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INTERNATIONAL

Le racisme peut-il encore faire perdre Obama ?

Les derniers sondages donnent obstinément gagnant Barack Obama. Mais ne sous-estiment-ils pas le paramètre raciste ?

" L'Amérique que nous voulons " , l'économiste Paul Krugman (qui s'est vu décerner le Nobel d'économie 2008) insiste sur l'importance du racisme comme facteur de vote républicain. Il explique aussi comment les candidats républicains ont joué en virtuoses de sentiments peu avouables.
Et de rappeler comment Ronald Reagan, en 1976,  avait entamé sa marche triomphale vers la présidence : " Il s'est fait remarquer en exagérant grossièrement un cas de fraude aux allocations à Chicago, qui lui a inspiré l'expression Welfare Queen, la "Reine des prestations sociales". Il n'a pas précisé la couleur de sa peau, il n'en avait pas besoin."
Pour Paul Krugman, le racisme a été l'ingrédient essentiel des succès des candidats républicains, qu'ils s'appellent Reagan ou Bush (senior et junior), et de leurs politiques néo-libérales sapant les acquis sociaux. Il s'appuie sur la thèse de trois économistes américains, Alberto Alesina, Edward Glaeser et Bruce Sacerdote, qui écrivent notamment: "Puisque les minorités sont très surreprésentées parmi les Américains défavorisés, toute politique de redistribution fondée sur le revenu redistribue particulièrement vers les minorités." Aussi "les adversaires de la redistribution utilisent (-ils) régulièrement une rhétorique de base raciste pour combattre les politiques de gauche...".

Pas besoin d'un discours explicite, l'implicite suffit : aides sociales et Etat-providence aident les Noirs et les minorités. D'où, selon Paul Krugman, le basculement d'Etats du Sud - anciens Etats esclavagistes -  du camp démocrate vers le camp républicain : "sans ces voix blanches du Sud", écrit-il, "Bush ne serait jamais parvenu assez près de la Maison-Blanche pour que des bulletins mal perforés suffisent à l'y faire entrer".

Le racisme est-il en train de s'émousser ?

Cela dit, la situation est-elle identique à ce qu'elle était en 2004 ? La crise a sérieusement émoussé le discours libéral, désormais moins flambant.

D'autre part, pour Paul Krugman , "la politique de la riposte blanche, qui a été essentielle au succès du conservatisme de mouvement, perd de son efficacité pour deux raisons : l'Amérique devient moins blanche et beaucoup de Blancs (pas tous) deviennent moins racistes". L'économiste s'appuie notamment, pour étayer ses propos, sur les sondages portant sur le métissage : en 1978, interrogés par l'institut Gallup, 36% seulement des Américains approuvaient les mariages entre Blancs et Noirs. En 2002, le chiffre est passé à 65%, et en juin 2007,77%."

Ultime raison, le discours anti-Noirs, qui est souvent aussi un discours anti-immigrés, est devenu de plus en plus difficile à tenir avec la montée en force des enfants et petits-enfants d'immigrés hispaniques, aujourd'hui citoyens américains...et électeurs.

Invitée jeudi 16 octobre des 4 Vérités sur France 2 , Nicole Bacharan se montrait, elle, un brin moins optimiste : "Est-ce qu'aujourd'hui les Etats-Unis sont prêts à élire un président noir ? ... On sait évidemment qu'il existe du racisme aux Etats-Unis, ce serait naïf de croire le contraire... Quand on interroge le camp démocrate, les proches d'Obama et les conseillers sont dans une angoisse épouvantable. Ils savent qu'ils devraient gagner l'élection, mais ils ont peur que le facteur racial la leur fasse perdre au dernier moment".

Dans sa campagne électorale, John McCain a tenté d'éviter toute phrase pouvant apparaître comme raciste à l'égard de son adversaire, répétant à toute occasion qu'il "respecte le sénateur Obama".

Mais, se lâchant le dimanche 12 octobre devant ses partisans à Arlington (Virginie), le candidat républicain a déclaré à propos de son troisième et dernier débat avec son adversaire démocrate : "je vais fouetter  son 'vous savez-quoi'". Un commentaire improvisé pour le moins malheureux : le fouet reste aux Etats-Unis un instrument lié à l'histoire de l'esclavage.

La plaisanterie de McCain  a provoqué les rires et les applaudissements d'une assistance friande de ce genre de propos. Car si le candidat républicain s'efforce à la retenue, il n'en va pas de même de son public : pendant les meetings électoraux, certains partisans de McCain lancent contre Barack Obama des insultes racistes et parfois même des appels au meurtre. Au point qu'un parlementaire démocrate de Géorgie, John Lewis, figure de la lutte pour les droits civiques dans les années 1960, avait déclaré le 11 octobre que le camp républicain semait "les graines de la haine et de la division". John McCain et sa colistière Sarah Palin "jouent  avec le feu et, s'ils n'y prennent pas garde, ce feu va tous nous dévorer",  avait-il ajouté.
Les adversaires de Barack Obama ont aussi une façon qui se veut plus subtile (si l'on peut dire...) de jouer sur la fibre raciste : ils  ne se privent pas d'insister sur le deuxième prénom du candidat démocrate, "Hussein" et de suggérer ainsi des liens avec un islam présumé ennemi desEtats-Unis. 

Un responsable républicain de Pennsylvanie  a ainsi "chauffé" la salle d'un meeting de John McCain début octobre en parlant à plusieurs reprises de "Barack Hussein Obama". Le 10 octobre à Lakeville (Minnesota), une femme venue à un meeting de John McCain a déclaré ne pas faire confiance à Obama parce que "c'est un Arabe ". Secouant la tête en signe de désaccord,  le candidat républicain lui a coupé la parole et repris le micro: "Non madame. C'est un père de famille décent, un citoyen avec lequel j'ai des désaccords sur des questions fondamentales." (On notera toutefois dans la réponse de McCain la distinction qu'il a paru établir entre "arabe" et "père de famille décent").

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Par Frédéric ILBOUDO

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