriel des Transports (PST) qui est le socle des grandes réalisations en matière de routes, un Programme pluriannuel financé à hauteur de 800 milliards de F CFA. Dans ce cadre, les activités ont concerné les travaux d’entretien périodiques et des travaux de réhabilitation de routes en terre. L’entretien courant en 2008 a porté sur un linéaire de 15 272 Km du réseau classé, en 2007, il était de 14 000 km. Pour l’année 2009, les travaux ont concerné l’entretien courant de 2976 km de routes bitumées, 12 296 Km de routes en terre avec un budget alloué de 10, 25 milliards de FCFA, 1700 km de pistes rurales ont été entretenues. 2009 a vu également le démarrage des travaux de renforcement de la sortie Ouagadougou-Bobo-Dioulasso dans le cadre de l’interconnexion RN1-RN4. Le renforcement de la route Ouagadougou-Sakoinsé a été lancé cette année pour près de 30 milliards. Il en est de même des travaux de bitumage des routes Dori-Seytenga-frontière du Niger, de la route Koudougou-Dédougou, qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive, les septiques étant convaincus que le bitumage de cette route ne verrait pas le jour. Aujourd’hui, le démarrage des travaux est effectif. Il convient d’ajouter à cette liste, le bitumage en cours de la route Boudtenga-Ziniaré longue de 25 km, la route Ouagadougou-Po-frontière du Ghana (plus de 40 milliards) est en chantier tandis que la route Ouagadougou-Koupéla a été bitumée, le renforcement de la Route Boromo-Bobo. L’entretien des routes Markoye-frontière du Mali et Markoye-frontière du Niger est effectif. Les travaux de bitumage des routes Bobo-Dédougou, Ouagadougou-Kongoussi et Kaya-Dori sont achevés pour le grand bonheur des usagers pendant qu’on observe la poursuite des travaux de la route Yagueresso-Diébougou. Les viles de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso ont bénéficié de nouvelles routes bitumées. C’est un total de près de 700km de routes bitumées de 130 milliards. Dans la même dynamique courant 2008 le gouvernement a démarré la mise en œuvre de la Stratégie nationale de transport rurale, un programme d’aménagement de plus 11 000km de pistes rurales d’un coût de 75 milliards de FCFA. Et grâce aux partenaires du Burkina Faso, près de 4000 km des pistes sont réalisés et certaines sont en cours de réalisation… . Quant aux projets en recherche de financements, ils sont constitués essentiellement de projets d’investissement d’envergure dans les domaines du transport urbain, aérien et ferroviaire :
1. Projet 100 Bus pour le transport urbain
2. Interconnexions ferroviaires Ouaga-Pô-Frontière Ghana (partie BF 175 KM)
3. Interconnexion Pama-frontière Togo (Partie BF 33 km)
4. Interconnexion Ouaga-Pama-Frontière Togo (Partie BF 505 km)
5. Interconnexion Dori-frontière Niger (Partie BF 46 km)
6. Interconnexion Dori-frontière Niger (Partie BF 20 km)
7. Interconnexion Bobo-frontière Mali (Partie BF 145 km)
La question des routes concerne toutes les régions du pays, aucune région n’a été oubliée dans la dynamique du désenclavement que ce soit au niveau des pistes rurales, du renforcement ou du bitumage. Avec les travaux de bitumage de la route Koudougou-Dédougou, tous les chefs-lieux de région sont maintenant reliés à Ouagadougou par une route bitumée. Et c’est sûr que les actions enclenchées pour désenclaver tout le Burkina ne s’arrêteront pas en si bon chemin. Les réalisations de ces cinq années passées ne sauraient occulter celles des années antérieures, pour faire du Burkina Faso, l’un des pays de la sous-région ayant le plus vaste réseau routier.

L’habitat et l’urbanisation en plein essor
Dans le domaine de l’habitat et du logement, les résultats obtenus ces dernières décennies révèlent de véritables progrès dans la prise en charge et la maîtrise du processus d’urbanisation ; en témoignent les résultats de ces 5 dernières années. L’adoption d’une Politique Nationale de l’Habitat et de Développement Urbain, de même que la loi portant promotion immobilière au Burkina en complément à la loi portant code de l’urbanisme et de la construction renforcent le cadre institutionnel et la coordination des actions. Dans le cadre de la production de logements décents pour les populations, le Gouvernement a lancé le 24 juillet 2007 le programme 10 000 logements sociaux. Une première tranche de 264 logements a été réalisée en 2008 répartie entre les villes de Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Koudougou et Fada N’Gourma et 100 logements programmés au titre de l’année 2009 dont 50 à Ouahigouya et 50 à Dédougou.
Pour ce qui est de la modernisation du tissu urbain, il importe d’indiquer que les travaux de voirie du Projet ZACA sont aujourd’hui une réalité. Le bitumage des voies font la fierté des Burkinabè. Dans le document d’opérationnalisation du programme quinquennal du Président du Faso, le département en charge de l’urbanisme et de l’habitat avait des projets en cours d’exécution et des projets en recherche de financement. Font parties des projets en cours d’exécution, la Viabilisation des zones aménagées (VZA), le schéma directeur d’aménagement d’urbanisme pour toutes les villes du Burkina (élaboration, révision, approbation) ; la révision du schéma directeur d’aménagement de grand Ouaga (SDAGO) ; la réalisation de 3 relais cités (zone résidentielle) ; la production de 15200 parcelles viabilisées (SONATUR) ; la construction et équipement des centres habitats ; la construction des équipements collectifs (mémorial aux martyrs, palais des sports) ; la construction de 185 logements économiques à Ouaga 2000, etc.
Dans les projets en recherche de financement il y avait : la construction de cités résidentielles dans les régions et réalisation d’équipements dans 5 villes moyennes ; la construction de 120 logements sociaux au secteur 19 de Ouagadougou. Aujourd’hui, les réalisations sont appréciables et ont touché les provinces du Houet, du Boulkiemdé, du Gourma, du Kadiogo et du Yatenga.
Pour que l’or brille pour tous et que l’énergie se développe….
L’adoption d’un nouveau code minier en 2003 a impulsé un dynamisme nouveau à la valorisation des ressources minières et des substances de carrières qui s’est traduit par le lancement des travaux de construction de cinq mines d’or… La vitalité du secteur secondaire provient de l’émergence et de l’expansion de l’industrie extractive malgré la crise financière internationale. Le Gouvernement a porté un grand espoir à l’industrie extractive ce qui a bien justifié les mesures d’amélioration de l’environnement des affaires dans ce secteur et son adhésion à l’initiative pour la Transparence des Industries Extractives. Les résultats sont bien tangibles. Le Burkina Faso avec une production d’or de 5 500 kilogrammes fait désormais partie de la famille des pays miniers. Cette position devra encore s’améliorer avec l’achèvement des travaux de construction de deux autres importantes mines d’or. Mais il n’y a pas que l’or, il y a aussi le manganèse de Kiéré dans le Tuy et le Zinc de Perkoa dans le Sanguié et bien d’autres réalisations :
-la mise en place de 14 MW de capacités additionnelles de production thermique;
- la mise en œuvre de l’approche multisectorielle dans le domaine de l’énergie (étude);
- l’élaboration de la stratégie d’électrification rurale. D’autres sont en instance de démarrage et concernent entre autres :
*la vulgarisation d’environ 100 000 foyers améliorés par an ;
*le renforcement du cadre institutionnel du secteur et formation du personnel
- le renforcement de la ligne de transport d’électricité Kompienga-Bagré-Ouaga
- la Recherche sur les biocarburants ;
- la réalisation de la pré-électrification de 60 localités par système solaire photovoltaïque ;
- le raccordement des centres isolés au réseau national unifié ;
- L’exploitation des mines d’or d’Inata, d’Essakane, de Kalsaka et de la mine de manganèse de Kiéré
A cela, il convient d’ajouter plusieurs projets en recherche de financement dont les plus importants sont le projet de promotion de l’énergie solaire, micro barrages hydroélectriques, autres sources d’énergie renouvelables pour l’électrification rurale, et ceux de l’interconnexion avec le Nigéria et le Ghana.
Au regard de tout ce qui précède, on peut dire que sur le plan du développement socio-économique, le Burkina Faso est sur la bonne voie, malgré un contexte international difficile marqué par des crises de tous ordres. Le niveau de développement atteint par le Burkina Faso est, sans conteste, la preuve que le bilan de 50 ans d’indépendance ne saurait être négatif. Il appellera certainement les uns et les autres à plus d’efforts et d’engagement pour l’objectif commun actuel, c’est-à-dire faire du Burkina Faso un pays émergent.o

Ben Alex Béogo

 

Diversité culturelle
Ciment de l’unité de la nation

Le Burkina compte plus d’une soixantaine de communautés et autant de langues. Cette différence donne naturellement lieu à des diversités de visions, de valeurs, de croyances, de pratiques et d’expressions qui méritent chacune respect et dignité. C’est cette diversité qui fonde le ciment de la nation et fait du pays un havre de paix, de stabilité, et d’hospitalité.

La culture est l’ensemble des traits distinctifs spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social. La culture englobe, outre les arts et les lettres, les façons de vivre ensemble, les systèmes de valeur, les traditions et les croyances. Respecter et faire respecter la culture relèvent donc de droits de l’Homme.

La diversité culturelle implique par ailleurs le respect des libertés fondamentales, dont la liberté de pensée, de conscience, de religion, la liberté d’opinion et d’expression, la liberté de prendre part à la vie culturelle de son choix, entre autres. Au Burkina, cette diversité est  la force motrice du développement. L’atout indispensable pour atténuer la pauvreté et parvenir au développement durable. Parler de diversité culturelle amène à s’interroger sur le sens de la « culture ».

Les actions, ferment de la diversité

Cet ensemble des traits distinctifs spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent la société burkinabè est renforcée par la « parenté à plaisanterie ». La parenté à plaisanterie est une pratique légendaire qui existe entre les ethnies, les clans et les individus de générations différentes. Elle permet aux communautés parents à plaisanterie de rire de tout. Aussi, cette pratique traditionnelle permet de calmer les tensions au sein des communautés.

La parenté à plaisanterie va au-delà des ethnies et des clans. Elle est aussi intergénérationnelle. Il existe des alliances entre l’oncle et le neveu et entre les grands-parents et leurs petits-fils.
En plus de cette particularité on peut citer un évènement culturel comme la Semaine nationale de culture (SNC). Elle est un cadre par excellence de l’expression de la diversité culturelle nationale. Pendant plus d’une semaine tout le pays dans sa diversité en matière de danse, de chant, de pratique culinaire, etc. tout ce que le pays a d’extraordinaire et de spécifique est exprimé au cours de cette semaine.

Ces hommes qui arrosent la culture
A côté de la SNC, il y a le Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO) où le Burkina accueille chaque deux ans des centaines de milliers d’artisans, de visiteurs, de professionnels venus d’Afrique et du monde partager l’art dans toute sa splendeur. On ne peut passer sous silence, le Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (FESPACO) qui est, aujourd’hui, le passage obligé de tous les cinémas de l’Afrique et de sa diaspora. D’autres évènements culturels, comme la FILO (Foire internationale du livre de Ouagadougou), etc., donnent au Burkina Faso le titre de terre naturelle de la culture.
Si le Burkina est une terre naturelle de culture, c’est que des hommes et des femmes se battent au quotidien pour que la culture, cette diversité culturelle, soit véritablement le ciment du pays. Sont de ceux-là, le président du Faso en tête qui a su, à travers la renaissance démocratique, donner une source d’inspiration au monde culturel du pays. Aux côtés du président du Faso, il y a des personnalités comme Mahamoudou OUEDRAOGO, ancien ministre de la Culture qui a impulsé une dynamique au secteur. Baba HAMA qui a, pendant une décennie, donné au Festival du cinéma africain ses lettres de noblesse. Le SIAO quant à lui a été dynamisé grâce au courage, au génie de Jean Claude BOUDA et de son équipe. Le secteur culturel burkinabè est le ferment du développement. Et pour l’ancien ministre Mahamoudou OUEDRAOGO : «La place de la culture est importante, non seulement au Burkina Faso mais aussi dans les autres pays du monde. Aujourd’hui, elle a une fonction incontournable dans le développement économique, ce qui a amené l’émergence de nouvelles disciplines.»

Frédéric ILBOUDO

 

 

 

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