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la une du n739-741
La Une du n°739-741
DOSSIER : N°739-741 du 21 décembre 2011 au 10 janvier 2012

Affaire Justin ZONGO
Ce qui a mis le feu aux poudres

L’affaire Justin ZONGO, née d’un banal fait divers, a fini par prendre l’envergure d’une affaire d’Etat. Comme un feu de paille qui finit par embraser la savane, ce fait divers a fait basculer notre pays dans une spirale de violences par le feu avec des conséquences incalculables. Si aujourd’hui encore on continue de panser les blessures de ces instants de folie, on a grand espoir que le pire est vraiment passé.


Les faits
Le 16 décembre 2010, lorsque feu Justin ZONGO donnait une paire de gifles, enchaînée d’un coup de tête à Ami ZONGO sa camarade de classe, tous deux étaient loin d’imaginer que ce geste allait embraser le Burkina. Et pourtant, de cette altercation naîtra une flambée de violences sans précédent dans le pays des Hommes intègres. Cette banale altercation entre les deux élèves du collège Gesta-KABORE de Koudougou prenait une tournure inattendue. Ami ZONGO, devant l’incapacité des responsables du collège de faire entendre raison à Justin ZONGO, saisit la police d’une plainte contre son camarade. Elle entendait par là, voir Justin ZONGO rembourser les frais d’ordonnances occasionnés par la bagarre et les coups qu’elle a reçus.
L’officier de police Narcisse KABORE et ses hommes délivrent une convocation au mis en cause. Ce dernier ne répondra qu’à la 5ème convocation aux dires des policiers. Une amende lui fut infligée, et ordre lui est donnée de rembourser les frais d’ordonnances de sa camarade de classe Ami ZONGO. Justin ZONGO demande la permission pour aller réunir l’argent afin de faire face aux frais. Il quitte le commissariat de police. C’était le 17 janvier 2011.
Jusqu’au 2 février, Justin ZONGO n’a plus daigné passer au commissariat. A plus forte raison honorer ses engagements. L’officier Narcisse KABORE ordonne à ses éléments, les assistants Béma FAYAMA et Bélibé NEBIE d’interpeller Justin ZONGO, alors, en cours au sein du collège. Mais l’interpellation de l’élève ne sera pas facile. «Lorsque nous sommes arrivés au collège, Justin a commencé à se plaindre et à menacer. Comme force doit rester à la loi, j’ai voulu mettre de l’ordre et je l’ai giflé». Soutient, devant le tribunal, l’assistant Béma FAYAMA.
Embarqué au commissariat, Justin Zongo sera entendu, à nouveau, et mis au «violon». Sa mise au «violon» ne sera pas non plus aisée. «Il a opposé une résistance», dira l’assistant Bélibé NEBIE. Avant d’ajouter : «je l’ai supplié, mais comme il n’obtempérait pas et s’agrippait aux barres de la cellule, je l’ai poussé et sa tête a heurté les barres et il est entré». Sous le coup de 16h, le 2 février 2011, Justin ZONGO est libéré avec injonction de revenir s’acquitter des frais d’amende et d’ordonnances. Il reviendra, mais avec une plainte déposée chez le procureur du Faso près le tribunal de Koudougou pour coups et blessures. Par la suite, l’élève tombe malade. Il est ausculté dans plusieurs centres de santé avant de finir à l’hôpital de Koudougou où il décède, selon le diagnostic du médecin traitant, de méningite. C’était le 20 février 2011.
La suite on la connaît. Flambée de violences à Koudougou et ses localités voisines que sont Poa et Kindi avec son corollaire de morts, de blessés et de destructions de biens publics et privés. Les manifestants réclament justice pour leur camarade. C’est ainsi que, lentement mais sûrement, l’affaire Justin ZONGO embrase le Burkina. Après Koudougou, c’est au tour de plusieurs autres localités du pays de connaître les affres de la revendication par le feu. Des commissariats sont brûlés, des gouvernorats aussi. Les policiers sont vilipendés, traqués et chassés. Il en sera ainsi jusqu’à ce que les militaires prennent le relais. Le Burkina bascule dans une spirale de violences.
La justice dit le droit
L’Affaire Justin ZONGO, avant qu’elle soit enrôlée par la justice aura vraiment pesée sur l’ambiance sociopolitique au Faso. Elle aura entraîné le limogeage du gouverneur de la région du Centre-Ouest, emporté le gouvernement du Premier ministre Tertius ZONGO. Le mardi 23 août 2011, sous le coup de 12h 30, elle connaîtra son dénouement : le juge Ouarayo DOFINI, qui a dirigé le procès, donne le verdict. Les 3 policiers : l’officier Narcisse Roger KABORE, les assistants Belibi NEBIE et Bema FAYAMA, sont reconnus coupables d’avoir administré (directement ou non) des coups mortels sur la personne de Justin ZONGO. Ils écopent respectivement, selon l’article 329 du code pénal et au vu des circonstances atténuantes, des peines de 8, 10 et 10 ans d’emprisonnement ferme. Le silence de cathédrale qui avait gagné la salle d’audience au prononcé du verdit se mue en stupéfaction.
A la lumière des débats, si on est en droit de se poser la question de savoir si tout a été dit sur cette macabre affaire, on est cependant convaincu que les Burkinabè ne souhaitent «plus jamais ça» !r.

Frédéric ILBOUDO


Mutineries de la soldatesque

A peine les cendres des commissariats et autres gouvernorats brûlés par les élèves à travers le pays se refroidissaient, que les militaires entraient dans la danse. Motif premier de cette grogne de la soldatesque : un banal fait divers dont les militaires sont d’ailleurs coutumiers partout où se trouvent des casernes. Ce sera bien plus tard que les vraies motivations des soldats seront connues de tous après leurs rencontres avec le chef de l’Etat qui va initier celles-ci. Retour sur des moments indignes du Burkina.

Partie du Camp militaire Sangoulé LAMIZANA, la nuit du 22 au 28 mars 2001, la grogne des soldats va vite prendre l’allure d’une véritable mutinerie qui va se propager dans d’autres casernes de Ouagadougou et de l’intérieur du pays. Les militaires vont se transformer en de véritables vandales saccageant tout sur leur passage avec pour point de mire des domiciles de responsables militaires et politiques ainsi que des édifices publics et des commerces bien ciblés. Le peuple burkinabè ne comprenait que dalle dans ce comportement de certains éléments de son armée. Si la situation confuse prêtait à des supputations diverses, il aura fallu un communiqué du chef d’Etat-major général des Armées d’alors, le général Dominique DIENDERE, pour une explication sur ces faits jamais vécus au Faso. Substance du communiqué : «Le mardi 5 mars 2011, un verdict de justice à l’encontre de cinq (05) frères d’armes du Groupement central des armées (GCA) et de l’armée de terre (AT) a provoqué la colère des militaires des FAN. Ces derniers trouvant ledit verdict très sévère et injuste, au regard des motifs d’inculpation de leurs camarades, sont descendus dans la ville de Ouagadougou dans le courant de la nuit avec des armes et des munitions. La descente en ville a occasionné des tirs nourris tout au long de la nuit ayant provoqué quelques blessés par balles perdues et de multiples actes de vandalisme et de pillages perpétrés par certaines personnes sur divers commerces appartenant à des privés…».

Gestion scabreuse et surrenchère
Le communiqué ne s’attarde pas sur les motifs d’inculpation des cinq militaires jugés ; mais il ne pouvait en être autrement au regard de ceux-ci. En effet, «simple affaire de fesses» comme l’écriront certains journaux : un jeune homme soupçonné de courtiser la femme d’un des militaires est passé à tabac par ceux-ci. Roué de coups et blessé avec en sus une humiliation, puisqu’il a été mis en tenue d’Adam et Eve et contraint de traverser la ville dans cet état, le jeune homme porte plainte. La justice tranche et les cinq militaires sont reconnus coupables des faits d’outrage public à la pudeur, vol, complicité d’outrage public à la pudeur, complicité de vol. Ces militaires comme beaucoup de leurs compagnons d’armes se croient-ils au-dessus des lois de la République ? En tout cas c’est ce qu’ils ont donné à voir, eux qui sont coutumiers à tabasser les pauvres civils pour un rien et sans qu’il n’y ait rien. La Justice pour eux a osé ce qu’il ne fallait pas. Alors adviendra ce qui adviendra ! Les armes à feu, la force du militaire, trancheront de ce litige car il n’était pas question que les camarades aillent en prison comme de vulgaires… civils ! La suite, on la connaît et on a encore la chair de poule rien qu’à l’évoquer.
Cette seule motivation pouvait-elle conduire à ce qui s’est passé ? La suite des évènements montrera qu’il y avait anguille sous roche puisque les militaires vont égrener un chapelet de motifs de griefs contre leur hiérarchie et des exigences qu’ils attendent de l’Etat.
Il faut dire qu’au départ du mouvement, le commandement militaire et le gouvernement ont semblé surpris de ce qui se passait. Comme traînée de poudre, la mutinerie gagnera toutes les casernes du pays et pire, elle s’est répétée à Ouagadougou avec la sortie du Régiment de sécurité présidentiel (RSP). Toutes choses qui ont démontré les limites des services de renseignement de l’Armée que d’aucuns ont jugés incompétents ; à moins que... Il aura fallu que le président du Faso, lui-même, rencontre les mutins, pour que les armes se taisent le temps que celui-ci les écoute.

La reprise en main des choses
A partir de la rencontre du 31 mars avec les 145 représentants des hommes de rang, les armes se sont tuent, le couvre-feu a été levé. Toutes choses qui montrent que cette initiative du premier magistrat du pays est l’aveu d’impuissance de ceux à qui il a confié des missions. Malheureusement l’accalmie ne sera que de courte durée. Et pour cause, les 15 et 16 mai, le RSP reprendra le flambeau de la bêtise. Ce qui va déclencher une autre contagion. Les garnisons militaires de Dédougou, de Dori, de Kaya et de Tenkodogo rentreront dans la danse pour le festin macabre du 29 au 30 mai 2011. Pour dit-on revendiquer des indemnités indues de logement. Pour apaiser la situation le nouveau gouvernement de Luc Adolphe TIAO, qui en début mai a remplacé celui de Tertius ZONGO, emporté par cette situation, multiplie les mesures d’apaisement. Il accède à toutes ou presque toutes les revendications des militaires. Mais rien n’y fit. A Bobo, les choses se compliquent et les revendications deviennent de plus en plus fallacieuses. Aussi, le vendredi 3 juin 2011, le gouvernement se verra, obligé de diligenter une expédition punitive exécutée avec brio et professionnalisme par des éléments du Régiment para commando (RPC) de Dédougou, du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) appuyés par ceux de la Gendarmerie nationale pour mettre fin aux agissements peu recommandables des mutins, faisant 6 morts parmi les séditieux et une fillette de 14 ans fauchée par une balle perdue, une trentaine de blessés (dont de nombreux civils). A partir de là, les choses iront plus vite. Des militaires ont été mis aux arrêts. Quelques semaines plus tard, le nouveau chef d’Etat major général des armées, le général Honoré Nabéré TRAORE, au cours d’une conférence de presse, annonce la radiation, avec poursuite judiciaire pour certains, de plus de 500 militaires. Les plus hautes autorités du pays mettent du même coup de l’ordre au sein de l’Armée. Blaise COMPAORE prend le porte-feuille de la Défense. Des têtes tombent. En moins de six mois, tous les Etats-major, même celui de la Police nationale ont changé de chef. L’Armée est en train de renaître. Une armée dans laquelle la discipline, élément fondamental de toute armée, sera respectée.

Frédéric ILBOUDO

 

Dialogue social
De nombreux acquis


De l’apaisement de la crise sociopolitique à la quête du bien-être des Burkinabè, le dialogue social a prévalu tout au long de cette année 2011. La rencontre annuelle gouvernement-syndicats, la tenue du Forum national des jeunes ainsi que les rencontres des ministres avec les forces vives des différentes régions, on peut dire que les échanges entre les gouvernants et les acteurs sociopolitiques ont porté fruit.

Soungalo OUATTARA, ministre de la Fonction Publique, du du Travail et de la Sécurité SocialeLe Burkina Faso reconnu pour sa culture de dialogue n’a pas manqué à la tradition cette année. On ne le dira jamais assez, les crises se nourrissent de la non-existence de dialogue. Elles naissent souvent de sa rupture ou de sa mauvaise gestion. On a toujours en mémoire que l’onde de choc dans l’affaire Justin ZONGO est en partie liée à un problème de dialogue. Le gouvernement de Luc Adolphe TIAO a donc fait du dialogue social une de ses priorités dès sa mise en place. Ainsi, des équipes gouvernementales ont sillonné les 13 régions du pays pour échanger avec les forces vives autour de leurs préoccupations de l’heure. Le premier ministre lui-même n’était pas en reste. Par ailleurs, l’amélioration des conditions de vie des jeunes à travers leur employabilité a également fait l’objet de dialogue social. En effet, la tenue du 6e Forum national des jeunes, du 1er au 3 décembre 2011, a été une véritable tribune pour s’enquérir des préoccupations de la jeunesse. Le gouvernement a pris de nombreuses mesures dont le renforcement des fonds d’investissements destinés à l’entreprenariat, un programme spécial pour réduire le chômage d’au moins 1% d’ici à 2014.

Si les négociations gouvernement-syndicats constituent un véritable cadre de négociations pour mieux répondre aux préoccupations de l’heure du monde du travail au Burkina, elles ont permis, en 2011, d’acquérir de nombreux acquis sociaux dont une augmentation de 5% des salaires pour les travailleurs du public. Ces négociations qui se sont tenu les 4, 15 et 29 novembre 2011 pour la 6e fois consécutive depuis 2005 ont pour le moins été à la hauteur des attentes. Cette année, même si ce n’est pas le père Noël, on peut dire que les syndicats ont obtenu de nombreux acquis à l’issue de ces négociations avec le gouvernement. Sur environ 44 points de revendication, le gouvernement a pris 23 engagements dont une augmentation générale de 5% des salaires pour compter du 1er janvier 2012 et la généralisation des indemnités de logement et de sujétion à tous les agents de la Fonction publique pour compter du 1er octobre 2011. jhLe gouvernement s’est aussi engagé à solder les avancements 2010 et 2011 au plus tard au 2e semestre de l’année 2012. Les négociations ont également permis d’instituer une rencontre de travail regroupant le comité inter ministériel de détermination des prix des hydrocarbures et les organisations syndicales au premier semestre 2012 autour de la structure des prix des hydrocarbures. Il faut dire que ces séances de négociations institutionnalisées constituent un moment privilégié de dialogue social pour trouver des solutions idoines à certaines préoccupations du monde des travailleurs. Elles permettent, sans nul doute, aux acteurs de s’accorder sur un minimum tenant compte des réalités du pays et du moment ; et alors, de favoriser la bonne gouvernance et un climat social apaisé. De l’avis des deux parties, les échanges se sont passés dans une ambiance sereine et cordiale. Ce qui permet de raffermir les liens entre le gouvernement et le monde du travail. Du reste, c’est dire que le dialogue social est une vertu qui fait toujours ses preuves.

Drissa TRAORE

Réformes politiques
2011, une année charnière

Comme toute œuvre humaine, la démocratie Burkinabé est loin d’être parfaite. Il est d’ailleurs illusoire de penser que la perfection existe en la matière. C’est pourquoi, quand la situation l’exige et le législateur l’ayant prévu, il faut y apporter les réformes nécessaires afin de corriger les aspects qui paraissent en déphasage avec le contexte et les aspirations politiques du moment. C’est justement dans cette dynamique que le Président du Faso, depuis décembre 2009, n’a eu de cesse d’appeler les Burkinabè de tous bords à la réflexion pour qu’ensemble nous puissions donner un autre souffle à notre démocratie, en tenant compte de nos réalités socioculturelles. D’où l’idée des réformes politiques lancées en 2009 à Ouahigouya, chef-lieu de la région du Nord.

Le 11 décembre 2009, à l’occasion de la commémoration de l’anniversaire de l’Indépendance de notre pays, le chef de l’Etat, Blaise COMPAORE, lançait un appel à ses concitoyens pour des réflexions sur notre processus démocratique. Il disait : «La construction de la démocratie et de l’Etat de droit est une œuvre de longue haleine qui exige de nous, un esprit d’ouverture et le respect de l’autre. A ce titre, j’invite l’ensemble des citoyens à approfondir les réflexions sur les réformes politiques indispensables à l’enracinement dans notre société des valeurs de démocratie et de citoyenneté responsable». L’objectif de cette adresse était que les composantes du peuple burkinabè se penchent sur l’état institutionnel et politique du pays afin que des innovations y soient apportées pour mettre le Burkina Faso en phase avec son environnement régional, voire mondial, en matière de démocratie et d’état de droits. Bien avant l’appel du Président du Faso, on se souvient que dans les années 2000, suite à la crise consécutive à l’Affaire Norbert ZONGO, le Collège de sages avait proposé une série de réformes politiques qui ont eu pour conséquences le renforcement de certaines institutions comme l’Assemblée nationale qui jusque-là était considérée comme «monocolore». Ainsi, suite à ces réformes politiques, l’opposition a pu se tailler plusieurs sièges à l’Assemblée nationale. C’est pour dire qu’en démocratie rien n’est figé et rien n’est définitivement acquis. Convaincu de ce fait, le président du Faso s’inscrira dans la dynamique des réformes et invitera le peuple burkinabé à en faire autant à travers des propositions. Mais comment recueillir et capitaliser toutes les propositions et aspirations des Burkinabé ? Pour répondre à cette question, le président du Faso, une fois de plus prendra le devant de la scène en créant un ministère chargé des réformes. Comme si cela ne suffisait pas, il mettra en place par la suite le Conseil consultatif sur les réformes politiques (CCRP). Il n’est pas inutile de rappeler que bien avant cet engagement et cet appel présidentiel pour les réformes politiques, certains partis politiques et des acteurs de la société civile souhaitaient vivement des réformes. Parmi ces partis, on peut citer, entre autres, l’UNDD de Me Herman YAMEOGO qui ne ratait aucune occasion pour faire des propositions de réformes et appeler à un pacte transversal. Le RDBEF de Ram OUEDRAOGO, lui, ne jure que par la justice transitionnelle, exaltée d’ailleurs à la Haye au Pays-Bas par le président du Faso. Quant à la société civile, elle appelait également aux réformes politiques et ne cessait de remettre en cause la CENI dans son «fonctionnement actuel». C’est dire qu’un consensus se dégageait sur la nécessité des réformes politiques. C’est dans un tel contexte que le CCRP va commencer ses premiers pas non sans difficultés. Il évoluera entre «les pro et les anti-CCRP». Convaincus qu’en démocratie, et comme le président du Faso l’a dit, «le respect de l’autre», le droit d’avoir son opinion même contraire est reconnu et même exalté, le Dr Bognessan YE, le Parton du CCRP et ses collaborateurs et tous ceux qui ont décidé de prendre le train des réformes ne se laisseront pas «ébranler» et ce malgré les thèses contraires plus ou moins pertinentes de certains acteurs politiques et de la société civile. Ainsi, débutés en juin et poursuivis en octobre 2011 à travers les Assises régionales, les travaux du CCRP prendront fin le 9 décembre dernier en présence de l’initiateur, le Président du Faso. Plusieurs mois de durs labeurs accoucheront de décisions consensuelles et non consensuelles. Celles consensuelles, foi du Président du Faso, connaîtront une mise en œuvre diligente dès 2012. Celles non consensuelles feront encore l’objet de discussions et de propositions, l’essentiel étant d’arriver à des décisions qui ne sont pas contraires à la Constitution, la loi fondamentale. 2011 aura été, sans doute, une année difficile sur tous les plans, mais aussi une année charnière vers des réformes politiques à même de renforcer notre démocratie. Vivement 2012 pour leur application.

Ben Alex BEOGO

Boum du secteur minier
Pour que l’or brille pour tous

En l’espace de quelques années, le Burkina Faso est devenu un pays minier. Or, zinc, manganèse et autres minerais sont extraits ou en cours et des efforts sont déployés pour que ces «dont de la nature» profitent à tous les Burkinabè en commençant par les populations hôtes des différentes mines. Elles dont l’environnement immédiat est affecté par les travaux d’extraction. En effet, qui dit mines doit parler environnement, un couple inséparable et dont la gestion n’est pas chose aisée. C’est pourquoi le gouvernement et des acteurs de la société civile sont sur la brèche pour que l’intérêt économique ne mette pas le voile sur les préoccupations écologiques et le bonheur des populations.

«Le secteur minier est devenu l’un des piliers majeurs de notre économie. Il est une importante source de croissance et de devises. Il connaît un véritable essor depuis 2003, avec la mise en vigueur du nouveau code minier. Il contribue pour prés de 8% au produit intérieur brut (PIB) et en termes de recettes d’exportation, le premier produit actuellement (62% de recettes d’exportation)». Ces propos sont du Premier ministre Luc Adolphe TIAO dans sa Déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale, le 20 octobre 2011. En outre, on peut retenir, selon le Groupement Professionnel des miniers du Burkina (GPMB-2009), que le Burkina Faso a un excellent potentiel dans le domaine de l’or, du Zinc, du manganèse et plusieurs autres minéraux. Il est situé entre le Ghana et le Mali qui sont respectivement les 2e et 3e producteurs d’or en Afrique derrière l’Afrique du Sud. Ce potentiel, toujours selon le GPMB, est présent dans l’ensemble du pays. La situation minière du Burkina Faso peut être résumée ainsi qu’il suit, selon le ministère des Mines des Carrières et de l’Energie (2008) : Or : ensemble du territoire, Diamant : indices dans les alluvions et les roches ultrabasiques ; Zinc : gisement de sulfures massifs de Perkoa, 6 millions de tonnes de minerais à 18% de Zn et 20g/t de Ag ; Manganèse : gisement de Tambao, 19 millions de tonnes de minerais à plus de 52% de Mn. Autres substances : Nickel, cuivre, phosphates plomb… L’or est même devenu le premier produit d’exportation du Burkina Faso. Des mines en exploitation ou en construction, on peut retenir, entre autres, Tarpako, Youga, Mana, Kalsaka, Inata, Essakane… A côté, on compte plus de 300 sites d’exploitation minier artisanale à travers le pays. Enfin, le Burkina Faso a adhéré à l’Initiative sur la transparence dans les industries extractives (ITIE) depuis 2007, et obtenu le statut de «pays candidat» à l’ITIE, en mai 2009. Un pas de plus vers le label de «pays conforme» à l’ITIE. Et c’est justement pour toutes ces raisons que le développement minier a été identifié par le gouvernement du Burkina Faso et la Banque Mondiale comme un des axes principaux du développement. La Banque Mondiale et le Burkina Faso ont d’ailleurs signé en août 2011 un accord de financement d’un projet d’appui au développement du secteur minier (PADSEM). Un développement minier qui doit donc se faire de manière responsable, transparente et durable.

Le gouvernement en action, la société civile aussi…
Face à ce boum minier, les initiatives se développent tant au niveau du gouvernement qu’au niveau de la société civile. Le secteur de l’or mobilise la société civile qui souhaite vivement que l’exploitation se fasse de manière responsable et transparente au profit des communautés et du Burkina Faso. «Publiez ce que vous payé, l’or doit briller pour tous…, tels sont, entre autres, les différentes interpellations des acteurs de la société civile. En sus, les communautés locales où sont implantés les sites miniers ne veulent pas être des «acteurs passifs» de l’exploitation minière. Des voix s’élèvent pour la prise en compte des jeunes dans les emplois sur ces sites et cela avec juste raison. Au niveau des sociétés minières, pour la prise en compte des différentes revendications, on s’organise également. Du Groupement professionnel des miniers du Burkina Faso on est passé à l’avènement de la Chambre des mines dirigée par un acteur bien connu du domaine, il s’agit de M. Elie OUEDRAOGO, le Directeur National de SEMAFO. En outre, il est prévu par le gouvernement, la relecture du Code miner pour tenir compte des nouvelles réalités du secteur, la lutte contre la pauvreté par l’obligation de chaque société minière d’affecter un pourcentage de ses profits en faveur de projets de développement au bénéfice des populations environnantes, la mise en place d’un guichet unique, la promotion d’une meilleure participation des collectivités territoriales à la gestion minière, la lutte contre la fraude… Pour que l’information et la communication contribuent à la transparence et au développement du secteur minier au profit de tout le Burkina Faso, une initiative privée de création d’un magazine spécialisé d’information et d’analyses sur les questions des mines, de l’énergie et de l’environnement est même en projet.
Bref, la mobilisation est générale et chaque acteur doit pleinement jouer sa partition pour que l’or burkinabé profite à tous et à chacun. Un défi de taille qui peut être relevé, et ce n’est pas le ministre des Mines, de l’Energie et des Carrières M. Salif Lamoussa KABORE, qui dira le contraire, lui qui, depuis sa prise de fonction, parcourt tous les sites pour prêcher les exigences du gouvernement qui sont, entre autres, la transparence, l’investissement dans les zones d’interventions des mines, la protection de l’environnement, la création d’emplois pour les jeunes, le respect des textes en vigueur…

Ben Alex Beogo

Campagne agricole
Déficitaire mais perspectives heureuses

Dame nature n’a pas été généreuse pour le Burkina cette année. La pluviométrie a été pour le moins en deçà des attentes. Ce qui a éprouvé le déroulement de la campagne agricole entrainant des récoltes peu abondantes. Aussi l’Etat a-t-il mis en place un plan de riposte pour faire face à la crise alimentaire.

Un champ de maïsExcédentaire en 2010, la campagne agricole n’est pas au mieux de sa forme cette année 2011. L’arrivée tardive des pluies a fait que la plupart des paysans n’ont pu emboîter le pas de la campagne. Globalement, on note un cumul pluviométrique déficitaire par rapport à 2010, avec des poches de sécheresse dont la durée varie d’une région à l’autre et un arrêt précoce des pluies dans certaines localités. Les poches de sécheresse ont concerné notamment les régions du Nord, du Sahel, du Centre-Nord, de l’Est, du Centre-Ouest et du Centre-Est. Selon le rapport du Comité de prévision de la situation alimentaire du ministère en charge de l’Agriculture (CPSA), l’installation de la campagne ayant entraîné environ 50 % de semis tardifs a provoqué un retard dans l’évolution normale des cultures, avec comme conséquence une baisse des rendements. Cette situation a été exacerbée par l’arrêt précoce des pluies dans certaines localités qui a entraîné la destruction complète des cultures. Ainsi, pour cette campagne 2011-2012, la production céréalière est estimée à 3 822 882 tonnes : mil : 905 637 tonnes ; sorgho : 1 63 3 759 tonnes ; maïs : 992 708 tonnes ; riz : 274 840 tonnes ; fonio : 15 938 tonnes. Au regard de ces données, on estime la baisse de la production de 1,04 % par rapport aux cinq dernières années. Les performances de productivité ont évidemment varié d’une province à une autre. Ainsi sur les 45 provinces, il n’y a que 14 qui sont en situation excédentaire. 17 provinces sont déficitaires et les 14 autres présentent un état d’équilibre.
La production céréalière est pour le moins déficitaire avec un manque à gagner de 31 649 tonnes. Et la situation alimentaire et nutritionnelle est un peu menaçante. On estime à 58,4% le pourcentage des ménages au niveau national qui ne seraient pas en mesure de se nourrir convenablement. Quant à la précarité alimentaire, elle pourrait toucher 30% des ménages agricoles. De l’avis du CPSA, les perspectives alimentaires seront bonnes dans le court et moyen terme mais seraient difficiles à long terme pour les ménages démunis et il est probable que les prix des produits soient en hausse dans les mois à venir. Ainsi, les populations de quelques communes risquent d’être durement éprouvées pendant la période de soudure. Il s’agit spécifiquement de 146 communes soit plus de 41 % de l’ensemble des communes, réparties dans 28 provinces et 10 régions.
Face à cette situation critique, l’Etat a pris des dispositions idoines. Ainsi, un «Plan opérationnel de soutien aux populations vulnérables aux crises alimentaires et feuille de route pour l’élaboration d’une politique nationale de sécurité alimentaire» est mis en place. Dans le cadre de ce plan de riposte, il y a déjà 6 milliards de FCFA qui sont débloqués pour une opération de collecte d’urgence de céréales afin de permettre à la SONAGESS de procéder à des ventes à prix modérés et de distribuer gratuitement les céréales dans certaines localités quand la situation l’exige. Il est également prévu des appuis importants pour la culture de contre-saison.

Drissa TRAORE

Gouvernement TIAO
Mission accomplie !

Nommé le 18 avril 2011 suite à la crise sociale meublée de manifestations tous azimuts d’élèves, étudiants, militaires, commerçants, enseignants et autres, Beyon Luc Adolphe TIAO a rendu public, les membres qui composent le gouvernement actuel, le 22 avril. Le nouveau gouvernement constitué de 29 ministres ira vite au charbon pour apaiser une situation qui n’avait que trop éprouvé les Burkinabè : la mission était donc claire.

«Quand ça devient dur d’avancer, ce sont les durs qui avancent», disait le Président américain, John Fitszerald KENEDY. Si à cela s’ajoute cette conviction du non moins célèbre Président du Faso, Thomas SANKARA selon laquelle «Là où s’abat le désespoir des vaincus, s’élève la détermination et la victoire des convaincus», il y a lieu de reconnaître que Luc Adolphe TIAO et son équipe auront été résolument un gouvernement de mission, comme il l’avait lui-même dit, qui n’avait pas droit de faiblir encore moins faillir. Surtout que son avènement s’était fait dans les conditions que l’on connaît et que sa composition prêtait à conjonctures. En effet, que n’a-t-on pas dit sur eux ? Quel pronostic défaitiste n’a-t-on pas émis, à leur endroit, rendant l’horizon du possible de plus en plus lointain quand ce n’est pas que, pour certains,il finirait par s’assombrir. Mais contre toute atteinte et loin de tout propos apocalyptique, LAT en communicateur, avançait, succès après succès, victoire après victoire.
Loin de toute prosodie, comme cela pourrait le sembler, qui traduirait une quelconque admiration, c’est en œil observateur, et observateur de proximité que nous avons pu voir LAT à la tâche. Sur le terrain, en province, dans les villages, les concessions, face aux forces vives de nombre de régions, de catégories socioprofessionnelles, les syndicats ; face aux partenaires techniques et financiers, parrainant toutes les initiatives susceptibles de ramener la paix, la cohésion, la confiance,… le Premier ministre et son équipe auront passé des heures et des heures à écouter et à parler, bref à échanger avec tous pour comprendre les uns et les autres et faire comprendre l’Etat à tous. Et, pour recoller les morceaux du vase de la confiance du peuple cassé, le gouvernement n’a pas manqué de réparer diligemment les torts causés par des Burkinabè à d’autres Burkinabè au nom ou par défi de l’état : indemnisation des commerçants victimes des pillages de la soldatesque, baisse des prix des denrées de premières nécessités, a purement des dettes de l’Etat, poursuite du dialogue social, prise en compte des préoccupations des élèves et étudiants, intégration de certaines indemnités aux salaires de certains fonctionnaires. Les actions vont se poursuivre tous azimuts dans tous les secteurs d’activités : écoute des agriculteurs et baisse des prix des intrants, résolution de la crise de la production cotonnière… Au même moment, se révisaient des habitudes installées dans l’Administration étatique avec par exemple la réduction du train de vie de l’Etat, la compression des départements ministériels. La liste des actions est longue. Celle des succès aussi. Si la tension a baissé, il faut le reconnaître, c’est grâce à cette équipe gouvernementale et surtout à son chef, LAT, que le Président du Faso a eu la lumineuse inspiration d’appeler lorsque tout brûlait pays des Hommes intègres ou presque. Luc le «pompier», le mot n’est ni fortuit, ni gratuit. Comme il l’avait dit lui-même, il a essayé, et il a réussi. Sa mission première a été accomplie. Le plus dur reste cependant à faire : «enrayer la pauvreté». S’adressant aux Burkinabè lors de la présentation de la situation de la nation, il n’avait pas fait de concession, félicitant le gouvernement passé là où il le méritait et, appelant l’ensemble des Burkinabè à l’union, à la construction à l’unisson. La construction, il s’y est mis une semaine après cette adresse. La déclaration de politique générale aura été l’occasion pour lui de déballer les grandes axes pour, de façon irréversible, enrayer la pauvreté. Pour cela, avant de poursuivre, dans bien de domaines, il est prévu des états généraux pour ensemble tirer les leçons et repartir de plus belle. A.L.T. ne cesse, dans ce sens, de dire que l’Etat providentiel, c’est fini ; il faut en lieu et place, que chacun mette du sien et n’attende plus tout de l’Etat. Bien sûr, il a sa partition à jouer, et lui promet de la jouer, mais, au finish, le citoyen doit lui aussi pour son propre bien des efforts être plus regardant et plus soucieux du bien commun en n’allant pas à contre pied de son Etat en cassant ou en restant inerte, attendant que celui-ci passe tout à sa place, y compris son bonheur. Comme il l’a dit à Léo : «Il faut voir désormais le projet dans sa forme intégrale possible». C’est la preuve qu’il a la juste mesure de sa mission. Celle de construire avec le peuple. A chacun donc de mettre la main à la pâte.

Wendpouiré Aristide OUEDRAOGO

 

La Mondialisation en question

Révolution de jasmin en Tunisie, insurrection populaire en Egypte, mouvement des indignés en Europe et aux U S A, printemps démocratique en Côte d’Ivoire…, au-delà de la quête de liberté que sous-tendent ces «sautes d’humeur», il faut voir derrière celles-ci, la volonté de tous les opprimés de la terre de mettre fin à la mondialisation ultralibérale qui a cours depuis la chute du Mur de Berlin avec cette financiarisation extrême de l’économie mondiale qui appauvrit chaque jour davantage les plus pauvres.

La crise des «subprimes» intervenue aux Etats-Unis courant 2008 et qui avait eu des répercussions jusqu’en 2009-2010, nous avait déjà donné un aperçu de l’âpreté pour ne pas dire de «l’impitoyabilité» atteinte par le système économique mondial tel que pensé et mis en application par les marchés financiers devenus les nouveaux maîtres du monde devant la faillite des Etats endettés jusqu’au cou et incapables de jouer conséquemment leur rôle de régulateurs des tensions sociales. C’est ainsi que des milliers de ménages américains incapables de faire face à leurs traites notamment dans le domaine de l’habitat, avaient été laissés à eux-mêmes par l’Administration américaine ce qui avait valu à la plupart d’entre eux d’être dépossédés de leurs maisons provoquant un psychodrame dans un pays où la propriété privée est sacrée. C’est que l’Administration américaine ne pouvait faire autrement, plombée qu’elle était (et qu’elle est toujours) par une dette abyssale, résultant de la mise en œuvre de la politique belliciste et aventureuse de l’Administration Bush qui avait opté d’investir l’Irak et l’Afghanistan au lendemain des attentats du 11 septembre 2011, pour combattre le terrorisme alors qu’il eut été mieux, selon tous les analystes éclairés, de privilégier le renseignement en collaboration avec les pays amis de la région (Pakistan, Inde…) pour atteindre des résultats probants, même si par ailleurs, les services de renseignements pakistanais étaient infiltrés par Al QAIDA .Toujours est-il que cette diplomatie du canon a mis à genoux l’Oncle Sam qui est devenu depuis, l’obligé de Pékin qui détient la plus grosse part de sa dette sous la forme de bons du trésor américain. Barak OBAMA qui a hérité du fardeau, tente de remettre de l’ordre dans la maison, mais, il en faudra du temps pour rééquilibrer les comptes, surtout que dans le même temps, Pékin a mis à profit ces errements de Washington, pour investir les marchés asiatiques jadis chasse gardée des Américains et désormais consommateurs frénétiques du «made in China» pour les produits de consommation courante tels que le textile et l’électroménager. Ce n’est donc pas demain la veille que les Américains rattraperont leur retard du à l’aveuglement des «néocons» qui conseillaient Bush fils, surtout que les Chinois sont par ailleurs en train de combler leur retard dans le domaine de la technologie «hi-Tech». On comprend dès lors le «spleen» des couches moyennes américaines incapables de satisfaire leurs besoins «basiques» et qui, à l’instar des indignés d’Espagne et de Grèce (en attendant ceux du reste de l’Europe) n’ont pas hésité à investir Wall-Street, symbole du système, pour manifester leur ras-le-bol devant cette paupérisation à laquelle elles n’étaient plus habituées depuis la fin de la Second Guerre mondiale. C’est dire que le siècle américain commencé en 1950 avec la mainmise sur l’Asie, l’Amérique latine et centrale au plan économique et commercial et le «contrôle» de l’Europe au plan économique tire inexorablement vers sa fin. Le soleil se lève désormais à l’Est, et, plus que les Américains, les Européens sont payés pour le savoir. En effet, le Vieux continent est entré dans une phase de récession durable miné par la montée en puissance de la Chine qui, non contente de la ravitailler en produits de consommation courante, est en train de lui tailler des croupières sur son domaine «réservé» africain. De l’Angola au Mali en passant par la R.D Congo et le Gabon, Pékin poursuit son «invasion» du berceau de l’humanité avec, il faut le dire, des méthodes qui, si elles ne sont pas orthodoxes, procurent plus d’avantages que les «bons vieux» contrats léonins européens.

Et l’Afrique ?
Une parenthèse pour dire que si le scrutin présidentiel congolais est actuellement remis en cause par les chancelleries occidentales, ce n’est pas leur foi en la démocratie qui les pousse à chercher des noises à KABILA, mais plutôt l’ire qui les habite depuis que ce dernier fait preuve de sinophilie trop poussée en concédant des marchés juteux à Pékin notamment dans le domaine minier au détriment des intérêts occidentaux. Du dépit donc plus qu’autre chose, mais, cette « querelle » ne devrait pas s’éterniser, car, une guerre civile au Congo n’arrangerait personne. Les Européens mettent la pression pour revenir dans le jeu, ce qui nous amène à nous interroger sur la place et le rôle que l’Afrique entend se donner dans ce nouveau monde qui se dessine. Réservoir de main d’œuvre avec le commerce du bois d’ébène qui l’a saigné de ses fils les plus valides, puis de matières premières avec la colonisation et la néo-colonisation et réceptacle des modes de pensée et de vivre de l’Occident, le continent le plus riche de la terre continue à se débattre dans une misère crasse. Il faut croire que ce n’est pas demain la veille qu’elle voudra secouer le joug, même si ce qu’on a appelé le printemps arabe vient donner quelques lueurs d’espoir aux afro-optimistes. Ce n’est, en effet, pas la quête de liberté uniquement qui animaient les manifestants tunisiens ou égyptiens, mais bien la volonté de briser ce joug imposé à travers des régimes fantoches, gardiens des intérêts occidentaux dans la région. Il suffit pour s’en convaincre, d’observer la suite de «l’histoire», avec le triomphe des partis dits islamistes, lors des scrutins qui ont suivi. Des partis qui reflètent les aspirations profondes des populations excédées par la morgue d’Israël qui régente la région avec l’aide de leurs propres frères. Nous assistons ici à la remise en cause de la version idéologique de la mondialisation à travers cette volonté du monde arabe d’être au centre de lui-même c’est-à-dire de sa culture. Une option qui devrait inspirer les Africains au sud du Sahara qui pour l’instant se complaise dans des combats d’arrière-garde chacun voulant se montrer bon élève de la démocratie à l’occidental alors qu’au révélateur de leur culture celle-ci est inadaptée. Conséquence, les conflits postélectoraux se multiplient alors que le vrai combat est ailleurs et consiste à notre sens à rompre le cordon ombilical monétaire qui empêche tout développement réel du continent. Avec la tempête qui souffle sur la zone euro, il serait illusoire de croire que nous sortirons indemnes en cas de dislocation (de plus en plus probable) de cette zone. Pour relancer sa «machine économique» la puissance tutélaire, la France, n’hésitera pas à nous «dévaluer» en dépit de la bonne tenue de nos fondamentaux. En l’espèce, 1994 est là pour nous rappeler qu’il n’y a pas de sentimentalisme en la matière surtout que ce sont les héritiers du «dévaluateur en chef» Edouard Balladur pour ne pas le nommer, qui sont actuellement aux affaires en France même si les sondages les donnent perdants en mai 2012. Comme l’a si bien dit Joseph Ki ZERBO, «en termes de prospective, trois impératifs peuvent faire prendre à l’Afrique un tournant qualitatif et positif : l’ancrage dans ses cultures, l’intégration africaine et l’Etat de droit. Telles sont les conditions fondamentales nécessaires et suffisantes pour un véritable redressement africain.» En dépit donc des avancées (?) démocratiques observées çà et là avec la Cote d’Ivoire en point d’orgue au cours de l’année qui s’achève, les intellectuels africains doivent être «au premier rang de la responsabilité citoyenne» en conjuguant nationalisme et panafricanisme, «binôme moteur de la renaissance africaine». C’est cela la réalité à laquelle nous devrons faire face avec courage et abnégation..r

Alpha YAYA

 

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