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Voeux 2009
AFFAIRE DAVID OUEDRAOGO

Affaire David OUEDRAOGO

Les faits et la campagne médiatique

Un vol de numéraires au domicile de M. François COMPAORE, conseiller à la présidence du Faso, et dont la motivation des auteurs a conduit la sécurité présidentielle à s'en mêler est le déclencheur de ce qui sera plus tard dénommé «Affaire David OUEDRAOGO». Une affaire devenue affaire d'Etat par la volonté de certains milieux politico-médiatiques qui l'ont exploitée à satiété pour des desseins dont l'objectif essentiel était d’ébranler le pouvoir de la IVe République. On l'aura remarqué tout au long de l'exploitation qui en a été faite.
Retour sur une affaire qui a connu un épilogue judiciaire mais qui ne cessera de marquer les esprits.

Au début, on était somme toute, en face de ce que d'aucuns appelleraient un vulgaire fait divers comme on en vit dans toutes les familles. Du reste l'information «lâchée» par L'Observateur Paalga en sa livraison n°119 du 26 mars au 2 avril 1998 ne semblait pas dire le contraire même si le lieu de détention des délinquants sortait de l'ordinaire: un vol d'argent aurait été commis au domicile de François COMPAORE et les supposés auteurs seraient détenus au Conseil de l'Entente (enceinte devenue «camp militaire» car occupée par le Régiment de sécurité présidentielle (RSP). On le sait, dans les familles les problèmes de vol sont monnaie courante. On constate la disparition d'une somme donnée, on accuse pêle-mêle les employés de maison, le chauffeur ou on soupçonne tel membre de la famille, etc. La famille de François COMPAORE n'a donc pas échappé à ces faits divers familiaux. C'est courant novembre 1997 que les faits sus cités ont eu lieu. Du vol de numéraires, les soupçons se portent sur deux employés de la maison licenciés deux semaines auparavant pour vols de vêtements: Adama TIENDREBEOGO (manœuvre) et Hamidou ILBOUDO (cuisinier). L'affaire est portée à la gendarmerie par Mme COMPAORE à qui appartient l'argent volé. Mais avant que la gendarmerie ne mette en branle sa machine, des éléments de la sécurité présidentielle entrent en action en interpellant les deux suspects qui ne nient pas les faits et accuseront David OUEDRAOGO, chauffeur de François COMPAORE, d’être le cerveau du vol. Ils auraient été convaincus par l’intéressé de bien «se servir» pour ne pas avoir après à s’en mordre les doigts car leur patron vivrait les derniers instants de son «pouvoir». En effet, selon David OUEDRAOGO, un coup d'Etat se préparait et devait intervenir avant la CAN 98 (février). Chacun, devait donc assurer ses arrières et c'est ce qui fut fait par ce vol. Cependant, le patron, François COMPAORE, mis au courant de l'affaire, rejettera en bloc les accusations portées contre son chauffeur en qui il avait entière confiance et qu’il considère d’ailleurs comme un frère. L'affaire aurait bien pu s'arrêter là, puisque François COMPAORE souhaitait vivement que «le linge sale se lave en famille». Mais dès lors que le vol commis à son domicile est mû par la survenue probable d'un coup d'Etat ainsi que l'affirmaient les auteurs, la raison d'Etat ne prend-elle pas le pas sur les préoccupations individuelles ? C'est ce qui a amené la sécurité présidentielle à se mettre en branle d'autant que la sécurité du président du Faso et la stabilité des institutions républicaines sont sa raison d'être. David OUEDRAOGO qui semble donc en savoir sur ce qu'il a affirmé à ses compagnons, est interpellé courant décembre 1997. Après interrogation, il reconnaît le vol et surtout l'affaire du coup d'Etat en préparation dont il avance même des noms de personnes impliquées.
Les militaires de la sécurité présidentielle mèneront leur «dossier» avec l'état d'esprit qui devait être le leur quand on imagine qu'ils étaient sur le gril, un coup d'Etat n'étant pas pour leur apporter un bien-être pire, une telle occurrence ne leur garantit pas l'intégrité physique. Et alors, l'irréparable se produisit. De suite de sévices endurés pour lui extorquer le maximum d'informations sur ce qu’il sait, David OUEDRAOGO, qui avait une santé fragile décèdera. Voilà une véritable patate chaude jetée dans les mains de François COMPAORE que très vite certains ont tenu pour responsable de ce qui est arrivé. Petit frère du Président du Faso et considéré comme personnage de premier plan du régime en place, l'homme devint l'objet d'une cabale politico-médiatique qui s'est poursuivie dans les arcanes du palais de justice.
Au plan médiatique, le journal L'Indépendant qui s'est saisi de l'évènement en a fait «son affaire», lançant à chaque parution des piques assassines comme un chasseur à l'affût du gibier. Des informations plus ou moins erronées mais savamment compilées sont hebdomadairement servies à l'opinion publique. Le ton des articles qui se succédaient et ne laissaient aucune place à la présomption d'innocence dans ce genre d'affaire était sans équivoque: l'Affaire David OUEDRAOGO est une affaire d'Etat et mieux que François COMPAORE, c'est au président Blaise COMPAORE d'en répondre. C'était donc clair et il fallait tout faire pour qu'il en fût ainsi. Le matraquage médiatique était tel que François COMPAORE dut sortir de sa réserve légendaire par une interview accordée à L’Observateur Dimanche (n°120 du 3 au 9 avril 1998). C’est un citoyen, visiblement «touché» par ce qui s’est passé et tout ce qui se raconte, qui s’est exprimé. De l’affaire du vol à ses rapports avec David OUEDRAOGO en passant par l’interprétation des faits par L’Indépendant, François COMPAORE a été «cuisiné» par ce journal et il s’est franchement ouvert confessant même avoir «été beaucoup peiné et continue d’être profondément affecté par ce qui est arrivé». Il restera cependant impuissant devant ce qui se racontait sur cette affaire, mais avec espoir que la justice aura le dernier mot.

Le procès

Après la bataille politico-médiatique, s’ouvrit celle judiciaire dans l’Affaire David OUEDRAOGO. La justice saisie a décidé de dire le droit non sans que les mêmes acteurs de la scène politique et des médias renforcés par leurs amis des milieux judiciaires interfèrent pour orienter les décisions. Pour un grand procès, le procès David OUEDRAOGO le fut et il a fait mentir Honoré de BALZAC qui disait que les lois (justice) sont des toiles d’araignée à travers lesquelles passent les grosses mouches et où restent les petites. Pour dire que nulle place n’a été laissée à la compromission, la raideur de la justice ayant fait défiler devant elle de hautes personnalités du pouvoir à titre de témoins pour éclairer le tribunal qui n’est pas allé du dos de la cuillère dans son verdict.
Mais comment est-on arrivé à ce procès, désormais historique ?

Me Olivier SUR

C’est peut-être par-là qu’il aurait fallu commencer les choses comme dirait l’autre. En effet, le 2 septembre 1998, soit 10 mois après les faits, un avocat, Me Bénéwendé SANKARA, dépose au nom des «ayants droit» de David OUEDRAOGO au cabinet du doyen des juges (cabinet N°4) une plainte contre M. François COMPAORE pour «Meurtre et recel de cadavre». Le journal L’Indépendant qui a le scoop tiendra régulièrement informée l’opinion publique sur l’évolution du dossier. Manifestement la connexion entre l’avocat et ce média était patente et on vivait indubitablement la prolongation de la cabale politico-médiatique menée contre François COMPAORE depuis le décès de David OUEDRAOGO. On était la veille de l’élection présidentielle de novembre 1998. L’occurrence était fort belle et l’on a vu comment l’opposition politique en perte d’audience en a usé pour rebondir.

Quand la politique rentre au prétoire
Dès l’entame du dossier judiciaire sur le décès de David OUEDRAOGO, des entorses ont été faites à la procédure par l’avocat plaignant, Me Bénéwendé SANKARA, qui posait ses actes mu par autre chose que la volonté de voir aboutir la vérité et justice rendue.
Si l’on ne peut convaincre personne que la décision de déposer la plainte à la date sus-citée soit fortuite et ne visait pas à nuire pendant la campagne présidentielle, on ne peut non plus dire qu’elle ne couvait pas des desseins qui voulaient que la justice soit «piégée».

Me Bénéwendé SANKARA
En effet, la plainte a été déposée au moment où le procureur qui suivait l’affaire était en congé et sa formulation illustrative de la volonté de l’avocat de régler définitivement des comptes pour le moins politiques. Ainsi aucun nom ne figurait sur la plainte au titre des ayants droit et fort curieusement, c’est l’avocat lui-même qui paiera la consignation, ce que n’autorise pas la loi. Y’avait-il une course contre la montre pour un dossier aussi médiatisé ? En tout cas, le procureur absent pour congé, son substitut confie le dossier à un stagiaire qui bafoue les dispositions légales en la matière et requiert l’ouverture d’une information. Le juge d’instruction émet donc une «convocation d’inculpé» contre François COMPAORE et la remet à l’avocat pour transmission, ce qui encore n’est pas autorisé par la loi.
Bref, le droit a été mis à rudes épreuves : procédure bancale, pas de partie civile, convocation remise à l’avocat pour transmission…
Le 18 janvier 1999, François COMPAORE par l’entremise de ses avocats (Me Olivier SUR du barreau de Paris et Me Abdoul OUEDRAOGO du barreau de Ouagadougou) demande l’annulation de la procédure pour vices de forme. Ce qui sera fait par la chambre d’accusation de la Cour d’Appel le 31 mars 1999. Mais avant cette décision judiciaire, il faut souligner que des ayants droit de David OUEDRAOGO s’étaient bruyamment insurgés contre l’avocat plaignant et disaient se démarquer de sa démarche qui n’aurait pas eu l’aval de la famille de la victime. Au sortir de l’audience qui a prononcé l’annulation de la plainte, Me Olivier SUR s’était d’ailleurs offusqué des manigances de l’autre partie lors d’une conférence de presse en des termes peu amènes : «N’importe quel imbécile ou n’importe quel mauvais juriste ayant un client avec une identité, une date de naissance, serait venu déposer au greffe en temps utile, l’acte de naissance de son client et aurait dit monsieur, le voilà, il s’appelle X, il est né le … il existe bien. Et comme, il (NDLR Me SANKARA) ne l’a pas fait, c’est la preuve, c’est l’aveu matériel et flagrant du scandale de cette procédure et du fait que c’est un avocat sans client. C’était donc une procédure politique en pleine campagne électorale».
Le 31 mars 1999 donc, les juridictions de droit commun se déclarent incompétentes et renvoient les parties à se pourvoir autrement, David étant mort suite à des sévices subis dans une caserne militaire. C’est donc le tribunal militaire la porte à laquelle il fallait frapper. Ce qui sera fait. Le Droit avait repris ses droits contraignant, Me SANKARA à un retour à la case-départ pour bien cadrer les choses comme on dirait. Et ainsi, le coupable qu’on avait désigné, François COMPAORE, ne sera plus qu’un témoin entendu par le Tribunal militaire.

Le procès restera politique malgré tout
Jour «J», 17 août 2000 : ouverture du procès. 3 jours durant (17, 18, 19 août 2000) le tribunal militaire siègera avec au rôle «Affaire ayants-droit de David OUEDRAOGO contre KAFANDO Marcel, KOAMA Edmond, YARO Ousseni KABRE Marcel et KOMBASSERE Christophe».
Fortement médiatisé, le procès drainera foule et suscitera passion. Il ne pouvait en être autrement, au regard de la nature et de la personnalité des acteurs : à la barre, cinq militaires, membres de la sécurité du président du Faso ; au rang des témoins, des personnalités de hauts rangs, tels le colonel Gilbert DIENDERE, chef d’Etat-major particulier du président du Faso, le commandant Boureima KERE, aide de camp du chef de l’Etat, M. François COMPAORE, conseiller à la présidence du Faso et son épouse ; côté plaignants, les ex-employés de François COMPAORE, (Hamidou ILBOUDO, Adama TIENDREBEOGO), Arthur OUEDRAOGO frère de David OUEDRAOGO et leurs avocats, Me SANKARA, Me FARAMA et autres…
Débats houleux, souvent passionnés, et contradictoires, ont jalonné ce procès.
Au finish, des sentences pour le moins sévères prononcées à l’endroit de trois (03) des cinq (05) inculpés.
Un procès conduit de mains de maître par Mme Ramata FOFANA, présidente du tribunal militaire et qui a vu la condamnation de l’adjudant Marcel KAFANDO et du sergent Edmond KOAMA à 20 ans de prison ferme ; le caporal Ousseni YARO, lui, écopera de 10 ans ferme. Pour de nombreux observateurs, le tribunal a appliqué le droit en faisant un clin d’œil à une opinion publique conditionnée par un matraquage politico-médiatique qui tendait à présenter la justice comme acquise aux hommes au pouvoir.

Par Ben Alex BEOGO

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