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Meilleurs voeux 2009
Voeux 2009
La tentative de coup d’Etat

Les faits

Alors qu’on croyait que les multiples coups d’Etat qui ont jalonné la vie sociopolitique du Burkina étaient désormais de vieux et mauvais souvenirs depuis le retour du pays à une vie constitutionnelle en 1991, voilà qu’en octobre 2003, des faits sont venus remuer la cendre. Une tentative de coup d’Etat venait d’être déjouée par les services de sécurité.

C’est avec effarement que les Burkinabè ont appris le 7 octobre 2003 qu’une tentative de coup d’Etat qui se préparait depuis le mois de mars de la même année avait été éventée. Le principal cerveau était le capitaine Diapagri Luther OUALI, alors en détachement au ministère du Commerce. Les personnes impliquées étaient au nombre de 14 : deux civils et douze militaires. En donnant l’information le 7 octobre 2003, le procureur général, Abdoulaye BARRY, a fait savoir que le putsch déjoué aurait été mûri de 2000 à 2001, puis mis en veilleuse et réactivé en septembre 2003. Le pot aux roses a été découvert grâce à la loyauté du lieutenant Philippe MINOUNGOU, qui était en fonction à la garnison de Pô. Celui-ci avait en effet, fait savoir à sa hiérarchie, qu’il avait reçu la somme de 2,4 millions et un téléphone portable flambant neuf haut de gamme de la part du capitaine OUALI afin qu’il s’associe à lui pour un coup d’Etat. Il révèle les identités des envoyés qui seront arrêtés par la suite. Il s’agit du caporal Bassana BASSOLET et du sergent-chef Baliboué BAKO conduits à Pô par le pasteur Israël PARE pour remettre «les présents» de OUALI. C’est même le pasteur qui aurait joué au maître de cérémonie en exposant l’objet de leur visite au lieutenant MINOUNGOU qui dira à son audition : «Ils m’ont dit que c’est le capitaine OUALI qui m’envoie cette somme pour que je le soutienne à renverser le régime». Avant de préciser que le capitaine a même demandé à ses envoyés de goupiller un rendez-vous avec lui pour la semaine suivante à Ouagadougou.

La main étrangère ?
La révélation du lieutenant MINOUNGOU a permis de mettre la main sur OUALI, le principal cerveau dont l’agenda de déplacement communiqué par le procureur général, laisse voir qu’il avait effectué des missions au Togo et en Côte d’Ivoire dont il avait rencontré des autorités. Au Togo, pour sa sale besogne de déstabilisation du Burkina, il avait menti aux autorités leur affirmant que des mercenaires burkinabè s’apprêteraient à attaquer le pays. On ne sait combien les Togolais lui ont payé cette «intox». Par contre, en Côte d’Ivoire, il a fait une bonne affaire. Il est rentré en contact avec l’aide de camp du président GBAGBO, le Colonel Raphaël LOGBO son promotionnaire à l’Ecole des Forces armées de Bouaké. En réalité, nombre de personnalités proches de GBAGBO ont eu des contacts avec la bande à OUALI. D’abord Christine GNANIEN, membre du FPI et employée à la société UNILEVER, qui s ‘était rendue à Bobo-Dioulasso où elle s’est entretenue avec un des insurgés, Moussa KABORE dit Boza, qui s’est d’ailleurs suicidé dans sa cellule pendant l’instruction. Ils s’étaient auparavant téléphoné le 13 novembre 2003 pour se fixer un rendez-vous au Niger. Ensuite, un colonel ivoirien prénommé Léopold s’est rendu à Accra pour rencontrer le capitaine OUALI, le 25 mai. Le colonel Konan DEPEU, alors attaché militaire à l’ambassade de Côte d’Ivoire au Burkina, aurait également eu plusieurs contacts avec les présumés putschistes.
De toutes ces relations, la plus soutenue était celle avec l’aide de camp du président ivoirien avec lequel il a eu des entretiens téléphoniques les 4, 16 et 23 septembre 2003, et a été reçu dans un bureau de la présidence ivoirienne. Selon les services de renseignements généraux, Raphaël LOGBO aurait promis 70 millions et a avancé 50 millions pour le recrutement des putschistes. On sait donc d’où venaient les fonds remis au lieutenant MINOUNGOU qui n’a pas voulu pactiser. Tels sont les faits tels que relatés et qui soutiendront le procès intenté contre les putschistes devant le Tribunal militaire de Ouagadougou.o

Par Drissa TRAORE

Le procès des 13 conjurés

Le mardi 6 avril 2004 s’est ouvert à la justice militaire, le procès des 13 accusés pour complot, atteinte à la sûreté de l’Etat et trahison dans la tentative de coup d’Etat déjoué en octobre 2003. Premier du genre dans l’histoire du Burkina Faso le procès s’est déroulé dans une ambiance sereine avec des avocats pour tous les accusés.

Sergent Babou NAON, un des coupables de la tentative de coup d’Etat

Le palais de justice militaire était ce mardi 6 avril 2004 dans un décor particulier pour une circonstance spéciale : le premier procès public pour des personnes poursuivies dans une affaire de tentative de coup d’Etat. Dans la salle d’audiences sonorisée, en plus des accusés et de leurs proches parents, on notait la présence très remarquée d’une kyrielle de journalistes et des témoins au nombre de 80 environ. Une foule immense massée en face du palais a suivi le procès grâce à une sonorisation à l’extérieur. Le tribunal était présidé par le magistrat Franck COMPAORE, assisté de Marc ZONGO, des juges assesseurs le colonel Mamadou SANOU, le colonel Blaise NIKIEMA et Seydou COMPAORE. Le parquet, ministère public garant de l’action publique était constitué de l’actuel procureur général, Abdoulaye BARRY comme commissaire du gouvernement et du commandant Abdoul Karim TRAORE comme substitut. La partie civile était représentée par trois avocats pendant que la défense, elle, était assurée par 17 avocats. Les inculpés ont donc été largement assistés pour leur défense.
Le procès s’est déroulé du 6 au 17 avril et a vu passer à la barre de nombreuses personnalités civiles et militaires comme témoins à charge ou à décharge, tels le colonel Gilbert GUINGUERE, chef d’état major particulier du chef de l’Etat. Tout s’est déroulé dans une atmosphère détendue malgré le poids des accusations et des peines pouvant en résulter si bien que des accusés ont fait dans la diversion. En effet, certains se sont détournés de l’objet du procès et ont voulu que des témoins s’expliquent sur l’affaire Norbert ZONGO, sur un supposé problème relatif aux vétérans du Libéria et sur la gestion du Régiment de la sécurité présidentielle (RSP). Et le président du tribunal de leur faire comprendre qu’il ne s’agissait ni du procès des témoins, ni celui de l’armée encore moins celui de l’affaire Norbert ZONGO. C’est le cas du Sergent Babou NAON qui tentera de détourner les débats sur l’Affaire Norbert ZONGO en laissant entendre qu’il avait des informations incriminant François COMPAORE dans ce dossier avant de se rétracter plus tard devant le juge en charge de ce dossier. Manifestement une stratégie de défense qui a fait long feu le Tribunal ayant fermement refusé de se laisser divertir. Appelé à la barre, le capitaine Luther Diapagri OUALI, présumé cerveau du complot, a laissé entendre tout de go qu’il a été assez brimé dans l’armée car il aurait mis 9 ans pour obtenir son grade de capitaine. Ainsi fera-t-il cet aveux au tribunal : «C’est en 2000 que j’ai eu cette idée de faire bouger les choses en enlevant le président du Faso de son fauteuil. Cette idée, je l’ai partagée avec le sergent NAON et jusqu’en 2001 nous voulions organiser notre manifestation et en 2002, il y a eu une promesse de réhabilitation mais rien n’est venu… L’évènement qui m’a interpellé sur la nécessité du départ du président COMPAORE est arrivé sur le pont Kadiogo, le 16 décembre 1998 jour de l’inhumation de Norbert ZONGO et de ses compagnons. Le peuple a souhaité que prenne fin le règne COMPAORE. C’est donc un devoir patriotique qui m’a conduit à cette situation… J’avais l’intention de mettre fin à la compaorose. Je voulais chasser Blaise COMPAORE de son fauteuil présidentiel…». Le capitaine OUALI ajoute que si le coup d’Etat réussissait, un collège d’officiers devait élire un officier pour la présidence dont il était lui-même candidat. Comme lui, Babou NAON reconnaîtra les faits et les revendiquera même. Pour leur part, Norbert Michel TIENDREBEOGO ci-devant président du FSS, un parti sankariste, et le Pasteur Israël PARE réfuteront les accusations.
Le tribunal, en toute indépendance, proclame dans la nuit du 17 avril 2004, son verdict: sept condamnés, six relaxés. Au nombre des condamnés, un commandant, deux capitaines, deux sergents, un caporal, tous de l’armée burkinabè, et un pasteur d’église. Tout compte fait, pour la première fois des putschistes sont renvoyés devant une juridiction et un procès public est intenté pour statuer sur leur culpabilité. Ce fut en présence de la société civile, de la presse, d’une grande foule d’observateurs mus par la singularité de l’évènement. L’impact du verdict sur la conscience collective est sans équivoque. Il marque un tournant décisif dans l’enracinement de la démocratie au Burkina Fas.

La campagne médiatique

La tentative de putsch déjouée en 2003, on l’aura remarqué, a poussé devant la scène les mêmes éléments du Collectif de partis politiques, d’associations et de syndicats qui s’est formé pour dit-on lutter contre l’impunité, ce à la faveur de l’assassinat de Norbert ZONGO. Comme si l’acte posé par les conjurés cadrait avec leur objectif, bien que ce soit un crime contre l’Etat, ils n’ont pas hésité un instant à prendre fait et cause pour eux. A travers interviews et déclarations de presse, les responsables du Collectif n’ont lésiné sur les moyens pour mener une véritable campagne médiatique tentant d’innocenter les 13 présumés putschistes. Si c’était la présomption d’innocence qui guidait ces champions de la lutte contre l’impunité, on en aurait été heureux et souhaité qu’une telle disposition d’esprit s’installât pour toutes les affaires inscrites dans leur canevas particulièrement celle de l’Affaire Norbert ZONGO dans laquelle ils ont accusé sans la moindre preuve, jugé et condamné sans réminiscence d’autres citoyens. Mais visiblement pour le Collectif, l’Etat ou précisément la IVe République a toujours tort ; jamais ses dirigeants ne peuvent être considérés comme victimes dans une affaire.
Ainsi, dès l’annonce du putsch déjoué, dans la presse, les thèses des «inégalités», de la corruption rampante, des crimes économiques… dans le pays qui pourraient justifier l’idéal des putschistes ont été développées à souhait et reprises à leurs comptes par certains médias et des hommes politiques, pour démontrer que le Capitaine OUALI Diapagri et ses compagnons étaient fondés à vouloir débarrasser le pays de la «Compaorose» (l’expression est du sus nommé). De l’UNDD de Hermann YAMEOGO, en passant par le MBDHP de Halidou OUEDRAOGO, des articles de presse ont été légion pour présenter les présumés comploteurs comme des «héros» ou du moins des Zorros justiciers venus à la rescousse des faibles. Ce serait des martyrs. On est allé jusqu’à soutenir que tout cela n’était que pure montage.
La passerelle est vite posée entre cette tentative de putsch et l’Affaire Norbert ZONGO devenue le bélier pour enfoncer la «forteresse» de la IVe République. Et une certaine presse de s’en donner à cœur joie, avec le Collectif, en servant les lecteurs d’interminables élucubrations faisant passer les putschistes pour des victimes de leur attachement aux valeurs républicaines. Même leurs aveux n’y feront rien ; c’était la chanson même si plus tard il leur a fallu danser seul au son de leur propre musique… Et continua son avancée, la République !
Drissa TRAORE.

Le verdict

Condamnations fermes
- Capitaine Ouali Luther DIAPAGRI: 10 ans fermes
- Capitaine Boulédié BAYOULOU: 6 ans fermes
- Sergent Babou NAON :
6 ans fermes
- Caporal Bassan BASSOLET: 5 ans fermes
Condamnations avec sursis
- Pasteur Pascal Israël PARE: 2 ans avec sursis
- Commandant Siéou Bernardin PODA :16 mois avec sursis
- Sergent-chef Baguiboué BAKO: 16 mois avec sursis
- Comandant Sié Rémi KAMBOU:
Acquitté
- Sergent-chef Souleymane ZALLA :
- Sergent-chef Abdoulaye KONFE :
- Sergent Jean-Claude KAMBOU:
- Soldat 1ère classe Adjima ONADJA:
-Norbert Michel TIENDREBEOGO :

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