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Meilleurs voeux 2009
Voeux 2009
AFFAIRE NORBERT ZONGO

Le rapport du Collège des sages
Les faits et les propositions

Le Collège des sages est une trouvaille «lumineuse», telle a été l'expression toute aussi lumineuse employée par un opposant politique lorsque le président du Faso, Blaise COMPAORE, suite à son message à la Nation du 21 mai 1999, décidait de la mise en place de l'institution pour œuvrer à la recherche de la paix sociale. L'opposant en question, n'avait pas tort. Et pour cause.

Mgr Anselme T. SANOU, président du Collège des Sages

En 1999, au-delà du fait que les marches du Collectif contre l'impunité se succédaient à un rythme effréné, il y avait incontestablement une sorte de rupture de confiance entre tous les acteurs sociopolitiques. Mais, en homme politique averti, Blaise COMPAORE attendait patiemment la moment propice pour prendre la parole. C’est dire que ce silence n'était rien d'autre que l’expression de la vertu qu'ont les grands hommes d'Etat qui prennent du recul avant de se prononcer ou d'agir. «Un peuple a toujours besoin d'un homme qui comprenne sa volonté, la résume, lui explique et le mène où il doit aller», disait Arthur de OBINCAR (1818-1882). C'est ainsi que ce 21 mai 1999, les Burkinabè écoutent avec grand intérêt Blaise COMPAORE dire et avec la solennité qui sied, dans son allocution à la nation: «...J'ai retenu vos attentes fortes et fondées pour l'examen des cas de crimes impunis, la réconciliation des cœurs et la consolidation de la paix dans notre pays. A cet effet, j'ai décidé d'instituer pour compter de ce jour, un Collège de sages comprenant des personnalités créditées pour chacune d'entre elles de vertus d'intégrité et de droiture morale... ce Collège passera en revue dans les meilleurs délais tous les problèmes pendants de l 'heure et proposera des recommandations à même d'emporter l'adhésion de tous les protagonistes de la scène politique nationale...».
Un signal fort venait ainsi d'être lancé et Blaise COMPAORE, en se mettant au dessus de la mêlée n'avait pour seul objectif que la paix sociale et la réconciliation des cœurs à une période où marches, meetings, actes de vandalisme étaient presque quotidiens.

Pas de répit pour les sages
Dès juin 1999, soit une semaine après l'adresse du chef de l'Etat, un décret mettait en place le Collège de sages et lui assignait 45 jours pour œuvrer à la réconciliation des cœurs et à la recherche de la paix sociale. A cette fin, le collège était chargé des missions suivantes :
-passer en revue tous les problèmes pendants qui sous-tendent la crise;
-proposer le traitement à réserver à tous les crimes impunis ainsi qu'à toutes les affaires d'homicide résultant ou présumées résulter de la violence en politique, pour la période allant de 1960 à nos jours;
-faire des recommandations susceptibles de promouvoir la réconciliation nationale et la paix sociale.
Les travaux du Collège de sages débuteront le 14 juin 1999 et se poursuivront sans désemparer 45 jours durant. Les sages ont pu recueillir les analyses, les recommandations et les suggestions de 41 organisations et instances de la vie sociale, politique et économique. Ainsi, les principaux partis politiques, le Collectif des syndicats, les Centrales syndicales, les organisations des droits de l'homme, les autorités religieuses et coutumières, tous se bousculeront devant les sages pour faire entendre ce qu’ils pensaient de la situation et les solutions qui selon eux seraient à même de sortir le pays de l’impasse.
Au total, 274 personnes dont 41 femmes ont été reçues par le Collège de sages. Toutes les auditions ont eu lieu du 28 juin au 18 juillet 1999. Un appel à témoin a même été lancé en direction de la population. A la date du 30 juillet 1999, le Collège recevait 231 fiches réparties comme suit:
-crimes de sang: 91
-crimes économiques: 81
-autres crimes (séquestrations, tortures, carrières brisées) : 49
Comme propositions issues du travail des sages pour la sortie de crise, on retiendra notamment :
-la réforme et la réorganisation de l'appareil judiciaire comme clef de voûte de tout le processus pour garantir son indépendance et son efficacité;
-la mise en place d'une commission ad hoc consensuelle chargée de la relecture de certains articles de la constitution et l'élaboration consensuelle de textes relatifs à la vie des partis politiques;
-la mise en place d'un gouvernement d'union nationale de large ouverture;
-la mise en place d'une commission vérité, justice pour la réconciliation.
Recevant le rapport le 2 août 1999, le président du Faso dira: «Il est de coutume, dans nos sociétés, de consulter les sages pour éclairer la prise de décisions consensuelles qui engagent l'avenir de tous… comme le dit l'Ecclésiaste, il est un temps pour tous les protagonistes de la crise de ramer résolument vers la concorde nationale et la paix». Le rapport a-t-il eu le temps d’être lu qu’il accouchait des décisions importantes et des actions concrètes qui ont permis à notre pays de retrouver la paix et la stabilité qui semblaient s'éloigner. A l'époque, quelqu'un avait dit que le Burkina revenait de loin. Il avait raison.

Que de controverses !

Dans l’ensemble, excepté les quelques opposants dits-radicaux, les Burkinabè ont dans leur immense majorité, salué la «trouvaille» du président du Faso mettant en place le Collège de sages et apprécié à leur juste valeur les résultats de ses travaux, propositions et recommandations y compris. Aucune œuvre humaine n’étant parfaite, l’essentiel n’était-il pas que la trouvaille serve véritablement à réconcilier les Burkinabè avec eux-mêmes ? En tout cas ce collège de Sages a évité au Burkina le pire.

Comme il fallait s’y attendre, c’est l’opposition radicale, à l’époque regroupée au sein du G14, qui est montée au créneau après le message du chef de l’Etat instituant le Collège de sages. Objectif de ce regroupement frontiste : saboter le processus de réinstauration de la paix sociale. Dans une déclaration parue dans la presse, il écrivait à ce propos : «… Après examen approfondi du message, le groupe du 14 février considère qu’il contient quelques concessions intéressantes mais mineures. Par contre les dérobades et diversions qu’on y relève visent à éloigner ou à évacuer les vrais problèmes ... Ainsi, la réouverture des campus et établissements secondaires, ainsi que la couverture sociale par souci humanitaire accordée aux veuves et orphelins de David OUEDRAOGO et de Norbert ZONGO et ses compagnons ne peuvent qu’être approuvées…».Si les mesures d’apaisement sont acceptées, la création du Collège de sages, elle, est mal accueillie. Certains de se demander «en quoi un Collège de sages peut-il intervenir dans la recomposition du paysage politique ?». Logique politicienne, surtout que l’on voyait en la nouvelle structure dite «lumineuse trouvaille de Blaise COMPAORE», ce qui allait aider à revigorer un pouvoir que l’on disait à l’agonie. Cependant, la grande majorité des Burkinabè plaçait l’espoir en ce Collège de sages qui devait diagnostiquer les maux du pays et proposer des démarches pour opérer la catharsis devant ramener l’harmonie et la paix au pays.
Après 45 jours de travail, il remettra ses conclusions au chef de l’Etat. Des conclusions qui ont presque fait l’unanimité. Certaines recommandations semblaient cependant faites pour contenter un camp. Etaient de celles-ci «la mise aux arrêts des personnes dont la responsabilité est déjà clairement établie dans l’affaire David OUEDRAOGO». Il en était de même de celle portant «mouvement interne du personnel des services de la justice suite à la crise de confiance qui pèse sur certains magistrats dans l’affaire Norbert ZONGO». En effet, pour certains professionnels du droit, les dossiers Norbert ZONGO et David OUEDRAOGO, étant en cours au niveau des juridictions interpellées, ils ne s’expliquent pas la recommandation des sages qui ne serait ni plus ni moins qu’un appel à l’immixion dans le travail de la justice qui est censée être libre. Une liberté que tous demandent à cor et à cris. Cette justice ne devrait donc pas se plier à des injonctions d’où qu’elles viennent. Recommander un tel fait au président du Faso, c’est tout simplement l’amener à faire entorse à la séparation des pouvoirs. Les sages avaient-ils le droit d’interférer dans des dossiers en cours à la justice ? En tout cas, pour certains observateurs, à travers certaines recommandations, ils voulaient contenter le Collectif contre l’impunité qui était devenu le maître de la rue avec ses marches, meetings et actes de vandalisme.
Bref, les analyses et autres critiques sur l’institution et son rapport n’ont pas manqué. Fort heureusement, l’essentiel a été fait suite à ses conclusions et recommandations. Cela a incontestablement permis une certaine stabilité sociale qui s’est poursuivie au fil des mois par une stabilité certaine. Et aujourd’hui, personne ne peut dire regretter cette «trouvaille lumineuse» de la création du Collège de sages. Les fruits du travail des sages n’ont pas fini d’être récoltés.

Les 16 sages

- Anciens chefs d’Etat
1- Abouacar Sangoulé LAMIZANA
2- Saye ZERBO
3- Jean-Baptiste OUEDRAOGO

- Notabilités coutumières et
religieuses
a) catholiques
4 – Monseigneur Anselme T. SANOU
5 – Monseigneur Paul OUEDRAOGO

b) Protestants
6 – Freeman B. COMPAORE
7 – Jean-Charles Y. OUEDRAOGO

c) Communauté musulmane
8- Mama SANOU
9- El hadj Mahamadi TIEMTORE

d) Chefs coutumiers
10- Tibo Augustin CONGO
11- Sidiki SANOU

e) Personnes ressources
12- Bila Charles KABORE
13- Moussa KONE
14- Maurice Arsène OUEDRAOGO
15- Mme Henriette BARRY
16- Mme Wenkoum Pauline HIEN

Le Collège de sages était présidé par Monseigneur Anselme T. SANOU

Un “suspect sérieux” inculpé

Le 2 février 2001, le magistrat Wenceslas ILBOUDO en charge de l’instruction dans l’assassinat de Norbert ZONGO a inculpé Marcel KAFANDO pour «assassinat et destruction de biens mobiliers» sur la base de la non concordance de son emploi du temps avec les déclarations de son principal témoin, Racine YAMEOGO. Retour sur une inculpation qui aura fait long feu.

Après trois mois d’activités de recherche des coupables du drame de Sapouy qui a coûté la vie à notre confrère Norbert ZONGO et à ses trois compagnons d’infortune le 13 décembre 1998, la Commission d’enquête indépendante (CEI) avait dans son rapport indexé des «suspects sérieux» au nombre desquels l’Adjudant Marcel KAFANDO. L’instruction du dossier a été confiée au juge Wenceslas ILBOUDO qui au départ semblait faire son travail avec une certaine sérénité : prospecter toutes les pistes retenues contrairement aux «limiers» du Collectif et de la CEI dont le rapport devait justement lui servir de matière première. Pendant deux années d’instruction donc, Wenceslas ILBOUDO n’a eu de cesse de subir la pression des mêmes personnes de la CEI qui tenaient à ce qu’il soit uniquement sur leur piste à eux, c’est-à-dire, celle des six suspects sérieux qu’ils ont fabriqués de toutes pièces pour servir les besoins de leurs causes.

Les charges de l’inculpation
Le juge instructeur résistant apparemment à cette pression du départ a comme fini par décider de leur faire un clin d’œil. Ainsi après de longs mois de silence total il est sorti de sa réserve pour inculper le 2 février 2001, Marcel KAFANDO, un des six suspects sérieux donnant ainsi des gages que contrairement aux insinuations et au accusations du Collectif et de ses affidés, il travaillait. Il avait motivé sa décision par la non concordance des déclarations de Marcel KAFANDO par rapport à son emploi du temps du 13 décembre 1998, jour du drame, avec celles de Jean Racine YAMEOGO, celui-là même avec lequel il prétendait être ce jour-là. Première personne citée par l’inculpé, comme témoin, pour plaider son innocence et confirmer qu’il ne pouvait pas être sur les lieux du crime au moment où celui-ci était perpétré Jean Racine dès sa première comparution devant la CEI confirme les propos de Marcel. Il reconnaît en effet qu’ils étaient tous les deux ensemble le 13 décembre au restaurant «La Source». Ce témoignage blanchit Marcel KAFANDO mais n’empêche pas les enquêteurs de la CEI de le considérer toujours comme un «suspect sérieux». En reprenant cette accusation à son compte, le juge ILBOUDO filait manifestement du mauvais coton dans cette affaire.
Il décide d’entendre Jean Racine, qui, alors que dans sa première audition le 29 février 2000 disculpait Marcel, se dédit par rapport à ses déclarations devant la CEI. Pour expliquer ce revirement il dit au juge avoir été profondément marqué dans un moment de
fragilité psychologique. Il avait ainsi témoigné en faveur de Marcel KAFANDO
en guise de reconnaissance. Etant en voie d’être radié de l’armée pour «mauvaise manière de servir» dans les années 1996 et 1997, celui-ci aurait été son principal soutien dans ces moments de galère. Ensuite, il aurait été traumatisé par le fait d’avoir été emmené manu militari devant la CEI par des éléments de la Brigade nationale de la gendarmerie de Koudougou alors qu’il était en pleine cérémonie d’obsèques de son père. Enfin, il aurait pris peur car la veille de son audition, Marcel KAFANDO lui aurait intimé dans les locaux du Conseil aux environs de 23 h de témoigner en sa faveur.
Le fait que ce témoin revienne sur ses premières déclarations a suffi au juge ILBOUDO pour inculper Marcel en partant du principe que la procédure d’information n’admet pas de confrontation entre témoins. Si l’explication technique tient la route, elle résiste difficilement à la critique car ce n’est pas parce que Marcel KAFANDO n’était pas avec Jean Racine YAMEOGO le 13 décembre 1998 qu’il était obligatoirement à Sapouy en train de trucider Norbert ZONGO. En plus, pour inculper quelqu’un dans une affaire aussi macabre, il faut de sérieuses motivations. Néanmoins, compte tenu du contexte on peut comprendre que le juge ait voulu tirer au clair cette histoire de non concordance de dates. Pour lui et selon la déontologie du métier, il s’agissait de partir de cette affaire de calendrier pour rechercher d’autres indices ou faits pouvant le conduire à Sapouy avec ou sans Marcel KAFANDO à l’arrivée. Cette inculpation ne tirait donc pas son fondement de la matérialité des faits comme il est de coutume mais uniquement des déclarations du principal Lémoin, Jean Racine YAMEOGO. Ainsi donc, cinq années après, Wenceslas ILBOUDO se retrouve à la case départ, l’instruction ayant abouti à un non-lieu le 18 juillet 2006.

Le non-lieu

Seul inculpé dans les liens de la prévention dans le dossier Norbert ZONGO par le juge Wenceslas ILBOUDO, Marcel KAFANDO a bénéficié d’un non-lieu, le mardi 18 juillet 2006.

Abdoulaye BARRY, Procureur général (ph Archives L’Obs)
Sa fermeté à faire appliquer le droit a permis d’éviter la chienlit

«Assassinat et destruction de biens mobiliers» tel était le principal chef d’inculpation qui pesait sur Marcel KAFANDO à la suite des déclarations contradictoires de Jean Racine YAMEOGO. Le juge d’instruction Wenceslas ILBOUDO entendait ainsi partir de cette histoire de non-concordance de dates pour mieux rechercher des indices. Après avoir donc inculpé Marcel KAFANDO le 2 février 2001, le seul des six prétendus suspects sérieux de la CEI, (Commission d’Enquête Indépendante), il a mené son instruction cinq années durant au cours desquelles, il a eu à auditionner, sans grands succès, 105 personnes dont des militaires y compris les “suspects sérieux” pour finir par procéder à des confrontations entre le seul inculpé et son unique témoin.
La première confrontation a eu lieu le 15 mai 2001. Au cours de celle-ci le témoin s’en tient à sa déposition du 29 février 2000 dans laquelle il ne reconnaissait pas avoir été en compagnie du suspect, le 13 décembre 1998 date du meurtre. Il situe leur rencontre plutôt au 14 décembre. Marcel KAFANDO aussi ne bougera pas d’un iota de sa déposition faite auprès de la CEI. Mais la confrontation sera interrompue en raison de son état de santé. Le 31 mai 2006, le juge d’instruction procède à une deuxième confrontation : coup de théâtre. En effet, pendant que l’inculpé est resté constant dans ses déclarations, le témoin, lui, change de version. Il se dédit en ces termes : «A ce stade actuel des évènements, je préfère ne pas me fixer sur une date à savoir le 13 ou le 14 décembre 1998, ce dont je suis certain c’est qu’effectivement j’ai rencontré Marcel KAFANDO à cette période. Du Conseil de l’Entente, nous nous sommes rendus successivement aux restaurants la «Québécoise», la «Source» avant que Marcel ne me dépose à l’hôtel Splendide. A présent avec le recul, il existe un doute dans mon esprit entre la date du 13 et le 14 décembre 1998. Face donc à ce doute, je préfère ne pas persister dans mes déclarations antérieures et accuser à tort un compagnon d’armes».
Comme cela est de règle en droit, le doute profite à l’accusé. Le juge d’instruction n’avait plus d’indice à prospecter, tout comme de raison de maintenir Marcel KAFANDO dans les liens de prévention d’autant qu’il avait été inculpé parce que Jean Racine avait réfuté son «alibi». Dès lors qu’il ne le fait plus, l’inculpation tombe d’elle-même selon la loi. Ainsi le juge a-t-il établi une ordonnance de non-lieu que le procureur du Faso a examinée puis a dressé un réquisitoire définitif du non-lieu, le 18 juillet 2006 mettant ainsi fin à l’instruction du dossier Norbert ZONGO par le juge Wenceslas. Le dossier est renvoyé au greffe du Tribunal de grande instance de Ouagadougou en attendant d’éventuelles charges nouvelles pour sa réouverture. Et depuis lors des marchands d’illusions n’ont de cesse de s’agiter pour sa réouverture en se perdant dans de vaines conjectures.

La bataille des faits nouveaux

Renvoyée au greffe du Tribunal de grande instance de Ouagadougou suite au non-lieu prononcé le 18 juillet 2006, l’affaire Norbert ZONGO, deux mois plus tard, fera l’objet de polémiques sur sa réouverture au motif de faits dits «nouveaux» inventés par le champion des libertés de la presse, Robert MENARD.

Robert MENARD (ph Archives L’Obs)
Un activisme qui a nui à la manifestation de la vérité.

Ce qui était annoncé à renfort de pub comme un nouveau coup d’éclat dans l’affaire Norbert ZONGO se révélera plutôt un coup d’épée dans l’eau. En effet, comme s’il n’avait pas suffisamment tiré leçon des incohérences de la CEI qui ont abouti au non-lieu, Robert MENARD, le gourou de Reporters sans frontières (RSF) débarque à Ouaga à la manière qu’on lui connaît avec des notes personnelles comme étant des charges nouvelles à même de permettre de rouvrir le dossier. Il se présente dans la matinée du vendredi 20 octobre avec celles-ci devant le procureur du Faso et dit les tirer du pré-rapport de la CEI dont il était l’un des membres recommandés par le Collectif des opposants au régime. Pour lui, ces notes dont aucun autre membre de la CEI ne connaît la provenance doivent être considérées comme la bonne version du rapport d’enquête sur la mort de Norbert ZONGO. Il se démarque tout de go du rapport officiel remis aux autorités et rendu public qu’il a pourtant co-signé avec les autres membres de la CEI. Après le bureau du procureur, il se livra à une sorte de démonstration devant la presse venue «scooper» ! Au cours de la conférence de presse qu’il a précipitamment organisée pour la circonstance, il dit : «Nous avons remis au procureur du Faso des éléments nouveaux à même de faire rouvrir le dossier Norbert ZONGO». Et il déballe ses «éléments nouveaux» dont l’inconsistance a laissé pantois les journalistes. Sans pince rire, l’homme remettra en cause le rapport qu’il a dûment paraphé en ces termes : «Le rapport qu’on a remis officiellement n’était pas le bon… On l’a édulcoré d’un certain nombre de points qui étaient essentiels». Comme preuves, il brandit des brouillons de procès verbaux d’audition de François COMPAORE et de Oumarou KANAZOE.
Le parquet qui s’est fait la peine de les examiner a relevé que «toutes les personnes citées dans les notes de Robert MENARD ont toutes été entendues par le juge d’instruction. Que ce soit Marcel KAFANDO, dit-il, ils ont tous fait l’objet d’audition chez le juge d’instruction». Par conséquent, les notes ramenées de Paris par l’auteur ne constituent pas des charges nouvelles à même de remettre le dossier Norbert ZONGO en selle. Du coup, Robert MENARD en croyant jeter le pavé dans la mare se met dans une situation d’infraction lourde et devient susceptible d’être poursuivi par la justice pour «faux» et «usage de faux» à l’écriture authentique. Présenter des notes personnelles pour remettre en cause un rapport officiel produit par la CEI dont il était membre n’était moins que porter atteinte à une écriture authentique. D’autant que lui-même et les autres commissaires ont été investis par un décret. Le parquet a toutefois tenu à rappeler l’article 139 du code de procédure pénale qui stipule que «sont considérées comme charges nouvelles, les déclarations des témoins, les pièces et procès verbaux qui n’ayant pu être soumis à l’examen du juge d’instruction ou qui sont cependant de nature soit à fortifier les charges qui auraient été trouvées trop faibles, soit à donner aux faits de nouveaux développements utiles à la manifestation de la vérité». C’est dire donc que les choses sont claires et que ce n’est pas de simples fantasmes dont on a besoin pour mener le dossier.
Cependant, la sortie de MENARD fera des émules car alors qu’on croyait sa mésaventure pouvant servir de leçon aux «inventeurs» de preuves, ses «faits nouveaux» qui relèvent d’un délire sont repris à son compte par un confrère de la place qui en fait, ses choux gras à volonté. L’Evènement, puisque c’est de lui qu’il s’agit, exploite sans vergogne les allégations de Robert MENARD pour culpabiliser François COMPAORE dans l’affaire Norbert ZONGO. Une diffamation qui lui a valu une condamnation à six mois de prison avec sursis à la suite d’un procès tenu, le 22 juin 2007.

Par Drissa TRAORE

L’état du dossier

Le dossier Norbert ZONGO est de nos jours clôturé. La CEI mise en place à coût d’une centaine de millions n’a pu fournir d’indices sérieux permettant d’orienter efficacement le juge d’instruction. En attendant des faits nouveaux pour sa réouverture, on peut estimer que les commissaires de la CEI ont produit un rapport sans effet si ce n’est qu’ils ont fait tourner en rond la justice et tous ceux qui ont soif de la vérité. Ainsi neuf années après le drame c’est encore et toujours la bouteille d’encre.

Loin d’être enterré, le dossier est depuis, le 18 juillet 2006 au greffe du Tribunal de grande Instance de Ouagadougou. Le non-lieu a vite désillusionné les pêcheurs en eau trouble. Le juge d’instruction, Wenceslas ILBOUDO a travaillé pendant sept ans, sans relâche, afin de trouver le chemin qui devait l’amener à Sapouy ; sans succès. Il a recherché des éléments à charge lui permettant d’envoyer l’unique inculpé l’Adjudant KAFANDO devant les juridictions, mais s’est vu obligé de conclure à un non-lieu.
De nos jours, on attend toujours ce dossier de crime crapuleux dont tout le Burkina s’en remet difficilement.
C’est aussi un dossier dont les rebondissements laissent apparaître qu’il est un fonds de commerce pour certains Burkinabè. D’aucuns prétendent connaître les commanditaires certes, mais une chose est sûre c’est que ces agissements contribuent à brouiller d’avantage les pistes.
C’est presque devenue une affaire ténébreuse dont tout le monde est maintenant fatigué. Comme on peut le constater, si le dossier Norbert ZONGO tarde à être jugé, cela n’est pas imputable à la justice, mais à tous ceux qui prétendent détenir la vérité et préfèrent les pages de journaux au bureau du procureur.
S’ils ont des indices, qu’ils rendent service à toute la nation en allant les fournir au parquet afin que le dossier sorte de sa léthargie. Comment comprendre que pendant l’instruction, aucune de ces nombreuses personnes qui disent savoir quelque chose sur ce drame n’ai pu apporter au juge de quoi l’aider à la manifestation de la vérité. Voilà en réalité de quoi souffre l’affaire Norbert ZONGO. Ce ne sont pas d’interminables élucubrations qui pourront permettre son dénouement… Mais les preuves.

Par Drissa TRAORE

François COMPAORE
"La piste de l’Indépendant me semble intéressante"

Sauf erreur ou omission, c’est la première fois, depuis l’autodafé de Sapouy un certain 13 décembre 1998, que celui à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession... se confie à un organe de la presse nationale. La première et seule fois qu’il était sorti de son silence au sujet de l’assassinat du directeur de publication de l’Indépendant, c’était dans l’Autre Afrique de notre confrère Jean-Baptiste PLACCA. Rien que pour cela, cet" entretien d’Etat" comme l’un d’entre nous l’a appelé vaut son pesant de mots….

Vous êtes plutôt discret, presque effacé. Peut-on pour autant vous donner le Bon Dieu sans confession ?
FC :
Je suis un homme de foi et j’ai toujours senti la main de Dieu avec moi. Vous savez, j’ai toujours été discret et c’est tant mieux ainsi, au regard de ma position particulière et des missions qui me sont assignées. Ceux qui me connaissent depuis l’enfance pourront témoigner que je n’ai jamais été ni excessif ni exubérant.

On imagine que ça ne doit pas être facile d’être le frère du président.
FC :
Oh que non ! En tout cas pour ce qui me concerne cela requiert beaucoup de responsabilités et de sacrifices. Je suis souvent la cible d’attaques violentes et injustes dans le but recherché d’atteindre mon frère et de déstabiliser le régime.

Au fait, quels genres de missions vous confie-t-il ? Celles sociales ou celles plutôt occultes à l’intérieur comme à l’extérieur ?
FC :
Je ne suis pas adepte de l’occultisme et je n’ai pas non plus de missions jugées inavouables. Je suis agroéconomiste de formation et Conseiller économique du Président du Faso ; à ce titre j’ai des responsabilités officielles que j’assume. Mais il est vrai que j’exerce parfois aussi des missions sociales et de relations publiques.

Comme quoi ?
FC :
Comme recevoir des amis de mon frère suivant ses instructions ou entretenir certaines de ses relations que son temps ne lui permet pas de faire.
S’il est une affaire qui a fait trembler la République, c’est bien celle dite Norbert Zongo. Six ans après le drame de Sapouy, les commanditaires et les exécutants de cette affaire courent toujours.

C’est un peu long non ?
FC
: La justice en est saisie et l’espoir demeure donc que la vérité éclate. Je suis de ceux qui ont le plus intérêt à la manifestation rapide de la vérité des faits.

Est-ce une affaire qui vous a coupé ou qui vous coupe toujours le sommeil ?
FC :
J’ai été bouleversé et choqué car il s’agit de la mort d’un homme, un crime odieux que des personnes, à travers une certaine presse, s’évertuent avec un acharnement très calculé à me coller sur le dos ! N’importe quel être humain à ma place serait offusqué surtout s’il sait qu’il est parfaitement innocent.

Il faut reconnaître que toutes les apparences vous accusent.
FC :
Ah oui ! Pouvez-vous me citer ces apparences qui m’accusent selon vous ?

Celles dont tout le monde parle et que la CEI a relevées, à savoir qu’il y a une relation de cause à effet entre l’affaire David OUEDRAOGO et l’assassinat de Norbert.
FC :
C’est çà vos apparences qui m’accusent ? La CEI ne m’a pourtant pas mis en cause en dehors des extrapolations que vous faites ! Vos apparences devraient être mieux fondées que sur des supputations et des extrapolations qui n’ont rien d’apparent, mais qui sont subjectivement puisées dans des rumeurs calculées.

Quel était votre programme le 13 décembre 1998 puisqu’on dit que vous vouliez vous assurer que le boulot serait fait avant de voyager ?
FC :
Tiens, tiens ! En tout cas je n’avais confié aucun "boulot" de ce genre à qui que ce soit ce jour là ! Quant à mon programme, la CEI m’avait largement interpellé sur cette question avec toutes les vérifications nécessaires.
Le 13 décembre 1998 dans la matinée, si j’ai bonne mémoire, j’ai participé à un meeting de remerciements des électeurs au Centre populaire des loisirs de Ziniaré, auquel a pris part le secrétaire général du CDP à l’époque, monsieur Simon COMPAORE. L’après-midi j’ai dû quitter Ziniaré pour rejoindre Ouagadougou afin de participer à un autre meeting au secteur 8 où je me souviens même avoir pris la parole.
Après ce meeting, j’étais contraint de rentrer chez moi puisque je prenais l’avion ce même soir pour participer à la journée du Burkina organisée à Paris le 15 décembre 1998 et qui était programmée depuis fort longtemps.
Je n’ai été informé de la mort de Norbert ZONGO que le 15 décembre 1998 ! Tous ces faits ont été minutieusement vérifiés par la Commission d’Enquête Indépendante et vous constaterez que j’avais ce jour-là le programme d’un citoyen et d’un militant préoccupé avant tout de remercier les populations suite au bon déroulement de l’élection présidentielle qui venait d’avoir lieu à la mi-novembre.

Au plus fort de la crise, n’avez -vous pas eu peur pour la survie du régime ?
FC :
Au regard des manifestations qui s’en sont suivies on peut dire que le régime a été ébranlé, il faut le reconnaître ! Certains ont voulu récupérer et instrumentaliser l’opinion publique mais heureusement ils se sont heurtés à la clairvoyance de notre peuple et à la lucidité des sages du pays.

Aviez-vous des raisons d’avoir peur pour votre vie ?
FC :
Non, puisque j’étais convaincu de mon innocence ! Peut-être que certains en voulaient à ma vie au point de me diaboliser dans les médias, mais personnellement, je n’avais aucune raison d’avoir peur. La preuve, c’est que je suis resté au pays.

Connaissiez-vous personnellement Norbert ?
FC :
Je ne le connaissais pas personnellement et je n’entretenais aucune relation avec lui.

A l’occasion du 6ème anniversaire de l’affaire Norbert ZONGO, Reporters sans Frontières a décrit votre frère comme le protecteur et vous le protégé. Qu’en dites-vous ?
FC :
Le caractère subjectif de l’affiche publiée par Reporters sans frontières est patent, au regard des faits. Vous savez bien que Robert Ménard, le secrétaire général de cette organisation, a pris une part active aux travaux de la Commission d’Enquête Indépendante où il ne s’est pas privé de me questionner sur tout.
Je rappelle pour vos lecteurs que suite à cet horrible assassinat, une Commission d’Enquête Indépendante avait été mise en place, présidée par un éminent représentant de la société civile, le Magistrat Kassoum KAMBOU alors Secrétaire aux relations extérieures du MBDHP, commission dont faisaient partie entre autres vos confrères SY Chérif et Pierre DABIRE.
Cette Commission a bénéficié de moyens conséquents sans qu’on ne puisse la suspecter d’allégeance au pouvoir ; son autorité et son crédit n’ont jamais été remis en cause. Après avoir auditionné 204 personnes, selon son rapport rendu public, les conclusions de la CEI ne mettent nulle part en cause ma personne ! L’attitude de Robert Ménard ne relève donc, ni plus ni moins, que d’une animosité personnelle à mon égard qui a pour but de salir les plus hautes autorités du pays et sa justice. C’est dommage pour l’image de RSF.

Tout de même, la CEI, en plus d’établir le lien entre les dossiers David et Norbert, a désigné 6 suspects sérieux, tous du RSP dont certains étaient déjà impliqués dans l’affaire David.
FC :
Si l’on vous suit, il n’y aurait plus qu’à inculper sans autre forme de procès dans l’affaire Norbert, ceux qui ont été déclarés suspects ou coupables dans l’affaire David OUEDRAOGO ! Un suspect, fût-il sérieux, n’est pas encore un coupable ; il jouit de la présomption d’innocence et peut être innocent. Pour preuve certains des suspects désignés par la CEI dans l’affaire David OUEDRAOGO ont été blanchis lors du procès par la vérité des faits. C’est la preuve qu’ils avaient été injustement qualifiés de suspects.

Pouvez-vous nous rappeler votre rôle dans la triste affaire David OUEDRAOGO?
FC :
Le procès de cette affaire a été largement public et tous les détails sont connus de l’opinion publique. Je suis un citoyen épris de paix et de justice et je ne souhaiterais pas donner des justificatifs à même d’éveiller des rancœurs ou faire des commentaires sur des décisions de justices devenues définitives ; vous savez vous-même que ce n’est pas normal.

Alors comment voulez-vous que les apparences qui lient les deux évènements puissent être clarifiées ?
FC :
(Silence)... Bon, c’est vous qui insistez ! Je pense que ce sera pour moi la dernière fois de revenir sur cette affaire. David OUEDRAOGO était mon chauffeur et j’avais beaucoup d’estime pour lui, au point de le traiter comme un membre de ma famille.
Suite à un vol commis à notre domicile, lui et d’autres membres du personnel domestique ont été interpellés et interrogés par la sécurité. Il faut aussi rappeler qu’à l’époque des faits, des questions relatives à la sécurité de l’Etat se sont superposées au problème de vol.
Malheureusement, David OUEDRAOGO est mort en détention. Mon épouse avait simplement porté plainte du fait de vol commis à notre domicile, et le cas malheureux du décès de David s’est produit suite aux investigations consécutives. D’ailleurs on avait tellement confiance en David que la plainte contre le vol ne le visait pas au départ ; ce sont ses collègues domestiques qui l’ont dénoncé au cours de la procédure.

Le tort a quand même consisté à le confier aux éléments du RSP plutôt qu’à la gendarmerie ou à la police?
FC :
Vous savez, on ne va pas refaire ce procès qui contient tous ces détails. Lorsqu’on habite un endroit sécurisé comme c’est mon cas, le premier réflexe en cas d’incident, est d’en informer les responsables de cette sécurité, ce que j’ai fait ! Retenez néanmoins, comme je vous l’avais déjà déclaré dans une autre interview en 1998 (1), que la gendarmerie a été saisie de la plainte pour fait de vol à mon domicile.

N’avez-vous pas été quelque peu ébranlé par cette affaire ?
FC :
Beaucoup ! Car non seulement j’avais perdu un être pour qui j’avais beaucoup d’estime et d’affection, mais en plus on m’accusait de l’avoir livré intentionnellement à la mort alors que, comme je vous l’ai déjà dis, la plainte ne l’avait pas personnellement visé au départ et sa mise en cause a résulté de l’enquête diligentée à cet effet.

Les ponts sont-ils définitivement coupés entre vous et sa famille ou gardez-vous toujours les mêmes relations ?
FC :
Je continue d’entretenir de bons rapports avec sa famille.

Le procès de l’affaire David OUEDRAOGO a été un moment fort dans notre pays. Comment l’avez-vous vécu ?
FC :
Avec la sérénité de l’innocent, mais aussi de la tristesse. La sérénité parce qu’il m’était enfin donné l’occasion de manifester mon innocence. La tristesse, d’abord à cause de la mort d’un de mes employés, et ensuite pour toutes les accusations gratuites et calomnieuses dont ma famille et moi faisions injustement l’objet.

Avez-vous pu vous expliquer comme vous le souhaitiez ?
FC :
Oui. Le procès était public et malgré le conditionnement d’une partie de l’opinion par les adversaires politiques du régime, les débats sont restés sereins et le procès équitable. D’ailleurs à l’issue du procès, certaines personnes qui étaient auparavant manipulées, et après avoir été bien éclairées, m’ont témoigné leur amitié et soutien.

Aviez-vous des raisons de craindre l’issue du procès ?
FC :
Très honnêtement je n’avais aucune crainte puisque j’étais persuadé de mon innocence.

Quelle a été votre impression d’ensemble sur ce procès ?
FC :
La vérité a triomphé ! Certains ont voulu manipuler la justice et les juges en me présentant comme le coupable désigné, mais la manœuvre n’a pas marché et j’en suis très heureux. Souvenez-vous de l’entretien que j’avais accordé en 1998 à votre journal, bien avant la mort de Norbert ZONGO, et dont je parlais tantôt. J’avais clairement affirmé que je m’en remettais à la justice de mon pays. C’est dire que j’attendais ce procès avec sérénité.
J’avais également clairement affirmé que j’acceptais l’expression de la différence d’autrui et que j’adhérais fermement à la liberté de la presse et fustigeais par conséquent toutes les pratiques néfastes à la démocratie. Ce procès me donnait parfaitement raison et comme tout bon citoyen, je me suis soumis comme il se devait à toutes les contraintes de la procédure.

Revenons au dossier Norbert ZONGO. Le journal l’Indépendant, dans son édition spéciale du 13 décembre dernier, vous a présenté comme l’instigateur d’une tentative d’empoisonnement dont Norbert ZONGO aurait été victime à Kaya ; citant au passage l’apport de feu Edmond KOAMA et certains spécialistes en sciences occultes dans le Boulkiemdé.
Qu’avez-vous à dire pour votre défense ?
FC :
On m’a parlé de cet article. A l’époque des faits je n’avais pas de rapports particuliers avec KOAMA Edmond.
Par ailleurs n’étant pas versé dans les sciences occultes, je ne saurais en faire une source d’inspiration ou de preuve pour la justice moderne ! Mais la piste invoquée par l’Indépendant me semble intéressante.
D’ailleurs je me rappelle qu’après ce drame de Sapouy l’un de vos confrères, L’Opinion, avait évoqué cette tentative d’empoisonnement comme une des pistes possibles pouvant conduire à la manifestation de la vérité.
Ce journal précisait même, citant Norbert ZONGO, que le repas incriminé était pris dans un cercle "d’amis sûrs" de celui-ci. Mais à ma connaissance le journal L’Opinion n’avait pas été suivi dans ce sens ni par la CEI, ni par une quelconque structure de la société civile. Certains avaient même considéré qu’il s’agissait d’un simple incident que le pouvoir invoque pour brouiller les pistes. En réalité cette piste ne les arrangeait pas, car les auteurs de la tentative d’empoisonnement, si elle est vérifiée, seraient à rechercher ailleurs que dans mon milieu, car Norbert ZONGO qui était, semble-t-il, prudent et méfiant n’aurait accepté ce repas entre amis que sur insistance de certaines personnes en qui il faisait certainement confiance.

Toujours selon notre confrère, c’est l’échec de l’empoisonnement qui a commandé la méthode utilisée le 13 décembre 1998 à Sapouy.
FC :
Si c’est cela, le dossier Norbert ZONGO peut avancer rapidement et je pense que c’est effectivement une hypothèse qui pourrait être explorée comme le suggère l’Indépendant. Sur ce point je suis d’accord avec ce journal ! Mais il faut se situer dans le contexte de l’époque. En effet, le problème de la tentative d’empoisonnement est intervenu juste avant l’élection présidentielle qui était boycottée par une partie de l’opposition. Si l’empoisonnement avait abouti à la mort de Norbert ZONGO, comme l’espéraient ses fameux «amis sûrs», des troubles consécutifs auraient peut-être conduit au report de l’élection !
Dieu merci l’élection a pu se dérouler sans incident majeur ! Mais pour salir le mandat du Président du Faso, il n’est pas exclu que les mêmes auteurs de l’empoisonnement aient remis en œuvre, avec succès cette fois, leurs sombres desseins sur la route de Sapouy ! Vous savez, en matière criminelle, il y a une question qui doit être toujours posée : à qui profite le crime ?
Il est évident que ce crime abominable est devenu une mine d’or politique, voire financière, pour bien de gens par l’instrumentalisation de la soif légitime de vérité de notre peuple. Et souvenez-vous que les écrits de l’Indépendant à l’époque n’épargnaient personne ; les pistes peuvent donc être nombreuses.

Vous êtes en train de dire que le coup du 13 décembre a pu être fait par les propres amis de Norbert ?
FC :
Vous savez, je m’interroge sur toutes les pistes ainsi que votre question m’en donne l’occasion. C’est Norbert qui, a semble-t-il, dit avoir pris le repas incriminé en compagnie d’amis sûrs pour lui. Alors s’il y a eu tentative d’empoisonnement au cours du même repas, vous voyez bien qu’il serait illogique d’exempter ce cercle de toute vérification. Je n’affirme rien, je m’interroge.

Plus loin dans la même livraison, l’Indépendant dit qu’en récompense pour service rendu, vous avez offert une voiture neuve à l’adjudant Marcel KAFANDO, le seul inculpé à ce jour dans cette affaire. Vrai ou faux ?
FC :
Faux ! Je ne lui ai jamais acheté même une mobylette à plus forte raison une voiture neuve.

Vous arrive-t-il de lui rendre visite ou l’avez-vous complètement abandonné à son triste sort ?
FC :
Humainement, je ne peux l’abandonner ! S’il n’y avait pas eu ce problème de vol à mon domicile, peut-être qu’il n’en serait pas là. Je suis allé lui rendre une visite lorsqu’il était à la MACO puis lorsque j’ai appris qu’il était gravement malade, mais toujours après avoir accompli toutes les formalités légales et sur autorisation du juge.

Depuis l’affaire Norbert ZONGO, vous et le sergent Babou NAON vous regardez en chien de faïence. Quelle serait la pomme de discorde ?
FC :
Même quand il était en activité au Conseil, je n’avais pas de rapport particulier avec lui. Il n’a jamais été un problème pour moi.

Lors du procès de la tentative de putsch courant avril, il a pourtant déclaré que vous n’étiez pas étranger à l’assassinat de Norbert. Vous allez nous dire comme certains que c’est une ligne de défense pour quelqu’un qui était dans le pétrin ?
FC :
Dans cette douloureuse affaire j’accueille personnellement avec enthousiasme tout ce qui peut éclairer l’opinion nationale et le juge d’instruction, et contribuer à la manifestation de la vérité.
Mais je suis surpris que ce monsieur laisse passer tout ce temps alors qu’il aurait pu témoigner utilement devant la CEI qui, à l’époque, avait mis en œuvre des mécanismes permettant de sauvegarder l’anonymat des témoins. Par ailleurs cela fait longtemps que le juge d’instruction est à la recherche d’informations pertinentes lui permettant de boucler son dossier.
Pourquoi attend-il d’être impliqué dans une tentative de putsch et en passe d’être jugé pour prétendre faire des révélations ? Ces interrogations font douter de l’objectivité de ses propos qui s’inscrivent tout simplement dans une stratégie de défense. Vraiment pour moi, NAON n’est pas un problème. Il peut aller voir le juge d’instruction s’il a des révélations à faire.

Il est quand même venu s’ouvrir à vous après le 13 décembre et vous l’avez houspillé.
FC
: Je vous dis que toutes ses déclarations sont liées à sa stratégie de défense ! Je ne me rappelle pas avoir eu un quelconque entretien avec lui, ni avant ni après le 13 décembre 1998.

On dit aussi que de retour du Soudan, votre frère s’est emmuré à Ziniaré, refusant obstinément de vous recevoir plusieurs jours durant. Il ne vous a jamais soupçonné ?
FC :
Jamais ! Vous savez, c’est lui qui me connaît le plus. Il sait que je ne suis pas capable d’un tel acte et sans son soutien et son affection je n’aurais jamais pu tenir face à un tel déchaînement de haine. Rappelez-vous qu’à l’époque des faits, nous étions en pleine préparation d’une réunion de l’OUA et le Président du Faso devait accueillir, les 17 et 18 décembre 1998 des hôtes de marque dont certains ont même participé à la cérémonie d’investiture le 21 décembre.
Et souvenez-vous que moi j’ai quitté Ouaga pour Paris le 13 décembre alors que le Président du Faso revenait du Soudan le 14 décembre. Je suis revenu quant à moi le 18 décembre en plein mini sommet extraordinaire de l’OUA.

Pensez-vous sincèrement qu’il pouvait s’emmurer à Ziniaré pendant cette période-là comme vous le dites ?
Il semble qu’un ami de la famille COMPAORE, en l’occurrence le lieutenant Casimir KABORE, est mort à cause de cette affaire. Qu’en savez-vous ?
FC :
Je suis vraiment peiné par ces allégations qui vont jusqu’au bout de l’horreur. Il faut savoir que les deux familles se connaissent et se fréquentent depuis 1964 donc bien longtemps avant qu’on sache que mon frère occuperait ses responsabilités actuelles.
Pourquoi s’acharner sur nous au point de fouler aux pieds des valeurs sacrées comme le respect dû aux morts et à la douleur de leurs familles et amis ? D’ailleurs la famille de Casimir a produit une mise au point à laquelle je voudrais m’en tenir.

Votre belle-mère, Alizèt Gando, est aussi souvent épinglée dans cette triste affaire ; c’est à croire que c’est un complot familial.
FC :
En réalité, on a tenté à tort de salir de nombreux autres opérateurs économiques présentés comme des proches du régime. Entendue à l’époque par la CEI, ma belle-mère n’a pas été mise en cause, ni aucun autre membre de ma famille d’ailleurs !

Elle n’aurait pas pu faire cela sans que vous ne fussiez au courant ?
FC :
Elle est incapable d’un tel acte !

Au fait, comment votre épouse vit-elle ces accusations itératives ?
FC :
Elle a été très affectée au début, mais maintenant elle supporte mieux la tension liée à ce tissu de mensonges savamment distillés pour des besoins de luttes politiciennes.

Vos enfants savent-ils qu’on vous accuse de choses très graves ? Si oui, comment réagissent-ils ?
FC :
Vous savez, les enfants jugent leurs parents par rapport à leur comportement réel et non par rapport aux ragots colportés sur leur compte. Mes enfants, quoique mineurs, connaissent la situation, parce que nous en avons parlé en famille.

A l’école ne sont-ils pas quelquefois pris à partie par leurs camarades comme cela peut arriver chez les enfants ?
FC :
Dieu merci, non ! Malgré tout ce qu’on dit de votre implication dans l’affaire Norbert ZONGO, vous restez muet comme une...tombe.

Pourquoi ne jugez-vous pas nécessaire de répondre si vous n’avez vraiment rien à vous reprocher ?
FC :
Je ne peux pas passer mon temps à répondre à toutes ces attaques grossières et politiciennes ! Le but du jeu est aussi de me divertir et d’installer une polémique stérile afin de me détourner de mes missions essentielles et il ne faut pas tomber dans le piège. En outre des animateurs d’une certaine presse, ainsi que certains milieux politiques, font de cette affaire un fonds de commerce en associant outrageusement mon nom à la mort de Norbert ZONGO comme argument de vente ou de marketing politique ! C’est tant mieux pour eux, mais malheureux pour la mémoire de Norbert ZONGO. Vous remarquerez aussi que ces attaques ont repris de plus belle parce que nous sommes de nouveau en année électorale et je m’attends à ce qu’elles soient encore plus virulentes. Je déplore simplement que l’opinion publique soit continuellement grugée par ces pêcheurs en eaux troubles.

Le juge d’instruction vous a-t-il entendu après la livraison spéciale de l’Indépendant vous mettant fortement en cause ?
FC :
Non ! Le devrait-il systématiquement pour toutes les allégations de la presse ? De mon point de vue, cette fameuse livraison n’apporte aucune information nouvelle ; il s’agit des mêmes attaques et accusations gratuites, des allégations mensongères et des extrapolations faciles concoctées pour lancer une vaste campagne de dénigrement dans la perspective de l’élection présidentielle.
Mais une fois de plus, cette campagne politicienne est vouée à l’échec. Si l’Indépendant veut vraiment faire avancer la justice, qu’il demande à ses sources de bien vouloir se présenter dans le bureau du juge d’instruction pour faire leur déposition conformément aux règles de procédure en vigueur.

Pensez-vous qu’un jour on saura de façon indubitable qui a dit à qui de boucaner Norbert ?
FC :
J’ai le plus grand intérêt au triomphe de la vérité !

Y a-t-il, pour conclure cet entretien, quelque chose qui vous soit resté sur le cœur et que vous souhaiteriez ajouter?
FC :
Je voudrais rassurer vos lecteurs et toutes les personnes de bonne foi, soucieuses de vérité et de justice. Dans cette affaire Norbert, je suis innocent et je reste serein.
Ma position particulière ne m’autorise pas à engager des polémiques stériles et sans issue avec des individus dont la seule préoccupation est de salir le régime et même le pays. Ces attaques qui reprennent de plus belle à la veille des élections présidentielles sont appelées à s’intensifier.
J’invite donc vos lecteurs au discernement, afin de permettre à la justice de retrouver et punir les vrais coupables que l’on tente de camoufler sous un rideau de mensonges et de diffamation. Je pense particulièrement à la jeunesse intellectuelle de la tranche d’âge de moins de 20 à 22 ans qui, à l’époque des faits en1998, avait moins de 14 et 16 ans.
D’aucuns voudraient aujourd’hui servir à cette jeunesse des versions tendancieuses à des fins de manipulation. J’invite donc ces jeunes à se référer au contexte sociopolitique préélectoral et à conserver leur indépendance de jugement pour pouvoir éclairer leur soif de vérité. Je profite de l’occasion qui m’est offerte en ce début d’année pour présenter mes meilleurs vœux à toute l’équipe de L’Observateur Paalga, de même qu’à vos confrères des autres organes de presse, sans oublier vos fidèles lecteurs. Je vous remercie.

Entretien réalisé par Edmond NANA
Boureima DIALLO, Ousséni ILBOUDO.
In L’Observateur Paalga n° 6322 du 1er/02/05
(1) Cf. L’Observateur Dimanche n°120 du 3 au 9 avril 199

JNP 2001
Pardonner, c’est vivre

Le 30 mars 2001, les Burkinabè se sont retrouvés au stade du 4-Août à l’occasion de la journée nationale de Pardon (JNP) voulue par le Collège des sages. Une Journée d’intenses émotions où les Burkinabè comme un seul homme, ont pu revisiter leur histoire tout en accordant une large place au Pardon. Le message que devait livrer ce jour le chef de l’Etat était très attendu, parce que pour certains, son contenu devait déterminer la réussite ou l’échec de cette JNP pour ne pas dire l’avenir de la Nation.
Au finish, le président Blaise COMPAORE, au-delà des considérations partisanes a su toucher le cœur de ses compatriotes par sa grandeur d’âme et sa sincérité. Il a su puiser dans la profondeur du Pardon, la sève capable de redonner confiance aux Burkinabè .

Les anciens chefs d’Etat ont joint leur voie à celle du président COMPAORE pour demander pardon pour les errements du passé sous le couvert de l’Etat.

Il n’est pas inutile de rappeler que l’idée de l’organisation de la Journée nationale de Pardon (JNP) a suscité des réactions diverses souvent contradictoires. En effet, pendant que certains voyaient cette journée comme une occasion rêvée pour les Burkinabè de «renouer les fils d’une rupture à la fois longue et douloureuse entre consensus politique et consensus social», d’autres, principalement les membres du Collectif de Halidou OUEDRAOGO, la voyaient comme une grande «messe» inutile qui n’était rien d’autre qu’une prime à l’impunité qu’ils disent combattre.
Face à ces appréciations, le président du comité d’organisation de la JNP, Alain Bédouma YODA, montera au créneau pour rassurer les uns et les autres affirmant que : «La Journée nationale de Pardon n’est pas une imposition mais le fruit d’un cheminement consensuel. Elle n’est pas non plus une fin en soi, mais le point de départ d’un long processus : celui de la réconciliation nationale».
La JNP étant de ce fait une période d’introspection profonde et collective prend racine sur les principes fondamentaux de la démocratie qui exigent la libre expression des opinions donc tout naturellement celles contraires à sa tenue. Il n’y avait donc pas à polémiquer, chacun devait agir en son âme et conscience, d’autant qu’un consensus national très large s’était exprimé en faveur de la démarche.

L’eau du pardon a effacé les pas de la haine le 30 mars 2001

Une journée historique
Le præsidium de cette journée désormais historique avait pour président Mgr Anselme SANOU qui avait à ses côtés le président du Faso et les anciens chefs d’Etat : Saye ZERBO, Aboubacar Sangoulé LAMIZANA et Jean-Baptiste OUEDRAOGO.
Tour à tour, le président de la communauté musulmane, Aboubacar SANA, le président du CNO, Alain Bédouma YODA, le président LAMIZANA doyen des anciens chefs d’Etat, les porte-paroles des familles de victimes, Mme Azèta SAWADOGO, M. Silamane GNEGNE prendront la parole pour leur allocution.
«… Avec le recul de l’âge et l’expérience, je suis assurément conscient que beaucoup de manquements et d’erreurs accumulés ont posé beaucoup de meurtrissures dans les cœurs des uns et des autres. Anciens chefs d’Etat ou chef d’Etat en exercice, nous sommes tous comptables de l’actif et du passif de ces 40 dernières années. C’est pourquoi, mes collègues anciens chefs d’Etat et moi n’avons pas hésité un seul instant à soutenir l’idée de la JNP. … Dans l’exercice de nos fonctions, nous avons été, consciemment ou inconsciemment responsables des torts et meurtrissures qui demeurent encore vivaces.
Aussi, nous demandons pardon au peuple burkinabè…», ces paroles du représentant des anciens chefs d’Etat, Aboubacar Sangoulé LAMIZANA traduisent l’humilité et la grande hauteur de vue qui caractérisent les grands hommes d’Etat.
La représentante des victimes, Azèta SAWADOGO, s’inscrira dans la même dynamique, celle du pardon par des propos pathétiques. Morceau choisi : «… au nom des familles des victimes que nous représentons, nous femmes en particulier, prenons la parole pour dire de vive voix que nous adhérons à cette journée et acceptons le pardon pour le repos des âmes de nos chers disparus… nous femmes, nous sommes fatiguées de pleurer et d’avoir peur tout le temps…». Le là était donné et présageait le succès attendu. Que d’émotions en ces instants !?

Blaise COMAPORE demande pardon…
L’intervention du président du Faso est venue en ajouter une grosse couche. Elle devait, ainsi que l’a dit le président de la cérémonie, Mgr Anselme SANOU, «achever la route qui mène au pardon» car comme il le soutiendra, «… ce qui nous mobilise ce jour, c’est le repentir de tous les torts et crimes qui ont sali ta mémoire et terni ton image de marque. C’est la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat et le regret officiel de tous les actes qui ont créé une fracture sociale qu’il nous faut absolument combler. C’est la mise en œuvre officielle des conditions d’un pardon sincère, préalable incontournable à une réconciliation véritable. C’est la quête du pardon qui ne met pas un terme à la recherche de la justice».
Et Blaise COMPAORE dans le même élan de pardon et de réconciliation de s’interroger : «…Sous la 1re, 2e et 3 e Républiques, des clans se sont formés et se sont affrontés. Des séquelles et des fractures se sont constituées.
Les a-t-on résorbées ? Le doute demeure permis… En cet instant solennel, en notre qualité de président du Faso, assurant la continuité de l’Etat nous demandons pardon et exprimons nos profonds regrets pour les tortures, les crimes, les injustices, les brimades et tous les autres torts commis sur des Burkinabè par d’autres Burkinabè agissant au nom et sous le couvert de l’Etat de 1960 à nos jours…». Des moments particulièrement émouvants. Pour marquer définitivement cette journée, Blaise COMPAORE prendra l’engagement de travailler à restaurer une paix véritable dans l’intérêt de tous les Burkinabè par la prise de plusieurs mesures : la création d’un fonds d’indemnisation en faveur de toutes les familles des victimes de violence en politique, l’érection de monuments qui seront témoins de notre devoir de mémoire à l’égard des martyrs et héros nationaux, le traitement diligent des dossiers en justice, la commémoration chaque année du 30 mars, la mise en place d’un comité d’éthique, la consolidation du dialogue social et la mise en place d’un mécanisme de suivi des engagements pris.
«Nous appelons tous les Burkinabè, de l’intérieur comme de l’extérieur à cultiver des vertus de tolérance et du pardon car l’histoire de l’humanité ne nous montre aucun exemple ou un peuple a pu progresser dans la haine et la division. Les peuples qui ont réalisé des progrès l’ont fait dans la paix et la cohésion sociale.
Il nous faut rompre avec le cycle de la haine et de la violence et ensemble poser les jalons d’un avenir de paix et de justice dans notre pays», a conclu Blaise COMPAORE. C’est ce qui caractérise d’ailleurs ce pays depuis 20 ans et est à la base de ses nombreuses victoires sur les plans politique, économique, culturel, etc…

A présent une solution politique s’impose

Avec le non-lieu, la justice burkinabè a montré les limites du dossier Norbert ZONGO. A défaut d’une solution judiciaire, pourquoi ne pas penser à une solution politique dans l’intérêt supérieur de la Nation et de la famille ZONGO ? Ce serait ainsi rendre hommage à un «militant». Norbert ZONGO le mérite.

Si L’Opinion avait en son temps avancé que l’on se dirigeait tout droit vers un non-lieu dans l’affaire Norbert ZONGO, les thuriféraires auraient crié à la manipulation de la justice. Et pourtant tout ce qui a été écrit à l’époque menait droit vers cette éventualité. Avec des faits tronqués, des pistes manipulées et orientées des «suspects formels» introuvables, des armes du crime volatilisées, des témoins violentés, des témoignages extorqués sous la menace d’armes à feu… tout un cocktail explosif qui n’a pas pu emporter le régime COMPAORE mais qui a fait exploser le dossier Norbert ZONGO.
Ce dossier est un véritable polar avec une trame bien élaborée, mais avec des acteurs dont l’amateurisme débordant a fait échouer un piège en haute savane contre un pouvoir politique dont des «politico-mafieux» voulaient se débarrasser en suscitant une auto-destruction avec comme bras armé, les forces militaires. Erreur de casting. L’armée a fait du «nous pas bouger». Et voilà nos putschistes en herbe avec leur sale dossier dans les bras, la conscience meurtrie. Tout ça pour rien. Mais retournons sur les faits, ces faits dont la matérialité montre bien qu’on a voulu leur faire dire leur contraire.

Les faits et les pistes
Les faits sont têtus. Cette vérité, personne ne saurait la nier. Le 13 décembre 1998, sous une «fraîcheur» dominicale poussée par l’harmattan, aux environs de 16 heures, un véhicule de marque Toyota Land Cruiser 4x4, immatriculé 11J 6495 BF est immobilisé sur le bas côté de la piste rurale à peu près à sept kilomètres à la sortie Sud de Sapouy en direction de Léo. Le véhicule est en proie à des flammes. A cet instant, personne ne savait encore qu’il appartenait au journaliste Norbert ZONGO. Mais très vite les uns et les autres vont s’en apercevoir.
Et des questions envahissent la capitale, en même temps que l’information se répand comme une traînée de poudre. As-tu appris l’accident de Norbert ZONGO ? Est-ce vrai que Norbert ZONGO est mort ? … Comme en pareille circonstance, les supputations enflaient et certains ont vite fait de mettre cette information sous le coup de la rumeur, comme savent en distiller les férus du colportage des mauvaises nouvelles. Ils sont nombreux les sceptiques qui n’avaient pas cru à cette nouvelle froide et macabre. Et pourtant les faits allaient s’imposer à tous. De quoi serait-il mort ? Des suites de son «empoisonnement» manqué ou d’un accident de la route ou de chasse ? (Norbert ZONGO pratiquait la chasse dans son ranch). Très vite la dernière hypothèse est annoncée, mais sera battue en brèche. Norbert ZONGO et trois de ses compagnons d’infortune ont été assassinés et brûlés à l’intérieur du véhicule qui les transportait.
La nouvelle se propage comme une traînée de poudre. Alors que le Burkina venait d’organiser de manière honorable les élections présidentielles remportées par Blaise COMPAORE et que la météo politique était à plat n’annonçant aucun nuage sombre, le 16 décembre 1998, dans la matinée, des bandes de «militants» organisés habillés en Tee-shirt à l’effigie de Norbert ZONGO marchent sur le siège du parti majoritaire, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), tentent de le brûler et mettent la ville dans un état déplorable. Le Burkina venait ainsi de basculer dans la crise consécutive à la mort tragique de Norbert ZONGO.

Des pistes …, non une piste
Désormais, il fallait rechercher les pistes. Pour les planificateurs des marches et casses des symboles de l’Etat et du parti au pouvoir, la piste était toute trouvée.
Ainsi ont-ils voulu par leurs actes prémédités, conditionner l’opinion nationale sur la piste du crime politique. Avant même qu’une enquête en bonne et due forme ne soit diligentée, l’enquête sur l’assassinat de Norbert ZONGO avait déjà été bouclée. Il revenait donc à certains médias la mission «militante» de procéder au lynchage médiatique afin de convaincre les Burkinabè.
C’est donc dans une atmosphère surmédiatisée, manichéenne que le Gouvernement, à la demande de ceux-là mêmes qui avaient déjà résolu l’énigme, crée une commission d’enquête indépendante par décret n° 98–0490/PRES/PM /MEF/DEF/MJ–GS/ MATS du 18 décembre 1998, modifié par le décret n° 99–001/PRES/PM/MEF/MJ-GS/MATS du 7 janvier 1999 pour respecter ad litteram leur requête. Ce premier décret a été décrié par la société civile et les partis politiques de l’opposition qui ne la trouvaient pas à leur goût. Et le Gouvernement pour faire preuve de sa bonne foi et montré pattes blanches accéda aux revendications formulées par des adversaires qui ne cherchaient qu’à en découdre. Ainsi, venait-il de remettre officiellement entre les mains des planificateurs des marches notamment le Collectif des organisations de la société civile, l’instrument dont ils avaient besoin pour sceller son sort.
Ils ont vite fait d’enterrer le régime sans même l’avoir terrassé. Certains se voyant déjà califes à la place du calife au rythme des «djafoules» et de discours enflammés sur des supposés crimes de sang et crimes économiques. Malheureusement ou heureusement, c’est selon, dans la précipitation, tout a été bâclé. Il fallait en effet, plier l’affaire vite fait, de peur que le pouvoir ne se ressaisisse ou que l’opinion publique ne commence à se poser les vraies questions. La situation était idéale. Tout est monté au détriment de la recherche de la vérité. Des différentes pistes : les bandits de grand chemin, les chasseurs et les braconniers, les éleveurs, la main étrangère, un crime commis par l’opposition ou le pouvoir d’Etat, la Commission d’enquête indépendante (CEI) se focalise principalement sur la dernière avec cet argument à la fois futile et fort à propos, le journaliste avait publié plusieurs «enquêtes» considérées comme «dérangeantes» pour lui.
Dans son obstination, la CEI minimise sciemment une piste fondamentale : celle de Kaya qui induit la responsabilité de certains caciques de la société civile et l’opposition politique. Pourquoi vouloir banaliser cette piste ? Etait-elle dérangeante au point de troubler le sommeil de ces âmes bien pensantes ? Cette banalisation volontaire discrédite totalement la CEI. Car la tentative d’empoisonnement de Norbert ZONGO à Kaya, le 8 novembre 1998 alors qu’il était allé dans cette ville pour livrer une conférence avait suscité un électrochoc au sein de l’opinion nationale. Et l’intéressé lui-même s’était longtemps appesanti sur cet homicide manqué. Dans l’intervalle, rien n’était venu troubler l’intégrité physique de Norbert ZONGO jusqu’à son assassinat, le 13 décembre 1998. Comment peut-on minimiser une piste aussi sérieuse et soutenir que l’on recherche la vérité sur le drame de Sapouy ? Trente cinq jours après avoir manqué d’empoissonner mortellement Norbert ZONGO à Kaya le 8 novembre 1998, ses assassins l’ont rattrapé à Sapouy le 13 décembre 1998 pour achever leur sale besogne. Le rapprochement entre le 8 novembre 1998 et 13 décembre 1998 est révélateur. Telle aurait pu être la conclusion d’une enquête menée en toute impartialité et dans les règles de l’art. Cette piste conduit tout droit à l’opposition, car Norbert ZONGO était devenu aussi très dérangeant pour la société civile et l’opposition politique dont il dénonçait les travers, les compromissions et l’absence presque congénitale de projet alternatif crédible. Cela pouvait bien expliquer qu’on y ait décidé de faire de Norbert ZONGO le mouton d’un sacrifice expiatoire pouvant servir de marche-pied pour ébranler le pouvoir. D’une pierre, les commanditaires de cet acte odieux auraient fait deux coups de maîtres : abattre le pouvoir et empêcher Norbert ZONGO de se substituer à eux dans le jeu politique. En effet, comment se faisait-il qu’il soit devenu le conférencier attitré de la CGTB en lieu et place des grands gourous de la société civile et de l’opposition. Norbert est parti avec son secret et la piste de ses empoisonneurs et de ses assassins reste toujours chaude, sept ans après son assassinat.

Une campagne médiatique du tonnerre
C’est peu de dire que les médias, sous tous les cieux sont l’objet de convoitise. A qui mieux mieux, l’on tente de les caporaliser, de les manipuler pour en faire de simples instruments de propagande ou des armes de destruction massive. Dans l’affaire Norbert ZONGO les médias n’ont pas joué leur partition avec tout le professionnalisme qui sied. Ils n'ont pas contribué à la manifestation de la vérité, rien que de la vérité. Pire, ils ont joué les partitions que les protagonistes voulaient leur faire jouer sans retenue et avec zèle.
Avec l’affaire Norbert ZONGO, les médias burkinabè ont écorné leur image. Chose curieuse, c’est l’hebdomadaire créé par Norbert ZONGO, L’Indépendant qui va porter la double casquette de juge et partie. Cela semble légitime, mais le recul était nécessaire, dans l’intérêt de la manifestation de la vérité. Au lieu d’adopter une position de principe professionnel, L’Indépendant a pris en charge de réaliser des enquêtes discutables et de publier à profusion des articles qui ont semé la confusion. Les animateurs du journal à l’époque ont joué avec l’émotion du peuple burkinabè en servant des écrits qui ont exacerbé la passion et la haine. Et c’est ce journalisme militant, partisan qui va provoquer notre réaction à L’Opinion et celles d’autres confrères qui refuseront le fait accompli en rendant au sacro-saint principe de la présomption d’innocence, toute sa place. Il y avait dans l’air quelque chose de pourri. Des indiscrétions confirmaient une collusion manifeste entre L’Indépendant et la Commission d’enquête indépendante (CEI) qui avoue d’ailleurs dans son rapport : «La Commission a exploité les nombreux articles parus dans la presse». Elle aurait pu avoir l’honnêteté de reconnaître le fait, puisque son «écrivain» le plus prolixe de l’époque se révèlera être pourvoyeur de la CEI en «témoins». En effet, aucun autre journal n’était allé aussi loin que lui dans des accusations précises.
En fait, le journal était devenu un appendice de la CEI, à moins que ce ne soit le contraire puisque celle-ci lui livrait des informations qu’il publiait comme pour sonder l’opinion nationale et imposer ses vues. C’est ainsi qu’avant que la CEI ne boucle son rapport, le journal avait publié des témoignages, décrit les armes utilisées, donné des portraits robots imaginés, localisé le véhicule qui avait servi à l’assassinat … Aujourd’hui, on sait que tout était purs montages et mensonges grossiers. Parmi les armes aucun AK 47 comme avancé ; du véhicule, le journaliste avoue avoir écrit sous le coup de la pression sans vérification donc a menti et aucun témoin ne reconnaît les portraits robots, qui du reste se contredisaient. Ainsi, alors que certains de ces témoins affirmaient avoir vu des gens cagoulés, d’autres ont vu des gens en tenues, d’autre encore des civils, etc.
La campagne médiatique orchestrée dans l’affaire Norbert ZONGO par certains médias n’avait pas pour but la manifestation de la vérité. Elle a plutôt servi à divertir l’opinion nationale et à créer une atmosphère insurrectionnelle. Parce que fondée sur des a-prioris, des faits non établis, des informations colportées par la rumeur, etc. Etait-ce de bonne foi ou était-ce délibérément. Seules des confessions qui ne viendront jamais permettront de faire la part des choses.
Quant à L’Indépendant, elle regagnera sa crédibilité en faisant son auto-critique, en acceptant que sous le coup de la douleur de la perte cruelle de son directeur de publication, la rédaction n’a pas pris le recul nécessaire. Norbert ZONGO savait avouer ses fautes et faisait amende honorable. Ce n’est pas certainement de sitôt qu’on aura une telle remise en cause. Et pourtant ce préalable est indispensable, et peut aider à la manifestation de la vérité.

Les «Cagoulés» du Collectif
Toute réflexion critique sur le Collectif née du drame de Sapouy suscite l’ire de son président Halidou OUEDRAOGO. Et pourtant il y aurait tellement à dire sur ce que d’aucuns ont appelé un «véritable panier à crabes». Tout y passait : associations de diverses natures des plus insignifiantes aux plus représentatives, syndicats, partis politiques… Il suffisait de le vouloir pour en faire partie. L’air était à la mode jusqu’à ce que les intérêts antagoniques des uns et des autres aient obligé certains à aller voir ailleurs. Une aubaine dans laquelle des politiques les plus irréductiblement opposés au pouvoir se sont engouffrés avec l’objectif de régler ses comptes à Blaise COMPAORE. A une véritable tête de bélier pour enfoncer les défenses du pouvoir contre lequel, il ne ménagera aucun effort même si son président Halidou OUEDRAOGO affirmait publiquement que son mouvement n’était pas putschiste. Certainement, parce que les Burkinabè auraient tourné le dos au Collectif, si son combat visait d’autres finalités que la recherche de la vérité.
Il faut le souligner, il a été un modèle de mobilisation, rarement égalé au Burkina. Tant dans le temps que dans l’espace, ce mouvement a fait la preuve de sa solidité et de son enracinement national. Mais son véritable pêché c’est d’avoir accepté des «cagoulés» en son sein. S’y côtoyaient en effet communistes, sankaristes, syndicalistes radicaux, politiciens indécrottables, honnêtes citoyens véritables défenseurs des droits humains… et tous ceux qui pensaient que le moment était venu de prendre leur revanche sur l’histoire. Avec une telle superposition d’intérêts l’affaire Norbert ZONGO devenait un vulgaire prétexte et un fonds politique. Toute chose qui a poussé le Collectif à des dérives inacceptables qui ont fini par déteindre sur sa crédibilité. Difficile donc de purifier les rangs et Halidou OUEDRAOGO qui semble avoir fini par comprendre que le mouvement courait à sa propre perte a beau montrer pattes blanches, le processus de déliquescence était irrémédiablement en marche. L’homme n’avait pas le contrôle de tout ce qui se tramait et se faisait au nom du Collectif même s’il était devenu «sa chose» à force de réduire les autres à moins que rien. Confronté à ses extrémistes de l’intérieur, le président n’a pas su maintenir le cap qui aurait permis à son mouvement d’être au-dessus de tout soupçon. La preuve, le Collectif paiera au prix fort l’infiltration des politiques en son sein. Ses responsables à Koudougou en savent plus. Eux qui ont été molestés par les sympathisants de l’UNDD de Hermann YAMEOGO, qui était pourtant un de ses ténors majeurs.
La «guerre» de leadership certes a été remportée par Halidou OUEDRAOGO sur les politiques, mais à quel prix. Sept ans après, le Collectif a échoué. Il y a eu certes, des acquis politiques, mais la vérité sur la mort de Norbert ZONGO la raison véritable de son existence est devenue un serpent de mer. En mêlant politique et justice, le résultat ne pouvait pas être autrement. En niant farouchement le fait que l’opposition politique ou la société civile radicale pouvait être suspectée dans l’assassinat du journaliste, le président du Collectif a commis une erreur grave puisqu’on y était juge et partie. En bon juriste qu’il est, il aurait dû en écarter toutes les associations ou personnes pouvant avoir un lien suspect ou une responsabilité quelconque avec la disparition tragique de notre confrère. Notamment la CGTB de Tolé SAGNON qui a organisé la conférence de Kaya du 8 novembre 1998 où Norbert ZONGO a échappé à une tentative d’empoisonnement. C’est le cas de Hermann YAMEOGO dont la haine viscérale à l’encontre de Blaise COMPAORE et la manie de vouloir être tête de turc partout sont légendaires et fortement suspectées de calculs politiciens. Et pourtant il a été influent au sein du Collectif auquel il aurait fourni un rapport à la CEI avant de s’en écarter lorsqu’il s’est aperçu de l’impasse dans laquelle il s’était engouffré et qu’il avait quelques dividendes à monnayer. C’est aussi le cas de ces politiciens qui ne représentaient que leur propre personne et qui en ont profité pour usurper un destin national dont ils étaient loin d’apporter la preuve. Toutes ces grossières erreurs ont donné du Collectif la configuration d’un conglomérat anti-Blaise COMPAORE bien que ses membres reconnaissaient tous qu’il n’était pas mêlé à l’assassinat de Norbert ZONGO. Au lieu donc de faire du président du Faso un allié dans la recherche de la vérité, ou à tout le moins un arbitre entre les différents protagonistes, c’est lui-même qui était visé. A bien d’égards si le Collectif devait se doter d’une devise cela aurait pu être «le pouvoir d’abord ; pour la vérité, on verra" !». Aujourd’hui nous sommes en face d’un double échec. Les «cagoulés» politiques n’ont pas pu terrasser le régime COMPAORE et le fiasco dans la recherche de la vérité sur le quadruple assassinat de Sapouy. Conclusion, le Collectif a trahi la confiance du peuple burkinabè.


Les acteurs politiques
L’affaire Norbert ZONGO a donné matière à nos acteurs politiques de se révéler à la lumière. Ils n’ont pas montré une capacité à être à la hauteur des attentes de la nation. Ils ont été submergés et réduits à néant par la société civile, dont ils étaient à la remorque. Si fait que le président du Faso Blaise COMPAORE est apparu comme l’un des rares acteurs politiques, sinon le seul, qui a su s’élever au-dessus des contingences nombriliques du moment.
Au lieu que la classe politique tout entière se mobilise pour tirer dans la même direction, elle s’est divisée sur ses intérêts partisans s’arc-boutant sur un découpage opposition contre pouvoir. Cette division somme toute normale ne pouvait que conduire à un antagonisme préjudiciable aux intérêts supérieurs de la nation. En pareille circonstance que pouvait faire le pouvoir et que devait faire l’opposition?
C’est peu de dire que la majorité au pouvoir et principalement le parti majoritaire, le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), était dans de sales draps. Que pouvait-elle faire face à l’assassinat du journaliste Norbert ZONGO, alors qu’il avait été dès les premiers instants mis au cœur du drame ? Crier son innocence ou faire profil bas ? Crier son innocence, personne ne l’aurait entendu puisque dès le 16 décembre 1998, son siège était attaqué et saccagé par une horde de délinquants organisés et instrumentalisés. Un véritable acte de provocation à la fois inattendu et pour le moins téméraire, l’histoire ayant montré qu’en pareille occurrence, il avait toujours su donner la réplique. Pour avoir osé un tel acte, ceux qui en étaient à l’origine devaient être convaincus de leur fait, car dans le passé ceux qui avaient osé l’avaient payé au centuple et avaient juré qu’on ne leur y reprendrait plus. Ce coup-ci ils n’ont pas eu tort parce que le parti était dans ses petits souliers et sonné du sommet à la base, tout comme l’était l’Etat qui était amorphe et atone. Cette apathie a permis d’éviter l’explosion. Certes qu’une déclaration du parti est venue balayer les attaques et accusations de l’opposition politique, mais rien de plus, tous ceux qui voulaient sonner la révolte étant fermement prié de n’en rien faire et de faire profil au prétexte de ne pas répondre à la provocation. A la vérité les sentiments étaient divers en son sein allant du sentiment de culpabilité à celui de la révolte. De toute évidence, il était préférable de laisser venir même si dans le même temps il fallait donner le gage qu’il n’y avait pas péril en la demeure. Seulement cet attentisme a semblé durer une éternité d’autant qu’en face on faisait feu de tous bois.
On a vite fait de reprocher un déficit de communication, mais en réalité, il s’agissait d’un déficit d’action. Cette action nécessaire et indispensable pour rétablir «l’équilibre de la terreur» imposée par le Collectif. Cette stratégie se mettra en place progressivement, mais elle a permis de sauver l’essentiel, de sauver la République.
Quant à l’opposition politique qui ruminait sa débâcle électorale de la présidentielle, elle a trouvé en l’assassinat de Norbert ZONGO une aubaine. Très vite le groupe du 14 février (G14) qui était agonisant s’est remis en selle. Ses membres ont tenté de taire leurs divergences, mais les démons de la division qui les habitaient étaient loin d’avoir fini de se faire entendre. Certains étaient plus attachés aux dividendes qu’ils espéraient tirer de cette affaire qu’à la recherche de la vérité. Toute chose qui alimentait le doute ou la sincérité de l’opposition politique. Ainsi des voix se faisaient entendre sur la capacité de l’opposition à commettre ce crime pour le faire porter par le pouvoir dans le but de le déstabiliser. Une hypothèse vraisemblable au vu de leurs agissements au sein du Collectif et du fait que Halidou OUEDRAOGO a dû batailler pour éviter une récupération du «mouvement trop c’est trop» par l’opposition politique.
Voyant sa tentative vouée à l’échec, elle se range, attendant que la société civile fasse le travail à sa place, comme pour le 3 janvier 1966. De toute évidence l’histoire a refusé de se répéter. La société civile elle-aussi ne pouvait pas aller au-delà, car elle n’était pas au-dessus de tout soupçon au vu des accointances que certaines de ses organisations avaient avec les politiques clandestins, et des rêves de certains de ses ténors de renverser l’ordre établi. Son seul avantage était qu’elle présidait la Commission d’enquête indépendante et occupait la rue. En vérité, tous ces acteurs politiques se tenaient par la barbichette. Et plus que tout, c’est l’opposition politique qui a tout perdu. Le peuple burkinabè n’a pas tardé à la sanctionner lors des dernières élections présidentielles, municipales et législatives.

La solution politique s’impose
La famille de Norbert ZONGO est à plaindre. Et à plus d’un titre. Pendant qu’elle pleure la mort de son fils d’autres tirent les marrons du feu. L’assassinat de Norbert ZONGO est passé du fonds politique au fonds commercial. Des «dealers» de tous poils sans aucun scrupule ont pris en otage la famille ZONGO se nourrissant de sa douleur et de sa souffrance. Du centre qui porte son nom, aux K7 et films réalisés sans compter toutes les autres actions de marketing, et toutes les vocations nées de cette affaire, tout comme les «business» lucratifs qu’elle a engendrés, que gagne la famille ZONGO ? Certainement rien. En dehors d’une compassion hypocrite que certains éprouvent déjà du mal à lui témoigner.
Elle a espéré une solution judiciaire par l’épreuve de la vérité. Cela est en son honneur. Mais cela ne devait pas empêcher que d’autres actions toutes aussi légitimes se mêlent pour apaiser sa douleur et son deuil. En livrant Norbert ZONGO exclusivement au Collectif, la famille s’est laissée emporter par l’esprit de vengeance. Aujourd’hui, elle doit s’en rendre compte.
Où sont passés les conseillers, les bons mécènes ? Que deviennent ces «radicalistes» qui refusaient tout dialogue, tout pardon ? Où sont-ils ces avocats de la vérité avant le pardon ? A tous ces intransigeants il a manqué l’humilité et la modestie. On peut tout refuser à toute personne, sauf à la Nation. Notre Nation est notre refuge. Lorsqu’un malheur frappe une famille aussi violemment, c’est à la Nation qu’elle doit croire. Et le président du Collectif Halidou OUEDRAOGO en sait quelque chose de cette mansuétude de la Nation.
C’est pourquoi, ils sont nombreux les Burkinabè qui croient aujourd’hui que la famille ZONGO doit se réconcilier avec la Nation et l’esprit du pardon. Il est vrai que la vérité soulage, mais le pardon aide tout aussi à guérir.
Le non-lieu dans l’affaire Norbert ZONGO, indique que la solution judiciaire se présente non pas comme impossible, mais difficilement réalisable, si d’autres charges nouvelles ne viennent pas renforcer le dossier. Pendant ce temps que faut-il faire ? Attendre bonnement les dix ans, pour classer définitivement le dossier, ou faut-il réfléchir pour que Norbert ZONGO ne soit pas mort pour rien ? C’est à cette réflexion que nous nous lançons dans l’espoir que nous serons compris.
Car, à défaut d’une solution judiciaire immédiate, il serait bon qu’une solution politique s’impose. Ainsi, la Nation tout entière aurait honoré auprès de la famille ZONGO sa dette : celle de n’avoir pas su protéger et sauvegarder la vie de l’un de ses fils, Norbert ZONGO.

Quand la CEI s’emmêle les pinceaux

Après l’assassinat tragique de notre confrère Norbert ZONGO, une Commission d’enquête indépendante (CEI) avait été commise pour investiguer sur ce crime et dégager des pistes pour la justice. Rétrospectivement, force est de constater qu’elle n’aura guère facilité la tâche de celle-ci, ses conclusions ayant abouti à un non-lieu pour le principal de ses «sérieux suspects» (sic).

Tollé SAGNON, SG de la CGTB et vice-président du Collectif dont l’influence a contribué à biaiser l’enquête de la CEI

Ceux qui s’indignent du fait que les conclusions de la CEI aient abouti à un non-lieu, ignorent certainement une chose. Lesdites conclusions découlent de la petite enquête de salon (un peu moins d’une semaine) menée par Reporters sans frontières (RSF) sous la baguette de Robert MENARD au faîte de son art. Une enquête bâtie autour de la thèse du meurtre lié au journalisme d’investigation, pratiqué par Norbert ZONGO. RSF insistait «particulièrement» sur les enquêtes en rapport avec la mort du chauffeur de François COMPAORE et les «passe-droits» (sic) dont bénéficierait le frère du chef de l’Etat dans cette affaire. Une enquête orientée et biaisée qui amènera la CEI à désigner «six sérieux suspects», tous membres de la garde de sécurité présidentielle, livrant ceux-ci au juge d’instruction sans preuves matérielles fiables et concordantes. La preuve que son travail était baclé découlera du fait que la CEI affirmera que le temps s’était écoulé entre la commission du meurtre et les témoignages, «la mémoire (des uns et des autres témoins) s’était étiolée». Au point qu’il y ait eu des contradictions entre témoins, et que certains d’entre eux se soient rétractés par la suite. Au rang de ceux-ci, un témoin capital, Jean Racine YAMEOGO, ex-militaire de la base aérienne, sur la base des propos duquel, Marcel KAFANDO avait été inculpé. En rappel, le sieur YAMEOGO avait déclaré au juge d’instruction qu’il n’avait pas rencontré Marcel KAFANDO le 13 décembre 1998 (date du meurtre) mais le lendemain 14 décembre, alors que ce dernier soutenait le contraire. Or avant cette déclaration il corroborait l’alibi de son ami Marcel KAFANDO devant la CEI. Comme dans un mouvement de va et vient, Jean Racine YAMEOGO rejoindra de nouveau Marcel KAFANDO dans ses dires, ce qui entraînera le non-lieu prononcé en juillet dernier. Que des théories des plus savantes au plus farfelues aient suivi ce non-lieu ne constituent pas un problème car, comme le dit l’adage, «c’est le dossier qui conduit le juge et non le contraire». Enfreindre à cette règle cardinale de la procédure juste pour faire plaisir à certaines personnes, décrédibiliserait davantage notre justice déjà malmenée par ce rapport orienté et biaisé. Faut-il le rappeler, le travail bâclé de la CEI avait entretenu la fronde sociale au Burkina Faso, ce qui a fait dire à certains qu’il existait une «connexion mafieuse» dans l’affaire Norbert ZONGO. Car, avant que RSF et la CEI se soient prononcés, la rue avait été chauffée à blanc sous l’impulsion de prétendus croisés contre l’impunité qui se révèleront être des marchands du temple plus préoccupés par leurs intérêts personnels.

Kassoum KAMBOU, président de la CEI avait déclare que les conclusions de la CEI
pouvaient être comparées à une enqête de police judiciaire et que le juge pouvait après approfondissement de l’enquête ne pas aboutir aux mêmes conclusions que la CEI.

On se rappelle du reste qu’aussitôt le crime commis, les manifestants étaient parés de t-shirt à l’effigie de notre défunt confrère, comme si «quelqu’un savait» que ce dernier était condamné à une mort certaine. Heureusement, les institutions républicaines, la justice en tête, sont restées sereines pour démêler les fils de cette ténébreuse affaire pour arriver à la conclusion qu’il fallait tout reprendre à zéro.
C’est cette occurrence que le non-lieu entraîne et, il n’est pas exclu que des faits nouveaux viennent la rendre effective. Car à propos de pistes, on s’est contenté d’investiguer du côté du pouvoir comme si d’autres personnes n’en voulaient pas au «de cujus». En résumé, la CEI nous aura conduit droit dans le mur. Un mur qui ne saurait être infranchissable si tant est que l’affaire n’est pas prescrite.

 

Ce qu’ils pensent de nous

A l’occasion du 10e anniversaire de votre journal, nous avons approché plusieurs personnalités de sensibilité diverses d’envergure nationale pour avoir leur regard critique sur la presse burkinabè dans son ensemble, leurs avis sur les lignes éditoriales et leur opinion sur le rôle de L’Opinion dans le pluralisme du débat démocratique.

Boureima Jérémie SIGUE,
directeur de publication des Editions «Le pays»
“Chaque journal a sa place…”

- Regard critique sur la presse
burkinabè
C’est une presse responsable, qui a le sens de ses responsabilités sociales, qui fait son métier avec beaucoup de conscience et de hauteur. Ce qu’on a appelé ici le printemps de la presse burkinabè où foisonnaient des titres est maintenant révolu. Quelque temps après la nature a fait son œuvre et les titres qui sont aujourd’hui sur la place publique sont de façon générale, des titres sérieux et ont une bonne conception de leur rôle et responsabilité sociale.

Quid des lignes éditoriales?
Vous ne pouvez pas empêcher les gens de dire ce qu’ils pensent. L’essentiel est que chacun prenne conscience de la nature de la ligne éditoriale ou la position de sa ligne éditoriale. C’est tout à fait normal que chacun ait la liberté de juger chaque journal aussi bien dans le fond que dans la forme.

- L’Opinion dans le pluralisme du débat démocratique
Je pense qu’il apporte sa contribution au débat, dans l’édification de la démocratie burkinabè. J’aime à dire que chaque journal a sa place dans une société même dans celle comme la nôtre. Il faut même des journaux de plusieurs lignes éditoriales parce qu’il faut du tout pour faire un monde pour que chacun puisse trouver son compte.
C’est un confrère que je respecte aussi bien à travers son directeur de publication et la ligne éditoriale du journal. Je me dis qu’il faut dans une société aussi ouverte que la nôtre beaucoup de journaux de tendances différentes. Je respecte «L’Opinion» et les journalistes qui y travaillent ; je les encourage à plus de rigueur professionnelle.
Je souhaite que les interviews notamment quand elles sont réalisées puissent être traduites le plus fidèlement possible sans altération volontaire ou involontaire. Je fais confiance à «L’Opinion» pour cela.

Pr Serge Théophile BALIMA,
directeur de l’IPERMIC
“L’Opinion fait désormais partie du paysage médiatique du Burkina Faso»

- Regard critique sur la presse
burkinabè
La presse burkinabè dans son ensemble a connu une évolution notable sous la IVe
République : les titres et les stations de radio se sont multipliés. Sur le plan quantitatif, le progrès est considérable.
Dans le fond, la diversification de l’information ne s’est pas toujours accompagnée de bonnes pratiques professionnelles. La dimension qualitative est loin d’être achevée parce que beaucoup de facteurs expliquent aisément les insuffisances que l’on peut relever dans le contenu des médias : les pesanteurs du milieu ambiant, la recherche de la facilité, le goût des vérités faciles, la non maîtrise des genres journalistiques, la complexité des pratiques éthiques et déontologiques, les déficits de formation, les besoins alimentaires, la pauvreté.

- Quid des lignes éditoriales ?
La liberté de la presse est un droit reconnu par le code de l’information du Burkina Faso. Dans ce contexte, il y a plusieurs façons d’user de cette liberté pour le bien commun. Pour les uns, le journal est une institution sociale à vocation politique parce qu’il traite des questions publiques. Pour les autres, sa vocation professionnelle doit le tenir à l’écart des prises de position politique. Ces deux conceptions illustrent une réalité : celle que le journalisme est le résultat cumulé de l’expérience individuelle et subjective de ceux qui le pratiquent et de celles des patrons de presse.
Plus nettement, la presse d’opinion ou celle qui s’en réclame doit se présenter comme telle aux lecteurs par souci de transparence démocratique, et par respect pour les citoyens. Il suffit pour cela de se proclamer journal d’opinion même si, intellectuellement, la frontière entre information et opinion est parfois mouvante.
En d’autres termes, dans une démocratie, le citoyen est libre de rendre son opinion publique et de la manifester sur l’espace public. Tout comme il peut choisir sa religion, sa mosquée, son temple ou sa chapelle, à condition seulement d’assurer aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Autrement, la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui.
En positionnant L’Opinion comme un journal engagé, vous avez fait l’option de soutenir un gouvernement, un pouvoir, un parti politique. Si le choix ne peut être discuté au nom de la liberté que garantit la loi, il vous appartient, dix après, d’analyser votre journalisme d’information et de voir dans quelle mesure vos réflexions et écrits participent-ils à la consolidation de la bonne gouvernance.
A mon humble avis, le soutien qu’un journal peut apporter au système de gouvernance peut être de bon aloi quand il est éclairant, quand il apporte aux citoyens l’information dont les Burkinabè ont besoin pour être libres et autonomes dans leur jugement. Il s’agit de soutenir d’abord les citoyens pour mieux soutenir les gouvernants dans la bonne direction. Dans le même principe, le journal d’opinion peut faire œuvre utile s’il concilie les règles professionnelles et le souci de ne pas induire les citoyens en erreur.

- L’Opinion dans le pluralisme du débat démocratique
L’Opinion fait désormais partie du paysage médiatique du Burkina Faso. En dix ans, il s’est frayé un certain chemin mais son image reste controversée au point que le lectorat moyen a du mal à y trouver la sérénité dans le traitement de l’information. Les écrits souvent polémistes et passionnels jettent un trouble sur la ligne éditoriale du journal qui gagnerait à s’intéresser davantage à tous les acteurs de la société avec un esprit d’ouverture et de tolérance. C’est la façon la plus utile de jouer son rôle dans le pluralisme médiatique en sauvegardant l’indispensable esprit de corps sans lequel le journalisme ne peut consolider sa vocation de dire la vérité ou ce qu’il croit être la vérité. D’une certaine façon, le journal L’Opinion doit savoir que les citoyens, exigeants en matière d’information, lisent plusieurs journaux, écoutent des radios étrangères pour faire des recoupements et déceler ce qu’ils ont besoin de savoir. Ils choisissent la subjectivité, la sensibilité et le degré d’objectivité qui leur conviennent.
C’est pourquoi un journal d’opinion politique doit cultiver la prudence au fil des expériences pour éviter des mises en causes peu fondées, le risque d’être manipulé par les contingences politiques.
Le traitement engagé et partisan de l’information dans une presse dite d’opinion est légitime. Cependant, le problème de l’information nécessaire pour savoir ce qui se passe au Burkina Faso et dans le monde, est inséparable du problème de l’interprétation par le système d’idées qui l’intègre, la situe ou la rejette. Je veux dire qu’un point de vue est rarement faux mais il est surtout limité, réducteur, n’abordant qu’un aspect, qu’une dimension, qu’un seul niveau d’observation. En être conscient, permet de comprendre que l’on ne peut isoler l’information du contexte historique, du problème social, de la mouvance idéologique et des questionnements de l’esprit humain sans affecter la fiabilité du journal. Il faut se souvenir que la communication n’a de pire ennemie qu’elle-même.

Emile PARE, président du MPS/PF
“L’Opinion force la défense du pouvoir”

- Regard critique sur la presse
burkinabè
En ce qui concerne la presse burkinabè, nous pourrons dire qu’il y a eu une avancée notable depuis l’entame du processus démocratique. Beaucoup d’organes sont nés avec leurs lignes éditoriales diversement assumées. Nous pensons que la liberté de presse a été beaucoup approfondie. Je salue cette initiative même si tout n’est pas encore parfait.

- Quid des lignes éditoriales?
J’ai toujours été partisan de la liberté de presse bien entendu au sens de la libre expression des journalistes, des citoyens. J’ai été également partisan de lutte pour l’indépendance de la presse. Qu’une presse soit proche du pouvoir ou de l’opposition ou soit «neutre» moi en tant qu’homme politique, cela ne me pose aucun problème. J’estime que cet état de fait signifie «expression plurielle». En tant que chef de parti cela ne me gênerait pas de créer ou d’apprécier une presse qui sera proche de mon parti. Par contre, il faut que la presse soit dans sa liberté crédible. Il ne faut pas fabriquer de l’information parce que cela peut tuer la démocratie. C’est ce que nous appelons les presses partisanes, c’est-à-dire que même quand le mur est rouge, on veut démontrer le contraire.
A force de vouloir être très proche du pouvoir on en vient à donner des informations qui ne sont pas intellectuellement justes. Que ce soit l’opposition ou le pouvoir, la vérité avec grand «V» doit demeurer le socle de la démocratie. Cette liberté doit s’exprimer en faveur de la promotion de la démonstration de la contradiction juste des idées.

- L’Opinion dans le pluralisme du débat démocratique
J’ai suivi la création de «L’Opinion». J’ai lu à plusieurs reprises et intervenu dans ses colonnes. Sa création est une bonne chose. Dans sa ligne éditoriale, j’ai constaté que «L’Opinion» est proche du pouvoir. Ses positions semblent être des positions à même de soutenir le pouvoir ou de l’appuyer ou le défendre. Ce qui est normal. Je trouve souvent que «L’Opinion» force la défense du pouvoir parce qu’un certain nombre de faits semblent évidents, clairs.
Défendre certes le pouvoir ; mais dans le respect de certaines vérités scientifiques élémentaires. Quelque part je trouve que ce journal dérape dans ce sens. Je crois que les 10 ans doivent permettre à «L’Opinion» d’évaluer son action. Certes un homme politique de l’opposition peut ne pas épouser la ligne éditoriale de «L’Opinion», mais quelquefois ce journal ouvre ses colonnes à des opposants. Je l’invite à ouvrir sa ligne éditoriale à la défense de la démocratie vraie. A force de défendre l’indéfendable on risque de ne pas être compris. Particulièrement sur «l’Affaire Norbert ZONGO», je n’approuve pas la position de ce journal sur la question.
Je crois que n’importe quel journaliste qu’il soit du pouvoir ou de l’opposition doit travailler à la manifestation de la vérité, au nom de l’esprit de corps. Si un journaliste de l’opposition est attaqué aujourd’hui, moi Emile PARE, président d’un parti d’opposition, je défendrai au nom des droits de l’homme, la vérité et la justice pour lui. Cela est une critique majeure que je formule à «L’Opinion» après 10 ans de vie, si ça peut être exploité à bon escient, j’en serai ravi.

Edouard OUEDRAOGO, DP de «L’Observateur Paalga»
“Il faut surtout être cohérent dans ce qu’on fait”

- Regard critique sur la presse
burkinabè
Je porterai mon jugement sur la presse écrite que je connais le moins mal. Sur le plan purement de la qualité technique, graphique, illustration, les journaux ont fait un bond qualitatif ces deux dernières années. La plupart, même les quotidiens, sont tirés en quadrichromie ce qui donne du confort aux lecteurs.
Ce plan du fond, je trouve que la presse écrite burkinabè en comparaison à celle de pays comparables tient très bien. Ce sont des journaux professionnels rédigés dans le respect des minimas des fondamentaux de l’éthique et de la déontologie du métier quelle que soit l’orientation de la ligne éditoriale. Je peux même dire que globalement nous sommes peut-être légèrement au-dessus de la moyenne, d’où une presse responsable.

Quid des lignes éditoriales?
Pour avoir souffert de ce jugement, depuis que nous existons, j’ai suffisamment de recul sur la question. Pendant longtemps on a assimilé «L’Observateur» à l’opposition, simplement parce que c’était à travers nos colonnes que tous ceux qui n’étaient pas au gouvernement s’exprimaient notamment, les partis d’opposition, les syndicats ou d’une manière générale ceux qui avaient quelque chose à dire et dont la position institutionnelle ne leur permettait pas d’avoir accès aux médias d’Etat. Par la suite, quand nous avions repris en 1991, une certaine opinion de l’ODP/MT nous a catalogués dans l’opposition. Avec l’affaire Norbert ZONGO où nous avons essayé d’avoir une ligne équilibrée malgré le côté personnel et émotionnel de la situation, on nous a indexés comme un journal proche du pouvoir. C’est beaucoup plus un problème de perception que la vraie réalité. Les gens ont ce sentiment simplement parce qu’un journal à un moment donné ou sur une question donnée ne va pas dans le sens de ce que eux auraient voulu qu’il s’exprime. Un journal qui veut être critique vis-à-vis du pouvoir, ce qui est son droit et même son devoir, on l’accuse de ramer pour l’opposition. Il y a deux aspects, des journaux d’information générale, je prends le cas de «L’Observateur Paalga», nous avons été les premiers à être à toutes les opinions. Même celles qui nous condamnaient dont nous savions même que le triomphe sonnerait le glas de la presse indépendante, comme les idées révolutionnaires. Il y a des journaux d’opinion qui ont forcément une ligne éditoriale très précise. Chacun a opté de défendre une certaine orientation politique. Pour moi, il faut être surtout cohérent dans ce que l’on fait. «L’Opinion» a une ligne assez cohérente qui essaie de montrer que la bouteille est beaucoup plus à moitié pleine.
Il y a des journaux comme «L’Indépendant», «L’Evènement» qui pensent qu’elle est plutôt à moitié vide. Le Burkina Faso a besoin de ces deux visions-là. Ceux qui gouvernent en combinant ces deux sentiments prennent conscience qu’il faut toujours travailler davantage pour que la bouteille soit un jour vraiment pleine.

- L’Opinion dans le pluralisme du débat démocratique
«L’Opinion» a sa place dans l’appréciation de l’action gouvernementale. Ce confrère met beaucoup l’accent sur les efforts qui sont vraiment faits pour sortir le Burkina Faso de l’ornière. C’est son rôle, c’est une pédagogie journalistique qu’on doit respecter. J’avoue qu’il fut une époque, où ce journal m’a beaucoup épaté par la qualité formelle des analyses, leur profondeur, et leur acuité. C’est la période de la crise de l’assassinat de Norbert ZONGO.

Luc Adolphe TIAO, président du CSC
“L’Opinion contribue à l’enrichissement du débat démocratique”

- Regard critique sur la presse burkinabè

Il faut dire qu’il y a beaucoup d’amélioration aussi bien dans la forme que dans le fond. En ce qui concerne la forme on pourrait, par exemple, noter un changement dans le format, le passage de bon nombre de titres à la couleur. On observe également des efforts rédactionnels appréciables et des progrès notables dans la mise en page.
Dans le fond, j’estime que la presse burkinabè fait preuve d’un relatif sens de responsabilité. Elle a la réputation d’être l’une des plus crédibles et des plus pondérées de la sous-région. On constate moins de manquements comparativement à la situation dans d’autres pays du continent. Les patrons de presse veillent dans l’ensemble au respect de l’équité, de l’éthique, de la déontologie et des normes légales dans le traitement de l’information. Cela se ressent dans la qualité appréciable des rapports que nous entretenons avec la plupart des organes de presse. C’est un comportement que nous saluons. Au cours des dernières élections, par exemple, la presse nationale a globalement fait preuve d’une grande mobilisation qui témoigne de son souci d’accompagner le processus démocratique en cours.
Toutefois, il nous arrive de relever, par moment, des lacunes et manquements professionnels. Je fais allusion, entre autres, au non respect des droits de la personne humaine à travers la publication d’images choquantes ou d’images de personnes présumées coupables d’infractions. Il revient ainsi aux médias nationaux de travailler à relever le défi du respect de l’éthique, de la déontologie et du droit en matière d’information. Le respect de ces normes est le socle sur lequel doit s’appuyer une presse responsable et de qualité.
Dans ce sens, le Conseil apportera toujours sa contribution notamment en matière de formation. Elle est la condition sine qua non d’un journalisme de qualité. Pour le Conseil, l’insuffisance de formation est la première cause de manquements aux normes éthiques et déontologiques. C’est pourquoi nous recommandons au gouvernement de continuer à renforcer son appui aux structures de formation dans le doma ine de l’information et de la communication ; de faire en sorte que le contenu de la formation prenne en compte les besoins des organes de presse et de consacrer, dans la subvention à la presse, un volet à la formation des femmes et hommes de médias. Le Conseil recommande également aux entrepreneurs de presse de faire de la formation de leurs agents leur cheval de bataille.

- Quid des lignes éditoriales?
Vous parlez de perception. En la matière il est difficile d’avoir une position toute tranchée et d’apporter un jugement de valeur. Autant chaque titre est libre d’avoir sa ligne éditoriale, autant le public doit bénéficier d’une liberté d’appréciation ou de positionnement vis-à-vis des différentes lignes éditoriales. Toutefois, contrairement à certains pays de la sous-région, notre contexte ne comprend pas d’organes revendiquant ou affichant officiellement sa sensibilité. Du reste, il existe au sein du paysage médiatique national de la place pour une presse d’opinion, d’information générale ou spécialisée.
Finalement la presse d’opinion peut être perçue comme un phénomène africain. En dépit de sa contribution à l’exercice des libertés d’expression et de pluralité de la presse, l’avenir de la presse semble beaucoup orienté vers le journalisme d’investigation. Un genre, insuffisamment pratiquée dans notre contexte et qui gagnerait à l’être pour une satisfaction plus accrue du droit du public à une information plus recoupée et vérifiée.

- L’Opinion dans le pluralisme du débat démocratique
D’abord je souhaite un bon anniversaire au journal, à ses responsables et à tous ceux qui l’animent. Aux côtés des autres publications nationales, L’Opinion contribue au renforcement de la culture civique et à l’enrichissement du débat démocratique national.
Dix ans dans la vie d’un journal dans notre contexte méritent d’être salués. Cela au regard des multiples contraintes économiques et socioprofessionnelles qui pèsent sur la plupart des entreprises de presse nationales. Des entreprises qui doivent travailler à vivre en dépit de l’étroitesse du marché de la publicité, de la faiblesse de l’enthousiasme des annonceurs, du coût élevé des intrants, des invendus, de l’absence d’une messagerie, etc, à l’ensemble de ces contraintes on peut ajouter un lectorat peu important disposant d’un pouvoir d’achat faible et une majorité de la population non instruite. Le journal mérite ainsi d’être encouragé dans la mesure où, dans un contexte comprenant autant de contraintes, il n’est pas évident de pouvoir tirer son épingle du jeu. Je constate qu’il y a un réel effort de professionnalisme qu’il fait.

Pr. Luc Marius IBRIGA , Maître assistant de droit public
«On peut défendre tout en critiquant»

- Regard critique sur la presse
burkinabè
La presse burkinabè a de tout temps manifesté une propension à donner la parole à son lectorat. La critique que l’on peut lui adresser, c’est qu’il y a très peu d’écrits de fond de la part des journalistes. D’écrits faisant part d’une analyse de fond ou d’enquête fouillée sur un dossier qui permettrait de renseigner véritablement. Parfois on a l’impression que notre presse est abonnée à la rubrique des «chiens écrasés», c’est-à-dire qu’on ne voit pas beaucoup de traitement de l’information, la presse écrite de même que l’audiovisuelle. Beaucoup d’évènements qui se passent auraient mérité une étude plus approfondie.
Des questions sont posées qui ne suscitent pas de la part des journalistes des interrogations. Ils semblent plus liés à l’évènementiel. Une des faiblesses de notre presse c’est véritablement la capacité du corps de journalistes à faire du traitement de l’information.

- Quid des lignes éditoriales?
C’est une bonne chose dans la mesure où la presse d’opinion doit exister. Quand on est convaincu de quelque chose, on doit pouvoir défendre ses idées et permettre que dans le panel de la presse, il y ait des idées est une bonne chose. C’est le lectorat qui en tout état de cause doit pouvoir tirer les informations et trier ce qu’il veut.
Quand on prend un journal comme «L’Indépendant», on sait qu’il est campé dans l’opposition. Quant à «L’Hebdo» ou «L’Opinion», ils ont tendance à défendre le point de vue du pouvoir en place. Un journal comme «San Finna» on a des opinions venant de l’UNDD, Ex-ADF.
Ce qui n’est pas normal c’est de vouloir faire du journalisme objectif alors qu’on roule pour une chapelle. Là c’est flouer le lectorat. Ces journaux bien que d’opinion peuvent ouvrir leurs colonnes à des personnalités de l’opposition comme de la majorité. Mais le journal reste libre de défendre son point de vue. On ne va pas demander à «Libération» ou au «Figaro» en France d’avoir la même ligne éditoriale. Ils ont des convictions qu’ils affirment.

- L’Opinion dans le pluralisme du débat démocratique
Avec ce journal, j’ai eu à collaborer plusieurs fois. La création d’un organe de plus est une bonne chose dans la mesure où c’est une façon pour des hommes et des femmes de pouvoir exprimer leurs points de vue dans la société. C’est cela qui est le plus important. Le tout n’est pas de dire, il soutient le gouvernement donc on ne le lit pas. Normalement tout homme politique devrait être abonné aux différents journaux qu’ils soient de l’opposition ou de la majorité.
Parfois les journaux qui sont de la majorité peuvent vous donner les ficelles concernant certaines actions que le gouvernement veut entreprendre. De la même manière, ceux de la majorité doivent lire les journaux de l’opposition parce qu’ils traduisent l’état d’esprit de ceux ou des mouvements et actions qui peuvent venir. Pour dire que la pression d’opinion est un révélateur de tendance. En cela c’est une bonne chose. Quand on est convaincu d’une chose on doit pouvoir la défendre sans faire du griotisme. Un journal d’opinion n’est pas celui-là qui manie l’ascenseur. C’est un journal qui à un moment donné doit être critique vis-à-vis de son propre camp, en tirant la sonnette d’alarme.
Le journal doit jouer le rôle d’alerte et d’interpellation même des gouvernants. C’est en cela que je dis que la venue de «L’Opinion» est une bonne chose. Mais que ça soit dans une presse dite de l’opposition ou de la majorité, ce recul critique que doit avoir le journaliste parfois n’existe pas.
Cela devient comme si c’était une obligation de défendre sa chapelle. On peut défendre tout en critiquant. Je considère le journal «L’Opinion» comme un co-pilote en rallye qui est là pour alerter la vigilance du gouvernement ou des forces d’opposition. En cela je dis que «L’Opinion» est la bienvenue.
Mais la tendance à «L’Opinion» souvent est à manier l’ascenseur plutôt qu’à être véritablement critique. Je pense que cette pointe de critique si elle existait aurait permis de corriger un certain nombre de choses au niveau de l’action gouvernementale ou de la majorité qui gouverne.

Professeur Basile GUISSOU, délégué général du CNRST
“L’Opinion apporte sa contribution et Dieu merci”

- Regard critique sur la presse burkinabè
J’apprécie très positivement l’effort qui est fait au quotidien pour que nous recevions une presse plurielle relativement indépendante des chapelles politiques. Relativement, je dis bien, parce que je ne crois pas à la presse neutre. Une presse est toujours partisane, plus ou moins, du point de sa ligne rédactionnelle. Cela est positif pour éclairer l’opinion, aider les gens à comprendre les problèmes posés et accompagner aussi les autorités dans leur volonté de mieux faire parce que les critiques si on sait les prendre positivement ça vous aide. L’existence de la presse, c’est des balises, des garde-fous qui aident chacun de nous dans notre comportement au quotidien. J’aurais souhaité mieux car en tant que chercheur, quand je lis certaines appréciations des journalistes sur certains phénomènes sociaux, j’avoue que je tique. Parfois, il y a visiblement de l’inculture, de l’ignorance par rapport à l’histoire du pays des acquis qui existent. C’est la volonté d’aller aux sources, de se cultiver qui manque. On a l’impression que l’information est au premier niveau. A la limite la presse provoque pour voir s’il n’y aura pas de réaction inverse. Pour l’essentiel, la presse burkinabè dans son ensemble tient la route. Il m’arrive de voyager à l’étranger et je n’ai pas honte de la qualité de la presse de chez nous.

- Quid des lignes éditoriales?
C’est le reflet de notre société politique. Tout le monde n’est pas du même bord, ni de la même sensibilité. Nous avons 126 partis. Ce que je stigmatise en passant pour dire que c’est une foire, une pléthore qui ne nous grandit pas. Pour cause, on n’a pas besoin d’autant de partis pour exprimer les choix politiques de notre pays. Par ailleurs, je pense que la presse fait mieux que les partis politiques parce qu’il n’y a pas 126 journaux. On a peut-être une dizaine ou une quinzaine de titres. Un journal a le droit d’avoir une option plus prononcée pour telle ou telle orientation idéologique et politique plutôt qu’une autre. C’est ça aussi la liberté d’expression des opinions. On peut facilement identifier les journaux qui sont plus favorables à l’action gouvernementale et d’autres qui systématiquement aussi se sentent le devoir de critiquer parfois à l’excès, je pense, ce qu’ils estiment être les dérives du pouvoir. Je pense qu’il y a un minimum commun qu’on doit chercher pour aider l’ensemble de la société à évoluer de la façon la meilleure.
- L’Opinion dans le pluralisme du débat démocratique
«L’Opinion» apporte sa contribution et Dieu merci. Il m’a été donné plusieurs fois de m’exprimer à travers ses colonnes. C’est une tribune qui m’est offerte pour m’exprimer. De ce point de vue, je ne peux que apprécier son existence. Les choix du journal sont les siens, je me dois de les respecter. Chaque citoyen burkinabè qui a la possibilité de créer une tribune d’expression quelles que soient ses opinions politiques est en droit de le faire mais avec professionnalisme et en tenant compte de son rôle d’éclaireur de consciences quelque part. Il y a aussi la responsabilité de ce qu’il publie parce que les conséquences peuvent être bonnes ou mauvaises pour l’ensemble de la communauté. Je préfère qu’on parle de degré de responsabilité plutôt que d’engagement du côté d’un parti ou d’un pouvoir ou de quelque groupe d’intérêt que ce soit.

Jean Léonard COMPAORE
«La presse est le reflet de la société…»

- Regard critique sur la presse burkinabè
Je pense que la presse burkinabè dans son ensemble est une presse digne, une presse responsable. C’est une presse qui joue son rôle dans le paysage démocratique de notre pays. Depuis 20 ans, la presse s’est diversifiée. D’abord au niveau de la presse écrite, il y a plusieurs titres qui permettent au peuple d’avoir des regards différents et c’est ce qui permet aussi d’évaluer et de se former aussi politiquement, économiquement ou socialement. Je crois que la presse a beaucoup contribué à l’évolution démocratique de notre pays. De même au niveau des organes audiovisuels, il y a aussi une augmentation en nombre, avec une diversification des différentes lignes éditoriales. Tout cela participe à la formation du peuple et c’est une bonne chose. C’est vrai que la presse burkinabè a des problèmes, mais c’est des problèmes que vit le peuple burkinabè dans son ensemble : problèmes économiques, problèmes de moyens, etc.
Mais, malgré tout, je pense que la presse burkinabè fait de son mieux pour tirer son épingle du jeu.

- Quid des lignes éditoriales?
Je pense que voir les choses de cette façon est trop simpliste puisque dans tous les cas de figures toute position ou toute opinion n’est jamais isolée.
D’abord en tant qu’individu, on est dans un circuit familial avant d’être dans celui de la société en général. Tout point de vue exprimé ne rencontre pas forcément l’assentiment de tous les membres de la famille…
Mais globalement tout cela doit concourir à ce que nous vivions ensemble en société. Je ne pense pas que cela soit des antagonismes ou des inimitiés.
Moi, je considère qu’au niveau du Burkina, nous n’avons pas véritablement une presse du pouvoir et une presse de l’opposition, même si certains titres critiquent le pouvoir et/ou louent les actions du pouvoir. Tout dépend de la ligne éditoriale de chacun. Si on se trouve du côté de ceux qui critiquent le pouvoir on est vite taxé de presse de l’opposition, si on commente les faits positifs du pouvoir on est taxé de presse du pouvoir. Mais vous le constater au Burkina, il n’y a pas de griots, les gens même s’ils soutiennent le pouvoir, ils font des analyses critiques quand il le faut. Même certains organes qu’on pense être de l’opposition, s’il y a des points positifs du côté du pouvoir, ils le disent. Je ne pense pas qu’il y a des camps dans notre pays au niveau de la presse, chacun fait bien son travail en fonction de sa ligne éditoriale.
Je ne pense vraiment pas qu’il y a au Burkina une presse, du pouvoir et une presse de l’opposition, contrairement à certains pays que nous connaissons où la presse entre elle se livre bataille. Dans tous les cas, je pense que la presse est le reflet de la société démocratique où il y a toujours des divergences de points de vue. Je pense que c’est une bonne chose, ce qui permet aux citoyens ou aux acteurs de pouvoir peser le pour et le contre pour mieux se comporter et pour mieux travailler.

- L’Opinion dans le pluralisme du débat démocratique
Je dois d’abord vous souhaiter un bon anniversaire. Je pense qu’il faut saluer l’existence de L’Opinion. En 10 ans vous avez traversé des périodes difficiles, avec une naissance pas facile et une évolution assez difficile. Mais vous avez tenu. Je pense que le journal L’Opinion a apporté une vision de la société burkinabè qui vient enrichir les autres visions qu’il y avait.
L’Opinion, je pense, ne peut pas être taxé de journal du pouvoir puisque c’est pas le pouvoir qui le finance. C’est pas le pouvoir qui écrit pour vous, parce qu’on a connu des périodes ici où le pouvoir avait son propre journal. On a connu sous la Révolution où nous étions au gouvernement, un journal, l’INTRUS, qui était rédigé essentiellement par le pouvoir.
J’en sais quelque chose. Mais L’Opinion est une opinion libre qui exprime comme les autres organes ses points de vue. Votre journal est un journal sérieux, c’est un journal qui a sa place. Dans ce processus démocratique, L’Opinion a sa place comme tous les autres organes.

Sherif SY, directeur de publication du journal «Bendré»
“Il n’ y a aucun pays où on adore particulièrement la presse”

- Regard critique sur la presse burkinabè
La presse joue forcément sa partition. Je ne sais pas s’il peut y avoir une démocratie sans une pluralité et une liberté de presse. C’est la presse qui joue le rôle de veille, de la sentinelle de la démocratie. Pour ce qui est du Burkina Faso, la presse joue largement un rôle positif en terme de diffusion de l’information. Même plus, d’autres missions qui auraient pu ne pas être la sienne. Elle joue le rôle de sensibilisation, d’éducation citoyenne. On a parfois l’impression que la presse joue le rôle de dénonciateur, de juge et d’exécutant ; justement parce qu’il n’y a pas encore dans notre pays, une opinion constituée qui devrait servir de relais à la presse. Il faut tirer son chapeau à la presse parce que sans elle nous ne serions pas là aujourd’hui. Dans notre pays, nous avons une liberté de presse relative. Il n’y a aucun pays où on adore particulièrement la presse. Cette liberté est une conquête permanente. Si vous vous assoyez, on récupère l’espace que vous avez laissé.
Qu’est-ce que la presse fait pour occuper ces espaces-là intégralement et pour en conquérir d’autres ? Ces espaces se sont ouverts et fortifiés après le sacrifice suprême de Norbert ZONGO
Quid des lignes éditoriales?
Chaque organe, à mon avis, a sa ligne éditoriale. Cela détermine la sensibilité politique et idéologique de cet organe. Mon problème en tant que responsable d’un organe et aussi en tant que président de la SEP (Société des éditeurs de la presse privée), c’est de savoir si les uns et les autres respectent les canaux professionnels qu’édictent la déontologie et l’éthique de la profession.
Il est évident qu’en lisant les différents journaux vous sentez qu’il y a d’aucuns qui sont proches des seigneurs du moment et d’autres qui s’y opposent. Il y a une catégorie qui est des émanations de pouvoirs constitués ou de pouvoirs occultes. Mais tout cela participe aussi de la pluralité d’expression. Le lecteur, l’auditeur ou le téléspectateur est toujours en dernière analyse le plus grand arbitre de tous les médias. C’est le lecteur qui est notre patron à nous tous.

- L’Opinion dans le pluralisme du débat démocratique
J’estime qu’avec ses qualités et ses défauts, L’Opinion apporte aussi sa contribution. Je ne vais pas paraître comme quelqu’un qui esquive une question. Je pense que vous allez le retranscrire intégralement : L’Opinion a une ligne éditoriale proche des seigneurs du moment. A double titre, je souhaite à ce confrère un très bon anniversaire et un très bon vent pour la continuation.

Jean-Paul KONSEIBO, DG des Editions Sidwaya
“L’Opinion joue un rôle important”

- Regard critique sur la presse burkinabè
La presse burkinabè dans son ensemble est à mon avis plurielle, diversifiée et professionnelle. En régime de démocratie, il faut se féliciter de cette diversité de tons qui permet à toutes les sensibilités politiques et sociales de s’exprimer et de se reconnaître dans la pluralité des titres et des approches. En général, l’éthique et la déontologie professionnelle sont intériorisées et respectées par les animateurs de la presse burkinabè.
Quid des lignes éditoriales ?
Il faut du tout pour faire un monde, dit-on. Il n’y a pas de mal, à mon sens, pour un organe de presse d’opinion, à être proche du pouvoir ou de l’opposition dans un Etat de droit démocratique. En régime de démocratie, et dans les limites des lois et des règlements, on ne peut pas refuser à quelqu’un le droit d’exprimer ses opinions à travers un organe de presse, au risque de renier l’ordre démocratique. Qu’un organe de presse prenne des positions proches du pouvoir ou de l’opposition, ou éloignées de ces deux pôles indispensables à la démocratie, ne me dérange nullement ! Pourvu que les prises de positions soient revêtues de l’honnêteté intellectuelle, de la tolérance et de la confraternité. La presse d’information générale essaie elle, de rester objective et neutre dans la relation des faits. La presse de service public par contre devrait garder la balance égale entre les différentes composantes du paysage politique et social. C’est une posture qui n’est pas toujours aisée à observer. Etant co-directeur de publication d’un organe de service public, à savoir Sidwaya, j’en sais quelque chose.

- L’Opinion dans le pluralisme du débat démocratique
Dans le pluralisme du débat démocratique comme vous le dites si bien, je trouve que le journal L’Opinion joue un rôle important. Ce n’est pas parce qu’il défend des positions proches du pouvoir qu’il n’a pas de mérite et qu’il doit être voué aux gémonies. Il est important qu'opposition comme majorité disposent chacune d’une tribune pour s’exprimer et exprimer leurs points de vue, et même pour combattre les positions adverses ; en effet, la Constitution garantit les libertés d’opinion et de presse, elle dispose en son Article 8 que toute personne a le droit d’exprimer et de diffuser ses opinions dans le cadre des lois et règlements en vigueur.
En dix ans d’existence, L’Opinion a défendu courageusement sa ligne éditoriale et jeté un éclairage particulier sur l’actualité nationale et internationale.

Yacouba TRAORE,
Directeur de la Télévision nationale du Burkina
« L’Opinion a le courage d’exprimer ses opinions »

- Regard critique sur la presse
burkinabè
Je suis de la génération de ceux qui ont embrassé cette profession au milieu des années 80. Comparativement à ce qui se passait en son temps, honnêtement je pense qu’il y a un énorme progrès. Que ce soit au niveau de la multiplicité, de la diversité, de la variété des titres, je pense qu’il y a un progrès qui est indéniable.

- Quid des lignes éditoriales?
Tout ça participe de la qualité du débat démocratique. Ce n’est pas une mauvaise chose qu’un journal se dise proche de telle ou telle obédience. Si nous prenons le cas de nos ex-colonisateurs, vous trouverez que le «Figaro» est un journal de Droite. Il y a même des journaux partisans ; c’est le cas de «L’Humanité» qui est un journal du parti communiste. Cela participe de la qualité du débat démocratique pour que la presse, média public, puisse avoir sa place pour servir et le pouvoir et l’opposition et la société civile.

- L’Opinion dans le pluralisme du débat démocratique
Je ne dirai pas que c’est un journal qui a du mérite. Je dirai plutôt que c’est un journal qui a du courage. Je le dis en pesant mes mots. Parfois quand on sent que c’est une sorte de dictature de la pensée unique et que certains journaux arrivent à donner une voix discordante, je crois que c’est extrêmement important pour nous hommes de médias qui sommes soucieux de la liberté d’expression. De ce point de vue, des journaux comme «L’Opinion» donnent l’exemple. J’imagine qu’à un certain moment ça n’a pas été facile. C’est pourquoi, je dis que c’est un journal qui a du courage surtout. On peut avoir des opinions, mais ne pas avoir le courage de les exprimer. «L’Opinion» a le courage d’exprimer ses opinions.

Rémi DJANDJINOU, Rédacteur en chef de CANAL3
«L’Opinion ce n’est pas seulement la voix du maître “

- Regard critique sur la presse burkinabè
Depuis la démocratisation des années 1991, le pluralisme dans l’expression des médias est une réalité. Il en est de même de leur indépendance. En terme de maturité cette presse a atteint un seuil intéressant en professionnalisme. Il reste néanmoins des éléments à parfaire surtout au niveau des conditions économiques, des aspects juridiques avec le code de l’information, le délit de presse, etc.

- Quid des lignes éditoriales?
Je trouve que c’est tout à fait normal qu’il y ait des opinions plurielles dans un pays, c’est d’ailleurs une richesse. L’intérêt c’est que ces journaux affichent leur appartenance. On est un journal d’opinion donc on défend un point de vue. Maintenant que cela se fasse dans le professionnalisme pour éviter de tomber dans de la propagande pure et dure. Nous sommes un pays dans la sous-région où les partis politiques n’ont pas totalement une main mise sur la presse. On a un avantage avec une presse qui se veut professionnelle. Il y a des journaux qui ont une ligne médiane, d’autres qui sont des journaux d’opinion, qui l’affirment et qui font le travail qui y sied.

- L’Opinion dans le pluralisme du débat démocratique
C’est lié à ce que je viens d’évoquer plus haut. Des journaux comme «L’Opinion», «Bendré», «L’Hebdo», «San Finna» participent à enrichir l’expression plurielle. Quand on prend par exemple «San Finna» on le rattache à un certain courant politique, «Bendré» ne cache pas ses accointances sankaristes, son esprit alter mondialiste. «L’Opinion» ce n’est pas seulement la voix du maître. Ce journal a des points de vue, même s’ils sont proches de l’expression du pouvoir qui sont critiques. L’élément essentiel c’est que cet état de fait ne nous amène pas à nier un certain nombre d’évidences, c’est-à-dire faire de la propagande pour le programme mais tenir un discours fondé sur le professionnalisme.

Achille TAPSOBA, Député CDP
«L’Opinion occupe très souvent des espaces originaux»

- Regard critique sur la presse burkinabè
Parler de la presse burkinabè est un sujet très complexe. A la fois complexe et passionnant, dans la mesure où l’information dans sa forme, dans son contenu et à travers ses supports est quelque chose de dynamique. Alors, de façon globale, je dirais que notre presse a acquis une certaine maturité. Cela je le dis au regard de ce qu’on aurait pu constater il y a 20 ans, 25 ans et ce qu’on peut constater aujourd’hui en l’an 2007 par rapport non seulement à la prestation de la presse mais également à la qualité de la prestation et du support et surtout à la manière dont l’information est traitée aujourd’hui dans notre pays.
Vous avez donc aujourd’hui la possibilité d’avoir l’opinion de L’Opinion, de Sidwaya, de L’Observateur, du Pays, de Horizon FM… sur le même évènement. Ce qui veut dire que sur le pluralisme, on est aujourd’hui satisfait. Le pluralisme des points de vue est respecté et il nous permet d’avoir l’arc-en-ciel des possibles du point de vue de la pensée et des opinions dans notre pays. J’ai parlé aussi de maturité et qui dit maturité dit également sagesse, parce que c’est plus difficile aujourd’hui d’être journaliste que par le passé compte tenu des enjeux et des difficultés. Alors, je me rends compte parlant du journaliste, qu’il y a aujourd’hui une prestation fondée sur la sagesse. Ce qui aurait pu être objet de propagande par le passé est aujourd’hui basé sur une analyse froide, avec un esprit de responsabilité et de paix.
Bien sûr, tout n’est pas parfait, mais si on compare la presse burkinabè à celle des pays voisins, on n’est pas les derniers, bien que nous ne soyons pas aussi les premiers. Mais, nous pouvons améliorer du point de vue du professionnalisme surtout. Et dans ce domaine, nous avons beaucoup à faire dans la mesure où n’importe qui n’est pas journaliste. N’importe qui, peut-être, peut devenir journaliste à condition de passer par le moule du journalisme, du professionnalisme. Mais on constate de plus en plus qu’il suffit d’écrire souvent dans un organe pour être qualifié de journaliste, c’est qui est dommage.
Il n’y a pas de signe distinctif entre le journaliste professionnel et l’amateur.
Il y a donc une clarification à faire. Sinon, dans l’ensemble, je pense que notre presse a atteint une certaine maturité, même s’il y a du travail à faire.

- Quid des lignes éditoriales?
Je ne pourrais pas nier ce fait dans la mesure où ceux qui le disent constatent que certains organes de presse sont des chantres de l’opposition ou du pouvoir. Mais cela ne suffit pas pour caractériser un organe de presse. Un organe de presse, peut être un organe de propagande et d’agitation d’un parti politique. Cet organe est à la merci d’un parti politique. Par contre on peut être proche du pouvoir sans être un chantre du pouvoir et être critique vis-à-vis du pouvoir et de l’opposition. Ce qui est important pour la presse c’est d’avoir un esprit critique. Si on prend par exemple certains journaux de la place, on se rend effectivement compte parfois que la critique de la société par un parti est exagérée par rapport à l’autre parti. Il y a le plus souvent un déséquilibre dans la capacité à être objectif. L’objectivité veut qu’envers son ami on soit aussi critique qu’envers son adversaire ou son ennemi.
Mais ce n’est pas un mal congénital que d’être proche du pouvoir ou de l’opposition. Ce qui est un mal, c’est d’être tellement proche qu’on n’a plus la capacité de voir d’un journaliste. C’est d’être tellement proche qu’on se laisse atteindre par une cécité qui empêche des analyses objectives.

- L’Opinion dans le pluralisme du débat démocratique
Je dois dire que le journal L’Opinion est d’une couleur politique telle que, s’il n’existait pas, il allait manquer une couleur à l’arc-en-ciel des couleurs politiques de la presse de façon générale.
Quand je parle de couleur politique, je ne dis pas que L’Opinion est un journal de propagande politique d’un parti mais plutôt un journal qui traite des questions éminemment politiques. C’est très important. Et comme vous le savez très bien, lorsque vous traitez une question politique, plus une autre question politique, plus une 3e question politique, vous écorchez forcément des hommes politiques d’un côté ou vous faites plaisir à des hommes politiques d’un côté. Ensuite, L’Opinion est un journal qui se lance très souvent dans l’analyse tout en ne créant pas les a-prioris, ni les préjugés.
Ce qui fait que L’Opinion occupe très souvent des espaces originaux, qui ne sont pas très fréquentés par d’autres. J’estime que c’est un courage que d’oser et d’émettre des hypothèses qui tranchent d’avec les autres. Et ça été le cas de la plupart des questions et des sujets traités par le journal L’Opinion. C’est d’ailleurs ce qui a valu à votre journal d’être traité de pro-pouvoir. Mais en réalité, quand on analyse très bien, je pense que cela participe à l’équilibre de l’information dans notre pays dans la mesure où ce qui est considéré comme évident par certains journaux et journalistes ne l’est pas en réalité quand on va au fond de l’analyse.
Je dois aussi reconnaître qu’en 10 ans, L’Opinion s’est forgé une place sur l’échiquier médiatique national. Une place qui a été très péniblement acquise par l’effort, le courage et la persévérance de ses animateurs. Le journal a connu des moments difficiles mais ne s’est jamais découragé. Vos analyses permettent à l’opinion publique nationale d’avoir plusieurs sons de cloche. Et votre son est nécessaire pour comprendre certains évènements par rapport aux sons que donnent certains autres organes.

Moussa BANTENGA,
Directeur de l’UFR/SH
“La ligne éditoriale de L’Opinion est bien claire”

- Regard critique sur la presse burkinabè
Nous vivons une forme de printemps de la presse. Cette presse est diversifiée et chaque journal a une ligne éditoriale bien claire.
Nous verrons des journaux qui prennent position plus ou moins pour les actions gouvernementales et des journaux d’opposition tout comme des journaux qu’on ne peut pas classer qui sont véritablement libres. Vu tout cela, je constate que nous avons une presse qui se bat au quotidien pour affirmer son identité, son indépendance.
Quid des lignes éditoriales?
C’est dans la norme. Si vous allez aux Etats-Unis d’Amérique, vous avez une presse qui a tendance à soutenir les actions des Conservateurs et une autre qui soutient les Démocrates. En France, vous prenez le «Parisien libéré», le «Figaro», c’est la presse de Droite qui va soutenir par exemple Nicolas SARKOZY. Quant à «Libération», c’est un journal plutôt de Gauche. Il aura toujours un petit faible pour les Socialistes. «L’Humanité» est un journal plus ou moins lié au Parti communiste. C’est à chacun de se battre au niveau de son organe, de diffuser le maximum de ses idées auprès de ses lecteurs.

- L’Opinion dans le pluralisme du débat démocratique
Je connais bien «L’Opinion» en tant qu’un journal de la place qui a aussi une ligne éditoriale bien claire : c’est de soutenir les actions du pouvoir en place incontestablement. C’est un journal qui défend ses positions et qui a sa place comme tous les autres.

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