ETRANGER : N°703 du 13 au 19 avril 2011

Côte d’Ivoire
Fin de règne pour GBAGBO

Après 12 jours de siège autour de la résidence présidentielle où il s’était retranché avec son épouse, quelques fidèles et des membres de sa famille, les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) créées par le nouveau président Alassane OUATTARA ont fini par déloger Laurent GBAGBO le lundi 11 avril 2011. Ainsi prend fin la crise postélectorale du 28 novembre 2010.

Tout était pourtant bien parti pour une issue paisible de l’élection présidentielle avec l’Accord politique de OuagadougouL’arrestation de Laurent GBAGBO et de son épouse Simone a créé des manifestations de liesses à travers de nombreuses capitales africaines. Le Premier ministre et ministre de la Défense de Côte d’Ivoire, Guillaume SORO, a dès lors laissé entendre que c’est «la fin du cauchemar». "Après les mois horribles qu'a connus la Côte d'Ivoire, le pouvoir légitime, reconnu par la communauté internationale, va pouvoir s'installer. Enfin, après les malheurs qui l’ont frappé, ce pays va connaître la paix." Foi de Claude GUEANT, ministre de l'Intérieur de la France.
C’est un nouveau jour qui s’est levé, le lundi 11 avril 2011, pour la Côte d’Ivoire qui en réalité traverse une crise sociopolitique aiguë depuis l’arrivée de Laurent GBAGBO au pouvoir en 2000. Sa prise de pouvoir avait été faite de façon «calamiteuse», l’expression est de lui-même, et le Général Robert GUEI qu’il a fait chasser par la rue au terme de la présidentielle de 2000 l’avait qualifié de « boulanger » pour son trait de caractère d’homme prompt à la roublardise.

Le plus dur commence pour le nouveau président Alassan Dramane OUATTARA, tant les défis sont nombreuxAu pouvoir, très vite GBAGBO fera siens les thèses xénophobes secrétées par le concept d’Ivoirité à seule fin de tenir à l’écart celui qu’il voit comme étant une menace pour lui : Alassane Dramane OUATTARA. Une attitude qui se traduira par l’austracisation de toute une frange de la société ivoirienne notamment les habitants du Nord majoritairement musulmans et reconnus acquis à son rival.
Alors naîtra en réaction contre sa politique, une rebellion en 2002 qui s’attellera à le voir débarquer du pouvoir. Sauvé in extremis (tout le monde le pense) par l’intervention de la force Licorne française qui s’est interposée entre les belligérants, Laurant Koudou GAGBO rebondira en consolidant son pouvoir dans la partie Sud du pays qu’il contrôle. Mais plutôt que de jouer en homme d’Etat soucieux de la réconciliation et de la paix dans son pays, il se lancera dans la logique du chaos. Connu pour sa paranoïa, il va régner en véritable chef de guerre, réglant ses différends par le feu, mettant ses opposants en coupe réglée. Toutes les propositions de règlement de la crise qui secoue alors la Côte d’Ivoire seront rejetées du revers de la main par cet homme qui n’hésitait pas à renier ce que la veille il a accepté. Ainsi, Marcoussis en France, Bamako au Mali, Accra au Ghana, Pretoria vont voir défiler les protagonistes de cette crise ivoirienne que la communauté internationale va vouloir aider à parvenir à un accord définitif. C’était sans compter avec la mauvaise volonté de cet homme qui se voyait le nombril de la Côte d’Ivoire et investi d’un pouvoir que nul ne devait lui contester.

Ayant refusé d’accepter le verdict des urnes le coupe présidentiel débusqué dans son bunker se retrouve face à son destin. Triste fin de parcoursIl va jouer de roublardise pour retarder les échéances afin qu’on ne parvienne à l’instauration véritable du jeu démocratique dans son pays. Acculé de toutes parts et accusé à raison de ne vouloir pas donner d’espace de liberté à ses opposants, il va se retourner vers le président du Faso, Blaise COMPAORE, pour une médiation en 2007. Ce qui va aboutir à l’Accord politique de Ouagadougou (APO) qui va définitivement mettre fin à la guerre civile et baliser le terrain pour l’organisation de la présidentielle du 28 novembre 2010.
La mise en œuvre de cet accord a connu des situations de retournements au point que l’on a craint qu’il devienne un accord comme les autres, donc sans effet. Mais avec le doigté du médiateur, Laurent GBAGBO a fini par se soumettre à la sanction des urnes en acceptant d’organiser l’élection présidentielle. En la perdant au second tour face à son challenger Alassane OUATTARA, il refuse de céder le pouvoir. Ce qui a fait basculer le pays dans cette crise postélectorale qui s’est dénouée ce lundi 11 avril 2011 avec son arrestation.
Il faut dire que, même si le plus dur a été fait en réussissant à chasser GBAGBO du pouvoir qu’il usurpait depuis novembre 2010, le plus difficile reste à venir pour le nouveau président Alassane OUATTARA qui doit faire face à des défis immenses. Entre autres priorités : sécuriser le pays, rétablir l’économie, réconcilier les Ivoiriens.o

Drissa TRAORE