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la une du n739-741
La Une du n°739-741
EDITORIAL : N°739-741 du 21 décembre 2011 au 10 janvier 2012

Le vrais faux débats de 2011

En effet, comme on le disait si bien à une certaine époque de l’histoire de ce pays : «On ne mobilise personne en dehors de ses intérêts» ; les politiques en font l’amère expérience avec le désintérêt manifeste des populations pour la plupart des sujets sur lesquels ils s‘étripent actuellement. La preuve en est qu’ils se perdent en d’interminables débats sur des sujets dont l’opportunité est discernable et la pertinence à démontrer.

Pourtant ce sont tous autant des sujets de la plus grande importance et du plus grand intérêt. Par ailleurs, aussi curieux que cela puisse paraître, non seulement la mayonnaise ne prend pas, mais bien pire, au lieu de réduire les divergences, le débat conduit plutôt à des raidissements voire à un manichéisme qui refuse toute idée de consensus.

L’année 2011 a été incontestablement fort nourrie sur le plan du débat politique. Il n’y en a donc pas eu que pour les armes et la rue avec les mutineries et autres manifestations violentes qui ont marqué le quotidien des Burkinabé en début d’année. C’est vrai qu’elles avaient fait tant de boucan, au propre comme au figuré, qu’on ne s’entendait plus parler et qu’elles semblaient ouvrir une nouvelle page douloureuse pour ce pays présenté pourtant comme un îlot de paix sociale dans une sous-région sujette à des troubles divers. Il y avait plus d’une raison de le croire d’autant plus que rien ne permettait de penser autrement puisque la crise donnait l’impression de quitter le cadre strictement social dans lequel elle était née pour fédérer toutes les revendications, même celles des adversaires politiques du pouvoir. Mais, fort heureusement, on peut le dire, ceux qui avaient voulu s’en servir pour alimenter le débat et faire aboutir leurs projets politiques en seront pour leurs frais, signe évident si besoin en était encore, de la fracture profonde qui s’est faite entre les populations et les acteurs politiques dans leur ensemble.
En effet, si la crise dans ses différentes manifestations mettait à nu un déficit de confiance entre gouvernants et gouvernés poussant les seconds à user de moyens illicites pour se faire entendre, elle a aussi mis à l’indexe les autres acteurs de la scène sociopolitique (société civile et partis politiques de l’opposition) en refusant de se laisser cornaquer par ceux-ci lorsqu’ils ont tenté de le faire. Une situation paradoxalement grosse de tous les dangers puisque, dans la pratique, les populations se retrouvaient sans repères et se faisant susceptibles de succomber à toutes sortes de tentations et de manipulations. N’est-ce pas cela seul qui peut expliquer la violence et le caractère gratuit et inexplicable de certains actes posés par les manifestants ? Comment expliquer autrement les destructions de biens privés, les incendies de domiciles, les violences envers d’autres citoyens et surtout les viols et autres violences physiques infligées à d’honnêtes citoyennes et citoyens dont le seul tort aura été de se retrouver au mauvais endroit et au mauvais moment. Simples fatalités ? On peut et on doit en douter. C’est l’option faite par le Président du Faso qui, à force d’écoute, de propositions et d’actions, est parvenu à faire baisser la température puis à résorber la violence et enfin à remettre le pays dans le sens qui était le sien. On peut raisonnablement en déduire que la confiance est revenue de ce côté ou, à tout le moins, que la méfiance a quelque peu fondu. Cela au profit de tout le monde permettant au débat politique de reprendre le dessus même s’il lui reste encore à faire ses preuves.
En effet, comme on le disait si bien à une certaine époque de l’histoire de ce pays : «On ne mobilise personne en dehors de ses intérêts» ; les politiques en font l’amère expérience avec le désintérêt manifeste des populations pour la plupart des sujets sur lesquels ils s‘étripent actuellement. La preuve en est qu’ils se perdent en d’interminables débats sur des sujets dont l’opportunité est discernable et la pertinence à démontrer. Que ce soit l’article 37 de la Constitution, la place de la chefferie traditionnelle dans le jeu démocratique, l’utilisation de la biométrie pour l’enrôlement des électeurs, etc on a l’impression de débats entre initiés qui n’ont aucune prise réelle au sein des populations.
Pourtant ce sont tous autant des sujets de la plus grande importance et du plus grand intérêt. Par ailleurs, aussi curieux que cela puisse paraître, non seulement la mayonnaise ne prend pas, mais bien pire, au lieu de réduire les divergences, le débat conduit plutôt à des raidissements voire à un manichéisme qui refuse toute idée de consensus. Au total, on assiste à des débats de sourds, inutiles et à la limite nuisibles puisqu’ils poussent à lâcher la proie pour l’ombre.
En effet, que d’énergie, de temps et de moyens perdus sur ces sujets sans aucun espoir de parvenir à des conclusions opérationnelles ! Ils ont en plus le don d’aggraver la fracture entre les élites et les populations. Comment convaincre celles-ci de la pertinence du débat sur l’introduction de la biométrie qui coûtera entre 18 et 30 milliards de FCFA alors que d’une part on crie famine et que d’autre part ceux qui poussent à la roue pour cette solution disent eux-mêmes ne pas croire aux élections ? C’est à ne rien comprendre. C’est dire si 2011 a eu aussi ses vrais faux débat.

Cheick Ahmed
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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